CV. — Famine le long du Rhône , en Aquitaine 6" ailleurs
Sidoine se voyant délivré des Visigoths, que les approches de l'hiver avoient obligés de se retirer, profita^ de leur éloignement pour faire un voyage du côté de Vienne & de Lyon. Il vit avec admiration, pendant son voyage, la charité de saint Patient, évêque de cette dernière ville, à l'égard de plusieurs provinces des Gaules dont les Visigoths avoient ravagé ou brûlé les moissons, ce qui avoit causé une famine presque générale dans l'Aquitaine, le lono- du Rhône, & même jusque dans le pays occupé par les Bourguignons. Saint Patient pourvut, durant cette famine, aux besoins d'une infinité de pauvres, à c[ui il fit distribuer gratuitement une grande quantité de blé, & il étendit ses charités jusques en Provence, 8c en particulier dans le diocèse de Valence & dans le Vivarais [Albenses) , pays qui étoient alors sous la domination des Bourguignons.
CVI. — Ètahlissement des Bourguignons le long du Rhône. — Ils se rendent
maîtres du Vivarais.
i'j.ori"m. Ces peuples-' qui avoient déjà étendu leur domination des deux côtés du
t. i,p. 220. p^^liône, étoient originaires de la Germanie, d'où, après s'être fait connoître dès la fin du troisième siècle par leurs fréquentes excursions en deçà du Rhin "*, ils s'étoient enfin établis dans les Gaules, à l'exemple des Visigoths, & à peu près dans le même temps. Ils avoient d'abord fixé leur demeure ^ dans la Germanie première, ou province de Mayence, à la gauche de ce fleuve. Après
' Sidoine Apollinaire, 1.3, epist. y; 1. .'î, cpisl. \6. ^ A. de ^'iilois, ut supra,
' Ibid. 1. 5, epiit. 6; 1. 6, epist. 6 & 12. — Gré- ' Marins d'Avenche, ChronUon. — TiUemont,
goire de Tours, Hist. 1. j, c. 24. Histoire ecclcsiasti(jue , art. 8 sur S. lupicin, &
' A. de Valois, Rcrum Francicarum 1. 1 & seq. art. 26 sur S, Sidoine.
quel(jue séjour clans ce pays, & avoir abandonné la religion catholique qu'ils professoient auparavant, pour embrasser l'arianisme, ils s'établirent entre le Rhône & les Alpes, par la cession que l'empereur Valentinien III leur fit, l'an 443, du pays qu'on appelle aujourd'hui Savoie. Ils choisirent alors Genève pour capitale de leur royaume, & étendirent peu à peu les limites de leurs États par la conquête qu'ils firent des pays voisins. L'empereur Anthème, avant besoin de leur secours contre les Visigoths qui menaçoient d'envahir toutes les Gaules, fit un traité avec eux. 8c leur céda, vers l'an 469, la ville de Lvon, où ils établirent le siège de leur Empire, & plusieurs autres villes ou pays situés au voisinage Se des deux côtés du Rhône, entre autres les diocèses de Vienne, de Valence St le Vivarais jusques à la ville de Vaison qui, par là, devint frontière de leurs États Se de ceux de l'Empire du côté de Provence '.
Telle étoit l'étendue de la domination des Bourguignons dans les Gaules, quand Sidoine^ entreprit le voyage de Lyon dont on vient de parler. Ce prélat eut occasion, pendant le séjour qu'il fit dans cette ville, à la cour du roi Chilpéric ou Hilpéric qui régnoit alors sur ces peuples, de rendre service au sénateur Apollinaire, son parent, qu'on avoit accusé auprès de ce prince d'avoir voulu livrer la ville de Vaison au nouvel empereur Népos. On croit ^ que ce sénateur, homme très-respectable par sa naissance & par sa vertu 8c dont nous avons parlé ailleurs, s'étoit retiré dans cette ville 8c y avoit établi son séjour depuis que celle de Nimes étoit tombée au pouvoir des Visigoths. Sidoine, ayant été informé de cette accusation, parla avec tant de force à Chilpéric pour la justification d'Apollinaire, qu'il dissipa entièrement les soupçons qu'on avoit donnés de la fidélité de ce sénateur à ce prince, qui lui rendit ses bonnes grâces Si sa bienveillance.
An 474
' Dans tous les cas, le Vivarais ne tarda pas à tomber entre les mains des Visigoths ; l'inscription suivante prouve qu'on y reconnaissait, en 496, l'autorité du roi Alaric.
