XXVI. — Huitième 6" neuvième conciles de Tolède
An 653
Telle étoit l'application de Reccesvinde à policer ses États quand Chisdasvinde, son père, mourut le premier d'octobre de l'année 653, la quatre-vingtdixième de son âge. Son zèle pour le maintien de la discipline ecclésiastique 81 le bien de ses Etats le porta alors à convoquer à Tolède, au mois de décembre de la même année, S<. la cinquième de son règne, un concile^ national qui dura jusques au mois de février suivant, Si qui fut le huitième de cette ville. Les affaires de l'Eglise 8c celles du gouvernement firent également ^Éd.origin. l'objet de cette assemblée, composée, suivant l'usage, des prélats 81 des grands du royaume. On y voit, en eftet, avec la souscription du roi , celles des évêques , des abbés St des principaux seigneurs laïques de la nation. Georges d'Agde Si Sylvestre de Carcassonne sont les seuls évêques de la Septimanie qui souscrivirent à ce concile. On'' y supprima, à la prière de Reccesvinde, le serment que les rois étoient obligés de faire, en montant sur le trône, de n'accorder aucune grâce aux rebelles ni à ceux qui auroient conspiré contre la vie du prince ou contre les intérêts de l'État. Le concile laissa les uns Si les autres à la clémence du roi Si lui permit de leur accorder, à l'avenir, le pardon de leur crime. On dressa ensuite treize canons tant sur la discipline ecclésiastique, que sur le gouvernement Si les affaires de l'État. Il est ordonné par l'un de ces canons^ que l'élection des rois seroit libre Si qu'elle se feroit par les évêques Si" les grands du royaume, à Tolède ou dans la ville où le prédécesseur de celui qui devoit être élu seroit décédé; que les rois seroient encore plus attentifs à procurer le bien de leurs sujets que le leur propre; qu'ils ne feroient aucune exaction injuste; que les héritiers du roi défunt ne succéderoient qu'aux seuls biens qu'il possédoit avant son élévation sur le
■ Mabillon, Annales, ad ann. 660, n, 9. ' Le cardinal d'Aguirre, Concilia Hlspanica, t. 2,
" Codex Ftsigoth. 1. 2, tit. !, de Judict'is & Judi- p. 533, dans Labbe, Conciles, t. 7, c. 409. catis, legg. 6, 7 & 8. ^ Concilium Tolctanum VIII, can. 2.
^ Ibid. Ciin. I o.
trône, le reste devant appartenir aux rois, ses successeurs, ou à la couronne, & qu'enfin le roi qui seroit élu feroit serment, d'abord après son élection, d'observer ce décret. Reccesvinde le confirma avec tous les autres règlemens du concile par une loi qui fut insérée dans le code des lois de la nation.
Saint Ildephonse, alors abbé d'Agali, en Espagne, assista à ce concile. Il devint ensuite archevêque de Tolède Si mourut sous le règne de Reccesvinde, après s'être rendu également célèbre par sa sainteté & par ses écrits, & surtout par le traité qu'il composa , à la prière ' de Quirice, évêque de Barcelone, pour la défense de la virginité perpétuelle de la sainte Vierge contre trois infidèles, c'est-à-dire, comme l'explique le même Quirice, contre les hérétiques Jovinien & Helvidius & contre les juifs 5 de là vient que ce traité qui nous reste est divisé en trois parties. Godescalc, évêque du Puy, l'apporta d'Espagne en France, au dixième siècle, à son retour d'un pèlerinage qu'il avoit fait à Saint-Jacques, en Galice^. C'est donc sans fondement que R.oderic^, de Tolède prétend que saint Ildephonse écrivit ce traité pour réfuter Helvidius & Pelage, deux nouveaux hérétiques qui , suivant cet historien, passèrent des Gaules en Espagne, sous le règne de Reccesvinde, & infectèrent ce royaume de leurs erreurs sur la virginité de Marie, 8c que saint Ildephonse, après les avoir combattus par ses écrits, les obligea de sortir d'Espagne, ce qui lui mérita le titre A' Ancre de la joi dans toute l'Espagne & la Gaule gothique. Le P. Mariana'', après avoir suivi trop aveuglément Roderic de Tolède, ajoute que cette nouvelle secte contre laquelle saint Ildephonse écrivit son traité, avoit pris naissance dans la Septimanie ou Gaule gothique, 8c que les deux chefs, qu'il appelle Pelage 8c Helladius, ayant passé de cette province en Espagne , y renouvelèrent les erreurs de l'ancien Helvidius touchant la virginité de la Vierge, mais il est visible que cette nouvelle secte est purement imaginaire, 8c que saint Ildephonse n'écrivit que contre les anciens ennemis de la Mère de Dieu.
