XXXVI. — Saint Elan ou Alain de Lavaur
On croit que saint Amand est le même que le saint qu'on révère dans l'église de Lavaur, sous le nom d'Élan {Jlanus), Alain ou Ala dans le langage du
' La vie de saint Amand ne dit point que Séré- dit pas que cette abbaye fut dans le Rouergue; au
nus ait été duc d'Aquitaine. C'est là une inno- contraire, la suite du récit prouve qu'à ce moment
vation des commentateurs qui a été acceptée & ce saint venait de retourner dans le Nord de la
propagée par l'auteur de la charte d'Alaon (voir à Gaule. (Voir à ce sujet le Gallin Christiana, t. i.)
la page précédente;. Quant à Gisèle, femme.de [A. M.]
Charibert, on sait déjà que cette reine n'a pas ' Mabillon, ./^nna/cjj ad ann. 66r , n. I2&seq.
existé. Voyez, au chapitre xm de ce même livre, — Bollandistes, février, t. i, p. 849.
ce que nous avons dit au sujet d'Amandus, duc ' Voyez tome II, Note LXVIII, n. i!?.
apocryphe d'Aquitaine. |E. M.] ' Gallia Christiana, pr. edit. t. 3.
' Le monastère construit par saint Amand au ' Acta sanctorum orjinis S. Benedicti , saec. 2,
lieu de Nant n'est pas celui qu'indique ici D. Vais- p. 660 & seq. Vita S. Aigulphi. — Voyez les notes
sete; en effet, la Vie de ce saint, du reste authen- de Ma bi lion sur ce sujet, & Annales, ad ann. 661,
tique, comme le prouve une note précédente, ne n. 18.
An 660 '
pays, & cela sur la conformité de leurs actes'. Il est" visible, en effet, que l'auteur de ceux de saint Elan n'a fait que copier^ ceux de saint Amand, & appliquer à la prétendue fond^ition du monastère de Lavaur tout ce que l'auteur de la Vie de ce dernier à rapporté du monastère de Nant. Si donc ces deux saints sont différens, on peut assurer qu'on ne sait rien de certain ^Éd.ori^in. (jg saint Elan; & c'est mal à propos qu'on prétend qu'il fonda un monastère à Lavaur, sous le règne de Sigebert, roi d'Austrasie; car, outre que nous ne connoissons pas de roi de ce nom qui ait été maître du Toulousain, où Lavaur est situé, 8c que ce pays a toujours dépendu de la Neustrie, nous savons d'ailleurs que ce monastère est beaucoup moins ancien, n'ayant été fondé"* sous le titre de prieuré conventuel dépendant de l'abbaye de Saint-Pons de Thomières, qu'à la fin du dixième siècle.
XXXVn. — Dïdon, évêque d'Alhi. — Incendie de cette ville.
^„ gj; Didon^, évêque d'Albi & contemporain de saint Amand, occupoif^ ce
siège, à ce qu'il paroît, la quatrième année du règne de Childéric II en Austrasie. Sa ville épiscopale avoit souffert depuis peu un grand incendie qui avoit vraisemblablement consumé la bibliothèque de son église; car ce prélat donna ordre, après cet événement, à un de ses prêtres, appelé Perpétuus, de transcrire une collection de canons, ce que celui-ci acheva le 25 de juillet de la quatrième année du règne de Childéric. Cette date est une preuve que les pays méridionaux de l'Austrasie , comme l'Albigeois, obéissoient à ce prince, & qu'il régnoit paisiblement sur rout ce royaume. Il n'est pas fait mention ' de Didon , évêque d'Albi , dans l'auteur de l'ancienne chronique des évêques de cette église Se des abbés de Castres; mais on n'en doit pas être surpris, puisque cet auteur omet^ plusieurs autres évêques de la même église qui lui étoient sans doute inconnus.
