XLIX. — Ambassade d'Attila & de Valentinien à Théodoric
Attila écrivit d'abord' à Valentinien qu'il faisoit trop de cas de son amitié 8t de son alliance pour penser à y donner la moindre atteinte, & que s'il faisoit des préparatifs de guerre, c'étoit uniquement contre Théodoric dont il le prioit de ne pas prendre la défense. Le reste de sa lettre à cet empereur étoit également flatteur & peu sincère. Attila écrivit d'un autre côté, avec la même dissimulation, à Théodoric qu'il sollicita fortement d'abandonner les intérêts de Valentinien 8t de rompre son alliance avec les Romains, par le souvenir de la guerre qu'ils lui avoient faite peu de temps auparavant Se des maux qu'ils avoient causés à sa nation. C'est ainsi qu'Attila s'efforça d'amuser ces deux princes avant que de les attaquer; mais Valentinien, qui se défioit de ses artifices, prit des mesures pour les prévenir & envoya aussitôt une ambassade à Théodoric & aux Visigoths, à qui il écrivit dans ces termes : « Il est i< de votre prudence, peuple de tous le plus belliqueux, de vous élever contre <' le tyran de Rome, dont l'ambition est de réduire l'univers dans les fers, & » qui n'examine jamais les motifs des guerres qu'il entreprend, parce que « tout ce qu'il veut lui paroît juste. Il mesure ses forces sur son ambition, & « son orgueil lui fait croire que tout lui est permis; en sorte que sans aucun « égard pour le droit 8t pour la justice, il se déclare l'ennemi du genre » humain. Un ennemi commun tel que lui mérite une haine commune. « Souvenez-vous surtout de ce qu'on ne sauroit oublier : que les Huns ont « résolu notre perte Se que, pour réussir, ils joignent la mauvaise foi à l'ar- « tifice. Souffrirez-vous patiemment leurs orgueilleuses entreprises, vous dont « les armes sont si redoutables? Vengez donc vos propres injures Se joignez- « vous à nous pour nous aider à tirer vengeance de celles qu'on nous fait; « secourez la République romaine dont vous occupez déjà une partie, 8t « qu'un même intérêt nous unisse 6c nous rende les ennemis d'Attila. »
' Jornandès, de Reius Geticis, c. 36.
An 449
An ^So
An 430 ^ '
Tliéodoric, également touché de la lettre de Valentinien & des discours que ses ambassadeurs y ajoutèrent, leur répondit en ces termes : « Vous êtes, « Romains, au comble de vos souhaits ; vous avez réussi à nous faire regarder « Attila comme notre ennemi. Nous irons le chercher & le combattre par- « tout où il sera. Quelque enflé qu'il soit du grand nombre des victoires qu'il « a déjà remportées sur les nations les plus altières, il n'est pas nouveau « pour les Goths de se battre contre des peuples encore plus redoutables. On « ne doit rien craindre quand il s'agit d'entreprendre une guerre juste 8c « dont la cause doit faire espérer un heureux succès. » Après cette réponse, les ambassadeurs de Valentinien , qui en furent très-satisfaits, se retirèrent, & les Visigoths se disposèrent pour la guerre.
L. — Aece b Théodorïc, joints ensemble, forcent Attila de lever le siège
d^Orléans.
Attila, de son côté, assembla une armée formidable, tant de ses sujets que de diverses autres nations barbares qui le suivirent en qualité d'auxiliaires; le nombre de ses troupes montoit en tout, suivant l'historien Jornandès ', à cinq cent mille combattans. Ce prince, s'étant mis ensuite à leur tête, partit de la Pannonie où il faisoit alors son séjour, & ayant traversé la Germanie
8c passé le Rhin, il alla se présenter devant la ville de Metz, la veille^ de
An 401 Pâques de l'an 461. Après avoir emporté cette ville de force, il fit passer les habitans au fil de l'épée &c y mit le feu. Il exerça la même fureur 8c commit
t.'i', p.'fsg'. les mêmes excès dans la plupart des autres villes voisines. Tous ces malheurs, à ce qu'on ^ prétend, furent présagés par des signes extraordinaires qui parurent dans le même temps.