Deux années après le huitième concile de Tolède, 8c la septième de son règne, Reccesvinde en convoqua un autre qui fut le neuvième de cette ville : aucun évêque de la Septimanie n'y assista.
XXVII. — Fin de saint Didier ou saint Géry, évêque de Cahors,
On prétend 5 que Félix à qui saint Didier, évêque de Cahors, adressa une lettre que nous avons, avec la réponse, étoit alors métropolitain de cette pro-
' Acta sanctorum ordinis S. Benedicti , saec. 2, du Puy, qui l'offrit au chapitre de la cathédrale,
p. Sip&seq. dans la bibliothèque duquel il resta jusqu'au
' Le manuscrit de ce traité, apporté en France dix-septième siècle. — Voyez Léopold Delisle, le
par Godescalc, existe encore. Il est aujourd'hui Cabinet des manuscrits : Manuscrits de l'église du
conservé à la Bibliothèque nationale, fonds latin, Puy. [E. M.]
n. iS-'iJ. Il a été copié par Gomez, moine de Saint- ' RodericusToletanus, Hist. Hispanica, 1. 2, c. 22.
Martin d'Albeida, & fut rapporté d'Espagne en * 'yiaxiana, de Rehus Hispanicis, ï. 6, c. 10.
Aquitaine au mois de janvier 95i , par l'évéque ^ Cixtsl, Mém, Je l'histoire du Languedoc, p. 760.
An 655
An (555
vince' ; mais il paroît certain que ce Félix étoit évêque de Limoges^, & non pas de Narbonne. Car, quoique saint Didier fût en commerce de lettres avec la plupart des évêques ses voisins, ce n'étoit cependant qu'avec ceux de la domination françoise, & il ne paroît pas qu'il eût aucune correspondance avec ceux de la Septimanie soumise aux Visigoths , qu'on regardoit en France comme une province étrangère.
Didier gouvernoit^ son diocèse avec le zèle & la piété des premiers apôtres. Son unique application, dès qu'il eut pris possession, fut de remplir tous les devoirs de son ministère, de se faire tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ, d'être le père des pauvres &. le consolateur des affligés. Sa con- Éd. origin. ycrsation, quoique grave, n'avoit rien de gênant 5 ses meubles étoient propres, mais sans affectation, sa table honnête sans superfluité & sans délicatesse. Il avoit le secret de se faire également aimer des ecclésiastiques Se des séculiers de son diocèse 8t de leur inspirer l'amour de la vertu par ses exemples autant que par ses discours j enfin, suivant l'auteur de sa Vie, il allioit la douceur de saint Pierre avec la sévérité de saint Paul. Outre les biens considérables dont il avoit hérité de sa famille, il en tenoit plusieurs autres de la libéralité des rois Dagobert 8c Sigebert , soit dans l'Albigeois , sa patrie , où ses propres terres étoient situées, soit dans le Querci, où il en avoit d'ailleurs acquis quelques-unes par son économie. Il consacra tous ces biens au soulagement des pauvres ou à la construction & à la décoration des églises , & fonda un grand nombre de paroisses dans l'Albigeois & le Querci, où il possédoit plus de quatre-vingts terres ou villages.
Dans le temps qu'il fut élu évêque de Cahors, l'état monastique étoit extrêmement déchu dans ce diocèse. Les règles de Saint-Benoît & de Saint*-Colomban, les seules alors en usage en Occident, y étoient presque'* inconnues. Il rétablit l'observance par ses soins, soit dans les monastères qu'il amplifia ou qu'il releva, soit dans ceux qu'il fonda de nouveau dans ce pays.