LIVRE SIXIEME
I. — Mort de Gahvinde. — Lïuva cède l'Espagne à son fié re Leuvigilde 6- se contente de régner dans la Septimanie.
LA mort du roi Athanagilde occasionna divers troubles en France. Le roi lidorigin. Chilpéric, son gendre, que la crainte des armes de ce prince avoit retenu jusques alors, ne garda plus depuis aucune mesure avec la An S'iS reine Galsvinde, son épouse, & s'abandonnant à ses passions, il se laissa séduire par les artifices de Frédégonde, son ancienne concubine : il l'épousa publiquement, après avoir fait étrangler la reine, de concert, à ce qu'on prétend, avec cette méchante femme. La mort' tragique de Galsvinde fut la source de la haine implacable que Brunehaut, sa sœur, reine d'Austrasie, conserva toujours depuis contre Frédégonde. Dans le dessein d'en tirer vengeance, elle engagea le roi Sigebert, son époux, à faire la guerre à Chilpéric, mais cette guerre ne dura pas longtemps. Elle fut terminée bientôt après par l'entremise de Contran, roi de Bourgogne, frère de ces deux princes, lequel, pour apaiser en quelque manière Brunehaut, engagea Chilpéric à lui céder les pays qui avoient été assignés pour le douaire de Galsvinde. Il fallut que Brunehaut se contentât de cette espèce de satisfaction, dans l'impossibilité d'en ÉJ.origin. exiger d autre, parce que les troubles dont 1 Espagne etoit alors agitée ne lui permettoient pas d'en espérer du secours.
En eftet^, plusieurs seigneurs, mécontens de l'élection de Liuva, avoient
' Grégoire de Tours, f/ijf. 1. 9, c. 20. — Ce fait ' Isidore, CArom'fon , p. 724. — Jean, .ibbé de
est mentionné dans le fameux traité d'Andelot, Biclar, Chronlcon. de 587. |A. M.]
An 568
pris les armes 81 avoient déjà fait révolter contre lui une partie de l'Espagne. Ce prince, dans le dessein de réduire plus aisément ces rebelles, sans abandonner le séjour de Narbonne où il se plaisoit beaucoup, prit enfin le parti d'associer son frère Leuvigilde & de partager avec lui le rovaume des Visi-
goths'. Comme il le connoissoit très-capable de faire rentrer les factieux dans
An 569 leur devoir, il lui céda toute l'Espagne, l'an 607 de l'ère ^ espagnole ou 56g de J.-C. & ne se réserva que la seule Septimanie ou les Ltats que les Visigoths possédoient dans les Gaules, aimant mieux un royaume moins étendu mais tranquille, que de vastes États agités par des troubles 8t des divisions.