Aëce ^, qui commandoit dans les Gaules sous les ordres de l'empereur Valentinien III, apprit à Arles, où il étoit alors, qu'Attila, qu'il n'attendoit pas sitôt, étoit déjà en deçà du Rhin. Sur cet avis, il rassemble au plus vite ce qu'il put de troupes ; mais se voyant encore trop foible pour tenir tête à un ennemi si redoutable 8c défendre les provinces romaines des Gaules contre les barbares, il demande aux Visigoths les secours qu'ils avoient promis à l'empereur son maître. Ces peuples, moins pressés de se mettre en campagne pour aller au devant d'Attila, que de prévenir la guerre que ce prince devoit porter dans leurs États, avoient résolu de n'en pas sortir &c de se contenter d'en disputer l'entrée aux Huns. Aëce n'eut pas plutôt appris cette résolution, que, se voyant hors d'état de marcher contre Attila sans le secours des Visigoths, il n'oublia rien pour leur persuader de joindre leurs armes aux siennes 8c de prendre avec lui la défense de l'Empire. Pour les y engager, il envoya en diligence
' Jornandès, de Reius Get'tcis, c. 35. — Sidoine ^ Sidoine Apollinaire, Carmina, 7, p. 325. —
Apollinaire, Carmina, 7, p. 325. Grégoire de Tours, Hist. 1, 2, c. 7. — Excerptd
' Grégoire de Tours, Hist. 1. 2, c. 6. Idatii, apud Canisium, p. 186. ' Idace, Prosper, Isidore, Chronicon.
saint Agnan, évêque d'Orléans, avec le célèbre Avitus, ancien préfet des Gaules, vers Théodoric qu'il crut gagner par la sainteté du premier & par l'ancienne liaison que l'autre avoit avec ce prince. Le voyage que saint Agnan avoit fait à Arles, pour demander du secours à Aëce contre les Huns qui menaçoient sa ville épiscopale, donna lieu sans doute à ce général romain de l'envoyer à Théodoric pour cette ambassade, 81 s'il en faut croire l'ancien auteur ' c[ui la rapporte, ce saint évêque offrit, de la part de ce même général, au roi des Visigoths, de lui faire donner par l'empereur la moitié des Gaules si, avec le secours de ses troupes, il venoit à en chasser les Huns; mais ce fait est d'autant plus douteux*, qu'outre que cet auteur n'est pas exact dans le récit de plusieurs événemens de cette guerre, il fait faire par Aëce la même offre à Attila, s'il vouloit joindre ses armes à celles des Romains contre les Visigoths, ce qui paroît peu digne de la probité de ce général. Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'Aëce, voulant absolument gagner le roi Théodoric, se servit ^ du ministère d'Avitus dont il connoissoit par sa propre expérience le pouvoir qu'il avoit sur l'esprit de ce prince, & qu'on regardoit comme l'arbitre Se le médiateur des Romains & des Visigoths. Avitus, par zèle pour l'empereur autant que par amour pour sa patrie, se chargea de cette commission, alla trouver Théodoric Si le pressa si vivement soit par des vues d'intérêt, soit par le point d'honneur dont il le piqua, qu'il l'engagea enfin à marcher au secours de l'Empire.
Théodoric'*, aiprès avoir assemblé une armée nombreuse des troupes de sa nation, qui témoignoient déjà l'ardeur qu'elles avoient de combattre Se l'envie de se signaler, se mit à leur tête, accompagné de ses deux fils aînés, Thorismond Sx. Théodoric, avec qui il voulut partager ses périls Si la gloire de ses victoires. Il laissa à Toulouse quatre autres de ses enfans, savoir : Fridéric, Euric, Rotemar 81 Himméric, parce qu'apparemment ils étoient encore trop jeunes. Il joignit à ses propres troupes un grand nombre d'auxiliaires, qu'il tira vraisemblablement des anciens peuples des provinces soumises à son obéissance.
