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Bastoigne, dans l'Aidenne, de demander à Maurice le retour d'Ingonde Se de lui déclarer la guerre en cas de refus. Mais toutes' les instances de cette reine furent inutiles par l'impossibilité où le roi d'Austrasie se trouvoit alors de rien entreprendre contre cet empereur.
Dans le temps que l'assemblée dont nous venons de parler se tenoit à t^l' p"f o">. Bastoigne, à la fin du mois d'octobre de l'an 585, Contran avoit fait assembler à Mâcon un concile composé des évêques de ses États, savoir du royaume de Bourgogne & de l'ancien royaume de Charibert dont ce prince s'étoit emparé. La conduite de quelques-uns de ces prélats , & en particulier de Bertrand de Bordeaux, 8c de Théodore de Marseille en faveur de Gondebaud faisoit le principal sujet de ce concile. Il est aisé de juger de l'étendue des États du roi Contran par les souscriptions des évêques qui y assistèrent ; il y en eut, en effet, de toutes les provinces des Caules, à la réserve des deux Befgiques, des deux Cermaniques 8c de la Septimanie. Quoique de tous les pays qui sont aujourd'hui compris dans la province de Languedoc, on ne trouve parmi ces souscriptions que celle de Magnulie, évêque de Toulouse, il est à présumer cependant que les évêques d'Albi 8c du Vivarais se trouvèrent à ce concile ; car il paroît que Contran possédoit alors ces deux pays. Childebert étoit maître dans le même temps de ceux de Vêlai, de Cévaudan 8c d'Uzès; Leuvigilde régnoit sur tout le reste de la province de Languedoc.
L. — Retour de Reccarède dans la Septimanie. — Mort de Leuvigilde,
Son éloge.
Le roi Leuvigilde dont le règne fut recommandable par la prospérité de ses armes autant que par la sagesse de son gouvernement, se signala surtout par son inclination pour la paix. Quoiqu'il eût déjà battu Contran, il lui envoya cependant plusieurs ambassades pour l'engager d'en venir ^ à un traité. Enfin, sur le refus opiniâtre que fit ce roi d'écouter ses proposions, il prit le parti de renvoyer son fils Reccarède dans la Septimanie au commencement de l'année 586, qui étoit la dixième du règne de Childebert. Reccarède étant arrivé à Narbonne s'avança jusque sur les frontières des François 8c fit le dégât dans tout leur pays; il repassa pourtant bientôt après les Pyrénées, sur l'avis qu'il reçut sans doute de la maladie du roi, son père. Ce dernier mourut en effet à Tolède 3, la même année, qui étoit la six cent vingt-quatrième de l'ère espagnole. On"* assure que Leuvigilde témoigna, quelque temps avant sa mort, un sensible regret d'avoir fait mourir son fils Herménigilde 8c d'avoir persécuté les catholiques, 8c qu'il en fit pénitence. On ajoute qu'il rappela saint Léandre, évêque de Séville, qu'il avoit exilé pour avoir favorisé la rébellion
' Grégoire de Tours, Hist. 1. 8, c. i 8, 20 &. 2 i . ■* Grégoire de Tours, Hjst. 1. 8 , c. 46. — Gré-
— Conciles, t. 5, c. 979 8c suiv. goire le Grand, Dialogorum 1. 3, c. 3i. — Isidore,
' Grégoire de Tours, Hist. 1. 8, c. 35, 38 & 45. Chronicon, p. 725. — Jean, abbé de Biclar, Chro -
* Voyez tome II, Note LXXV, n. i Se suiv. nicon.
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de son fils, & qu'il chargea ce prélat d'instruire son autre fils Reccarède dans la religion catholique'. Telle fut la fin de Leuvigilde, l'un des plus grands rois qui aient occupé le trône d'Espagne. Il eut la gloire d'unir^ le royaume des Suèves à ses États Se d'achever par là de réduire presque toute l'Espagne sous sa domination, à la réserve de quelques places qui demeurèrent encore entre les mains des Grecs ou Impériaux, 5t de quelques peuples du nombre desquels étoient les Gascons, qui se maintinrent dans leur liberté.
