‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 320 sur 553 · XLVI. — Mariage de deux filles du roi Théodoric · texte numérisé non relu

XLVI. — Mariage de deux filles du roi Théodoric

L'inscription qui nous apprend le rétablissement de l'église de Narbonne, par les soins de Rustique son évêque, nous donne à connoître en même temps que la ville de Narbonne & une partie de la Province étoient encore alors sous la domination des Romains. 11 est vrai que leur autorité s'y affoiblissoit tous les jours, ainsi que dans le reste des Gaules, par la mauvaise conduite de l'empereur Valentinien III, tandis que les Visigoths y faisoient de nouveaux progrès, S<. que leur roi Théodoric se rendoit redoutable par ses alliances avec les autres rois barbares qui, à son exemple, s'étoient établis en différentes provinces de l'Empire. Théodoric s'allia ^ en effet avec Hunnéric, fils aîné de Genséric, roi des Vandales d'Afrique, & avec Réchiarius ou Rutiarius, roi des Suèves de Galice, par le mariage de ses deux filles, dont il donna l'une au premier, & l'autre, appelée ^ Théodore, au second.

XLVII. — Réchiarius va joindre à Toulouse Théodoric, son beau-père.

Réchiarius succéda^ à son père Réchila qui étoit païen, l'an 486 de l'ère

espagnole ou l'an 448 de J.-C. Il s'étoit converti à la foi catholique; mais le

christianisme ne changea pas en lui les mœurs barbares de sa nation. II '^"448 signala le commencement de son règne par les brigandages 8c les courses qu'il fit dans la Navarre, le Guipuzcoa Se une partie de l'Aragon, qu'occupoient alors les Vascons ou Gascons, peuples qui s'établirent ensifite en deçà des Pyrénées, dans le pays qui porte aujourd'hui leur nom. Après cette expédition, que Réchiarius entreprit au mois de février de la première année de •son règne, ce prince, se trouvant peu éloigné de Toulouse, se rendit dans

■ Pagi, Crltica, ad ann. 445, n. 23 & seq. ' Jornandès, de Rébus Getuis, c. 35. — Idace,

* Tillemont, sur saint Rustique^ p. 406. — Pagi, Chronicon, p. 304. CWricaj ad ann. 445, n. 25 & seq. " Excerpta IJatii apud Canisium , Lect. antic .

' Baluze, Notae in Salyianum, p. 410. — Tille- p. i85.

mont, sur saint Rustiifue, p. 405. " Idace, Chronicon, p. 304 Isidore, Hist. Sucv,

■* Quesncl, ^orae in 5. /.cortcm, t. 2, p. 781 & seq. p. 733.

An 448 ~

cette ville, au mois de juillet suivant, pour visiter le roi Théodoric son beaupère qui y tenoit sa cour. Il partit quelque temps après pour retourner en Espagne & emmena avec lui un corps de Visigothsj ces peuples, après avoir ravagé sous sa conduite les environs de Saragosse & s'être emparés de Lérida Se de la Tarragonoise, portèrent la désolation dans la Carthaginoise, quoique ces provinces fussent encore sous l'obéissance des Romains, dont le roi Théodoric étoit allié. C'étoit peut-être contre l'intention de ce prince; car il paroît qu'il demeura toujours dans l'alliance de l'Empire depuis la paix qu'il avoit faite par l'entremise d'Avitus. Il le secourut du moins bientôt après de toutes ses forces contre le fameux Attila, roi des Huns, surnommé le fléau de Dieu & la terreur du genre humain.

XLVIII. — Genséric fait couper le nej à sa bru, fille de Théodoric , &< suscite Attila contre ce prince,

Théodoric avoit lui-même un intérêt particulier de tourner ses armes contre ce prince barbare. Nous avons' déjà dit qu'il avoit donné une de ses filles en mariage à Hunnéric, fils de Genséric, roi des Vandales d'Afrique, également fameux par son orgueil, ses conquêtes & sa cruauté envers les catholiques de ses États. Cette alliance fit d'abord plaisir à Genséric; mais, dans la suite, ce prince ayant soupçonné sa bru d'avoir préparé du poison pour le faire mourir, lui fit couper le nez 81 la renvoya en cet état &c sans autre forme de procès à la cour de Théodoric son père, où sa présence excita également la compassion des peuples & la vengeance de sa famille.

Genséric, persuadé que Théodoric ne manqueroit pas de venger par les armes l'injure faite à sa fille, tâcha de le mettre hors d'état de l'attaquer, en lui suscitant un ennemi capable de l'arrêter dans les Gaules St de l'empêcher, par cette diversion, de porter la guerre en Afrique. Informé qu'Attila, roi des Huns, prince également redoutable 8c ambitieux, ne cherchoit qu'à étendre ses conquêtes, il le pressa secrètement d'entrer dans les Gaules pour y faire "7 la guerre à Théodoric. Attila, gagné par les riches présens de Genséric S<.

poussé par sa propre ambition , se détermina d'autant plus volontiers à cette entreprise qu'il étoit d'ailleurs résolu de porter la guerre dans les États de Valentinien, contre lequel Honoria , sœur de cet empereur, le faisoit solliciter de prendre les armes^.

Les Huns'', dont Attila étoit roi, étoient des peuples de la Scythie qui s'étoient rendus célèbres depuis quelque temps par leurs courses 8<. leurs Éd. oiigin. ravages en diverses provinces de l'Empire, surtout depuis qu'Attila'*, après s'être défait de son frère Bléda, avec qui il partageoit auparavant la couronne,

' Jornandès, de Rehus Geticis, c. 36. un mémoire de Fréret, dans les Mémoires Je VAca-

' Ihii. demie des Inscriptions & Belles-Lettres, t. 23, 1868,

^ Ibid. c. 34 & seq. intitulé de l'Origine des Fran(^ais & de leur établis^

■• Voyez sur les Huns & les invasions d'Attila sèment dans la Gaule. [E. M.J

étoit demeuré par ce fratricide seul maître du trône de sa nation. Ce prince, né pour être la terreur de tous les peuples, avoit toutes les qualités nécessaires pour se faire craindre. Il se persuadoit que sa valeur lui donnoit droit de tout entreprendre à la tête d'un peuple belliqueux dont il étoit le maître absolu; & son ambition 81 sa vanité, encore plus grandes, lui faisoient croire que tout l'univers devoit plier sous sa puissance; au reste, on prétend qu'il ne manquoit pas d'humanité. Avec un roi de ce caractère, les Huns, déjà célèbres en Orient par leurs brigandages, se rendirent formidables en Occident par leurs conquêtes. Attila les avoit poussées jusque vers les frontières de l'Italie & des Gaules, lorsqu'il résolut de déclarer la guerre à Valentinien & à Théodoric ; mais comme il étoit aussi rusé que brave, avant que de l'entreprendre, il tenta de désunir ces deux princes 8t envoya à chacun d'eux des ambassadeurs pour les amuser &c les empêcher d'armer contre lui.

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