‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 413 sur 553 · LXXV. — Faux prophètes dans le Gévaudan 6- le Vêlai · texte numérisé non relu

LXXV. — Faux prophètes dans le Gévaudan 6- le Vêlai

Pour comble^ de malheur, les peuples furent livrés à la séduction de plusieurs faux prophètes qui s'élevèrent dans le même temps. Il y en eut un entre autres qui devint fameux ; c'étoit un bûcheron, natif du Berry, qui, travaillant dans un bois, fut assailli par un essaim de mouches qui le maltraitèrent si cruellement, qu'il en devint fou pendant deux ans. Il alla ensuitedans la province d'Arles, oli il fit l'homme inspiré de Dieu. Il étoit vêtu de peaux 8c se mêloit de deviner les choses futures. De là, il passa dans le Gévaudan avec une femme qui le suivoit 8c qu'il faisoit appeler Marie. Cet imposteur séduisit un si grand nombre de peuple, que plus de trois mille personnes, parmi lesquelles étoient plusieurs ecclésiastiques ignorans, qui le regardoient comme un grand prophète, l'accompagnoient partout, sur la réputation qu'il s'étoit acquise d'avoir le don de guérir les malades : on lui en amenoit en foule de toutes parts, ce qui lui attiroit beaucoup de présens qu'il acceptoit fort volontiers. Pour mieux imposer aux peuples, il distribuoit tout

■ Grégoire de Tours, Hist. 1. i o, c. 23 & î5. * Grégoire de Tours, Hi'.t. 1. i o, c. 23 & 25,

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ce qu'on lui donnoit aux pauvres, en faveur desquels ils se croyoit en droit de détrousser les passans. On remarque que toutes ses prédictions étoient funestes. 11 affectoit cependant, en les faisant, de longues prières, & avoit l'impiété de se faire adorer de ceux qu'il avoit séduits par ses impostures. Il passa du Gévaudan dans le Vêlai 6c campa avec toute sa nombreuse troupe du côté du mont Anis (Anicium), où est aujourd'hui la ville du Puy. Il s'em- É^.orisin. para d'abord de toutes les églises voisines, St, sur l'avis qu'il eut qu'Aurélius, évêque du Vêlai, venoit au-devant de lui pour s'informer de sa conduite, il rangea sa troupe comme s'il eût eu dessein de combattre ce prélat. En attendant son arrivée, il lui envoya quelques-uns de sa suite, qui, aussi extravagans que lui, allèrent à sa rencontre en sautant & en dansant tout nus.

Aurélius, surpris de la folie de ces envoyés, dépêcha vers l'imposteur, leur maître, quelques personnages du pays des plus distingués & des plus braves. Un d'entre eux, s'étant approché comme s'il eût voulu baiser les genoux de ce faux prophète, celui-ci ordonna à ses gens de se saisir de la personne de ce seigneur 8c de le dépouiller; mais ce même seigneur ayant tiré aussitôt son épée, lui en donna tant de coups Se avec tant de violence, qu'il le hacha en pièces; après quoi tous ses compagnons se dissipèrent sans faire le moindre mouvement. Marie, sa compagne, fut prise 8c mise à la torture, où elle avoua les prestiges 8c les impostures de son maître, dont la mort ne fit pas cependant cesser entièrement la séduction. Plusieurs personnes qu'il avoit fascinées furent encore assez simples pour croire 8c soutenir que ce bûcheron étoit le Christ, 8c que Marie étoit une portion de la divinité.

L'évêque Aurélius, qui combattit les erreurs ou, pour mieux dire, les extravagances de cet imposteur, est reconnu pour saint dans le Vêlai. On voit' son tombeau dans l'église de Saint- Vosy, au Puy, avec celui de saint Bénigne, son successeur, dont nous ne connoissons que le nom.

