‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 429 sur 553 · XXIII. — Médailles de Chindasvinde frappées à Narbonne · texte numérisé non relu

XXIII. — Médailles de Chindasvinde frappées à Narbonne

L'association que Chindasvinde fit de Reccesvinde, son fils, fut moins un partage de son autorité qu'une abdication de la couronne en faveur de ce prince; aussi est-ce depuis ce temps-là qu'on compte^ les années de Reccesvinde; ce qui nous donne lieu de croire que les médailles que nous avons du premier précèdent cette association. Plusieurs de ces médailles sont de la fabrique^ de Narbonne Se prouvent que cette ville étoit regardée comme l'une des principales des Etats des Visigoths, car elle partageoit avec peu d'autres le privilège de battre monnoie. Il nous en reste aussi plusieurs autres des derniers rois visigoths frappées dans la même ville. Toutes ces médailles sont d'or, de même que la plupart de celles des princes de la même nation; mais elles se ressentent de la barbarie du siècle. E.lles représentent ordinairement la tête du prince dont le nom est gravé tout autour. On voit dans le revers la même chose ou une croix à la place, avec le nom de la ville où elles ont été frappées, comme celui de Narbona avec ces deux lettres P. S. qui signifient Pius, ou ce dernier mot tout entier. Les rois visigoths se donnoient cette qualité, à l'exemple des empereurs romains dont ils affectoient de prendre les titres. C'est ce qu'on voit encore dans plusieurs de leurs lois ou ordonnances dans lesquelles ils prennent les surnoms de Flavius , de Justus, de Victor, Sic.

On voit par ces médailles que c'est au temps des Visigoths qu'il faut rapporter l'origine de la terminaison barbare de quelques villes de la Septimanie, comme de Narbonne Se de Carcassonne qui, sous les Romains, s'appeloient Narbo 8c Carcasso. Le géographe ^ de Ravenne, auteur goth, qui vivoit à peu

■ Frédégaire, c. 82. ■* Lucas Tudensis & Rodericus Toletaniis, Chro-

' Pagi, Critica, ad ann. 649, n. i 2 ; ad ann. 653, nicon.

'• Le cardinal d'Aguirre, Concilia ffhpan. p. 538. ' Opuseula B. Eugenii, t. 2 des CEuvres de Sir- " Anton. August. Antlq. p. 26.

mond, p. 890. 7 Anonymus Ravennensis, Recueil des histo-

riens de France, t. 1 , p. 119.

An 649 y

près dans le même temps, rapporte les noms de plusieurs autres villes de cette province avec une terminaison encore plus barbare, ce qui rend inintelligibles la plupart de ces noms, soit dans cet auteur, soit dans quelques autres qui vivoient du temps de la domination des Visigotlis en Espagne.

XXIV. — Efforts de Chindasvinde &' de Reccesvinde son fils, pour substituer dans leurs Etats les lois visigothiques aux romaines.

Chindasvinde rendit son règne très-recommandable par la sagesse de son gouvernement. Les commencemens durent paroître cependant extrêmement durs à ses sujets, surtout à un grand nombre de seigneurs de son royaume, qu'il crut devoir sacrifier au repos de ses États. Ce prince s'appliqua depuis uniquement à rendre les peuples heureux. Les lois qu'il fit publier, & qu'on voit encore répandues dans le code visigothique, y contribuèrent beaucoup. Ce fut à lui 8c à son fils Reccesvinde que les Visigoths furent redevables de la perfection du recueil des lois de leur code, auquel ces princes en ajoutèrent plusieurs qu'ils tirèrent pour la plupart du droit romain.

