‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 434 sur 553 · XXXIII. — Saint Eremhert, évêque de Toulouse · texte numérisé non relu

XXXIII. — Saint Eremhert, évêque de Toulouse

Ce fut dans les premières années 8c sous l'autorité de Clotaire III, que saint Érembert^ fut élu évêque de Toulouse. Ce prélat, natif du terriroire de Poissy, près de. Paris, avoir embrassé la vie monastique dans le monastère de Fontenelle , sous la discipline de saint Vandrille, qui en étoit abbé. Quelque soin qu'il prît de se dérober à la connoissance du public, l'éclat de sa sainteté le découvrit. Sa réputation s'étant répandue jusquesaux extrémités du royaume, le peuple de Toulouse l'élut pour remplacer son évêque, du consentement du roi Clotaire 8c de la reine Bathilde, sa mère. Après son élection, qui fut des plus canoniques, il mit toute son application à remplir les devoirs de son ministère que Dieu honora de plusieurs miracles. Mais enfin, préférant aux sollicitudes de l'épiscopat les exercices du cloître, il retourna dans

■ Mabillon, Annales, ad ann. 656, n. 44 & seq. Vita S. Ercmherti. — Bollandistes, mai, t. 3, p. SSp ' Acta sanctorum orjinis S. Benedicti , saec. 2. & seq.

sa chère solitude de Fontenelle , où il mourut déjà avancé en âge, vers l'an 671 .

XXXIV. — Etat de la Province. — Childérlc II, roi d'Austrasie.

Il paroîtque, nonobstant les troubles qui suivirent la mort des deux frères les rois Sigebert III St Clovis II, la province jouit d'une paix profonde sous le règne de Clotaire III, roi de France Se sous celui de Reccesvinde, roi d'Espagne, qui en possèdoient chacun une partie. Ce dernier, à qui on donne la gloire d'avoir été le prince de son temps le plus pacifique & le plus attentif à maintenir la pureté de la discipline dans les églises de ses États, convoqua, la huitième année de son règne, le dixième concile' de Tolède auquel, de tous les évêques de la Septimanie assista le seul Ibitéricus d'Elne.

Quatre ans après la mort^ de Clovis II, la partie de la Province qui étoit ÂTëôô"" du domaine des François se vit partagée de nouveau entre deux difiérens princes. Les Austrasiens, ne voulant pas dépendre du gouvernement de Neustrie & souhaitant avoir un roi particulier, s'adressèrent à sainte Bathilde, régente du royaume. Si lui demandèrent pour roi Childéric, son second filsj cette reine le leur accorda, de l'avis des grands du royaume, & ce prince fut Éd. origin. reconnu^ en Austrasie après le mois de juillet de l'an 660. Cependant, comme il étoit encore fort jeune, Ulfoalde, maire du palais, gouverna ses Etats, sous son nom, durant son bas âge. La Neustrie 8t la Bourgogne demeurèrent sous la domination de Clotaire III. Par là, l'Albigeois, le Gévaudan, le Vêlai 8t le pays d'Uzès, qui faisoient partie du royaume d'Austrasie, passèrent sous le domaine de Childéric II, Si Clotaire III, son frère, continua de régner sur le Toulousain 61 le Vivarais.

XXXV. — Voyage de saint Éloi £• de saint Amand dans la Province. — Fondation de l'abbaye de Nant par ce dernier. — Evêques d'U-^ès.

On ne vit jamais en France un plus grand nombre de prélats recommandables par leur sainteté que dans ce siècle. Saint Amand, évêque de Tongres ou de Maëstricht, apôtre de la Flandre"*, Si saint Éloi, évêque de Noyon,

■ Le cardinal d'Aguirre, Concilia Hispanica, t. 2, par Philippe, ami de saint Bernard. On possède

dans Labbe. Conciles, t. 7, c. 473. ces trois viesj la première, dont il existe de nom-

' MabiUon, Annales, ad ann. 656, n. 44 & seq. breiix manuscrits & notamment à la Bibliothèque