Aëce, de son côté, fit venir aussi de toutes parts un grand nombre de troupes auxiliaires Si appela à son secours les Celtes Si les Germains d'au delà du Rhin qui voulurent bien marcher au service de l'Empire. Ces dernières troupes, composées principalement de François, de Sarmates Si de Bourguignons, jointes à celles des Romains Si des Visigoths, formèrent une armée très-nombreuse; mais celle d'Attila l'étoit encore davantage^.
Ce dernier'', après avoir désolé les pays situés entre le Rhin Si la Loire Si saccagé la plupart des villes, avoit assiégé Orléans Si pressoit vivement le siège ; en sorte que lorsque les Romains 8c les Visigoths se mirent en marche,
' Excerpta IJatii, apui Canisium , Lect. anti(j. * Jornandès, iie Rcinj Getici'j, c. 36. Prosper,
p* 186. Chrontcon,
' Voyez tome II, liote LU. ' Jornandès, ut supra.
' Sidoine Apollinaire, Carmina, 7, p. 325. ^ Grégoire de Tours, Hlst. 1. 2, c. 7.
An 401 T '
cette ville étoit presque sur le point de devenir la proie de ses ennemis & ne se soutenoit plus que par le secours des prières de saint Agnan , son évêque, contre les efforts du roi des Huns. Le dessein de ce prince, après la prise d'Orléans, étoit de porter ses armes dans l'Aquitaine contre les Visigoths, avant que de combattre l'armée des Romains, persuadé qu'en attaquant ces peuples séparément, il lui seroit plus aisé de les vaincre; mais Dieu, maître t^t p"f9o. des desseins des hommes, dissipa bientôt ceux d'Attila ; car Aëce & Théodoric , joints ensemble, furent à peine arrivés, la veille de saint Jean-Baptiste, devant Orléans, qu'ils attaquèrent les Huns 8t les poussèrent si vivement, qu'Attila, après une perte très-considérable, fut obligé de lever ' le siège de cette ville 81 de prendre la fuite avec le reste de son armée.
Aëce Si Théodoric, ne jugeant pas à propos de poursuivre ce roi barbare, attendirent^ l'arrivée de leurs auxiliaires qui dévoient les joindre incessamment. Le premier donna cependant le commandement de la ville d'Orléans à Sangiban, roi des Alains, qu'il y mit en garnison avec les troupes de sa nation; mais, sur l'avis qu'il eut, peu de temps après, que ce roi entretenoit des intelligences secrètes avec Attila & vouloit lui livrer la ville, il en donna la garde à d'autres troupes, de concert avec Théodoric, prit soin de la fortifier &, pour s'assurer de la conduite des Alains qu'il en avoit fait sortir, il les plaça au milieu des auxiliaires de son armée 81 se mit ensuite en marche contre Attila.
LL — Bataille de Méri, en Champagne. — Défaite d'Attila. — Mort
de Théodoric.
Attila^, après la levée du siège d'Orléans, s'étoit retiré vers la Champagne & avoit planté son camp dans un lieu appelé Mauriacum , qu'on croit être le bourg de Méri , situé aux environs^ de Troyes, au milieu d'une vaste plaine où il avoit la liberté d'étendre son armée, extrêmement nombreuse. Cette plaine, qu'on appeloit la campagne de Châlons (Campi Catalaunici), du nom de cette ville qui en étoit la principale, avoit cent lieues de long sur soixante-dix de large; sur quoi il faut observer que, suivant la supputation de Jornandès, la lieue gauloise n'étoit que de quinze cents pas. C'est dans cette campagne qu'Aëce & Théodoric ayant joint Attila, & que les deux armées étant en présence, on se disposa au combat. Attila, qui tiroit déjà un très-mauvais augure de la découverte qu'on avoit faite de la perfidie des Alains, voulant savoir par avance quelle seroit sa destinée, eut recours à ses aruspices 8t à ses devins; mais il ne reçut que des réponses funestes. Il se détermina cependant à liver bataille : elle se donna aux environs du même
' Jeta S. Aniani, apud Surium. — A. de Valois, ^ D. Ruinart, tiotes sur Grégoire de Tours, 1. 2,
Rerum Francicarum 1. 4, p. 160 8c i 64. c. 7. — A. de Valois, Rerùm Francicarum 1. 4,
' Jornandès, de Rébus Geticis , e. 36 & seq. — p. 160 & 164. Grégoire de Tours, Hist. 1. 2, c. 7. ■> Jornandès, de Rébus Geticis, c. 36 & seq.
