XLI. — Révolte d'Hildéric, comte de Nimes, contre Wamba
Le choix de ce nouveau roi fut également applaudi par tous les peuples d'Espagne & par ceux de la Septiraanie à laquelle un ancien ' auteur donne le nom d'Espagne Cïtérieure. Hildéric-, comte ou gouverneur de Nimes, homme vain St ambitieux, fut le seul seigneur de cette province qui en témoigna du chagrin. Flatté de l'espérance qu'il avoit conçue de parvenir au trône, il fit éclater son mécontentement & n'omit rien pour entraîner les peuples de son gouvernement dans la révolte qu'il méditoit. Comme il étoit lié d'une étroite amitié avec Gumildus, évêque de Maguelonne & Reximir ou Ramire, abbé d'un monastère du diocèse de Nimes, il ne lui fut pas difficile de gagner à son parti ces deux personnages, également mercenaires & indisposés contre le nouveau roi.
Hildéric avoit déjà rappelé, de l'avis de ces deux prélats 8c de sa propre autorité, dans son gouvernement, les juifs non convertis, malgré les décrets des précédens conciles de Tolède, en conséquence desquels ces peuples avoient été chassés d'Espagne & de la Septimanie. Ce comte, craignant d'être puni de ce rappel , prit des mesures pour se soustraire à l'obéissance de Wamba & se dérober à la rigueur de sa justice. Il inspira la même crainte à Gumildus & à Ramire, afin de les engager de plus en plus dans la révolte. Pour rendre son parti plus puissant, il tenta la fidélité d'Arégius, évêque de Nimes, à qui son caractère & ses rares vertus donnoient beaucoup d'autorité sur les peuples du pays ; mais ce prélat, inviolablement attaché à son prince légitime 8c par religion 8c par devoir, rejeta sa proposition avec horreur. Hildéric, outré de ce refus, chassa honteusement Arégius de son siège, le chargea de fers 8c l'exila ensuite dans le pays des François, avec lesquels il entretenoit des liaisons. Ce comte disposa en même temps de l'évêché de Nimes, comme il eût fait de son propre patrimoine, 8c sans garder les formalités 8c les règles prescrites par les canons, ni attendre l'ordre du roi 8c l'arrivée du métropolitain, il fit élire tumultuairement 8c par force, à la place de ce prélat, l'abbé Ramire, son confident, 8c le fit sacrer par deux évêques étrangers, qui étoient apparemment François 8c voisins de Nimes. En effet, quoiqu'il paroisse, par l'histoire de cette révolte, que les rois Childéric 8c Dagobert qui régnoient alors en France ne la favorisèrent pas, du moins ouvertement, on ne peut cependant douter que les François n'aient donné du secours aux rebelles. Ce furent, sans doute, les gouverneurs des provinces voisines de la Septimanie, qui, abusant de la foiblesse du gouvernement, vivoient alors la plupart dans une espèce d'indépendance 8c faisoient souvent pour leur intérêt particulier des entreprises dont ils se mettoient peu en peine de demander l'agrément de la cour.
Éd. origin.
Lucas Tudensis, Chronicon.
' JulianusToletaniis, Historia expeditionh Wainhae régis, dans Duchesne, t. i, p. 801 & siiiv.
Quoi qu'il en soit, le comte de Nimes, soutenu de cet évêque intrus & de celui de Maguelonne, se déclara ouvertement Se prit les armes contre Wamba. Ces trois chets des rebelles, s'étant d'abord assurés de tout le pays qui est entre la ville de Nimes & le mont du Chameau {Mons Cameli), qui est peut-être le même que celui dont il est fait mention dans les titres ' de l'abbaye d'Aniane , sous le nom de Mons Calmensis, & qui étoit situé proche de l'Hérault, dans la partie septentrionale du diocèse de Maguelonne, firent de ce canton comme leur place d'armes 81 leur quartier général. Regardant ensuite le reste de la Septimanie comme un pays ennemi, ils y firent des ravages affreux, pour forcer les peuples qui n'avoient pas encore pris de parti d'entrer dans leur révolte.