Chindasvinde, persuadé ' que ce code, ainsi perfectionné, seroit désormais suffisant pour la décision de toute sorte d'affaires, défendit, par une loi célèbre, d'avoir recours dans la suite aux lois romaines ou à celles des autres nations, & ordonna de se conformer à l'avenir au code visigothique, comme à la seule règle qu'on devoit suivre dans les jugemens. Il permit cependant & conseilla même l'étude du droit romain & des lois étrangères, à cause de l'utilité qu'on pouvoit tirer de leur connoissance. Il n'est pas bien certain, par le texte de cette loi, qu'elle ne regarde que les seuls Visigoths, ou que ce prince voulût abroger l'usage des lois romaines, dont les anciens habitans du pays, qu'on appeloit Romains, s'étoient servis jusques alors, afin de rendre la jurisprudence uniforme dans ses États & de substituer, par rapport à ces derniers peuples, le code de sa nation à celui des empereurs romains. Il paroît seulement que cette loi n'eut pas d'abord son exécution, ce qui nous fait conjecturer que si, comme il y a lieu de le croire, elle regardoit les Romains ou anciens habitans du pays accoutumés à la jurisprudence romaine, ils firent difficulté de s'y soumettre.

Nous voyons, en effet, que le roi Reccesvinde ordonna^ à tous ses sujets de s'en tenir au code visigothique, après l'avoir corrigé, augmenté & fait Éd. origin. approuver dans une assemblée générale de la nation, composée, à l'ordinaire, des prélats & des principaux seigneurs du royaume. Il voulut que ce code fût observé à l'avenir par toutes les personnes & tous les peuples soumis à son obéissance, dans toutes les provinces de sa domination, à commencer le 21 d'ocl tobre de la seconde année de son règne, c'est-à-dire de l'an 65o de J.-C: car, comme nous 1 avons cleja remarque, on doit compter les années de ce prince

■ Codex Fisigoth. 1. 2, tit. 1, de Judiciis & Judi- ' Codex Vis'igoth. 1. 2, tit. i, de Judiciis & Judi-

catis, leg. p. catis, legg. i 8c i o.

depuis que son père l'eut associé à la royauté. Si donc cette nouvelle ordonnance de Reccesvinde nous fait voir d'un coté que celle de son père n'eut pas d'abord son exécution, elle prouve, à ce qu'il paroît, de l'autre, que le dessein de ces deux princes étoit de rendre la jurisprudence uniforme dans tout le royaume des Visigoths, 8i de faire du code des lois de leur nation une loi générale pour tous leurs sujets, soit Goths, soit Romains. Reccesvinde confirma' d'ailleurs, dans la suite, toutes les lois que son père avoit faites depuis la seconde année de son règne & ordonna à toutes les personnes & à tous les peuples de ses Etats de s'y conformer^.

Le soin que prit ce prince de ne former qu'un seul peuple des Goths & des Romains Se de confondre ces deux nations fait voir encore le dessein qu'il avoit de faire du code de sa nation une loi générale pour tout son royaume. Ces derniers avoient religieusement observé jusques alors les lois romaines qui défendoient aux sujets de l'Empire de s'allier avec les peuples barbares. La différence de religion qui étoit auparavant entre eux & les Goths avoit beaucoup contribué à maintenir l'usage de ces lois, ce qui avoit fait que ces deux peuples, quoique soumis à un même prince, avoient toujours été distingués entre eux. Reccesvinde, voyant que la conversion des Visigoths à la foi catholique ne mettoit plus d'obstacle à leur alliance avec les Romains, Se, résolu d'unir ces peuples pour n'en former qu'un seul , abrogea^ les anciennes lois romaines qui défendoient les mariages des uns avec les autres & permit aux Visigoths d'épouser indifféremment des Romaines & aux Gothes d'épouser des Romains.

Ce prince, malgré tous ses soins, ne put cependant réussir à confondre entièrement ces deux peuples Si à les soumettre à une même loi, du moins dans la Septimanie. Ils continuèrent d'être distingués dans cette province, comme nous le verrons dans la suite j Se après qu'elle eut passé sous la domination des François, les rois de cette nation maintinrent les anciens habitans du pays dans le même usage du droit romain dans lequel ceux de la partie du Languedoc qui leur étoit déjà soumise, s'étoient toujours '^ maintenus.

Page 1