‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 371 sur 553 · XL. — Siège de Carcassonne par Clovis · texte numérisé non relu

XL. — Siège de Carcassonne par Clovis

Clovis, après s'être assuré de Toulouse, s'avança dans la Narbonnoise première 81 alla mettre le siège devant^ Carcassonne dont il souhaitoit extrêmement de se rendre maître, tant pour s'enrichir des trésors que les Visigoths y avoient enfermés, que pour se faciliter, par cette prise, l'exécution du dessein qu'il avoit de soumettre entièrement toute cette province, d'étendre par là sa domination depuis les Pyrénées jusquesau Rhône 8tde passer ensuite en Provence pour achever la conquête de tout ce que les Visigoths possédoient dans les Gaules; mais, ayant été arrêté plus longtemps qu'il n'avoit cru à ce siège, autant par la vigoureuse résistance des assiégés que par la forte situation de la place, il ne put exécuter ces vastes projets 3.

XLI. — Prise de Narbonne par Gondebaud, &» d'une partie de la Narbonnoise par Thierri. — Fuite de Gésalic à Barcelone.

Il s'en fallut peu, cependant, que le succès ne répondît à l'attente de ce prince; car, tandis qu'il étoit occupé au siège de Carcassonne, Thierri ■♦, son fils, joint avec Gondebaud, roi des Bourguignons, continuoit de son côté ses conquêtes dans les provinces des Visigoths^ situées le long de la Loire Se du

' Jornandès, de Bello Gotkico, c. 47. en mettant de côté cette partie légendaire, il est

' Procope, 1. I, p. 177. clair & s'accorde parfaitement avec celui de Gré-

' A première rue & en l'absence de tout autre goire de Tours, qui, en aucun cas, n'a pu employer

témoignage, le récit de Procope doit être regardé ses oeuvres. [A. M.|

comme suspect; d'autant plus qu'il y mêle l'éter- ' Frédégaire, Epitome, c. 25 & seq. — Sigebert

nelle fable des trésors de Salomon dont le souveni r de Gembloux, Chronicon. — Aimoin, 1. r , c. 22.

a si longtemps subsisté au moyen âge. Toutefois, ' Frédégaire, ut supra.

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An 5o8 ~

Rhône. Thierri, s'étant ensuite étendu vers les côtes de la mer Méditerranée en deçà du Rhône ou bas Languedoc, s'empara de la plupart des places de ce pays 8c mit par là Gondebaud en état d'aller assiéger' le roi Gésalic dans Narbonne. Celui-ci qui étoit, à ce qu'on prétend, naturellement paresseux 8c incapable de commander, se voyant hors d'état de résister, prit le parti d'abandonner la place 8c se retira honteusement à Barcelone, après avoir perdu beaucoup de monde, soit dans ce siège ou plutôt dans une bataille qu'il livra, ce semble, à Gondebaud, avant que ce dernier entreprît le siège de Narbonne.

Il y a cependant lieu de croire^ que la fuite ou la retraite de Gésalic, au delà des Pyrénées, fut moins un effet de sa lâcheté ou de sa déroute, qu'une suite de ses liaisons avec Clovisj car il paroît que, ne pouvant se maintenir dans les Gaules contre les armes de ce prince jointes à celles des Bourguignons, il lui abandonna ce que les Visigoths possédoient en deçà des Pyrénées, 8c qu'il se retira en Espagne dans l'espérance de se soutenir sur le trône sous la protection des François. Ce qu'il y a de vrai , c'est que Gésalic se ligua -^ avec Clovis contre Théodoric, aïeul &c tuteur du jeune Amalaric.

Gondebaud, s'étant rendu maître de Narbonne'*, livra cette ville au pillage du soldat 8c revint avec les François du côté du Rhône pour en tenter le passage, dans le dessein de s'emparer de la ville d'Arles 8c ensuite de toute la Provence; mais, à son arrivée sur les bords de ce fleuve, ayant voulu se rendre maître d'un pont de bateaux peu éloigné de cette ville, il y trouva des oppositions auxquelles ni lui ni Thierri, avec qui il étoit sans doute encore joint, ne s'attendoient pas. Voici comment l'affaire se passa.