XLII. — Le duc Paul arrive dans la Septimanie, se fait élire roi à I^arbonne &> se joint aux rebelles de cette province.
Sur l'avis de ces troubles, Wamba fit partir en diligence le duc Paul avec un corps d'armée pour aller soumettre ces rebelles & rétablir la tranquillité dans la province des Gaules. Ce duc, qui passoit pour un grand capitaine, étoit, suivant quelques^ auteurs. Grec d'origine Si allié du feu roi Reccesvinde ; mais, enflé de sa^ naissance &. emporté par son ambition, il crut, en se voyant à la tête d'une armée , qu'il pouvoit impunément tout oser. Il oublia la fidélité qu'il devoit à son roi 8c comme son sujet St comme général de ses troupes, 8<. forma le dessein de le détrôner 8c d'usurper sa couronne. Pour mieux réussir dans cette entreprise, il marcha lentement, 5c loin de se presser d'aller punir Hildéric 8c ses complices, il s'arrêta d'abord, sous divers prétextes, dans la Tarragonoise, afin d'y concerter les moyens d'exécuter ses ^^ g j projets ambitieux. Il gagna d'abord à son parti le duc Ranosinde, gouverneur de cette dernière province 8c un autre seigneur, nommé Hildégise, lesquels, de concert avec lui, débauchèrent les soldats de son armée 8c firent de nouvelles levées, sous prétexte d'avoir besoin d'un plus grand nombre de troupes pour soumettre les rebelles de la Septimanie. Ces trois généraux, après avoir concerté leurs projets, marchèrent vers Narbonne dans le dessein d'établir dans cette ville le siège de leur domination'*.
' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, soulèvement national. Ce duc, en se fortifiant dans
n. XL. la Septimanie, paraît avoir eu pour but d'y ré-
" Lucas Tudensis, Ckronicon. gï^er en enlevant cette province à la domination
^ JuWanusToleîanus^ Historia expeditionis If^am- des Visigoths d'Espagne. En conséquence, il s'em-
iae régis, dans Duchesne, t. i, p. Soi & suiv. para des forteresses bâties sur la ligne des Pyrénées
^ Les détails de la révolte du duc Paul contre le pour en garder les défilés. Les principales étaient
roi Wamba nous sont fournis par le récit diffus & Livia , capitale de laCerdagne, dont la défense
fort ampoulé qu'a laissé Julien, archevêque de To- fut confiée à Hyacinthe, évêque d'Urgel; le fort
lède, contemporain des faits. Ce récit porte le titre de Cluses où il mit une garnison commandée par
de ffistoria. expcditionis Ifamiae régis, 8c a été im- le duc Ranosinde ; le château d'Ultrera, construit
primé iam le Recueil des historiens de France, t. 1, sur l'emplacement d'un ancien poste romain, &
p. 707 & suiv. celui de Collioure, que l'on trouve cité dans l'his-
L'entreprise du duc Paul a tout le caractère d'un toire pour la première fois. Mais l'énergie du
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VII. yiS
An 673
Quelques mesures qu'eussent pris ces rebelles pour cacher le dessein qu'ils avoient sur Narbonne, Argebaud, évêque de cette ville, en fut averti. Ce prélat, également respectable par la pureté de ses mœurs, par son attachement à son roi 8c son amour pour son peuple, n'omit rien pour traverser le projet des rebelles; mais soit qu'il eût été trahi, ou qu'il n'eût pas pris les mesures convenables, le duc Paul ayant hâté sa marche arriva à Narbonne avec toute son armée dans le temps que cet évêque l'en croyoit encore fort éloigné. Le premier soin de ce duc, après s'être emparé de cette place, fut d'y établir une forte garnison & d'en faire garder exactement les portes.