An 4,51
lieu de Méri ', & c'est une des plus mémorables &. des plus sanglantes dont l'histoire fasse mention.
Le combat commença à trois heures après midi {circa nonam diei horarfi^), à l'occasion d'une colline qui dominoit sur les deux camps, & dont les Huns tâchèrent de s'emparer les premiers; les deux armées étoient rangées de la manière suivante : le roi Théodoric, avec les troupes de sa nation, occupoit l'aile droite de l'armée romaine, & le général Aëce la gauche; les Alains étoient placés dans le centre avec les autres auxiliaires. Attila, de son côté, s'étoit posté dans le centre de son armée avec les Huns naturels qu'il regardoit comme ses meilleures troupes. Ses deux ailes étoient composées de divers peuples qu'il avoit subjugués : l'une étoit commandée par Walamir, roi des Ostrogoths, 8c par ses frères Théodemir & Widemir, 8c l'autre étoit sous les ordres d'Ardéric, roi des Gépides ; par cette disposition, les Ostrogoths qui étoient à la g~auche d'Attila, se trouvèrent dans la nécessité de combattre contre les Visigoths leurs anciens compatriotes, qui occupoient la droite de l'armée romaine.
Attila, voulant s'emparer^ de la hauteur dont on a déjà parlé, fit marcher un corps de troupes vers la droite de cette colline; mais les Huns prévenus par Aëce 8t Thorismond, qui s'étoient déjà campés sur la gauche de ce poste, furent repoussés 81 obligés de l'abandonner. Attila, s'apercevant que ce premier échec avoit un peu déconcerté ses troupes, leur fait faire -halte 8c tâche de relever leur courage par une harangue très-pathétique. Il leur recommande surtout de porter tous leurs efforts contre les Visigoths 8c les Alains qui faisoient la principale force de l'armée ennemie ; 81 joignant ensuite l'exemple à ses discours, il attaque en même temps les Romains 8c les Visigoths. Alors les deux armées s'étant mêlées , le combat devint également furieux 8c opiniâtre, 8c le carnage si horrible des deux côtés qu'un petit ruisseau qui couloit auprès du champ de bataille devint en peu de temps un torrent de sang.
Théodoric couroit de rang en rang pour animer ses troupes , lorsque se laissant emporter à l'ardeur du combat qui ne faisoit que commencer, il eut le malheur d'être désarçonné, de tomber de cheval 8c d'être enfin "* écrasé 8c foulé sous les pieds de ses propres soldats. D'autres rapportent sa mort d'une manière différente 8c prétendent qu'il fut tué d'un coup de flèche qu'il reçut d'un Ostrogoth de l'armée d'Attila: ce qu'il y a de certain, c'est que ce Éd. origin. prince, qui etoit alors dans un âge avance, tut tue au commencement de l'action.
Les Visigoths, qui ignoroient la mort de leur roi, continuant de combattre avec la même ardeur, se séparent des Alains, redoublent leurs efforts
' Voyez sur le Campus Mauriacus & le lieu de la Revue Jes questions historiques, année 1870. [E.M.|
difaite d'Attila une note de M. d'Arbois de Jubain- ' Jornandès, Je Rébus Geticis, c. 36 & seq.
ville, Biblioth'eijue de l'Ecole des Chartes, t. ir, ' Ibid. c. 38 & seq.
p. 370, & une autre note de M. A. de Barthélémy, ■• IbiA. c. 33 & seq. — Id;ice, Ckronicon.
