‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 38 sur 553 · M. de Montfa' à dom Vaissete · texte numérisé non relu

M. de Montfa' à dom Vaissete

A Gaillac, ce i3' décembre 1723. — Mon Révérend Père & très-cher cousin, je ne manquay pas, dès avoir receu vostre lettre de m'en aler chés madame vostre mère, ma chère tante, pour luy en faire la lecture, ce qui luy fit un plaisir que je ne sçaurois vous exprimer. Elle a esté dans un estât fort triste & très dangereux. Les fréquentes douleurs qu'elle avoit à sa teste, causées par une chaleur d'entrailles & une espèce de goûte faisoient craindre une goûte remontée; elle a souffert tout ce mal qui estoit d'une vivacité inconcevable avec toute la patience & la résignation possibles. On ne pouvoit pas attendre autre chose d'elle, parce que ayant pratiqué tant des vertus, elle a toujours conservé son raisonnement pendant le cours de la maladie. Mais après vous avoir fait ce petit abrégé de ses souffrances, je vais vous marquer Testât présent de sa convalescence; je vous diray donc que ses grandes douleurs sont presque assoupies depuis huit ou dix jours & que son mal a si fort diminué, qu'elle est presque tranquille dans son lict; c'est pourquoi M. Bers assure que son estât est fort peu à craindre & qu'il y a beaucoup à espérer, autant qu'il peut y en avoir pour ce qui regarde une femme de son âge.

Mon père & mon épouse vous assurent de leurs respects très humbles, nous souhèterions trouver des occasions à vous témoigner la reconnoissance que nous avons pour toutes les marques de bonté que vous avés toujours témoigné à notre famille. J'ay l'honneur d'estre avec tout le respect & l'attachement possibles vostre très-humble & très-obéissant serviteur. (Fonds de Languedoc, t. 187, fol. 78-74.)

' Le comte de Lautrec-Montfa ; sa mère, Jeanne-Marie de Passemar de Bertoule, était la sœur de M"" de Vaissete, mère de notre historien.

2g. — M. de Jouhert à dom Devic.

A Montpellier, le 23' décembre 1725. — J'envoye par ce courrier, mon Révérend Père, à M. Le Sache, premier commis de M. le comte de S' Florentin, Testât des lieux des vigueries de Languedoc que vous aviés demandé à M. Carouge,'& je le prie de vouloir bien le remettre à M. Voiguy. Vous aurés la bonté de l'avertir de retirer le paquet de M. Le Sache, afin qu'il vous le remette aussitôt.

J'espère que vous aurés la bonté de vous souvenir de m'envoyer le mémoire pour l'impression du premier volume de l'Histoire de la Province & les propositions du sieur Vincens, imprimeur, afin que les Estats puissent prendre une délibération là dessus à leur prochaine assemblée. Vous scavés mieux que moy ce que doit contenir votre mémoire, qui doit donner aux Estats une idée de ce qui sera contenu dans le premier volume de notre Histoire & des preuves que vous mettrés à la fin. A l'égard du sieur Vincens, exhortés le, je vous prie, de faire les propositions les plus raisonnables qu'il pourra & comme je le connois naturellement timide, encouragés le sur le débit du livre. II seroit bon de nous envoyer, si cela se peut, une copie des conventions que les Estats de Bretagne firent avec l'imprimeur pour l'impression de l'Histoire de cette Province; je me flatte qu'il ne vous sera pas difficile de les avoir par le R. P. dom Lobineau. Comme il y a déjà longtemps que cette Histoire a esté imprimée, je conçois aisément que le prix du papier & des journées des ouvriers ont augmenté depuis ce tems-là. Cependant je vous prie instamment de nous procurer ces conventions qui pourront nous servir de règle sur bien des articles. (Fonds de Languedoc, t. 184, lettre 182.)

3o. — Dom Vaïssete au chapitre général de l'ordre de Saint-Benoit. {Brouillon autographe avec ratures 6- corrections ; sans date.')