LXXVI. — Chîldehert , roi d^Austrasïe , seul maître du Languedoc français après la mort de Contran, roi de Bourgogne.

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Ces divers fléaux furent suivis de la mort de Contran, roi de Bourgogne, prince également recommandable par sa piété 8c son amour pour son peuple. Il mourut au mois de mars de l'an 092, ou plutôt^ de l'annnée suivante. A défaut d'héritiers plus proches, Childebert, roi d'Austrasie, son neveu, lui succéda dans tous ses États en vertu du traité d'Andelot, à l'exclusion, à ce qu'il paroît, du jeune Clotaire, roi de Neustrie, autre neveu de Contran, 8c fils de Chilpéric 8c de Frédégonde. Il est certain, du moins ^, que Clotaire ne régna sur aucune des provinces méridionales des Caules qui étoient de la succession de Contran. Ainsi Childebert, ayant uni, après la mort de ce

' Gallia Christiana, nov. edit. t. 2, c. 690 & seq. ' Frédégaire, Chronicon, c. 20. — Saint Grégoire

A. de Valois, Rerum Francicarum 1. i5,p. 459. le Grand, 1. 5, epist. 53 & seq. — A. de Valois, — Pagi, Cnticdj ad ann. 698, n. 7. Rerum Francicarum 1, 16, p. 5o2.

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prince, le royaume de Bourgogne à celui d'Austrasie, se vit maître, non-seulement de l'Albigeois, du Vêlai, du Gévaudan & du pays d'Uzès, qui étoient de la dépendance de ce dernier royaume, mais encore du Vivarais, membre de celui de Bourgogne, Si du Toulousain, compris alors dans cette partie du royaume de Neustrie dont le roi Contran avoit hérité de Charibert, son frère, La Province qui porte aujourd'hui le nom de Languedoc se trouva donc alors partagée entre Reccarède, roi d'Espagne, maître de la Septimanie, & Childebert, roi d'Austrasie, qui régna jusques à sa mort sur tout le reste du pays.

Les États qui composoient la succession du roi Contran, quoique fort étendus au delà des anciennes limites du royaume de Bourgogne, furent longtemps compris sous le nom général de Bourgogne. Ce royaume, joint à celui d'Austrasie, rendit Childebert extrêmement puissant Si fort supérieur à Clotaire dont les États étoient beaucoup moins considérables; mais le premier ne survécut pas longtemps à son agrandissement; il mourut à la fleur ÂiTTl de son âge, après un règne de vingt ans en Austrasie, Se de trois en Bourgogne ou dans les États du feu roi Contran, son oncle.

LXXVJL — Théodehert 6" Thierri, fils de Childebert, lui succèdent chacun

dans une partie de la Province.

Childebert laissa en mourant deux jeunes enfans mâles qu'il avoit eus de la reine Faileube, son épouse. L'aîné, appelé Théodebert II, eut en partage le royaume d'Austrasie St par conséquent l'Albigeois, le Cévaudan, le Vêlai St le pays d'Uzès, qui en dépendoient. L'autre, nommé Thierri, eut le royaume de Bourgogne, pris sans doute dans toute l'étendue dont on vient de parler, ou, pour mieux dire, tous les Etats que Contran possédoit dans le temps de sa mort. Ainsi le Toulousain 6c le Vivarais furent soumis à son obéissance. Il est vrai que nous n'avons aucun monument qui prouve positivement que ce prince ait possédé le premier de ces deux pays; cependant, comme il paroît par plusieurs épîtres de saint Crégoire le Crand qu'il étoit maître de la Provence St qu'il étendoit d'ailleurs sa domination jusques aux Pyrénées, ainsi que nous le verrons dans la suite, nous avons lieu de juger qu'outre le royaume de Bourgogne, tel qu'il étoit dans ses anciennes limites,

il posséda aussi tous les autres Etats dont Contran jouissoit à sa mort, 8c lidorigin. ' -.1 1 'IIP -ri • • • 1. 1, p. 319.

qu on comprenoit alors sous le nom gênerai de Bourgogne. 1 hiern régna

donc sans doute sur toute la partie de l'ancien royaume de Neustrie située entre la Loire 8c les Pyrénées.