An 4.)! TT^T
& tombent si rudement sur les bataillons des Huns, qu'Attila seroit resté infailliblement sur place, s'il n'eût pris enfin avec ses troupes le sage parti de se fetirer dans son camp où les chariots de son armée, dont il l'avoit environné," lui servirent de rempart. C'est dans ce foible retranchement que les Huns, à qui auparavant les murs les plus inexpugnables ne pouvoient résister, se mirent à l'abri des insultes de leurs ennemis, après avoir cependant disputé longtemps la victoire; elle fut en effet douteuse &. incertaine jusqu'à la nuit, qui sépara les deux armées & favorisa la retraite d'Attila, qui se vit obligé d'abandonner aux Romains & aux Visigoths le champ de bataille. Thorismond , de son côté, après avoir combattu sur le haut de la colline d'où il avoit chassé les Huns & les avoir ensuite menés battant jusqu'à l'entrée de la nuit, se retiroit pour aller rejoindre dans son camp le roi Théodoric son père, dont il ignoroit la mort de même que le reste de ses troupes, lorsqu'il alla par mégarde donner contre les chariots dont ces barbares s'étoient couverts. Cette méprise occasionna une seconde action où ce jeune prince donna encore des marques de sa valeur; mais, ayant reçu une blessure à la tête qui le renversa de son cheval, il fut obligé de mettre fin à ce nouveau combat, après avoir été relevé 8c heuretisement secouru par les siens. Aëce, qui erroit aussi alors dans les ténèbres, séparé de son armée, & couroit sans le savoir au milieu des ennemis, arriva enfin dans son camp où il passa le reste de la nuit, fort inquiet du succès de la bataille 8c du sort des Visigoths.
Le lendemain, à la pointe du jour, Aëce & Thorismond voyant la campagne couverte de corps morts 8t que les Huns, ces peuples auparavant si fiers & si hardis, n'osoient sortir de leur camp, comprirent qu'ils avoient gagné la bataille. Ils savoient d'ailleurs qu'Attila ne s'étoit retiré qu'après avoir fait une grande perte. Quelques auteurs ' font monter celle des deux armées, dans cette mémorable bataille, à trois cent mille hommes, ce qui paroît incroyable; tous les autres historiens^ conviennent du moins qu'il y eut cent soixante mille hommes tués de part 81 d'autre, sans compter quinze mille tant François que Gépides, qui, par un événement des plus singuliers 8c qui paroît même fabuleux, s'étant rencontrés la nuit qui précéda le combat, se battirent dans l'obscurité avec tant de fureur 8c de rage , qu'ils s'entretuèrent tous sans qu'il en échappât un seul.
Quelque funeste que fût cette bataille pour les deux armées, la perte ^ des Huns fut cependant incomparablement plus considérable que celle des Romains &c des Visigoths; ce qu'un ancien"* auteur attribue à la valeur de ces derniers. Attila, conservant malgré cela sa fierté, fit bonne contenance; il fit même sonner la charge, comme s'il eût voulu tenter le sort des armes; mais il vouloit seulement par cette démarche amuser ses ennemis Se leur.
' Idace, Chrontcon, apuA Sirmond. p. joô. — Isi- — A. de Valois, Rerum Franc'tcarum 1. 4, p. 164
dore, Chronicon, p. 717. & seq. — Pagi, Critica, ad ann. 461, n. 25.
" Jornandès, de Reius Geticis, c. 38 & seq. — ' Prosper, Isidore, Cassiodore, Chronicon.
Paul Diacre, Hist. misccllan. 1. i5. — Freculf. &c. ■• Jornandès, de Rébus Geticis, c. 41.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IV. 445 ^^^g,
cacher la retraite qu'il méditoit. Les P«.omains & les Visigoths, après leur victoire, délibérèrent ensemble sur ce qu'ils avoient à faire : ils conclurent qu'Attila ayant fortifié son camp & garni ses retranchemens d'un grand nombre d'archers, il n'étoit pas possible de le forcer. Ce roi, dont les mauvais succès n'avoient pu abattre le courage, étoit en eftet résolu de se défondre en désespéré 8c de se livrer plutôt aux flammes d'un bûcher qu'il avoit préparé en cas de malheur, que de tomber vivant entre les mains de ses ennemis.
LU. — Honneurs funèbres rendus à Théodoric. — Son éloge.