— Acta sanctorum orjinis S. Benedicti, saec. 2, nationale, le manuscrit latin 5 359 i^" 'oi)' ^^

p. 775-784, Vita S. Bathildis. dixième siècle, a été écrite par un auteur contem-

' Pagi, Critica, ad ann. 656, n. 20; ad ann. porain & qui semble avoir connu des témoins

660, n. 6 & seq. oculaires de quelques-uns des événements qu'il ra-

' Saint Amand a joui d'une telle célébrité dans conte; du reste il ne se nomme pas dans le cours

le Nord de la France que sa vie a été le sujet d'un de son ouvrage, non plus que dans son prologue;

grand nombre de travaux au moyen âge. Écrite à les BoUandistes, & après eux MabiUon, l'attri-

une époque fort ancienne, presque contemporaine buent à Baudemond, disciple de saint Amand, &

de l'évéque, elle a été retravaillée au neuvième son successeur comme abbé d'Elnone, qui souscri-

siècle par un moine, nommé Milon, & au douzième vit son célèbre testament; il est indiqué comme

An 660

furent des plus célèbres. Ce dernier, à l'occasion d'un voyage qu'il fit en Provence, passa ' le Rhône & vint à Uzès, où Aurélien, évêque de cette ville, le reçut avec toutes les marques d'honneur 8c de distinction dues à son mérite & à sa piété. Le séjour de saint Eloi dans cette ville fut marqué par les mêmes merveilles que Dieu opéroit par son ministère dans le reste du royaume.

On croit qu'Aurélien eut Mommole pour successeur immédiat dans l'évêché d'Uzès. Sous l'épiscopat ^ de ce dernier. Se pendant le règne de Childéric II, roi d'Austrasie, saint Amand, évêque de Maëstricht, fit aussi un voyage dans la Province, ou du moins sur ses confins, a l'occasion de celui qu'il entreprit pour la seconde fois chez les Gascons établis en deçà des Pyrénées, afin d'éclairer ces peuples des lumières de la foi; car la plupart étoient encore ou ensevelis dans les ténèbres de l'idolâtrie ou livrés à la superstition.

Ce saint évêque étoit fils ^ de Sérénus, duc d'Aquitaine Se d'Amantia, 8c, par conséquent, oncle de Gisèle, épouse d'Aribert ou Charibert, roi de Toulouse, &c fort proche parent ou allié d'Amand , duc des Gascons, père de

l'auteur de cette Vie par l'ancien obituaire de l'abbaye î la Vie, dans tous les cas, est antérieure à 699, date de la deuxième élévation du corps de saint Amand, dont l'auteur ne parle pas, alors que tous les autres auteurs ont pris soin de la noter'. L'ouvrage de Milon , que les BoUandistes attribuent au neuvième siècle, ne se retrouve qu« dans des manuscrits assez postérieurs, du douzième siècle ; elle se compose de sermons, d'amplifications morales de la première Vie, avec quelques détails nouveaux, dont aucun n'a rapport au Midi. Enfin la Vie du douzième siècle n'est que le développement avec quelques miracles de plus de la Vie du septième.

Quant aux rapports de saint Amand avec le Midi, il faut convenir qu'ils sont fort restreints, au moins d'après la Vie du septième siècle; elle ne donne ni à Sérénus, ni à Amantia, ses père & mère, la qualité de duc; elle dit seulement que c'étaient des personnes puissantes d'Aquitaine; quant à savoir de quelle partie de l'Aquitaine le biographe veut parler, il est difficile de le préciser; Milon dit que c'est Herbauge, au sud de la Loire, lieu qui était bien dans l'Aquitaine, & du reste par les détails qui suivent dans l'ouvrage de Baudemond, il semble que saint Amand soit né sur les bords de l'Océan, au nord de la Charente, en face de l'île de Ré, où il alla passer plusieurs années dans un monastère. Les détails que le biographe donne ensuite sur les prédications du saint en Vasconie sont assez peu remarquables, & ne prou-

■ Voir Acla sunclorum, février, t. i, p. 841 b & 842 a.

