‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 414 sur 553 · LXXIX. — Mort de Reccarède. — Son éloge · texte numérisé non relu

LXXIX. — Mort de Reccarède. — Son éloge

Si Reccarède eut part à cette victoire par le secours de ses troupes auxiliaires, il survécut peu de temps à la gloire qui lui en revint '. Il mourut^ à Tolède, vers le mois de juin de l'année 63g de l'ère espagnole, la six cent unième de J.-C. Se la seizième de son règne. Son mérite, universellement reconnu, le fit regretter de tous ses sujets. Il égala la gloire du roi Leuvigilde, son père, par la sagesse de son gouvernement, 8t la surpassa par son amour pour la paix Si son attention à la procurer à ses peuples. Il signala cependant sa valeur dans plusieurs rencontres, tantôt contre les François, tantôt contre les Grecs ou Impériaux étahlis en Espagne, 8t enfin contre les Gascons. Les victoires qu'il remporta sur les premiers, soit par lui-même, soit par ses lieutenans, acquirent à sa nation la plus grande réputation de bravoure qu'elle ait jamais eue. Plus modéré 8c plus libéral que le roi, son père, il s'attira non-seulement l'amour St le respect des peuples, mais encore l'estime de ses ennemis Si des médians mêmes. Il sut, par sa prudence, étouffer toutes les semences de rébellion que son changement de religion avoit fait naître en Espagne Si dans la Septimanie. Il fit rendre aux églises, de même qu'aux particuliers, les biens dont Leuvigilde les avoit dépouillés pour cause de religion Si fit des remises considérables à ses peuples sur les tributs qu'ils avoient coutume de lui payer; souvent même il leur fit grâce du tout. La douceur qui éclatoit sur son visage étoit une image fidèle de celle de ses mœurs. Ce prince se faisoit un devoir d'estimer 8i d'honorer les gens de bien. Il avoit un soin particulier des pauvres, à l'égard desquels il étoit extrêmement libéral. Il étoit l'appui des misérables Si la consolation des personnes affligées. Enfin on eût dit qu'il ne régnoit que pour taire du bien Si pour contribuer au bonheur *de ses sujets; aussi en devint-il l'amour Si les délices Si fut-il généralement regretté, comme s'il eût été le père d'un chacun.

Depuis son abjuration de l'arianisme, il se rendit très-recommandable par la pureté Si la fermeté de sa foi; Si on peut dire qu'après Dieu il fut l'auteur de la conversion de toute sa nation Si de celle des Suèves. Sa piété étoit sincère Si sans fard. Il étoit également fidèle à remplir tous les devoirs de la religion Si attentif à en respecter les ministres. Saint Grégoire le Grand nous

An 6o\

Fîd. origin.

' Voyez tome II, Note LX\ I.

' Isidore, Chronicon, p. 727. — Lucas Tudensis & RodericiJS Toletanus, Chronicon.

An doi

en a laissé de glorieux témoignages dans plusieurs de ses lettres. Sa fermeté dans la foi fut toujours inébranlable & à l'épreuve des pièges de la reine Goisvinde, sa marâtre, des divers troubles que sa conversion excita dans ses États, des intrigues des grands 6c de la révolte des peuples. Il la conserva pure 5t entière jusques au dernier soupir de sa vie, qu'il en renouvela la profession par une confession publique. Tel est le portrait que les auteurs contemporains nous ont laissé de Reccarède, qui peut passer pour le modèle d'un prince accompli & d'un roi véritablement chrétien. Il est surprenant qu'après avoir donné des marques si éclatantes de sa piété envers Dieu, de son zèle pour l'Eglise 8t de sa charité envers les pauvres, son nom ne se trouve pas écrit dans les fastes des saints.

LXXX. — Famille de Reccarède. — Lois de ce prince. — Liuva II, son fils

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