Aëce ScThorismond, ne voyant point jour à pouvoir attaquer le camp d'Attila, prirent le parti de le bloquer & de tâcher de réduire les Huns par la famine en leur coupant les vivres. Cependant les Visigoths ' cherchèrent parmi un tas affreux de corps morts celui de leur roi Théodoric, pour lui rendre les devoirs de la sépulture; 8c ayant eu enfin le bonheur de le découvrir, ils l'enlèvent à la vue des ennemis, l'emportent dans leur camp, le revêtent de ses habits royaux, 8c ayant son fils Thorismond à leur tête, ils lui rendent les honneurs funèbres. Ils marquèrent surtout, par les larmes qu'ils mêlèrent à leurs chants lugubres, la douleur dont ils étoient pénétrés Éd. origin.
d avoir perdu, en la personne de ce prince, un grand roi oc un vaillant capitaine. Théodoric méritoit, en effet, les regrets de ses sujets par ses rares qualités; il avoit de la piété, quoique arien, 8c il en avoit donné des marques lorsque, couché sur un cilice, il ne cessa d'implorer le secours du ciel avant que de livrer bataille aux Huns qu'il défit devant Toulouse, 8c dont il délivra enfin les Gaules aux dépens de sa propre vie. Les historiens ^ louent ses qualités de corps 8c d'esprit, 8c surtout son extrême modération. Il fit voir le cas qu'il faisoit des gens de mérite en la personne d'Avitus, à qui il donna toujours des marques sincères d'une amitié constante 8c généreuse. Les Goths durent à sa valeur leur premier agrandissement dans les Gaules : il y a lieu de croire, en effet, qu'il étendit les limites de ses États pendant les guerres qu'il entreprit contre les Romains 8c dont nous ignorons le motif. Il paroît cependant qu'après qu'il eut fait enfin la paix avec eux, il eut soin de l'entretenir 8c qu'il fut toujours dans la suite leur fidèle allié. Il laissa en mourant six princes 8c deux princesses dont nous avons déjà parlé.
LUI. -^ Thorismond succède à Théodoric , son père. — Son arrivée
à Toulouse.
L'armée des Visigoths n'eut pas plutôt achevé la cérémonie des funérailles de Théodoric qu'elle élut^, au bruit des armes, son fils Thorismond pour son
' Jornandès, de Rébus Geticis, c. 34. ' Jornandés, de Reius Geticis , c. 41. — Gré-
* lèiJ. goire de Tours, Hist. 1. 2, c. 7.
An 461 ^^
successeur. Ce nouveau roi, dont la valeur égaloit celle de son père, résolut alors d'attaquer les Huns dans leur camp pour le forcer Si venger sur ces barbares la mort du roi, son père. Cependant, avant que d'en venir à l'exécution, il consulta le patrice Aëce. Mais ce général, craignant que ce prince, après avoir entièrement défait les Huns, ne tournât ensuite ses armes contre l'Empire, le dissuada de cette entreprise : il lui fit comprendre qu'il lui importoit extrêmement de reprendre incessamment le chemin de Toulouse, tant pour s'y faire reconnoître au plus tôt par le reste de ses sujets, que pour prévenir les mauvais desseins de son frère Théodoric qui pourroit le devancer, s'unir avec ses autres frères & lui enlever la couronne avec les trésors de leur père, ce qui l'exposeroit à une guerre dangereuse.
Thorismond, comptant sur la bonne foi d'Aëce, suivit son conseil, leva le camp St marcha vers Toulouse. Dès qu'Attila fut assuré du départ de ce prince, qu'il redoutoit effectivement, il décampa de son côté avec ce qui lui restoit de troupes, abandonna les Gaules & passa en Italie dans le dessein de la ravager. Il restoit encore dans le camp d'Aëce un nombre de François auxiliaires qui l'avoient servi utilement dans cette guerre, & qu'il craignoit presque autant que les Visigoths 5 il usa , pour les éloigner, de la même ruse dont il s'étoit servi pour faire décamper ces derniers, & leur persuada de retourner chez eux. Ce général devint par là maître absolu du champ de bataille & des riches dépouilles des Huns. Aëce revint à Arles, & Thorismond entra de son côté en triomphe dans Toulouse, au milieu des applaudissemens & des acclamations de ses sujets, & de ses frères mêmes. Le commencement du règne de ce prince fut d'abord assez tranquille ; mais il fut troublé dans la suite par divers mouvemens qui s'élevèrent dans son royaume & dont nous parlerons ailleurs.
