CVIII. — Euric persécute les catholiques
Ce n'étoit pas sans raison que Sidoine demandoit la liberté de l'exercice de la religion catholique pour les anciens peuples soumis à Euric. Ce prince
' Sidoine Apollinaire, 1. 4, epist. 5; 1. 5, e/ii5f. 16. ''Sidoine Apollinaire, 1. 7, epist.\6; voir les
' Ihid. 1. 7, cpisî. 6 & 7. — Ennode, Vie de notes de Sinnond sur cet article, — Grégoire de
S. Epiphane, p. i665 & suiv. Tours, Hist. I. 2, c. 20.
' Sidoine Apollin.iive, 1. 7, epist. 6 & 7; 1. <;, * Sidoine Apollinaire, 1. 7, cpist. 6; voir les
epist. 3 & 5. notes de Sirmond sur cet article.
persécutoit ouvertement les catholiques de ses Etats, & son zèle pour l'arianisine étoit si outré que, suivant l'expression de cet auteur, il donnoit lieu de douter s'il cherchoit moins à étendre sa domination en soumettant les villes des Romains qu'à éteindre leur religion, & s'il n'étoit pas plutôt le chef de sa secte que le roi de sa nation. Son aveuglement étoit si grand, qu'il attribuoit k son amour pour la secte arienne l'heureux succès de ses entreprises & la prospérité de ses armes 5 tandis" que Dieu, par un secret de sa providence, se servait du faux zèle de ce prince, qui étoit en lui une marque de réprobation, pour purifier ses élus.
Euric, durant la persécution qu'il suscita contre les catholiques de ses États, fit emprisonner un grand nombre d'ecclésiastiques & fit souffrir la mort ou l'exil à quelques-uns. Il refusa de permettre de remplir le siège de plusieurs évêchés vacans; en sorte que plusieurs églises, & entre autres celles de Bordeaux, de Périgueux, de Rodez, de Limoges, de Gévaudan, d'Eause, de Bazas, de Comminges, d'Auch, & plusieurs autres demeurèrent longtemps sans évêques. Celle de Nimes se trouva aussi privée du sien, s'il est vrai ' que Chrocus, qui fut exilé avec l'évêque Simplice par ordre d'Euric, étoit évêque de cette ville ^; mais on n'a aucune preuve bien certaine du siège de ces deux prélats, quoiqu'il paroisse assez vraisemblable que le dernier étoit le saint évêque de Bourges de ce nom. Euric fit encore boucher d'épines les portes des églises dans l'espérance d'éteindre la religion dans les cœurs des fidèles, par la difficulté de fréquenter les assemblées ecclésiastiques autant que par la disette des ministres du Seigneur : si bien qu'on voyoit la plupart des églises de la campagne Se des villes ou désertes ou à demi ruinées, & quelques-unes servir même de retraite aux animaux. Telle est la peinture que Sidoine nous a laissée de la triste situation des églises catholiques soumises aux Visigoths, dans le temps qu'il écrivit à Basile d'Aix pour l'exhorter à obtenir d'Euric le libre exercice de la foi orthodoxe^.
Ce saint évêque de Clermont ignoroit alors qu'un des articles sur lequel ce prince insistoit le plus, 81 sur lequel les évêques négociateurs de la paix étoient prêts de se relâcher, regardoit la cession de l'Auvergne. Il fut d'autant plus sensible à l'avis qu'on lui en donna quelque temps après, qu'il ne craignoit rien tant que de tomber entre les mains de ce prince hérétique, surtout après la résistance opiniâtre de la ville de Clermont pendant le dernier siège qu'elle avoit soutenu. La crainte qu'Euric ne s'en vengeât sur les habitans fut cause qu'il fit les derniers efforts pour détourner les évêques plénipotentiaires de céder l'Auvergne aux Visigoths. Il écrivif^ sur cela à Grec de Marseille, l'un des principaux, pour lui représenter combien les Auvergnats avoient sujet d'appréhender qu'on n'accordât la paix aux autres provinces romaines des
' Notes de SirmonJ sur Sidoine Apollinaire , Ce prélat, d'ailleurs bien renseigné, & dont les
p. 124. ouvrages ont une grande valeur historique, était
" Voyez tome II, Note XXIV. trop intéressé dans la question pour ne pas être
' Il faut, sur ce fait particulier, se garder d'at- soupçonné d'un peu d'exagération [A. M.]
tribuer une foi entière au témoignage de Sidoine. ^ Sidoine Apollinaire, 1. 7, epiit. 7.
An
Gaules aux dépens de leur liberté 5 que la seule pensée de devenir les sujets d'Euric leur faisoit horreur, 8c qu'ils préféreroient la guerre à une telle paix. Il ajoute que ces peuples ne méritoient pas un pareil traitement, après avoir sacrifié leurs biens & leurs vies, & s'être réduits à la dernière extrémité pour la défense commune; & qu'enfin si cet article passoit, ils abandonneroient plutôt le pays que de se voir exposés à la fureur d'un roi aussi intraitable St aussi violent que ce prince.