vent pas chez l'auteur la moindre connaissance du pays; évidemment ce n'est pour lui qu'un épisode dans la vie de son héros; c'est surtout à Elnone qu'il nous le montre actif, pieux, bienfaisant. Ce n'est donc pas dans son ouvrage qu'il faut aller chercher tous les détails sur Amand, que les Bénédictins ont réunis ; c'est dans la charte d'Alaon, dont l'auteur, comme Dominici & son école, a profité de la ressemblance inexplicable qui existe entre les noms des saints des vallées de la Meuse & du Rhin & ceux du Languedoc (Amand, Sigolène, &c.). Que le saint Amand vénéré à Rodez soit l'évèque de Maëstricht, il n'y a encore à cela rien d'étonnant; mais ce qu'on ne peut trop répéter, c'est que la charte d'Alaon & les pièces qui ont été fabriquées pour lui servir de preuve, font seules de lui un membre de la famille d'Eudes, en donnant à son père Sérénus le titre de duc; seuls ces documents lui font jouer un rôle important dans le Midi de la France.

Quant au monastère de Nant, on peut voir, dans une des notes suivantes, ce qu'il faut penser de l'identification acceptée par dom Vaissete ; l'évèque O^tdtnsis civitatiSj qui s'opposa à la construction de ce monastère, doit être cherché dans le Nord de la France & non pas à Uzès, comme le voudrait notre auteur^ à la suite de Mabillon. [A. M.]

' Fila S. Eligil, 1. 2, c. II & seq.

' Acta sanctorum ordlnls S. Benedicti , saec. 2, Vita S. Amandi, c. 19, 22 & seq. — Mabillon, Annales, ad ann. 661, n. 12 81 seq.

' BoUandistes, février, t. 1, p. 849. — Voyez tome II, Note LXXXIII, u. 5.

cette reine '. Avant son départ pour cette mission, il demanda à Childéric, roi d'Austrasie, un endroit de son domaine dans la partie d'Aquitaine qui dépendoit de ses États, où il pût bâtir un monastère. Ce prince, ou plutôt son conseil, lui accorda le lieu de Nant, dans le Rouergue. Mommole, évêque dans le voisinage, soit par jalousie, ou par un faux zèle, s'opposa autant qu'il put à l'exécution du dessein de saint Amand : il porta même sa témérité jusqu'à envoyer des émissaires pour lui ôter la vie s'il n'abandonnoit son entreprise; mais Dieu, qui veille à la garde de ses élus, mit Amand à couvert des embûches que lui dressèrent les assassins, & ce prélat, loin de les punir de leur funeste projet, les combla de bienfaits. Délivré miraculeusement de leurs mains, il fit bâtir ensuite, sans obstacle, le monastère de Nant, qui subsiste encore aujourd'hui sous la règle de Saint-Benoît, dans le diocèse de Vabre, 8c qui est situé vers les montagnes des Cévennes , sur les frontières du diocèse d'Alais, ou de l'ancien diocèse de Nimes^.

Le nom d'0-:findis, que l'auteur contemporain de la vie de saint Amand donne au siège épiscopal de Mommole, fait croire à d'habiles ^ critiques que celui-ci étoit évêque d'Uzès, n'y ayant aucune ville épiscopale au voisinage de Nant, dont ce nom, qui est sans doute corrompu dans cet endroit, approche davantage de celui d'Uzès. Il est, en effet, fort vraisemblable que le diocèse d'Uzès s'étendoit alors jusques aux frontières du Rouergue'* & qu'il comprenoit en tout ou en partie ce qui forme aujourd'hui le diocèse d'Alais qui fut uni ensuite à celui de Nimes. Il est vrai que d'autres auteurs ^ assurent que, vers l'an 661, le siège d'Uzès étoit rempli par un nommé Audoénus, mais ils n'en donnent aucune preuve. Il paroh^ d'ailleurs que Mommole, qui exerça vers le même temps tant de violences dans le monastère de Lérins, étoit évêque d'Uzès. Ainsi on ne doit pas être surpris de son opposition à l'exécution du pieux dessein de saint Amand.

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