LIV. — Second concile d'Arles, où Rustique de Narhonne assiste avec les
autres évêques de sa province.
Si l'Empire d'Occident étoit alors agité par les courses des barbares, celui d'Orient ne l'étoit pas moins par les erreurs de Nestorius Si d'Eutichès qui y faisoient tous les jours de nouveaux progrès. Les évêques d'Occident, le grand saint Léon à leur tête, avoient déjà proscrit ces erreurs, lorsque' les évêques de la Narbonnoise s'assemblèrent à Arles, avec ceux de plusieurs provinces voisines, à la fin de l'an 45 1, où, dans un concile qu'on croit être le second de cette ville, ils approuvèrent la lettre de ce pape à Flavien de Constantinople. Ce concile fut souscrit par quarante-quatre évêques parmi lesquels Ravenne d'Arles, qui y présida, souscrivit le premier, Si après lui Rustique de Narbonne, auquel se joignirent sans doute tous les évêques de sa province : on ne trouve cependant que la souscription de celui d'Uzès, appelé Constance.
' s. Léon, t. I , p. 579; t. 2, p. 864 & 866. — V, Tillemont, sur saint Rustique de NarhonnCj p. 406 &623.
An 45 1
Il paroît par cette souscription que Rustique, qui étoit plus ancien que Ravenne, lui céda cependant le rang dans cette occasion, quoique ses prédécesseurs se fussent toujours opposés jusqu'alors aux prétentions de l'église d'Arles sur celle de Narbonne ; mais, par là. Rustique reconnut moins la supériorité de Ravenne comme métropolitain, que sa qualité de vicaire du pape, attachée depuis quelque temps à son siège Se en vertu de laquelle ce dernier avoit droit d'assembler des conciles de plusieurs provinces & d'y présider. Nous voyons, en effet, que, peu de temps après, saint Léon, écrivant ' aux mêmes évêques des Gaules, nomme dans sa lettre Rustique de Narbonne avant R-avenne d'Arles. D'ailleurs, le même pape en décidant^, en 460, le différend des métropoles de Vienne 8c d'Arles, assigna quatre suffragans à la première; ainsi les évêques d'Arles n'exercèrent depuis ce temps-là le droit de métropolitain que sur le reste de la Viennoise, qui comprenoit tous les autres diocèses de cette province, du nombre desquels étoit celui de Viviers. Les évêques d'Arles ne prétendirent donc plus avoir aucun droit de métropolitain hors des limites de leur province particulière & ne conservèrent que celui d'assembler des conciles dans l'étendue de leur vicariat, comme on l'a déjà dit. Ce fut en conséquence de ce privilège que Ravenne convoqua^, quelques années après, dans sa ville épiscopale, un concile de plusieurs provinces au sujet du fameux monastère de Lérins, Se auquel Rustique de Narbonne, qu'il y appela, se rendit avec quelques évêques de la Narbonnoise première comme Constance d'Uzès St Flore. On"* croit que Flore pourroit être le saint évêque de Lodève de ce nom, supposé que celui-ci ne soit pas l'évêque de cette église qui mourut en 419 S< à la place duquel Patrocle d'Arles ordonna son successeur.
Éd. origin.
LV. — Tonance Ferréol, préfet des Gaules, — Sa famille originaire de la Narbonnoise première.
L'assistance des évêques de la Narbonnoise première aux conciles d'Arles, qui étoit la principale des villes qui restoient alors aux Romains dans les Gaules, prouve, à ce qu'il paroît, que la plupart des villes épiscopales de cette province étoient dans le même temps sous la domination de l'Empire & qu'elles n'avoient pas encore passé sous celle des Visigoths j il est certain d'ailleurs que la ville de Narbonne obéissoit dans ce temps-là aux Romains, 8c nous croyons en avoir une preuve pour celle de Nimes dans les lettres du célèbre Sidoine Apollinaire^. En effet, suivant ces lettres, Tonance Ferréol, préfet des Gaules, faisoit alors son séjour ordinaire aux environs de cette dernière ville, 8c il n'est pas vraisemblable que le premier officier de l'Empire dans ces provinces eût résidé dans un pays soumis aux Visigoths.
s. Léon, t. I, epiit. 77, p. 572.