■ Saint Alain de Lavaur est un saint dont l'his- ''Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc,
toire est mal connue; un fragment, dont l'époque p. Szi.
est inconnue, publié d'abord par Diichesne, prouve ' Le nom de Didon, évêque d'Albi, est, en effet, que l'on attribua plus tard à ce saint une partie des fourni par un ancien manuscrit de la bibliothèactions de saint Amand, en copiant un passage de que du chapitre d'Albi, qui contient le concile de la Vie de Baudemond sans y changer autre chose 674 (voir plus bas, dans ce même livre, au chaque le nom du héros. Le même fait paraît s'être pitre LVii); mais ce manuscrit, loin d'être méroproduit en Bretagne, oii l'on a rais sur le compte vingien, ne peut être attribué au plus tôt qu'au de saint Alain une partie des pérégrinations de neuvième siècle, & il est probable qu'un copiste saint Amand, en employant un procédé analogue; de mauvaise foi l'aura antidaté pour lui donner peut-être les deux falsifications ont-elles une ori- plus de valeur. Telle est du moins l'opinion des gine semblable, des fautes de copistes des manus- auteurs du Catalogue des manuscrits d'Alhi, dans les crits. En tout cas, nous ne croyons pas que l'on Catalogues des manuscrits des biblioth'eijues départepuisse identifier le saint Alain de Lavaur, proba- mentales, t. 1. [A. M.]
blement indigène, dont les traces auront été per- ^ Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
dues, & le saint Amand de Maëstricht, dont la vie n. III.
est parfaitement connue. [A. M.] ' D'Achéry, Spicilegium, pr. edit. t. 7, p. 336.
' Mabillon, Jnnales, ad ann. 66\ , n. i3. ' Gallia Christiana , nov. ed\t. l. i,c. y&seq.
' Froprtum P'aurense.
• An 664
XXXVIII. — Childéric 11 , maître de toute la monarchie après la mort
de Clota'ire 111.
Les évêques de France trouvoient une protection particulière en la personne de sainte Bathilde, alors régente du royaume durant la minorité des rois Clotaire & Childéric, ses entans. Aussitôt que ces princes furent en âge de gouverner par eux-mêmes, cette reine suivit son penchant naturel pour la retraite Se embrassa la vie religieuse, au monastère de Chelles qu'elle avoit déjà fondé, laissant l'administration du royaume de Neustrie à Elaroin, An 665 maire du palais, qui, sous le nom de Clotaii'e, régna en maître absolu.
Ce prince étant décédé sans enfans dans la quatorzième année de son ÂiïTT" règne, Ébroin, pour se maintenir dans ' l'autorité qu'il avoit déjà acquise, n'omit rien pour faire passer, à l'exclusion de Childéric, roi d'Austrasie, la couronne de Neustrie sur la tête du jeune Thierri, frère puîné de ce prince, qui jusques alors avoit mené une vie privée sous les yeux de la reine Bathilde, sa mère. Mais les seigneurs de Neustrie Se de Bourgogne, qui ne pouvoient supporter les manières hautaines de ce ministre, refusèrent de reconnoître Thierri, 8t de l'avis de saint Léger, évêque d'Autun, ils appelèrent Childéric qu'ils reconnurent pour roi de toute la monarchie. Ce prince, soutenu de tout ce qu'il y avoit de plus puissant dans le royaume, fut à peine arrivé de Metz à Paris, que Thierri, son frère, fut détrôné 8c renfermé dans l'abbave de Saint-Denis. Ébroin, qui l'avoit élevé sur le trône, fut en même temps envoyé en exil dans l'abbaye de Luxeuil , en Bourgogne, trop heureux encore d'y pouvoir vivre sous l'habit religieux dont il fut revêtu. Depuis ce temps-là, le Languedoc françois qui jusques alors avoit été partagé entre les rois d'Austrasie, de Neustrie Se de Bourgogne, se vit sous la domination d'un seul souverain, 8c quoique bientôt après les peuples d'Austrasie se soient soustraits à l'obéissance de Childéric pour se soumettre à celle d'un autre prince qu'ils reconnurent pour leur roi, il ne paroît pas cependant que ceux des provinces méridionales dépendantes de ce royaume aient suivi leur exemple, 8c qu'ils aient obéi à d'autres qu'à Childéric.