‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 363 sur 553 · XXII. — Exil de saint Césaire d'Arles · texte numérisé non relu

XXII. — Exil de saint Césaire d'Arles

Il paroît que Gondebaud s'accommoda dans la suite avec Clovis, qu'il régna paisiblement 8c qu'il devint même suspect à Alaric. On accusa, en effet,

■ Concile d'Agde, Recueil des Conciles, t. 4. ' Victor de Tune, Chronicon, appendix.

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auprès de celui-ci, saint Césaire, évêque d'Arles, de favoriser les Bourguignons & d'avoir voulu soustraire sa ville de l'obéissance des Visigoths pour la remettre aux premiers dont il étoit né sujet.

Ce saint prélat, natif de Châlons-sur-Saône, avoit ' été d'abord moine dans le monastère de Lérins, d'où on l'avoit tiré pour succéder à saint ^ Eon dans le siège épiscopal d'Arles. Son éminente piété & son exactitude à remplir ses devoirs lui attirèrent des envieux, 8c entre autres Licinien, son propre secrétaire, qui l'accusa auprès- d'Alaric d'avoir voulu livrer aux Bourguignons, ses anciens maîtres, sa ville épiscopale avec son territoire^. Quoique Césaire, toujours occupé ou à remplir ses devoirs envers son souverain, ou à demander à Dieu la paix des nations, fût incapable d'une telle action, les soupçons qu'on donna à Alaric firent tant d'impression sur l'esprit de ce prince que, sans s'informer de la vérité du fait, ni respecter la dignité & la sainteté de cet évêque, il l'envoya en exil à Bordeaux. Dieu ne le laissa pas longtemps dans l'oppression. Un incendie considérable qui arriva dans la même ville & dont il arrêta le progrès par ses prières, suivant l'auteur de sa Vie, donna bientôt occasion

de faire connoître son innocence. Alaric, qui en fut informé, le rappela de

An 5o5 son exil l'an 5o5, 8c ordonna en même temps que son calomniateur seroit'* lapidé. Le saint, ayant appris avec la nouvelle de son rappel l'ordre donné pour la punition de Licinien, fut en diligence se jeter aux pieds de ce roi 8c lui demanda grâce pour le coupable, ce qu'Alaric ne put lui refuser. Césaire retourna ensuite à Arles, où il fut reçu avec une joie universelle de tout son peuple dont il étoit la consolation Se l'appui 5 il continua à l'édifier autant par la sainteté de sa vie que par la solidité de ses discours.

XXin. — Usage des langues grecque & latine conservé dans la Province.

Ce saint prélat ^ signala entre autres son amour 8c son zèle pour son église par le soin qu'il prit d'y rétablir l'ancienne discipline qui s'étoit déjà affoiblie depuis l'irruption des barbares. Parmi les usages qu'il introduisit ou, pour mieux dire, qu'il renouvela, un des plus remarquables fut celui d'obliger tous les laïques qui assistoient à l'église de chanter à haute voix, à l'exemple des clercs, les psaumes, les hymnes 8c les cantiques, les uns en grec 8c les autres en latin, afin d'appliquer par là leur esprit à la sainteté des offices divins 8c le détourner de toute autre occupation. Cette pratique, qui s'observoit'^ aussi dans les églises voisines d'Arles, nous fait comprendre que l'usage des langues grecque 8c latine étoit encore commun parmi le peuple de nos provinces au commencement du sixième siècle. Cette dernière langue y subsista encore longtemps; mais le commerce des Provinciaux avec les Visigoths, les Bour-

' Cyprianus, Vita S, Caesani ^ Acîa sanctorum ^ Ep'ist. Rurict ad Caesarlum , t. 4 des Conciles,

ordinis S, Benedlcti, t. 1, p. 662 & seq. c. 1400.

' Gallia Christiana, nov. edit. t. ] , c. 534. ' Cyprianus, l^ita S. Caesarii.

' liid. ^ S. Augustini Serm. Appendix, 284.

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guignons, les François & les autres peuples barbares, dont ils étoient sujets, en altéra si fort la pureté, qu'il se forma enfin une nouvelle langue qu'on appela langue romane, dont nous aurons occasion de parler ailleurs avec plus d'étendue. La séparation des Visigoths ariens d'avec les anciens peuples catholiques de la Province dans les exercices de leur religion contribua beaucoup à conserver l'usage de la langue latine dans ce que l'on appelle aujourd'hui le Languedoc, plus longtemps que dans les autres provinces des Gaules; car, quoique sous le règne d'Alaric l'arianisme fût la religion dominante dans tous les États de ce prince, les anciens peuples du pays se conservèrent néanmoins dans la pureté de la religion catholique qu'ils exercèrent librement. On fonda même, sous le règne des rois visigoths ariens 8t dans leurs Etats, plusieurs monastères célèbres, entre autres celui d'Arles, iondé par saint Césaire pour sa sœur sainte Césarie, ceux de Saint-Gilles, dont nous parlerons dans la suite. Se de Saint-Maixent, en Poitou.

XXIV, — Saint Maîxent, natif de la ville d'Agde.

Le saint qui donna son nom à ce dernier monastère naquit à Agde d'une famille des plus considérables du pays & reçut le nom à'Adjutor di\x baptême. Ses parens confièrent le soin de son éducation à Sévère, abbé d'un monastère de la même ville, 8t ce fut sous la discipline de cet abbé qu'Adiutor ' se rendit Éd.origin. capable d'entrer dans l'état ecclésiastique. Les progrès étonnans qu'il fit dans l'étude & surtout dans la piété, sous la conduite de ce sage St habile maître, firent juger qu'il occuperoit un jour le siège épiscopal de sa propre ville. Il en sortit cependant, moins pour se soustraire à l'envie de certains mauvais esprits qui le décrioient que pour se dérober à l'estime que le public faisoit de sa vertu. Sa sortie fut suivie, suivant l'auteur de sa Vie, d'une sécheresse générale qui dura aux environs de la ville d'Agde pendant deux années qu'il fut absent, 8c qui ne cessa qu'après son retour dans sa patrie, où il fut ramené par ses parens & ses concitoyens qui avoient été le chercher.

