‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 362 sur 553 · XX. — Union d'Alaric avec Gondebaud, roi des Bourguignons · texte numérisé non relu

XX. — Union d'Alaric avec Gondebaud, roi des Bourguignons

On peut dire que si la crainte des armes victorieuses de Clovis suspendit la vengeance d'Alaric contre ce prince & l'obligea de s'accommoder avec lui, du moins pour quelque temps, l'appréhension que ce roi des François eut à son tour de s'attirer celles de Théodoric, roi d'Italie, allié &. protecteur des Visigoths, l'empêcha d'attaquer ces peuples 8c l'engagea à terminer plus tôt qu'il n'auroit fait, ses différends avec Alaric. Clovis avoit d'ailleurs intérêt de ne pas multiplier ses ennemis, dans le dessein qu'il avoit alors de profiter de la division qui étoit entre les princes bourguignons. Il suspendit donc le projet qu'il avoit formé de soumettre à sa domination les provinces des Gaules possédées par les Visigoths 8c attendit une occasion plus favorable ou un prétexte plus plausible pour l'exécuter.

Gondebaud, l'un de ces rois bourguignons, étoit fils de Gunduic qui, avec sa nation, s'étoit établi à Lyon 8c des deux côtés du Rhône 8c de la Saône, comme nous l'avons dit ailleurs. Il avoit ^ d'abord partagé avec trois de ses frères les États de leur père; mais deux d'entre eux, appelés Chilpéric 8c Godomar, lui ayant déclaré la guerre, il s'étoit d'abord saisi de leurs personnes, les avoit fait mourir 8c avoit ensuite envahi leur portion. Il jouissoit tranquillement du fruit de son crime dans la ville de Lyon, alors capitale de ses États, lorsque Godegisile, son troisième frère, qui régnoit dans le pays qui lui étoit échu en partage aux environs de Genève, craignant que ce prince, dont les forces étoient beaucoup supérieures aux siennes, n'usât de la même cruauté à son égard, crut devoir prendre des mesures 8c se prémunir contre ses entreprises. Il fit proposer secrètement à Clovis qu'il se rendroit son tributaire, s'il vouloit l'aider à s'emparer des États de Gondebaud, son frère. Clovis, charmé de trouver une occasion d'étendre sa domination, embrassa celle-ci avec joie 8c déclara la guerre à Gondebaud qui, ne pensant à rien moins qu'à la trahison de son frère Godegisile, le sollicita fortement de' suspendre la poursuite de leurs différends particuliers 8c de joindre leurs armes pour défendre leurs États contre les entreprises de leurs ennemis. Godegisile se joignit effectivement avec Gondebaud ; mais à la première rencontre des François 8c des Bourguignons sur la rivière d'Ousche, près du

' Voyez tome II, f/ote LX. Procope, de Bello Gothico , 1. i. .- Frédégaire,

' Grégoire de Tours, Hiit. 1. 2, c. Si & seq. — Epitome, c. a3 & seq.

An 498

An 5oo

An aoo

château de Dijon , le premier étant passé avec ses troupes du côté de Clovis, Gondebaud fut entièrement défait.

Celui-ci, ayant pris le parti de la fuite après sa défaite, se retira à l'extrémité de ses États & se jeta dans Avignon, où Clovis le poursuivit & l'assiégea, tandis que Godegisile s'empara de Vienne & des autres Etats des Bourguignons, situés le long du Rhône &, par conséquent, du Vivarais qui faisoit partie du royaume de Gondebaud. Ce dernier, se voyant sans ressource & vivement pressé dans Avignon par les troupes françoises qui en faisoient le siège, eut recours à une ruse qui lui réussit. II fit sortir de la place Arédius, son confident, homme d'esprit & d'intrigue, qui se rendit à Clovis comme Éj.orisin. un transfugc & agit si bien auprès de lui, qu'il lui persuada de lever le siège d'Avignon qui tiroit en longueur 8c de se contenter d'un tribut annuel que Gondebaud promettoit de lui payer. A cette condition, Clovis abandonna le siège de cette place, leva le camp &. se contenta de laisser dans le pays, pour la sûreté de Godegisile, un corps de cinq mille François; mais Clovis fut à peine sorti des Etats des Bourguignons, que Gondebaud, s'étant mis en campagne, entreprit d'assiéger son frère dans la ville de Vienne, dont il se rendit maître à la faveur d'un aqueduc. La garnison fut passée au fil de l'épée, & Godegisile, s'étant réfugié dans une église arienne où il comptoit de trouver un asile, eut le malheur d'y être misérablement massacré. Les troupes françoises que Clovis avoit laissées à ce prince infortuné, se trouvant hors d'état de se défendre, se jetèrent dans une tour de la même ville où elles se rendirent enfin à discrétion. Gondebaud, après avoir défendu de leur faire aucun mal, les envoya à Toulouse, au roi Alaric, pour être reléguées dans les États de ce prince, ce qui augmenta les sujets de division qui étoient déjà entre ce roi des Visigoths & Clovis, qui le soupçonna d'être d'intelligence avec Gondebaud.

