LIV. — Troubles de la Septimanie
Didier eut bientôt après occasion de signaler son courage & de marquer son zèle pour les intérêts de ce prince en renouvelant la guerre dans la Septimanie contre les Visigoths. Voici comment :
Reccarède', après avoir embrassé la toi catholique, avoit envoyé des députés dans cette province pour informer les peuples de sa nation S<. de sa secte des motifs de sa conversion & les engager à suivre son exemple & celui des Visigoths d'Espagne. Le succès de la députation avoit répondu à son attente, & déjà plusieurs d'entre les Visigoths de la Septimanie avoient abjuré leurs erreurs, quand un évêque arien, appelé Athalocus, fit les derniers ettorts pour empêcher le progrès de la conversion de ses compatriotes.
Ce prélat étoit si zélé pour le soutien de l'arianisme, si accrédité parmi ceux de sa secte, & si habile à séduire les peuples, qu'il pouvoit justement passer pour un second Arius. Il étoit fort lié avec deux comtes du pays ou seigneurs^ visigoths, dont l'un se nommoit Granista & l'autre Wildigerne. Il paroît que ces deux comtes, également zélés pour leur secte 81 recommandables par leur naissance & par leurs grands biens, mais d'ailleurs trèsméprisables par le dérèglement de leurs mœurs, faisoient, ainsi que l'évêque Athalocus, leur séjour ordinaire dans Narbonne, quoique, selon les apparences, ils fussent gouverneurs particuliers de quelque diocèse du pays; car chez les Visigoths, de même que chez les François, chaque diocèse étoit gouverné par un comte, qui dépendoit d'un duc dont l'autorité s'étendoit sur plusieurs diocèses, ou dans une province entière. Quoi qu'il en soit, Athalocus 8< ces deux seigneurs, ainsi que plusieurs autres des principaux Visigoths de la Septimanie, mécontens de la conversion de Reccarède à la foi catholique, se liguèrent & n'omirent rien pour soulever cette province Si la soustraire à son obéissance.