Adjutor, ennemi de tout ce qui pouvoit flatter la vanité, abandonna une seconde fois sa patrie, après avoir distribué ses biens aux pauvres. Si se retira dans un monastère de Poitou où il fut reçu avec joie par Agapit, homme respectable par la pureté de ses mœurs, qui en étoit alors abbé. Pour mieux se dérober à la connoissance des hommes, il changea alors son nom d'Adjutor en celui de Maixent; mais son mérite le fit ensuite élire abbé du même monastère où il mourut le 26 de juin de l'an 5i5, dans la soixante-huitième année de son âge. Dieu fit éclater sa sainteté par un grand nombre de miracles avant & après sa mort. Son monastère, qui subsiste encore aujourd'hui dans le diocèse de Poitiers, prit depuis son nom. Nous verrons dans la suite le cas que le roi Clovis faisoit du mérite de ce saint abbé 81 la bienveillance dont il l'honoroit.

' Vita S. Maxentù, Acta sanctorum ordinii sancti Bcnedut:, t. i, p. ôyS & seq. — Bollandistes, 26 juin.

An 5o5

XXV. — Exil de saint Eugène, évêque de Carthage, à Albi. — Sa mort dans le voisinage de cette ville.

On prétend que saint Eugène, évêque de Carthage, fut fondateur d'un autre monastère dans les États des Visigoths &. dans le pays d'Albigeois, au commencement de ce siècle ou sur la fin du précédent. Ce saint évêque', célèbre par la sainteté de sa vie Si l'exil qu'il avoit déjà souffert pour la défense de la foi catholique, sous le règne 8c la persécution d'Hunnéric, roi des Vandales d'Afrique, fut condamné vers l'an 497^, suivant les uns, ou l'an 504, selon les autres 5, par Thrasamond, fils & successeur de ce prince, à un nouvel exil dans les États du roi Alaric qui professoit comme lui l'arianisme, 8c qui lui assigna la ville d'Albi pour sa demeure ordinaire. Saint Eugène, après s'être rendu dans le lieu de son exil, sa principale consolation fut de pouvoir visiter souvent le tombeau de saint Amarant qui avoit souffert le martyre dans le même pays, sous la persécution de Dèce'*. Ce tombeau, que les miracles que Dieu y opéroit 8c la piété des fidèles rendoient également respectable, étoit situé dans un lieu d'Albigeois appelé alors Viantium 8c aujourd'hui Vieux, qui n'est plus qu'un village situé sur la petite rivière de Vère, environ à quatre lieues au nord-ouest de la ville d'Albi, Se à deux au nord de celle de Gaillac. Saint Eugène trouvoit d'autant plus de consolation à visiter le tombeau de saint Amarant, que ce saint martyr avoit souffert la mort pour la confession de Dieu le Père, 8c qu'il souffroit lui-même l'exil pour la défense de la divinité de Dieu le Fils. Sur la révélation qu'il eut du jour de sa mort 8c de l'honneur qu'on feroit à ses ossemens de les inhumer auprès de ceux de saint Amarant, il partit aussitôt pour le lieu de Vieux 8c, à son arrivée k la grotte où étoit le tombeau du saint, s'étant prosterné, il fit une longue prière après laquelle il rendit son âme à Dieu, sous le consulat de Théodore^ ou l'an 5o5, après un exil de sept à huit ans.

Les peuples du pays^ eurent soin de sa sépulture 8c, par respect pour sa sainteté, ils inhumèrent son corps dans la même grotte où étoit le tombeau de saint Amarant. Celui de saint Eugène devint célèbre dans la suite par les miracles que Dieu y opéra pour la manifestation de sa sainteté 8c la récompense des travaux qu'il avoit soufferts pour la foi. Un des principaux, que rapporte saint Grégoire de Tours, fut la guérison d'une fille dont la main étoit devenue immobile en voulant la lever sur le tombeau du saint, pour nier

' Victor Vitensis, Historia persécutions s Vandali- tantinople en 483. Il a laissé deux ouvrages inti-

cac, part. 2, c. 8. — Gennade, c. 97. — Grégoire de tulés : Historia persecutionis Vandalicae & les Acta

Tours, Hïst. 1. 2, c. 3, & de Gloria murtyrum, I. 1 , S. Eugenil; ce sont probablement ces sources que

c. 58. — BoUandistes, juillet, t. 3, p. 487 & suiv. Grégoire de Tours a employées; mais il faut re-

' Tillemont, art. 47 & note 18 sur S. Eugène. connaître qu'il n'en a pas moins commis de nom-

' Psgi, Critica, ad ann. 495, n. 8. breuses erreurs, particulièrement dans la chrono-

' Le témoignage invoqué ici par les Bénédictins logie des rois vandales. [A. M.]

est celui de Victor, évêque de Vite, en Byzacène, ' Victor de Tune, Chronicon.

qui fut exilé par les Vandales & se réfugia à Cons- ^ Grégoire de Tours, ut supra.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. V. SiS — TT""

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avec serment un vol dont elle étoit coupable. Saint Eugène, quoique postérieur à saint Amarant, fut regardé &. honoré dans la suite comme patron principal de l'église de Vieux. On célèbre sa fête, dans le diocèse d'Albi, le 6 de septembre.

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