Ce général avoit tenu secrets jusques alors, autant qu'il lui avoit été possible, les desseins pernicieux qu'il méditoit contre son roi; mais enfin, devenu maître de Narbonne, il les fit éclater & ne garda plus de mes^jes- H fit assembler d'abord tous les officiers de son armée, & s'étant rendu au camp, suivi de ses principaux confidens, il commença par taire des reproches sanglans à l'évêque Argebaud d'avoir voulu lui fermer l'entrée de sa ville épiscopale. Levant ensuite publiquement l'étendard de la révolte, il publia hautement que l'élection de Wamba n'étoit pas légitime, que ce prince étoit indigne d'occuper le trône & qu'il ne lui obéiroit jamais. Choisisse-^ donc, continua-t-il, quelqu'un d'entre vous qui prenne les rênes du gouvernement, à qui tout le peuple se fasse un devoir d'obéir, 6- qui montre par ses actions qu'il mérite véritablement de régner. Le duc Ranosinde, qui avoit le mot, prenant alors la parole, dit qu'il ne connoissoit personne plus digne du trône, ni plus capable de le soutenir que le duc Paul, leur général, & après avoir ouvert son avis, il lui donna sa voix. Paul, sans se mettre en peine de recueillir les autres suffrages, déclara aussitôt qu'il consentoit à son élection. Se sans autre formalité, il exigea le serment de fidélité de tous les assistans, après avoir violé lui-même celui qu'il avoit prêté auparavant au roi Wamba. Cet usurpateur, joignant après cela le sacrilège à la félonie, dépouilla les lid.oripn. églises de Narbonne de leurs trésors pour avoir de quoi se soutenir dans sa révolte. Il enleva entre autres de celle de Saint-Félix, où reposoient' les reliques de ce saint martyr, une riche couronne d'or, dont le roi Reccarède lui avoit autrefois fait présent. Se dont il se servit pour la cérémonie de son couronnement, qui se fit dans la même ville où il prit les marques de la dignité royale.
XLIII. — Révolte de la Septimanie &- d'une partie de la Tarragonoise
contre JVamba.
Ce nouveau roi, pour s'affermir sur le trône, se ligua ensuite avec les rebelles de Nimes, ce qui ne lui fut pas difficile. Après avoir attiré à son parti
roi Wamba & le peu de temps laissé aux révoltés ' Grégoire de Tours, de Gloria martyrum , 1. i,
pour organiser leur défense ne tardèrent pas à c. 92.
amener la défaite de ces derniers & leur entière ' }ulianusTo\ctani\s,Historia expcJitionis If^am-
soumission. [E. M.J iac régis, dans Duthesne, t. 1, p. 801 & suiv.
An 673
Hildéric, Gumildus & Ramire, il entraîna dans sa rébellion, de gré ou de force, tout le reste de la Septimanie, tandis que d'un autre côté, le duc Ranosinde, son confident, faisoit soulever en sa faveur une partie de la Tarragonoise dont il avoit le gouvernement, & entre autres le pays qui porte aujourd'hui le nom de Catalogne. Paul , après avoir obligé les peuples de ces deux provinces de lui prêter serment de fidélité, voulant s'assurer de leur soumission, prit soin de mettre de bonnes garnisons dans les places fortes avec des gouverneurs dont il connoissoit le dévouement à sa personne 8c à ses intérêts. Ce rebelle, pour prévenir la vengeance de Wamba, avoit suscité à ce prince de nouveaux ennemis capables de l'arrêter en Espagne &. de l'empêcher de passer les Pyrénées pour venir punir sa rébellion. Avant que d'entrer dans la Septimanie Se de faire révolter son armée, il s'étoit ligué secrètement avec les Gascons espagnols, & les avoit engagés à prix d'argent à faire de nouvelles courses dans le plat pays des provinces d'Espagne, & à lui fournir des troupes auxiliaires pour l'aider à se soutenir contre ses ennemis. Outre cette ligue, il en fit une autre avec les François, c'est-à-dire, sans doute, comme nous l'avons déjà observé, avec les gouverneurs des provinces frontières. Ces peuples, gagnés, selon les apparences, par les présens de ce rebelle, lui fournirent un secours considérable 5c favorisèrent sa révolte; car l'ancien' historien qui rapporte que Paul fut secouru par les François assure en même temps que leur roi ne prit aucune part à cette guerre 8c qu'elle n'altéra en rien la paix qui régnoit entre les deux nations.