Nos Révérends Pères, je croirois trahir les intérêts de la religion & blesser les devoirs de ma conscience, si je ne prenois la liberté de vous représenter les justes motifs qui m'engagent de venir supplier aujourd'huy vos Révérences de me dispenser de travailler davantage pour l'histoire de la province du Languedoc. La triste situation où diverses circonstances ont mis cette entreprise & les sujets légitimes qu'on doit avoir de craindre qu'elle ne se termine pas à l'honneur du Corps & à la satisfaction du public ne me permettent pas de vous dissimuler que je ne saurois davantage participer à ce travail, de la réussite duquel les engagemens que j'ay pris avec les Etats de cette province, en recevant d'eux depuis plus de dix ans une pension ' semblent me rendre responsable. Je me croirois coupable, si, aucun respect humain me faisoit déguiser la vérité à ceux qui sont encore en état d'y remédier. En tout cas, j'auray par là la consolation de ni'ètre mis à l'abri de tout événement.

Sans entrer dans les raisons qui engagèrent en 1713 feu M. de la Berchère, archevêque de Narbonne, chargé par les Etats de la direction de cette entreprise, de demander du R. P. Dom Charles de l'Hostallerie, pour lors général de la congrégation, de décharger les PP. dom Gabriel Marcland & dom Pierre Auzières du soin de ce travail, & de leur substituer d'autres ouvriers, à son gré, qui travaillassent selon ses desseins & ceux de la

' Comme c'est en 171 5 que dom Vaissete & dom de dom Marcland & dom Auzières, c'est parconsé- Devic furent agréés par les Etats généraux pour quent vers 1726 ou 1726 qu'il faut placer la rédacécrire l'histoire de Languedoc, en remplacement tion de la présente lettre.

PIECES JUSTIFICATIVES. — CORRESPONDANCE. i83*

Province, je reçeus ordre dès ce temps du R. P. général & de la Diette annuelle de discontinuer mes études de théologie, pour me rendre à Paris. J'obéis, après avoir représenté ce que je deus pour m'exempter d'entrer dans ce travail, dont je prevoyois les inconvéniens & on me joignit au P. dom Claude de Vie pour être présentés ensemble à feu Monsieur l'archevêque de Narbonne, de la part du même très R. P. général & de la Diette, comme devant remplacer les PP. dom Gabriel Marcland & dom Auzières. Le R. P. dom Charles d'Isard pour lors premier assistant accompagné des PP. dom Edmond Martène & dom Ursin Durand, eut la bonté de le faire, & ce prélat parut aussi content de notre destination que de la satisfaction que nos supérieurs luy donnoient & quil demandoit depuis longtems.

Sur les promesses que nous fit le R. P. D. Charles de l'Hostallerie, général, de sa protection & de nous faire avoir communication du travail que les PP. dom Marcland & dom Auzières avoient déjà fait, pour ne pas entreprendre & répéter inutilement les mêmes recherches & exposer par là la Province à de plus longues dépenses, nous nous mismes en devoir de travailler, selon les intentions de Monseigneur de Narbonne & des Etats; j'ose dire que nous l'avons fait jusqu'icy, sous leurs ordres, de leur avis & à leur satisfaction. C'est aussi presque la seule consolation que nous avons eu dans l'assiduité d'un travail ennuyeux & fatigant, car nous ne fusmes pas longtems sans nous apercevoir des difficultés que nous aurions à surmonter en dedans pour faire réussir cette entreprise au gré des Etats & de Monseigneur de Narbonne. En effet, bientôt après qu'on eût pris ces engagemens avec ce prélat & sans y avoir égard, les PP. Marcland & Auzières furent authorisés chacun de leur côté à continuer la même histoire dont on venoit de nous charger, & nous eûmes le désagrément de continuer nos recherches sans pouvoir en connoître la fin, & nous ne pûmes même l'apprendre des supérieurs qui nous employoient. On fit venir à Saint-Denys dom Gabriel Marcland dans le dessein, à ce que nos supérieurs publioient, de luy faire imprimer incessamment son histoire, on favorisa son dessein en tout ce qu'on pût, on nous engagea de luy communiquer nos recueils, sans avoir pu parvenir à la communication des siens & malgré les mécôntentemens que tout cela causa à feu Monseigneur de Narbonne; on ne répondit autre chose à Monseigneur l'évéque de Comminges & à Monsieur le sindic des Etats qui vinrent de sa part en faire des plaintes & recommander notre travail, sinon que dom Gabriel Marcland étoit chargé de cet ouvrage & qu'on ne pouvoit le luy ôter & quil avoit tout ce qui luy estoit nécessaire pour y réussir & le donner incessamment.