XLII. — Théodoric envoie le général Jbhas dans les Gaules au secours

des Visigoths.

Le roi Théodoric, pressé depuis longtemps par les Visigoths de leur envoyer du secours contre les François, avoit différé jusques alors, tant parce qu'il étoit persuadé que ces peuples pouvoient absolument s'en passer, que parce qu'il avoit besoin lui-même de toutes ses forces pour se soutenir contre l'empereur Anastase dont il craignoit les préparatifs de guerre. Il s'étoit brouillé^ avec ce prince, soit pour avoir souffert que le comte Petza, son sujet, favorisât un rebelle nommé Mundon, qui avoit pris les armes du côté du Danube contre Sabinien, maître de la milice d'Orient, soit pour avoir pris lui-même ce rebelle sous sa protection Se l'avoir mis au nombre de ses vassaux. Anastase, offensé de ce procédé, faisoit actuellement équiper une puissante"^ flotte dans le dessein d'aller faire une descente en Italie, lorsque Alaric, pressé par les armes de Clovis, demanda du secours à Théodoric contre les François ; mais

■ Isidore, Chronicon, p. 207. ^ Cassiodore, 1. 8, epist. \o.

■ ' Voir tome II, Note LXIII. ' Jornandès, ie Rébus GetUh, c. 58.

' Cassiodore, 1. 5, epist. 43. " Marcellin, Chron.coii.

An 5o8

celui-ci, moins occupé des besoins de son gendre que des siens propres, ne

songea qu'à sa propre défense contre l'empereur. Sur l'avis qu'il eut ensuite ;

de la mort d'Alaric, de la défaite de son armée & de la triste situation des

affaires des Visigoths des Gaules, il résolut enfin d'envoyer un secours à ces fà-ongm.

peuples, quoique les troupes de l'empereur Anastase eussent déjà débarqué à Tarente, 8c qu'il eût besoin lui-même des siennes pour arrêter les ravages qu'elles faisoient sur les côtes d'Italie. Il ordonna donc à tous les' Ostrogoths de se tenir prêts à partir pour les Gaules, le 24 de juin, 8c les exhorta de rappeler leur ancienne valeur 8c de s'en servir pour venger la querelle des Visigoths, leurs alliés 8c leurs compatriotes.

Théodoric nomma des officiers généraux pour la conduite de son armée dans les Gaules. Quelques modernes^ ajoutent qu'il se mit lui-même à la tête 8c qu'il vint en deçà des Alpes j mais ce fait est avancé sans preuve. Le principal de ces généraux fut le duc Ibbas qu'on nomme ^ aussi Idas ; il étoit accompagné du comte'* Avigerne, d'Unigez, écuyer de Théodoric, de Tulus 8c de plusieurs autres capitaines de réputation parmi les Ostrogoths. Ces peuples, qui faisoient la principale force de cette armée, étoient suivis d'un grand nombre de Gépides, auxiliaires, à qui Théodoric eut soin de faire payer exactement leur solde pour mettre par là les provinces des Gaules à couvert des pilleries dont ces barbares, originaires de la Sarmatie, faisoient profession ordinaire.

Avant le départ de cette armée, Théodoric, pour gagner l'affection des anciens habitans des provinces des Gaules, qu'on appeloit Romains, 8c leur donner des marques du cas qu'il faisoit des lois romaines, ordonna à ses généraux de leur faire rendre, conformément à ces lois, tous leurs esclaves fugitifs qu'ils rencontreroient 8c qui , à la faveur des troubles dont ce pays étoit actuellement agité, avoient secoué le joug de la servitude. Le général Ibbas arriva enfin en Provence dans le temps que les François, joints aux Bourguignons, faisoient tous leurs efforts pour y pénétrer Se pour se rendre maîtres du pont de bateaux voisin de la ville d'Arles.

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