Flic REQVIIS CET IN PAGE I A G D G M N O I. V S a V I VI X I T A N N V S XXX VI III ET DEES III OBIIT III K M A 1 A S XII REG DO M NI A L A R I G 1
Cette inscription est rapportée par Paradis, dans ses Inscription: chrétiennes du Vivarais, Bi/jltothèijue Je l'Ecole Ses Chartes, t. 14, p. ^><)ï. Rien d'ailleurs n'est plus difficile que de connaître exactement le sort de certaines parties du Languedoc
pendant les guerres qui signalèrent les cinquième & sixième siècles. Les historiens & les chroniqueurs ne nous rapportent que les faits généraux arrivés chaque année; mais comme, à cette époque, il n'y a pas encore d'histoires locales, ils n'indiquent que rarement le moment où telle cité frontière passa aux mains de l'un des rois barbares, visigoths ou franks. C'est ainsi que l'histoire de la partie septentrionale du Langi'edoc, pendant tout le sixième siècle, est très-difficile à suivre; on ne sait à quelle époque le Vivarais, le Vêlai, le Rouergue, le ' Gévaudan & même l'Albigeois appartiennent aux Franks ou aux Visigoths, surtout pendant le règne de Théodoric d'Italie 81 des fils de Clovis; les seuls documents sont les textes des conciles, où figurent les évèques de chaque pays, & ils font presque entièrement défaut pour la Septimanie alors arienne, ainsi que les inscriptions, si rares à cette époque. Quand ces deux sources de renseignements font défaut, on en est réduit à des conjectures. [A. M ]
' Sidoine Apollinaire, 1, 5, epist, 6 & 7.
' TiUemont, sur S. Sidoine.
An 47. 5
CVII. — Nouvelles négociations de paix entre les Romains 6- les Visigoths.
Sidoine, sur l'avis qu'il eut' à Lyon que les Visigoths, avec qui le questeur Licinien n'avoit pu conclure la paix, menaçoient l'Auvergne d'une nouvelle irruption, partit en diligence pour revenir à Clermont dont il craignoit que ces peuples n'entreprissent un nouveau siège. L'empereur^ Népos, de son coté, voulant conserver ce qui restoit à l'Empire dans les Gaules, ne se rebuta pas par les mauvais succès de la négociation de Licinien ; il en tenta une nouvelle dans laquelle il employa les principaux évêques de sa domination, savoir : Léonce d'Arles, Basile d'Aix, Fauste de Riez Se Grec de Marseille. Ces prélats furent trouver Euric, lui firent de nouvelles propositions, 8c lui offrirent de la part de l'empereur de renouveler avec lui l'alliance entre les Romains &c les Visigoths, à condition que ces derniers s'en tiendroient aux anciens traités &c qu'ils se renfermeroient dans les limites des pays qui leur avoient été cédés par l'Empire.
Pendant que ces évêques négocioient la paix avec Euric, l'Auvergne, quoique menacée & comme assiégée par les Visigoths, jouissoit^ d'une espèce de paix & profitoit de la liberté du commerce. On s'y tenoit cependant sur ses gardes ; car Euric souhaitoit extrêmement que Népos lui cédât ce pays avec tout celui qu'il avoit déjà conquis, afin de n'avoir plus aucun obstacle qui l'empêchât de terminer ses Etats par la Loire & par le Rhône; c'est à cette seule condition qu'il offroit la paix à l'Empire. Sidoine, informé d'une partie de ces négociations, crut qu'il étoit de son zèle pour la religion, & en particulier de son amour pour son diocèse, d'empêcher que l'Auvergne ne tombât sous la domination d'un prince hérétique dont l'attachement excessif à ses erreurs lui faisoit tout appréhender. Il écrivit"* sur cela à Basile d'Aix, un des négociateurs de la paix. Il lui recommanda les intérêts de la foi & le pria d'engager les autres plénipotentiaires, ses collègues, à faire insérer dans le traité, qu'il seroit permis aux villes de la domination des Visigoths de professer librement la foi catholique, & au clergé & au peuple de choisir ses ^Éd oiifjin. évêques^. Sidoine s'adressa principalement à Basile pour le prier d'insister fortement sur cet article, parce qu'il connoissoit l'amour de ce prélat pour la foi orthodoxe, dont il avoit donné des preuves par la réfutation solennelle qu'il avoit faite des argumens d'un évêque arien nommé Modhahaire.