LXXIII. — Concile tenu sur les frontières du Gévaudan
Les évêques de la partie de la Province soumise à la domination francoise, avec les principaux seigneurs du pa^s {sacerdotibus 6 viris magnifcis), assis- An 590 tèrent^ l'année suivante à un autre concile, qui fut tenu sur les confins du Gévaudan, du Rouergue 8c de l'Auvergne, dans l'endroit à peu près où est la ville de Marvéjols. Une affaire qui regardoit Tétradie, veuve de Didier, duc de Toulouse, laquelle s'étoit retirée à Agen après la mort de ce duc, fut le principal sujet de cette assemblée mixte. Cette dame avoit d'abord épousé en premières noces le comte Eulalius, seigneur auvergnat, qui la maltraitoit extrêmement 8c qui étoit, d'ailleurs, un homme plongé dans toute sorte de crimes 8c de débauches. La conduite que ce seigneur tenoit à son égard engagea Tétradie à l'abandonner. Elle profita de son absence 8c consentit que Virus, qui, quoique neveu de son mari, avoit de l'amour pour elle, l'enlevât dans le dessein de l'épouser; mais celui-ci, craignant beaucoup plus de s'attirer l'indignation de son oncle que de contracter un mariage incestueux,
' Concilium Narionense, can. 14. ' Grégoire de Tours, Hiit. 1. 10, c. 8.
" Itid. can. 10.
An 090
la remit avec un fils qu'elle avoit eu d'Eulalius, 8c tout ce qu'elle avoit pu emporter de la maison de ce seigneur, entre les mains du duc Didier, dans l'espérance de l'épouser dans la suite. Eulalius, ayant été informé à son retour de l'enlèvement de Tétradie, en fut si irrité que, pour s'en venger, il tua son neveu j mais ne pouvant retirer son épouse des mains de Didier, qui s'étoit déjà marié avec elle, sur l'avis de la mort de Virus, pour se consoler, il enleva d'un monastère de Lyon une jeune fille qu'il épousa publiquement, 8t laissa Didier paisible possesseur de Tétradie. Après la mort de celui-ci, Eulalius, n'ayant plus rien à craindre de ce duc dont l'autorité l'avoit retenu jusques alors, cita cette dame au concile dont on vient de parler, 8c demanda la restitution de tout ce qu'elle lui avoit enlevé dans le temps de sa fuite. Tétradie comparut devant l'assemblée} mais, ne pouvant se justifier, elle fut condamnée à rendre à son premier époux, -sur ses propres biens, quatre fois autant qu'elle avoit emporté de sa maison, 8c tous les enfans qu'elle avoit eus du duc Didier furent déclarés bâtards.