XLIV. — Wamha marche contre les rebelles 6* soumet la Catalogne.
Wamba s'étoit déjà mis en marche vers la Biscaye pour arrêter les courses des Gascons, quand il apprit la révolte de Paul 8c le soulèvement de la Septimanie 5c d'une partie de la Tarragonoise en sa faveur, ce qui dut arriver vers les mois d'avril ou de mai de l'an ôyS. Sur cet avis, ce prince assembla son conseil pour délibérer s'il devoit marcher d'abord contre les rebelles, ou s'il ne seroit pas plus expédient de retourner du côté de Tolède pour y lever un plus grand nombre de troupes, 8c se mettre par là en état de réduire plus aisément les rebelles 5c soumettre les provinces soulevées. Les opinions furent partagées; mais Wamba ayant fait voir la nécessité de marcher incontinent contre le duc Paul, soit pour ne pas lui donner le temps de fortifier son parti, soit pour prévenir ses nouvelles entreprises, l'avis de ce prince prévalut enfin. On savoit, en effet, que ce rebelle cherchoit l'occasion d'entrer en Espagne, dans le dessein d'y étendre sa domination Se de la taire déclarer entièrement en sa faveur. Le roi, pour animer ceux qui étoient d'un avis contraire 6c les porter à hâter cette expédition , leur représenta entre autres qu'il seroit indigne de leur courage de craindre ce tyran, quoique soutenu des Francs 6des Gaulois, « La manière de combattre des premiers, leur dit-il, ne vous
' Julianus Toletanus, Historia expcditionis IVamhae régis, dans Duchesne, t. i , p. SaS & 83o.
onjîin.
' ' An 673
« est pas inconnue. Leur tortue ni leurs approches n'ont rien rjui ne soit « au-dessous de vos forces. Quant aux Gaulois, leur valeur n'est redoutable « que quand elle est secondée par celle des Goths. » Wamba résolut cependant de continuer l'expédition qu'il avoit déjà commencée contre les Gascons; ■ il entra dans leur pays, & après l'avoir ravagé & forcé ces peuples à lui demander la paix & à lui donner des otages, il partit aussitôt pour se rendre en Catalogne par la route de Calahorra & de Huesca, villes d'Aragon. Ce prince s'étant ensuite avancé vers Ausone, aujourd'hui Vich , en Catalogne, arriva enfin avec son armée dans le pays occupé par les rebelles. Ses soldats y portèrent la désolation, y mirent le feu & commirent toute sorte d'excès 8c d'abominations. Wamba étoit trop religieux Se connoissoit trop le besoin qu'il avoit du secours du ciel, pour souffrir impunément de pareils désordres. Il iit punir rigoureusement les coupables, Se ayant intimidé ses troupes par ^^■ ces exemples de sévérité, il rétablit parmi elles la discipline militaire qu'elles observèrent depuis fort exactement.
La prise des villes de Barcelone St de Girone suivit de près cette exécution militaire. Wamba se saisit dans la première de plusieurs chefs des rebelles. On lui présenta dans l'autre une lettre du duc Paul, écrite à Amateur, qui en étoit évêque, dans laquelle ce rebelle marquoit à ce prélat « qu'il avoit « appris les préparatifs du roi 8t le dessein qu'il avoit de marcher contre lui ; « mais qu'il l'exhortoit à ne pas perdre courage, l'assurant que ce prince « n'en viendroit pas à l'exécution; qu'il lui demandoit seulement de vouloir « reconnoître pour son souverain celui des deux rois qui arriveroit le premier « dans sa ville épiscopale. » Paul fut la dupe de sa demande, car le roi Wamba, ayant prévenu son arrivée à Girone, fut reçu dans cette ville.