XXL — Ligue de Théodoric avec Clovis contre les Bourguignons. — Conquête de plusieurs places du côté du Rhône par le premier.

An Soi

Gondebaud", se voyant seul Se paisible possesseur de tout ce qu'on appeloit alors le royaume des Bourguignons, refusa bientôt après le tribut annuel qu'il avoit promis de payer à Clovis, ce qui alluma une nouvelle guerre entre ces deux princes. Théodoric, roi d'Italie, prit le parti du François durant cette guerre, plutôt par politique que par aucun dessein de nuire au Bourguignon qui étoit son allié, car Sigismond, fils de Gondebaud, avoit épousé sa fille Ostrogothe. Théodoric, prévoyant donc que si Clovis devenoit maître de tout le pays des Bourguignons, il auroit beaucoup à craindre & pour ses États & pour ceux des Visigoths, ses alliés, usa de stratagème, &, dans la vue d'engager seul le roi des François dans une guerre ou il l'abandonneroit s'il étoit vaincu, ou partageroit avec lui ses conquêtes s'il étoit vainqueur, il lui pro-

■ Grégoire de Tours, Hiu. 1. 2, c. 33. — Procope, de Bello Gothlco, p. lyS & seq.

An 5oi

posa une ligue contre Gondebaud qu'il offrit d'attaquer d'un côté, tandis que les François lui feroient la guerre de l'autre. Théodoric mit pour principale condition de son traité qu'il partageroit avec Clovis toutes les conquêtes qu'ils feroient durant cette guerre, & que si l'armée de l'un attaquoit plus tard les Bourguignons que celle de l'autre, ils partageroient également leurs conquêtes, moyennant une somme payable par celui qui arriveroit le dernier.

Clovis, ayant accepté ces conditions, 8c comptant que Théodoric ne manqueroit pas d'attaquer Gondebaud du côté des frontières d'Italie, marcha de bonne foi avec toutes ses forces contre ce prince. Mais Théodoric, qui ne cherchoit qu'à tromper le roi des François 8c à l'amuser, ayant assemblé lentement son armée, différa sous divers prétextes de la faire marcher. Ne pouvant enfin tarder davantage, il ordonna secrètement à ses généraux de la conduire de manière qu'avant leur entrée dans les Gaules ils pussent être instruits du succès de la guerre de Clovis contre Gondebaud, 8c se déterminer ou à revenir incessamment sur leurs pas, si ce dernier venoit à vaincre, ou à aller joindre le premier si l'autre étoit vaincu, pour demander l'exécution de leur traité.

Les généraux de Théodoric exécutèrent ponctuellement ses ordres. Ayant appris, avant leur arrivée en deçà des Alpes, que Gondebaud avoit été entièrement défait par Clovis, qui s'étoit emparé d'une grande partie des États de ce prince, ils se hâtèrent de l'aller joindre pour lui demander de partager avec lui les fruits de sa victoire, conformément à son traité avec le roi, leur maître. Clovis se plaignit d'abord de la lenteur de leur marche ; mais ces officiers s'étant excusés sur la difficulté des chemins 8c ayant offert de lui compter la somme dont il étoit convenu, il n'osa refuser l'exécution du traité 8c, en conséquence, leur livra une partie du pays conquis sur les Bourguignons dont ces généraux prirent possession au nom de Théodoric. Par là, ce roi d'Italie acquit plusieurs places dans les Gaules, sans coup férir 8c sans avoir répandu une seule goutte de sang de ses sujets. On ignore le nom 8c la situation de ces places; mais il y a apparence qu'elles étoient entre le Rhône 8c la Durancej car nous voyons que la ville d'Avignon qui, en 5oo, étoit sous la domination de Gondebaud, avoit passé, six ans après, sous ' celle des Visigoths, à qui Théodoric l'avoit peut-être cédée avec quelques autres du voisinage. C'est ainsi que Clovis, s'étant mêlé dans la querelle des deux rois Éd. origin. bourguignons, profita de cette occasion pour étendre sa domination dans les Gaules, 8c que cette guerre fut une nouvelle source de division entre lui 8c Alaric. Ce dernier fit^ quelque temps après, à ce qu'il paroît, un voyage en Espagne 8c assista peut-être aux jeux du cirque qu'on célébra à Saragosse l'an 504.

Page 1