Le même au même
A Narbonne, le 26'' janvier 1726. — Mon Révérend Père, j'ai rapporté avant hier aux Estats votre mémoire touchant l'Histoire de la Province; il fut très bien receu & toute
' M. le Goux de la Berchère.
PIÈCES JUSTIFICATIVES. — CORRESPONDANCE. i85*
l'assemblée a veu avec grand plaisir le progrès de votre travail'. On n'a pas hésité de délibérer l'impression du premier volume de notre Histoire san,s attendre que les volumes suivaus soient achevés.
Au surplus on n'est entré dans aucun détail pour ce qui regarde l'impression & l'assemblée s'est contentée de prier M. l'archevêque de Narbonne de régler toutes choses de la manière qu'il jugera le plus convenable, tant pour le choix de l'imprimeur, les caractères, la qualité & la grandeur du papier, le nombre d'exemplaires & les vignettes & les autres ornemens de cet ouvrage; les Estais ont cru qu'ils dévoient avoir cette déférence pour M. l'archevêque de Narbonne de le laisser entièrement le maître de tout ce détail; & il convient mieux en effet quil en décide tout seul, que si cella dépendoit de plusieurs personnes qui auroient souvent de la peine à s'accorder.
Je ne dois pas vous dissimuler que plusieurs personnes des Estats ont pensé quil seroit bon, avant de laisser paroître votre ouvrage de le faire examiner par quelque personne qui fut au fait de l'histoire & en particulier de celle du Languedoc. Tous ceux qui vous connoissent sont persuadés de votre capacité & de votre prudence; néanmoins on veut être pleinement assuré que vous n'aurés rien mis qui puisse donner atteinte aux droits & privilèges de la Province, ny qui puisse blesser aucun des ordres qui la composent. C'est une satisfaction que vous ne pouvés pas refuser aux Estats & je suis persuadé que si M. l'archevêque de Narbonne fait examiner votre ouvrage, il choisira de concert avec vous l'examinateur, son intention n'estant pas de vous inquiéter mal à propos. J'ay cru que je devois en ami, vous prévenir là dessus, n'en faites cependant rien connoître ny à M. l'archevêque de Narbonne ny à qui que ce soit, parce que c'est une pensée qui n'aura peut être point d'exécution, les Estats n'ayant rien déterminé là-dessus. Je vous remercie des nouvelles que vous voulés bien m'apprendre, les Estats n'en fournissent aucune qui puissent vous intéresser.
P. S. Je ne doute pas que M. l'archevêque de Narbonne n'agrée pour imprimeur le sieur Vincent que vous lui proposés. Il ne tiendra pas à moy qu'on ne luy donne la qualité d'imprimeur des Estats de Languedoc quil estime peut estre plus qu'elle ne vaut. Je crois pour cella qu'il seroit à propos quil en écrivit lui même à M. l'archevêque de Narbonne & à M. de Montferrier, en déclarant que ce n'est qu'un titre d'honneur quil demande, sans prétendre aucuns gages ny entrer en société avec les quatre imprimeurs des Estats qui sont dans la Province. Moyennant ces précautions, il me paroit très aisé c|u'il obtienne sa demande, je la favoriserai autant qu'il me sera possible. Mes compliniens, s'il vous plaît, aux RR. PP. dom Sabatier & dom Vaissete. (Fonds de Languedoc, t. 184, lettre 186.)