XLV. — Wamba s'empare des passages des Pyrénées 6" entre dans la Septimanie. — Lettre de Paul à ce prince.
Wamba, après la prise de Girone, s'avança vers les passages des montagnes qui séparent la Gaule d'avec l'Espagne, où étant arrivé, il donna deux jours de repos à ses troupes, afin de les mettre en état de soutenir les fatigues qu'elles avoient à essuyer dans les endroits difficiles qui dévoient se rencontrer sur leur route. Il reçut en même temps une lettre que Paul eut la témérité de lui écrire en ces termes : « Au nom' de Dieu, Flavius Paul, roi « souverain des parties orientales, à Wamba, roi des parties méridionales « d'Espagne. Faites-nous savoir, généreux &. brave guerrier, 8c apprenez- « nous, seigneur qui habitez les bois 6c les rochers, si vous avez déjà sur- « monté les plus rudes sentiers 8c les défilés des montagnes; si, comme un « lion rugissant, vous avez traversé les plus épaisses forêts 8c les bois les plus « sombres, si vous avez surpassé l'activité des cerfs 8c des biches 8c la force « des sangliers 8c des ours dans votre marche ; car si tout a réussi a votre gré
■ D. Boiicjuet, t. ?, p. 706.
'~m~ 718 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VIT.
An 07J '
« Si que vous vous hâtiez de venir vers nous pour nous faire entendre le « chant du rossignol Se que, comme un vaillant capitaine, vous soyez résolu « de nous combattre, vous n'avez qu'à descendre des montagnes {clausuras) « qui nous séparent, vous trouverez un athlète [apobumbeum) qui vous <i attend dans la plaine Se avec qui vous pourrez mesurer votre épée'. » C'est en ces termes extraordinaires qu'étoit conçue la lettre du duc Paul, qui étoit lui-même cet athlète. Pour toute réponse aux rodomontades de ce rebelle, Wamba se mit en état d'aller le chercher jusque dans le centre de son prétendu royaume, 8c après avoir fait rafraîchir son armée, il la partagea en trois corps Se assigna à chacun la route qu'il devoit tenir pour entrer dans la Septimanie.
Ce prince fit marcher le premier du côté de Livia, ville capitale de Cerdagne, sur les ruines de laquelle^ on a bâti depuis le château de Puycerda. S'il faut s'en rapporter à Roderic^ de Tolède, ce corps marcha sous la conduite de Didier, neveu de Wamba, auparavant commandant dans la Narbonnoise, St eut ordre de se rendre vers Albi Se Rodez, après avoir passé les Pyrénées. Ainsi, suivant cet historien, ces deux villes étoient alors sous l'obéissance des Visigoths & dévoient avoir secoué le joug de ce roi pour se joindre aux rebelles, ce qui paroît absolument faux"*.
Wamba se mit à la tête^ du second corps d'armée qui devoit marcher entre les deux autres Se traverser les Pyrénées, depuis l'extrémité du pays de Vich. Le troisième eut ordre de prendre sa route à la droite, par le grand chemin qui conduit de Catalogne en Roussillon, le long de la côte. Ce dernier corps, suivant le même Roderic, devoit se rendre d'abord à Toulouse Se de là à Narbonne, à Béziers Se à Agde, ce qui suppose encore que la première de ces villes dépendoit alors des Visigoths i^ 5 mais il paroît également faux que Toulouse fût du domaine de ces peuples sous le règne de Wamba. Ces trois corps d'armée s'étant mis en marche en même temps, le premier, qui prit la route de Cerdagne, emporta d'abord le château de Livia, malgré la résistance d'Hyacinthe, évêque d'Urgel, Se du général Araugiscle, qui en avoient entrepris la défense au nom du tyran Paul Se qui, ne pouvant plus soutenir les efforts des troupes du roi, se virent forcés de se rendre à discrétion.