' Ibid. epist. 5o.
' Labbe, Conciles, t. 4, c. io2j.
' Gallia Christiana , t. j, c. 771. — Tillemont, iur S. Rustique de Narbonne, p. 407.
' Sidoine Apollinaire, 1. 1 , 2 & 7.
An 4,-)i ^~
Ce préfet' étoit peut-être natif de Nimes : on sait du moins que sa famille avoit des biens considérables dans la Narbonnoise première St que quelquesuns de ses descendans étoient originaires de Narbonne. Il étoit par sa mère petit-fils d'Afranius Syagrius, préfet du prétoire, qui exerça ensuite la charge de consul^ en 38i 8t 382, St dont la famille n'étoit pas moins distinguée que celle de Ferréol par la noblesse & par les dignités. Ce dernier ne dégénéra pas de la vertu 8t de la gloire de ses ancêtres : il mérita d'être élevé à la charge de préfet des Gaules qu'il occupa durant trois années consécutives ; An 452 savoir : l'année 432 & les deux précédentes. Il s'attira ■', dans l'exercice de cette importante dignité, l'estime, l'affection & les applaudissemens des peuples, par le soin qu'il prit de les soulager & de diminuer les impôts dont ils étoient accablés. Il témoigna dans la suite son zèle pour les intérêts & les droits de son souverain en se portant pour accusateur contre Arvande, son successeur dans la préfecture des Gaules, coupable des crimes de péculat & de lèse-majesté. Sa modération, sa prudence, sa politesse 8c sa douceur qui le faisoient admirer, eurent plus de force pour éloigner Thorismond des portes de la ville d'Arles, que n'en auroit eu Aëce avec toutes ses troupes. Sidoine faisoit un cas particulier de sa piété; & c'est par estime autant que par respect qu'il mit dans le recueil de ses épîtres une lettre'^ qu'il lui avoit écrite, parmi celles qui étoient adressées aux evêques.
Ferréol faisoit sa demeure ordinaire dans une de ses maisons de campagne appelée Prusian (Prusianus), & située sur les bords du Gardon, dans le territoire de Nimes. La description qu'en fait Sidoine^, son allié, & la manière agréable avec laquelle il y fut reçu, nous font également connoître la beauté de la situation de ce lieu 8c la politesse de Ferréol, avec celle des peuples de cette partie de la Narbonnoise qui n'étoit pas encore soumise aux Visigoths. Sidoine l'éprouva dans le voyage qu'il fit à Nimes pour y voir cet ancien préfet 8c le sénateur Apollinaire, son parent. L'un Se l'autre, voulant avoir le plaisir de le loger 8c de le divertir, le menèrent dans leurs maisons de cam-
Éd. origin. na^ne, situées aux environs de cette ville : chacun l'invita tour à tour durant t. i, p. 194. r o '
sept jours; Ferréol dans sa belle maison de Prusian, 8c Apollinaire dans celle de Voroangus, où ils tâchèrent de l'amuser agréablement, tantôt par les jeux Se la bonne chère, tantôt par la promenade 8c le plaisir du bain, 8c enfin par la lecture Se la conversation, 8c cela avec tant de politesse 8c une si grande ouverture de cœur, que Sidoine fut charmé des témoignages de leur amitié 8c des soins qu'ils se donnèrent pour lui faire goûter tous les plaisirs de la campagne.
Ferréol avoit une autre maison de campagne vers les montagnes des Cévennes appelée Trévidon, où il se retira sur la fin de ses jours 8c avant l'an 470.
' Sidoine Apollinaire, I. I , e/>isf. 7 ; 1. 2, episf. 9; ^Lacarry, de Praefectis praetorio Galliarum ,