‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 360 sur 553 · XVII. — Nouveaux différends entre Alaric £- Clovis · texte numérisé non relu

XVII. — Nouveaux différends entre Alaric £- Clovis

L'exil 8c la mort de saint Volusien affligèrent sans doute d'autant plus le roi Clovis, que le désir que ce saint évêque avoit témoigné trop ouvertement de passer sous sa domination avoit occasionné l'un 8c l'autre. Ce fu.t là peut-

■ Grégoire de Tours, Hist. 1. 2, c. 26; 1. 10, torzième siècle que les Bénédictins analysent à ce

c. 3i . propos. [A. M.]

' IbiJ. ' Voyez tome II, Chartes & Diplômes, la pièce

' Voir Tillemont sur saint Perpet de Toun, H'is- n. II. — Catel, Mémoires Je l'histoire du Languedoc,

toire ecclésiastique, t. 16. p. 476 & suiv.

' Grégoire de Tours disant que son prédécesseur ' Voyez tome II, Chartes & Diplômes, la pièce

moicrut à Toulouse, & cet auteur étant naturelle- n. II.

ment parfaitement renseigné sur l'histoire de son ' Grégoire de Tours, Hist. 1. 2, c. 26; 1. 10,

église, nous pensons qu'il ne faut pas attacher c. 3i ; voir les notes de dom Ruinart sur ce sujet.

grande importance au témoignage de l'acte du qua- — Fie de S. Volusien, p. y3.

An ^98

être l'origine des différends qui s'élevèrent bientôt après entre ce prince & le roi Alaric. Ce dernier, de son côté, conservoit un vif ressentiment de la fierté & des menaces de Clovis dans l'affaire de Syagrius, qu'il avoit été forcé de lui livrer; jaloux d'ailleurs de la. prospérité des armes de ce prince & de la nouvelle réputation de valeur qu'il s'étoit acquise dans la fameuse bataille de Tolbiac où il avoit vaincu les Allemans, mais surtout de l'affection que tous les Gaulois catholiques avoient pour lui, il ne cherclioit qu'un prétexte de rompre les foibles liens d'amitié 8c d'union que leur commune alliance avec Théodoric, roi d'Italie, pouvoit avoir formés entre eux. Alaric avoit reçu depuis peu divers sujets de mécontentement de la part de Clovis, sur lesquels il souhaitoit d'avoir des éclaircissemens. Il lui envoya à ce sujet une ambassade ' solennelle; mais l'accueil fier & hautain que ce prince fit aux ambassadeurs visigoths & les réponses piquantes qu'il leur donna ne servirent qu'à indisposer davantage Alaric, qui, croyant ne devoir plus user de ménagement envers un roi qui le traitoit avec tant de hauteur, lui déclara la guerre, résolu de se venger des affronts Se des sujets de chagrin qu'il en avoit reçus. Après cette déclaration, il assembla ses troupes pour attaquer les François, tandis que Clovis, de son côté, se mit en état de défense.

XVIII. — Théodoric, roi d'Italie, s'emploie pour accorder les rois Alaric

&• Clovis.

Dans cette disposition de haine 8c de vengeance entre ces deux rois que les flatteurs 8t les esprits remuans, qui ne manquent jamais à la cour des princes, n'entretenoient que trop, les peuples s'attendoient à une guerre sanglante de part 8c d'autre, lorsque le roi Théodoric, à qui son âge Si son alliance avec ces deux princes donnoit sur eux une espèce d'autorité, informé de leur animosité & de leurs préparatifs de guerre, interposa sa médiation pour les mettre d'accord. Ce roi tenoit alors la place d'empereur en Occident, quoiqu'il eût refusé d'en prendre le titre, 8c en cette qualité, il se regardoit peut-être comme l'arbitre des différends qui s'élevoient entre les souverains des provinces auparavant soumises à cet empire. Il avoit d'ailleurs un intérêt particulier de ménager les intérêts des Visigoths, ses principaux alliés, ses anciens compatriotes, 8c qui professoient l'arianisme comme lui. Théodoric fit partir^ d'abord deux ambassadeurs, qu'il envoya au roi Alaric, avec une lettre pour ce prince conçue en ces termes : « Vous ne devez pas tellement compter sur « le nombre de vos troupes 8c sur celui des victoires qu'elles ont déjà rempor- « tées que vous n'ayez à craindre le sort des armes toujours incertain 8c doute teux; d'ailleurs, vos soldats n'ont pas été exercés depuis longtemps; vous « devez vous donner de garde de vous abandonner au ressentiment. On ne « défend jamais mieux ses droits que par la modération, 8c il est toujours « temps d'avoir recours aux armes lorsqu'on ne peut obtenir justice par d'autres