Ce prince fit de son côté un détachement de son corps d'armée Se l'envoya, sous la conduite de deux vaillans capitaines, attaquer le fort appelé les Clau- \\' p 'fs"' sures {Clausurae) qu'ils emportèrent d'emblée. On donnoit en général le nom de clausures'' à tous les châteaux bâtis sur les ports ou passages des Pyrénées, à l'endroit où ces montagnes séparent la Gaule de l'Espagne; mais on le donnoit en particulier à un château très-fort, bâti proche des fameux trophées
' Nous ignorons pourquoi dora Vaissete a pris ' Roderions Toletanus, 1. 3, c. 4, 5 & i i .
la peine de transcrire ce discours ampoulé, qui n"a ■* Voyez tome II, Note LXXXI.
aucun des caractères de l'authenticité & pourrait '^'iu\\anasTo\eXanui,Histona expeditionis IVam-
bien n'être qu'une invention de l'archevêque de bac régis, dans Duchesne, t. 1, p. 801 & suiv. Tolède. [A. M.] '^ Voyez tome II, Note LXXXI.
' Marco. H'npan'ica, c. Sp. ' Marca Hlspanica, c. 60 & seq.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VII. 71g — TT7
' ' An ûyi
de Pompée dont nous avons parlé ailleurs. Ce château conserve encore aujourd'hui son ancien nom 8c s'appelle le Port de Clusas ; c'est le même dont le détachement de Wamba se rendit maître. Ranosinde, duc de la Tarragonoise, connoissant l'importance de cette place, s'y étoit jeté, avec le général Hildégise, pour la défendre} mais, forcés de céder, ils se rendirent prisonniers avec plusieurs autres chefs des rebelles, qu'on amena à Wamba les mains liées derrière le dos. Un corps de François, que Paul avoit envoyé au secours de ce château, étant arrivé trop tard, prit le parti de rebrousser chemin 81 de retourner à Narbonne, où il apprit à ce rebelle la perte de ce poste important. Le duc Wittimir, autre rebelle, chargé de la défense du château de Sardana, situé dans la vallée de Quérol, en Cerdagne, n'eut pas plutôt appris la prise de celui de Clusas, qu'ayant pris l'épouvante, il n'attendit pas l'arrivée des troupes de Wamba qui s'étoient mises en marche pour l'attaquer, Se abandonna son poste pour se retirer à Narbonne, auprès du duc Paul, qu'il trouva consterné de la perte de toutes ces places.
Le troisième corps d'armée, qui avoit pris sa route du côté de la mer, ne fut pas moins heureux dans ses expéditions. Il attaqua 8t prit d'abord le fort d'Oltreras (^Fulturaria), situé sur le chemin de Collioure, 81 ensuite cette dernière place, où deux des chefs des rebelles furent pris avec leurs femmes.
Wamba étant descendu ' ensuite dans la plaine du Roussillon, y campa avec ses troupes 81 s'arrêta deux jours pour attendre la jonction des deux autres corps d'armée, qui arrivèrent après avoir terminé leurs expéditions. Ce prince distribua alors à ses soldats les riches dépouilles qu'ils avoient remportées des châteaux dont ils s'étoient emparés, & où les rebelles avoient retiré ce qu'ils avoient de plus précieux, soit en meubles, soit en autres effets.
XLVL — Siège £- prise de Narbonne.
Le roi, animé par l'heureux succès de ses armes, se mit en marche, à la tête de toutes ses troupes. Il en détacha, peu de temps après, une partie, sous le commandement de quatre ducs ou généraux, qui eurent ordre de prendre les devans, d'aller investir Narbonne 8t de commencer le siège de cette ville. Wamba fit embarquer le reste de son armée sur la flotte qu'il avoit fait équiper, dans le dessein d'attaquer en même temps cette place Sv les rebelles de la Septimanie par mer 8c par terre.
A la vue de cet appareil de guerre &c sur l'avis des approches de ce prince, le duc Paul, qui jusques alors s'étoit tenu renfermé dans l'enceinte des murs de Narbonne, abandonna aussitôt cette ville 8c se retira à Nimes ; en sorte que ce prétendu athlète, qui avoit défié le roi à la descente des Pyrénées, n'eut pas le courage de l'attendre dans une place des plus fortes 8c des mieux munies. Il se contenta de pourvoir à la défense de cette ville par une forte garnison dont il confia le commandement au duc Wittimir. II donna en
' Julianiis Toletanus, Historia expeditionis fi^ambae régis, ut supra.
