‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 405 sur 553 · LVI. — Didier, duc de Toulouse, entre avec une armée du côté · texte numérisé non relu

LVI. — Didier, duc de Toulouse, entre avec une armée du côté

de Carcassonne.

Les rebelles, non contens de persécuter les catholiques Se. voulant, à quelque prix que ce fût, soustraire la Septimanie à l'obéissance de Reccarède, crurent que le moyen le plus sûr étoit de se liguer avec le roi Contran, son ennemi déclaré. Dans cette vue, ils appelèrent les François à leur secours Se firent entendre à Didier, duc de Toulouse, qui commandoit sur la frontière, qu'il avoit une occasion des plus favorables de conquérir la Septimanie Si de la soumettre au roi de Bourgogne, s'il vouloit se joindre avec eux. Didier, flatté de cette espérance, assembla' avec toute la diligence possible les troupes de son gouvernement. Il jugea à propos cependant, dans l'incertitude du succès de cette entreprise 6c en cas de mort, de disposer avant son départ de sa succession, qu'il partagea entre sa femme 8c ses enfans. Il s'avança ensuite dans la Septimanie, suivi du comte Austrovalde, Se alla mettre le siège devant Carcassonne. Les habitans, qui avoient pénétré son dessein 8c s'étoient mis en état de défense, lui résistèrent plus longtemps qu'il n'avoitcru, ce qui donna le loisir aux troupes de Reccarède de marcher au secours de cette place.

Ce prince, sur le premier avis qu'il avoit eu des troubles qui s'étoient élevés dans la Septimanie 8c des liaisons des rebelles avec les François, avoit tait marcher en diligence un corps d'armée pour soumettre les uns 8c résister aux autres. Lorsque ces troupes arrivèrent dans la Province, Dieu avoit déjà tiré vengeance de l'impiété d'Athalocus, qui, de dépit de n'avoir pu pervertir les catholiques, étoit tombé malade 8c étoit mort un moment après s'être alité. La fin des autres chefs des rebelles ne fut pas plus heureuse : ils furent attaqués Se entièrement défaits par l'armée de Reccarède, 8c le rétablissement de la paix dans l'intérieur de la Province suivit de près cette heureuse victoire.

LVII. — DéJ'aite 6- mort de Didier. — Rétablissement de la paix dans

la Province.

Les généraux de Reccarède, après avoir réduit les rebelles de la Septimanie, se mirent^ en marche contre Didier, occupé au siège de Carcassonne. A peine les deux armées furent en présence, que les Visigoths , feignant de craindre les François, lèvent le camp 8c s'en retournent sur leurs pas. Didier, croyant leur fuite sérieuse, se met aussitôt à la tête de ses troupes avec le comte Aus-

■ Grégoire de Tours, Hlit. 1. 8 , c. 40. — Jean, ' Grégoire de Tours & Jean, abbé de Biclar, ut

abbé de Biclar, Chronicon, supra.

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trovalde, & poursuit assez longtemps l'armée d'Espagne dont il comptoit avoir bon marché; mais enfin, las de poursuivre les ennemis qui se retiroient en bon ordre, il revint au camp devant Carcassonne pour continuer le siège de cette place. Malheureusement pour lui il avoit fort peu de monde, car sa cavalerie, qui étoit très-fatiguée, n'avoit pu le suivre, & la plupart de son infanterie s'étoit débandée ou étoit demeurée derrière. Les assiégés, s'en étant aperçus, profitent de ce moment favorable 8<. font une si vigoureuse sortie, qu'ils l'enveloppent & le laissent mort sur la place, après avoir taillé en pièces le peu de soldats qui étoient avec lui.

La mort de ce général déconcerta d'autant plus les troupes du roi de Bourgogne, que les Visigoths, ayant fait halte dans le même temps, 8t ensuite volte-face, les poursuivirent à leur tour, en sorte que, se voyant attaquées & par l'armée ennemie & par la garnison de Carcassonne, qui, après la défaite de Didier, se mit à leurs trousses, elles furent obligées de prendre la fuite & d'abandonner leur camp avec une perte très-considérable.

LVIIL — Austrovalde, duc de Toulouse, faït la guerre aux Gascons,

Le comte Austrovalde, ayant eu le bonheur d'échapper de cette défaite, se hâta d'aller trouver le roi Contran; mais ce fut moins pour lui rendre compte du mauvais succès de cette expédition que pour lui demander le duché ou gouvernement de Toulouse vacant par la mort du duc Didier. Ce prince le lui accorda, 8c il en eut à peine pris possession, qu'il fut obligé de reprendre les armes' contre les Gascons ou Wascons.

Ces peuples, qui n'avoient pas encore pris des demeures fixes en deçà des Pyrénées, vivoient dans l'indépendance, au delà de ces montagnes. Se occupoient la Navarre avec une partie de l'Aragon & du Guipuzcoa, sur les frontières de la Novempopulanie. Ils faisoient de fréquentes excursions dans cette province & se retiroient ensuite dans des lieux inaccessibles avec le butin qu'ils avoient fait. Ayant entrepris une semblable course Se l'ayant poussée tî^fp"flo. jusques aux portes de Toulouse, lorsque Austrovalde prit possession du gouvernement de cette ville, ce duc se mit aussitôt en campagne à la tête des milices de son département, donna la chasse à ces brigands 8<. les poursuivit avec beaucoup de vigueur; mais comme ils étoient extrêmement légers à la course, il ne put les atteindre; en sorte qu'ils gagnèrent aisément les lieux de leur retraite sans avoir perdu un seul homme, chargés de butin Se suivis d'un grand nombre de prisonniers.

LIX. — Courses de l'armée de Reccarède jusques au voisinage d'Arles.

L'armée victorieuse de Reccarède, qui étoit demeurée dans la Septimanie, continua cependant la guerre contre Contran. Après avoir fait lever le siège

' Grégoire de Tours, Hïst, 1. p, c. -j ,

de Carcassonne, elle se mit en marche pour attaquer les Etats de ce prince du côté du Rhône, & entra dans la province d'Arles, où elle fit le dégât jusques à dix milles de cette ville, en représailles de celui que les troupes hançoises avoient fait l'année précédente dans la Septimanie; elle fit outre cela un grand nombre de prisonniers. Nous avons lieu de croire que cette nouvelle expédition de la part des Visigoths se passa en Provence & au delà du Rhône j car les pays situés en deçà de ce fleuve 8c vers la ville d'Arles leur appartenoient ou au roi Childebert avec lequel ces peuples étoient en paix. Il faut en excepter cependant la partie du diocèse d'Arles qui est à la droite du Rhône, laquelle obéissoit à Contran, Se où le château à'Ugernum étoit situé. Les troupes de Reccarède prirent ce château durant cette campagne, ce qui nous fait juger que ce prince, qui s'en étoit déjà emparé deux ans auparavant, l'avoit abandonné d'abord après.

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