Leuvigilde fut le premier des rois^ visigoths qui releva la majesté royale par la magnificence des habits; ses prédécesseurs n'étoient vêtus que comme de simples particuliers. Il fit de nouvelles lois, réforma le code visigothique & donna des bornes au pouvoir excessif des grands de sa nation. Comme le trône des Visigoths avoit été jusques alors électif, il résolut de le rendre héréditaire 8c de prévenir par là les brigues Se les factions des seigneurs que l'ambition de régner portoit à toute sorte de crimes, jusques à attentera la vie de leurs rois dont la plupart avoient péri d'une mort violente. Dans cette vue, Leuvigilde associa ses deux fils Se partagea le gouvernement avec eux. Pour affermir davantage son autorité, il eut soin d'augmenter ses revenus, ce qui a donné lieu sans doute de l'accuser d'avarice; mais les grandes dépenses qu'il fit pour la construction de plusieurs nouvelles villes font voir qu'il faisoit un bon usage de ses richesses. Enfin, ce prince eût été accompli, si son attachement à l'arianisme, qui le porta à faire mourir son propre fils, Se l'ambition démesurée d'étendre sa secte, n'avoient terni en quelque sorte la gloire de son règne.
LI. — Paix de Reccarède avec Chîldebert. — Sa conversion à la joi
catholique.
Reccarède commença son règne par travaillera établir une paix solide dans ses États. Pour mieux réussir, il s'unit étroitement avec la reine Goisvinde, sa belle-mère, pour laquelle il eut tous les égards possibles. Se, de concerf* avec elle, il envoya des ambassadeurs aux rois d'Austrasie Se de Bourgogne pour leur faire des propositions de paix Se leur offrir son alliance; mais Contran, toujours indisposé contre la cour d'Espagne, à qui il attribuoit tous les malheurs de sa nièce Ingonde, ayant appris que ces ministres s'avançoient Éd. origin. vers sa cour, leur fit dire de s'arrêter à Mâcon où il leur envoya quelques personnes pour écouter leurs propositions. Ce prince, qui n'avoit aucune envie de conclure la paix avec l'Espagne, refusa toutes les demandes de ces ambassadeurs Se, plus ennemi que jamais de Reccarède, il rompit tout commerce entre ses États Se ceux de ce roi; il détendit même à ses sujets d'aller
' Il n'y a pas lieu d'accorder une grande con- ' P^gi, ad ann. 582, n. 12; ad ann. 384, n. 6.
fiance à ce récit; Grégoire de Tours, tout véridique ' Lucas Tudensis, Chronicon.
& tout sincère qu'il est d'ordinaire, ne peut obtenir ^Grégoire de Tours , //isr. 1. 9,c. 1. — Jean,
entière créance dans cette occasion. |A. M.| abbé de Bidar, Chronicon,
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pour leurs affaires dans la Septimanie ' . Les ambassadeurs d'Espagne réussirent beaucoup mieux à la cour d'Austrasie, où ils furent très-bien reçus de la reine Brunehaut 8t du roi Childebert, son fils. Ils conclurent un traité de paix & d'alliance entre ce prince & le roi Reccarède, leur maître, & se retirèrent fort satisfaits de leur négociation, après avoir remis les riches présens dont ce dernier les avoit chargés pour la cour d'Austrasie &. en avoir reçu de semblables de la part de cette cour pour celle d'Espagne.
. Il paroît que, malgré la mésintelligence qui continua entre Contran 8<. Reccarède, ces princes ne firent cependant aucune hostilité l'un contre l'autre, si l'on excepte^ quelc[ues courses de la part des troupes de Bourgogne dans la Septimanie. Reccarède, de son côté, loin de se rebuter de la conduite de Contran à son égard, fit encore une nouvelle tentative auprès de lui pour l'engager à -accepter la paix. Il lui envoya dans ce dessein une nouvelle ambassade, tandis qu'il se mit en état d'abjurer l'arianisme Si d'embrasser la ^^ -g religion catholique, à quoi il étoit déjà^ tout disposé. Il assembla sur cela un concile, où il appela tous les évêques, tant catholiques qu'ariens de ses États pour le dixième mois de la première année de son règne, c'est-à-dire pour le commencement de l'an 5Sj .
Reccarède, pour rendre sa conversion aussi éclatante qu'elle étoit sincère & convaincre ses peuples qu'il faisoit son abjuration avec connoissance de cause, permit à tous les évêques ariens du concile de proposer librement les raisons qui les attachoient à leur secte Si aux prélats catholiques d'y répondre Si de leur opposer les vérités de la foi orthodoxe. On disputa de part Si d'autre. Si, après une longue Si exacte discussion des matières, Reccarède reconnut publiquement l'égalité des personnes de la Trinité, reçut le baptême de l'Eglise Si professa publiquement la religion catholique. Sa conversion attira celle de la plupart des évêques Si du peuple de sa nation, aussi bien que celle des Suèves qui, à son exemple, abjurèrent l'arianisme, ce qui réunit toute l'Espagne Si la province de Septimanie qui en dépendoit dans les sentimens d'une même foi.
