XXXII. — Théodoric I succède à Wallia
A Wallia succéda, du choix de la nation gothique, Théodoric I, appelé aussi par les anciens Théudo, Théodore, 81 Théodoride, prince dont la modération, accompagnée des qualités les plus excellentes du corps 8c de l'esprit, faisoit, au rapport d'un auteur'* goth, le principal caractère. A peine eut-il commencé de régner ', qu'il vit arriver à sa cour deux seigneurs ostrogoths dont il auroit sans doute pris ombrage, s'il eût été informé de leur naissance 8c s'il eût pu pénétrer leurs desseins. C'étoient Bérémond, fils de Torismond , roi des Ostrogoths, 8c Wittéric, son fils, lesquels, ne pouvant plus supporter la tyrannie des Huns qui avoient subjugué leur nation dans la Scythie, avoient abandonné leur patrie 8c l'espérance de parvenir au trône, pour se retirer chez les Visigoths, leurs anciens compatriotes, qui s'étoient maintenus jusqu'alors dans leur ancienne liberté. Bérémond se flattoit nonseulement de vivre plus honorablement parmi eux, mais aussi, qu'étant issu de l'auguste famille des Amales 8c héritier de la valeur des anciens rois qu'elle avoit donnés à la nation gothique, ces peuples pourroient avoir égard à sa naissance, si le trône venoit à vaquer, 8c l'élire préférablement à tout autre. Et, en effet, dit un historien 6, leur compatriote, qui des Goths auroit pu refuser son suffrage à un prince de la maison des Amales, la première 8c la plus illustre de la nation? Mais si Bérémond n'eut pas le bonheur de parvenir à la couronne des Visigoths qui, à son arrivée dans les Gaules, venoit d'être donnée à Théodoric, il eut du moins l'avantage de gagner l'estime 8c la
' Cod. leg. IViùg. ■• Jornandès, de Rehus Gcticis, c. 3^.
' Voyez tome II, Note LI. ' liid, c. 33-48.
* Sidoine Apollinaire, Carmina, z. " liid.
An 419
An 419 '
coniiance de ce prince, qui , charmé de sa sagesse & de ses vertus, le reçut à sa cour, le prit en affection, l'admit à son conseil & à sa table & lui donna toutes les marques d'honneur & de distinction qu'il pouvoit souhaiter, de même qu'à Wittéric, son fils, sans les connoître autrement que pour des comnatriotes d'un mérite distingué. Bérémond , de son côté, avoit trop de politique S<. de pénétration pour ne pas comprendre la nécessité où il se trouvoit de cacher sa naissance pour ne pas donner de l'ombrage à Théodoric & se maintenir dans sa faveur; aussi eut-il grand soin de lui dérober la connoissance de son extraction qui étoit beaucoup plus illustre que celle de ce prince.