Quelques auteurs ' ont prétendu prouver que Toulouse étoit de la domination de Thierri", par une lettre^ du même saint Crégoire, adressée à Mennas,

' Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc , ' Saint Grégoire le Grand, nov. edit. ». 7, 1. i3,

p. 833. — A. de Valois, Rerum Francicarum I. r6, epist. 6. — Voir les notes des éditeurs, sur le même p. r>2o. — Le Cointe, ad ann. 602, n. 9. sujet.

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évêque de cette ville ; mais les derniers éditeurs des lettres de ce saint pontife ont fait voir que celle dont nous parlons regarde Mennas, évêque de Toulon, & non pas de Toulouse, comme on l'avoit cru jusqu'ici, ce qui ne détruit pourtant pas notre conjecture que le pays toulousain appartenoit à ce prince. Thierri, de même que Théodebert, son frère, se trouvant trop jeunes pour gouverner par eux-mêmes, la reine Brunehaut, leur aïeule & leur tutrice, prit le gouvernement de leurs États. Cette princesse fixa d'abord son séjour en Austrasie j mais s'étant ensuite brouillée avec Théodebert, son petit-fils, elle passa en Bourgogne auprès du roi Thierri, puîné de ce prince. La France se vit alors sous la domination de deux femmes également fières & ambitieuses, Brunehaut & Frédégonde. La première régnoit en Austrasie & en Bourgogne sous le nom des deux rois, ses petits-fils; Se la dernière dans la Neustrie, ou le reste de la France, sous celui du jeune Clotaire, son fils. L'une se rendit fameuse par le dérèglement de ses mœurs, & l'autre par le nombre & l'horreur de ses crimes. La jalousie ou l'aversion mutuelle de ces deux reines fut la source des troubles & des guerres civiles qui désolèrent le royaume durant la minorité de ces trois princes. Il ne paroît pas que la Province ait partagé les malheurs de ces guerres; du moins les historiens n'en font aucune mention.

LXXVIIL — Concile de Tolède. — Thierri, soutenu des troupes de la Gothie,

fait la guerre à Clotaire.

La partie de la même province qui obéissoit aux Visigoths jouissoit, durant ce temps-là, d'une paix profonde, sous le règne de Reccarède, prince recommandable par sa piété &. par les soins qu'il se donna de maintenir par son autorité la discipline ecclésiastique dans ses Etats. Ce roi convoqua un nouveau concile à Tolède', où se trouva avec Migétius, métropolitain de Narbonne, Ginésius, évêque de Maguelonne, successeur de Boëce. Cette assemblée se tint au mois de mai de l'ère 536, c'est-à-dire de l'an 597 de J.-C. & la douzième du règne de ce prince^.

Reccarède, au rapport d'un historien^ moderne, s'étoit ligué par l'entremise de Brunehaut, avec Thierri, roi de Bourgogne, quand celui-ci, accompagné de son frère Théodebert, roi d'Austrasie, se mit en marche pour faire la guerre à Clotaire, roi de Neustrie. Cet auteur ajoute que Reccarède envoya des troupes auxiliaires à Thierri pour l'aidera soutenir cette guerre; mais comme on n'a d'autre preuve de ce secours Se de cette ligue que la levée que celui-ci fit alors d'une armée très-nombreuse dans la Bourgogne, la Germanie 8c la Gothie, dont il est parlé dans la Vie de saint Berthaire'', évêque de Chartres, nous ne croyons pas cette preuve assez solide pour pouvoir assurer, sur ce

Le cardinal d'Agiiirre, Concilia Hispanica, t. l, ' Daniel, Histoire de Trance, t. i, p. 279.

p. 416, Labbe, Conciles, t. 6, c. i336. ■• Duchesne, Recueil des historiens de France,

' Ii''l- t. I, p. 56o.

seul fondement, que Reccarède envoya des troupes auxiliaires à Thierri contre Clotaircj du moins aucun ancien historien n'en fait mention. On peut d'ailleurs entendre ici par le nom de Gothie les provinces soumises à Thierri Se voisines des États des Visigoths, comme le Toulousain, le Vivarais & la Provence. Quoi qu'il en soit, Thierri vainquit le roi de Neustrie, son cousin, Si le força enfin d'acheter la paix par la cession de la meilleure partie de ses États.

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