LII. — Vains efforts de Reccarède pour obtenir la paix de Contran.
Reccarède, se flattant qu'après cette démarche Contran entreroit plus facilement avec lui dans des sentimens de paix, la lui fit demander par de nouveaux ambassadeurs; mais le roi de Bourgogne, toujours prévenu contre lui, ne traita pas mieux ces ministres que les précédens"*. Quelle confiance voule-^vous, leur dit-il, que j'aie avec les auteurs de la captivité de ma nièce, de sa mort dans un pays étranger iy de celle du prince Herménigilde, son époux?
' Dom Vaissete a mal compris le passage de Gré- ' Grégoire de Tours, Hist. 1. ç, c. j. goi re de Tours ; la phrase de cet auteur, qui est du ^ Jean, abbé de Biclar, Chronicon, p. i 5". — 1 sireste assez obscure, signifie plutôt que les sujets d-- dore, C/ironicon. — Grégoire de Tours, H:st. 1. 9, Reccarède empêchèrent ceux de Contran devenu- c. iT). — Grégoire le Grand, Z^/iiZo^oram 1. 3, c. 3i ,
coin
mercer dans les villes de Septimanie. [A. M.] ^ Grégoire de Tours, Hist. 1. 9, c. 16.
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Après une réponse si peu consolante, les ambassadeurs d'Espagne se retirèrent &, conformément à leurs instructions, ils passèrent à la cour «l'Austrasie.
Le roi Childebert les reçut gracieusement Se écouta volontiers l'apologie qu'ils lui firent de la conduite du roi, leur maître, envers Ingonde, avec l'assurance qu'ils lui donnèrent que Reccarède n'avoit eu aucune part aux malheurs de cette princesse, & que, pour l'en convaincre,«il étoit prêt de se purger de tout ce qu'on lui imputoit sur ce sujet, ou par serment ou par toute autre voie qu'il souhaiteroit. Ils lui offrirent ensuite la somme de dix mille sols d'or, s'il vouloit ratifier la paix & la ligue qu'il avoit déjà conclues avec le roi des Visigoths; à quoi Brunehaut Se Childebert consentirent. Ces ministres, voulant réussir dans une autre négociation dont R.eccarède les avoit chargés, firent de sa part de riches présens au roi d'Austrasie & à la reine, sa mère, qui leur en donnèrent de leur côté pour la cour d'Espagne. Ils demandèrent ensuite en mariage, pour le roi, leur maître, la princesse Clodosvinde, sœur de Childebert. Celui-ci écouta volontiers cette proposition 8t leur répondit qu'il y donnoit les mains, mais qu'étant convenu avec le roi de Bourgogne, son oncle, qu'il ne termineroit aucune affaire considérable sans sa participation, il falloit qu'il traitât de celle-ci avec lui &i qu'il obtînt ■^'•"''g'"son consentement avant que de la conclure. Les ambassadeurs de Reccarède, contens de cette réponse, reprirent la route d'Espagne.
LUI. — Contran restitue Marseille 6- l'Albigeois à Childebert.
Le consentement de Contran pour le mariage de Clodosvinde avec le roi Reccarède paroissoit d'autant plus difficile à obtenir que le premier ne vouloit point de paix avec l'Espagne Se qu'il auroit souhaité que son neveu Childebert eût été à cet égard dans les mêmes dispositions. C'est dans cette vue qu'il usoit de beaucoup de ménagement avec lui, qu'il lui avoit déjà' restitué la partie de la ville de Marseille qui avoit été la source de leur division, Se qu'il lui rendit alors l'Albigeois. Childebert avoit donné au duc Ratharius le gouvernement de Marseille avec l'administration de la justice; mais ce prince, mécontent de sa conduite, le déposa bientôt après Se mit à sa place Nicétius, déjà duc d'Auvergne, qui par là se vit gouverneur non-seulement de ce pavs Se de ceux de Rouergue Se d'Uzès, mais aussi de toute la Provence austrasienne, dont Marseille, comme nous avons déjà dit, étoit la capitale.
L'Albigeois que Contran rendit à Childebert faisoit alors partie du gouvernement ou duché de Toulouse. Cette restitution inquiéta d'autant plus le duc Didier, gouverneur de ce pays, qu'outre qu'il perdoit par là une partie de son gouvernement, il craignoit qu'en continuant son séjour dans l'Albigeois, où il se plaisoit extrêmement Se où il avoit son patrimoine, Childebert ne le punît pour s'être emparé autrefois de la ville d'Albi sur le roi Sigebert, son père. Se pour ^ avoir défait ses troupes. Dans cette crainte, ce duc prit le
' Grégoire de Tours, Hat. 1. 8, c. 12, \\ & ^5.
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parti d'abandonner au plus tôt ce pays 8c d'aller, avec sa femme Tétradie, ses enfans & les biens qu'il put emporter, fixer sa demeure dans le Toulousain, qui demeura toujours sous la domination du roi Contran.