' Cassiodore, 1. 3, ep'ut. i & 4. ' Cassiodore, 1. 3, eplst. 1,

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. V. Si/ ""77^^

« voies; attendez donc que j'aie envoyé mes ambassadeurs au roi des Fran-

« çois Se que j'aie tenté d'accommoder vos différends par l'entremise des amis

« communs. Je serois très-fâclié de voir qu'entre deux rois qui me sont égale-

n ment alliés, l'un s'agrandît au préjudice de l'autre. Au reste, dans tous vos

« démêlés, Clovis n'a ni répandu le sang des Visigoths, ni envahi leurs pro-

« vinces ; comme vos différends ne proviennent que de quelques paroles dont

« vous vous plaignez, on peut aisément vous concilier par l'entremise des

« princes que je proposerai pour arbitres, 8c en particulier par celle de Gon- ,'''^°''?3'5

« debaud, roi des Bourguignons, que mes ambassadeurs ont ordre d'aller

« trouver après avoir été instruits de vos propres dispositions 8c vous avoir

« fait savoir les ordres dont je les ai chargés, 8cc. » Théodoric finissoit sa

lettre par assurer Alaric qu'en cas que les voies de pacification qu'il proposoit

fussent inutiles, il pouvoit compter sur son secours &c sur son attachement à

ses intérêts.

Les envoyés de Théodoric s'étant acquittés de leur commission auprès du roi des Visigoths, passèrent, suivant leurs instructions, à la cour de Gondebaud, roi ' des Bourguignons, pour remettre à ce prince une lettre du roi, leur maître, dans laquelle, après lui avoir marqué sa peine sur les différends des deux rois des François &c des Visigoths, ses proches 8c ses alliés, 8c avoir ajouté qu'il avoit résolu d'en prévenir les funestes suites, il l'exhortoit de joindre sa médiation à la sienne pour la réconciliation de ces deux princes dont ils avoient un intérêt commun d'assoupir les querelles, dans la crainte de les voir tourner au préjudice des Goths 8c des Bourguignons. Les mêmes ambassadeurs étoient encore chargés de communiquer de vive voix à Gondebaud quelques autres instructions qui ne sont pas venues jusqu'à nous.

De la cour du roi- des Bourguignons ces ambassadeurs passèrent à celles des rois des Hérules, des Warnes 8c des Thuringiens, peuples germains qui ■ habitoient au delà du Rhin. Théodoric écrivoit à ces princes pour les engager à entrer dans la négociation de paix entre Clovis 8c Alaric 8c les prier de joindre leurs ambassadeurs à ceux de Gondebaud Se aux siens qui iroient ensemble à la cour de Clovis pour lui persuader de ne rien entreprendre contre les Visigotlis 8c de faire satistaction à Alaric suivant le droit des gens, s'il ne vouloit s'attirer leurs armes communes. Théodoric n'oublia rien pour faire comprendre à ces rois germains que c'étoit la seule voie pour prévenir les suites funestes de la division entre les deux rois 8c qu'ils dévoient se joindre avec lui pour travailler à les réconcilier, tant en reconnoissance des obligations qu'ils avoient au roi Euric, qui les avoit toujours protégés 8c secourus contre les François, leurs voisins, que pour leur propre avantage; leur faisant entendre que si Clovis venoit à vaincre Alaric, ils ne pourroient éviter d'être à leur tour les victimes de l'ambition de ce roi victorieux. 11 y a lieu de croire que ces princes germains, touchés des raisons de Théodoric, entrèrent dans ses vues Se qu'à sa sollicitation, ils envoyèrent, de même que

' Cassiodore, 1. 3, epist. z. ' Cassiodore, 1. 3, epist. 3,

An 498

Éd. orij^in.

Gondebaud, leurs ambassadeurs à Clovis pour tâcher de le porter à donner satisfaction à Alaric.

Les ambassadeurs de Théodoric, étant allés ensuite à la cour du roi des François, lui remirent ' une lettre de ce prince, dans laquelle il marquoit à Clovis, avec toute la liberté d'un souverain, la tendresse d'un père & la confiance d'un allié, « qu'il croyoit devoir lui représenter qu'il étoit surpris que « pour un différend aussi léger que celui qu'il avoit avec Alaric, il voulût « éprouver le sort des armes dont le succès est toujours incertain, & dont « leurs ennemis communs ne manqueroient pas de profiter. Vous êtes tous « deux, continue-t-il, à la fleur de votre âge & vous régnez paisiblement sur « deux puissantes nations; vous risquez l'un Se l'autre d'affoiblir vos Etats « ou de les ruiner entièrement pour une bagatelle. La voie des arbitres com- « muns pour terminer vos différends convient beaucoup mieux à des alliés « que celle des armes 5 faut-il qu'une ambassade qui n'a pas réussi vous « engage à vous déclarer la guerre? Abandonnez-en donc le dessein, si vous « ne voulez m'accabler de douleur. Au reste, je vous avertis, comme votre « père &. comme votre ami, que je me déclarerai contre celui des deux qui « refusera de déférer à mes conseils. C'est pourquoi j'envoie à votre excellence « les mêmes ambassadeurs qui ont déjà été à la cour d'Alaric, votre frère, « pour vous engager l'un Si l'autre à vous en rapporter à la décision des amis « communs. »

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