XLIII. — Saint Rustique , évêque de Narbonne
Ceux des Visigoths qui échappèrent de cette défaite reprirent la route des Gaules où l'arianisme qu'ils professoient les rendoit extrêmement^ odieux aux catholiques & principalement aux évêques des villes romaines, voisines de leurs États. Rustique, successeur immédiat d'Hilaire, évêque de Narbonne, fut un des prélats à qui le voisinage de ces peuples & les^ calamités publiques qui suivirent l'entrée des barbares dans les terres de l'Empire, faisoient souhaiter avec plus d'ardeur de se voir déchargé du pesant fardeau de l'épiscopat.
Rustique étoit fils d'un évêque nommé Bonose, & neveu d'un autre appelé Arator. Sa mère, sœur de ce dernier, devenue veuve, n'eut rien tant à cœur que l'éducation de son fils durant son bas âge. Elle prit surtout un soin particulier de lui inspirer l'amour de la religion & de la piété Se de lui faire apprendre les lettres humaines, qui florissoient alors dans les Gaules"*. Elle l'envoya ensuite à Rome pour se perfectionner dans cette étude Si n'épargna rien pour son avancement. Rustique répondit parfaitement à l'attente Si aux soins de sa pieuse mère ; il fit un égal progrès dans la science Si dans la
' Idace, dans S'trmond, p. 3oj. ' S. Léon, t. i , p. 400, ep'nt. 2. — V. Tillemont,
' Tillemont, Hist. eccUs. t. i5j note 3 sur sjint sur saint Rustique. Rustique. * Tillemont, ut supra.
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vertu. Il conçut bientôt après un généreux, mépris des vanités du monde & résolut de faire un sacrifice de ses biens, de sa jeunesse Si de toutes ses espérances pour se donner entièrement à Dieu dans les exercices de la vie monastique. Cependant, avant que d'embrasser ce nouveau genre dévie, il crut devoir écrire à saint Jérôme, reconnu pour un des plus savans, des plus illustres 8c des plus saints solitaires de son temps, pour lui demander son avis avec des règles de conduite'. Ce saint docteur, touché de cette marque de confiance & de sagesse, répondit à Rustique, l'an 411, lui marqua le plan qu'il devoit suivre & lui donna pour modèle de la vie qu'il vouloit embrasser les saints évêques Exupère de Toulouse, qui vivoit alors dans son voisinage, Si Procule de Marseille, qu'il avoit sous ses yeux 81 dont il pouvoit recevoir tous les jours des avis salutaires. Cet article de la lettre de saint Jérôme donne lieu à quelques-uns* de conjecturer que Rustique professa la vie monastique dans le monastère de Marseille 81 qu'il étoit natif de cette ville; mais d'autres ^ sont persuadés qu'il se fit moine à Toulouse où il y avoit un monastère célèbre, sous l'épiscopat d'Exupère. Rustique, après s'être exercé dans la pratique de la pénitence Si des autres vertus du cloître, fut jugé digne de la prêtrise, qu'il reçut à Marseille. Il fut choisi dans la suite pour gouverner Éd. origin. l'église de Narbonne, dont il fut sacré évêque le 9 d'octobre'* de l'an 427.
Ce digne pasteur, également ^ affligé de voir d'un côté dans sa province les progrès de l'arianisme, sous l'autorité des Visigoths qui en possédoient une partie 81 qui éténdoient tous les jours leur domination dans les Gaules, Si de l'autre les malheurs qu'attiroient dans le pays les guerres continuelles de ces peuples, voyant d'ailleurs les scandales Si la corruption des moeurs augmenter tous les jours parmi son troupeau, ne put s'empêcher d'en témoigner sa peine au pape saint Léon, dans une lettre qu'il lui écrivit, 8t dans laquelle il lui déclare la résolution qu'il avoit prise d'abdiquer l'épiscopat. Mais ce pape, qui le connoissoit plus capable que tout autre d'en soutenir le poids 81 d'en remplir tous les devoirs, loin d'entrer dans ses sentimens d'humilité 81 de modestie, l'exhorta, dans sa réponse qu'il lui adressa les premières années de son pontificat, à persévérer dans l'état auquel Dieu l'avoit appelé 81 de mettre sa confiance non en ses propres forces, ce qui est la source de la foiblesse, mais en Jésus-Christ, notre force Si notre conseil, sans lequel nous ne pouvons rien.
XLIV. — Assemblée de la Province contre deux prêtres de l'église de
Narbonne^
Rustique informoit saint Léon, dans la même lettre, d'un jugement qui avoit été rendu dans une assemblée des notables du pays, composée d'évêques
s. Jérôme, epist. 95, ohm 4. < Voir tome II, le Recueil Ja inscriptions de la
Baluze, Noiae in Salvianum, p. 41''. Province. — Pag', ad ann. 445, n. 20.
' Qnesnel, Notac in S. Lconcm, t. 2, p. 78 I & seq. ' S. Léon, epist. z.
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& de laïques qualifiés (episcoporum ô- honoratorum), contre deux prêtres de son église, nommés Sabinien & Léon qui, ayant voulu poursuivre la punition d'un adultère, avoient été trop loin. On croit que ces deux ecclésiastiques ' se portèrent pour accusateurs dans les formes sans avoir en main les preuves nécessaires pour convaincre les coupables, quoique le crime fût certain, ce qui les engageoit à être condamnés eux-mêmes comme faux délateurs. Quoi qu'il en soit, ces deux prêtres avoient d'abord comparu devant cette assemblée des notables de la Province ; mais ils avoient ensuite fait défaut, & n'ayant osé poursuivre leur accusation, ils avoient été condamnés par l'assemblée. Cependant, comme ils avoient raison dans le fond. Rustique, embarrassé sur la conduite qu'il devoit tenir à leur égard, consulta le pape saint Léon 81 lui envoya les actes de l'assemblée tenue sur ce sujet. Ce saint pontife lui répondit que ces deux prêtres n'avoient aucun droit de se plaindre de leur condamnation, mais qu'il pouvoit cependant les traiter comme il jugeroit à propos; qu'il lui conseilloit d'employer à leur égard la douceur de la charité plutôt que la rigueur de la justice, puisque, dans le fond, ces ecclésiastiques n'avoient péché que par un excès de zèle dans la poursuite d'un crime qui avoit été certainement commis.
Rustique avoit joint à sa lettre un mémoire de dix-neuf articles ou difficultés concernant divers points de discipline qu'il prioit saint Léon de lui résoudre. Un des principaux regardoit le baptême de ceux que la persécution des Vandales d'Afrique avoit ou attirés, ou fait exiler dans les Gaules, Se de la validité duquel on avoit lieu de douter, parce qu'ils avoient reçu ce sacrement chez des peuples infectés de l'arianisme. Cet article pouvoit regarder aussi plusieurs d'entre les anciens habitans de la Narbonnoise que ces barbares avoient faits esclaves fort jeunes, dans le temps de leur irruption dans les Gaules, & qui, ayant été emmenés en Afrique, étoient ensuite retournés dans leur patrie. Saint Léon satisfit Rustique en peu de mots sur toutes ces difficultés St lui manda que, pour le faire plus amplement, il auroit eu besoin de le voir Si de conférer avec lui. Herme, archidiacre de l'église de Narbonne, & depuis successeur de Rustique, porta la lettre de ce prélat à Rome & en rapporta la réponse.