Nous nous serions aisément consolés de voir paroître bientôt un ouvrage imparfait, dont il n'y avoit que la moindre partie des recherches de faites & de voir sacrifier l'honneur de la congrégation & les intérêts du public à des intérêts particuliers, si on nous eut dispensez des engagemens qu'on nous avoit fait prendre, comme malgré nous. Mais sans nous en décharger, on nous fit sortir dès après le dernier chapitre, du dortoir du très R. P. général où nous étions logés & où nous étions plus libres pour nos recherches, à l'exemple de plusieurs autres de nos pères, qu'on y a laissés j on nous obligea de nous retirer dans la communauté de Saint Germain où le R. P. d'Isard eut la bonté de nous retirer & où nous avons été du depuis assujettis, malgré la pension que les Etats ont toujours payée pour nous, aux devoirs & services ordinaires de la communauté, faire les offices du jour auxquels nous assistions déjà, quoique par là nous ayons été souvent gênés & privés d'une partie du tems destiné à la visite & au travail des archives & des bibliothèques.

La crainte de consumer la Province en dépenses inutiles nous a été encore plus sensible par les mesures qu'on a prises pour faire paroître l'ouvrage de dom Gabriel Marcland, tel qu'il est. Le mécontentement que feu Monsieur l'archevêque de Nar-

bonne', Monseigneur de Beauvau son successeur & Monsieur le sindic des Etats en ont souvent témoigné à nos supérieurs & la déclaration précise qu'ijs leur ont faite ou fait faire plusieurs fois qu'ils ne vouloient point de l'ouvrage de dom Marcland, n'ayant pu rien obtenir sur leur esprit.

Malgré des intentions si marquées de la part de la Province, sans crainte de la désobliger, & sans luy rien communiquer, on vient depuis peu de tems de faire imprimer secrètement le projet de l'histoire que dom Gabriel Marcland a préparé; quoique Monsieur l'archevêque en ait témoigné du chagrin en public & en particulier au très Rév. P. Général, on ne laisse pas de publier c[ue dom Gabriel Marcland va faire imprimer cet ouvrage.

Après cela, ce seroit en pure perte que je consacrerois davantage mon tems & ma santé pour une histoire qui va paroître bientôt & qui surtout n'est pas du goût de la Province. Selon ses desseins, il faudroit un plus long tems & tout autre chose pour le contenter, mais ce seroit exposer la congrégation à la risée du public que de donner deux fois l'histoire du Languedoc; c'est assez que celle de dom Gabriel Marcland soit publiée, quoyque le projet quil en a fait paroître ne prévienne pas en sa faveur; & s'il en faut croire les meilleurs connoisseurs de Paris son plan est irrégulier, son stile très peu françois, & ce qui est plus considérable, la pluspart de faits qu'il rapporte, faux ou altérés. On peut s'éclaircir de la sincérité de ce jugement dans un mémoire c(ue j'envoye au chapitre & dans lequel ces trois articles sont discutés assés au long.

J'ay cru que l'honneur du Corps & la satisfaction que l'on doit à une Province, avec honneur & beaucoup de dépense me permettoient de vous manifester des deffauts qui sont d'autant plus remarquables, qu'ils sont devenus publics, de l'aveu de nos supérieurs.

Après cela, il ne me reste qu'à en laisser le jugement à vos Révérences; mais ne pouvant plus, par ces motifs & par quelques autres qui sont très forts, continuer de prendre part à cet ouvrage & ne pouvant me résoudre & concourir à tromper la Province & le public, je me remets de ma destination à la disposition de vos Révérences, prêt à obéir en tout ce que l'honneur de la congrégation & ma conscience me le permettront.

Je prends la liberté de vous demander de disposer de moy en tout autre chose pour témoigner mon obéissance à vos Révérences & qu'on ne prendra pas d'autres mesures pour contenter la Province. (Fonds de Languedoc, t. 181, fol. 79 & 80 r" & v".)

3i. — M. de Jouhert à dom Devic.

A Montpellier, le o' janvier 1726. — Il y a lieu d'espérer, mon Révérend Père, que M. l'archevêque de Narbonne se déterminera à quelque chose & fera assigner un fonds aux Estats prochains pour les frais de l'impression de l'Histoire de la Province & des ornemens qui doivent l'accompagner. M. de Montferrier & moi sommes bien dans le goût de faire cette dépense, comme il faut, & de ne pas lésiner pour un ouvrage qui doit être un monument à la postérité, à l'honneur de la Province & des Etats. Je vous informerai de ce qui sera réglé là-dessus. (Fonds de Languedoc, t. 134, fol. i8j.)

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