A„g^3 7-° HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV, VII.
même temps à ce général pour adjoints Ramire, évêque intrus de Nimes, Argemond, seigneur visigoth, St Gultrician, primicier, dignité que celui-ci exerçoit sans doute dans l'église de Narbonne. Paul emmena avec lui Argebaud, évêque de cette ville, dont la fidélité lui étoit suspecte.
Wittimir se disposa à une vigoureuse défense; mais il se vit abandonné bientôt après de Ramire, qui prit la fuite 8t fut ensuite fait prisonnier dans le territoire de Béziers. Les troupes de Wamba, de leur côté, investirent la ville de Narbonne & sommèrent Wittimir de la remettre à son légitime souverain. Ce duc ne répondit que par des injures & par des menaces. Le roi fit alors assiéger la place dans toutes les formes & jeter une prodigieuse quantité de flèches sur les remparts pour en éloigner les assiégés. Ceux-ci répondirent à leur tour par une multitude de traits qu'ils lancèrent sur les assiégeans. Ces derniers, redoublant leurs efforts, firent jeter de toutes parts une grêle de pierres par leurs frondeurs ; en sorte qu'on eût dit que la ville de Narbonne alloit être ensevelie sous ses ruines. Les assiégés soutinrent pourtant le choc avec tant de bravoure que l'avantage fut égal de part & d'autre, malgré ui',°p!^iL l'opiniâtreté du combat qui dura depuis la cinquième heure du jour jusquesà la huitième, c'est-à-dire depuis onze heures du matin jusques à deux heures après midi. Enfin les assiégeans, ne pouvant souffrir plus longtemps la longue résistance des assiégés, s'approchent des portes de la ville, y mettent le feu &, malgré les flèches & les efforts redoublés des rebelles, montent à l'assaut, escaladent les murailles & se rendent maîtres de la place. Le duc Wittimir, frappé de voir les ennemis dans la ville, court aussitôt en armes dans l'église, y cherche un asile derrière l'autel de la Vierge & menace de percer de son épée ceux qui seroient assez hardis pour oser l'approcher; mais un soldat qui le poursuivoit, peu touché de ses menaces, ayant pris une table, lui porta un si rude coup qu'il l'abattit. Ce duc fut pris ensuite, désarmé, garrotté & fustigé, avec les autres rebelles qui furent faits prisonniers avec lui dans Narbonne. Wamba, après avoir soumis cette ville, y fit son entrée.
XLVIL — Prise de Bé-^iers, Agde 6- Maguelonne.
Ce prince se mit en marche quelque temps après pour aller assiéger Béziers & Agde, deux des principales villes de la Septimanie, dont les rebelles s'étoient emparés. Willesinde, ou, suivant un autre historien', Vilesmond, évêque d'Agde, avoit pris la défense de cette ville conjointement avec son frère, appelé Willesinde comme lui, ou Ranosinde selon Luc de Tuy^, Se un seigneur nommé Araugiscle. Il résistèrent^ d'abord avec beaucoup d'opiniâtreté, mais ils se virent enfin obligés de se rendre et de se mettre à la merci du roi qui les fit prisonniers. Tel fut le sort de la ville d'Agde, St tel avoit été auparavant celui de Béziers.
' Lucas Tiidensis, Cliron'icon. ^ JuUanus'Toletsnus, Historia expejitionis If^ani-
' Ihid. tae régis, dans Duchesne, t. i, p. 8oi & suiv.
' An oji
Il ne restoit plus à Wamba, pour achever de soumettre toute la Septimanie, que d'assiéger le duc Paul dans Nimes, où il s'étoit renfermé, & qu'à s'emparer de Maguelonne, ville située auprès de la côte dans tine île de l'étang de même nom qui communique avec la mer. Cette dernière place, outre l'avantage de sa situation, avoit celui d'être munie d'une bonne garnison, sous le commandement de Gumildus, son évêque, l'un des premiers qui, avec le comte Hildéric, avoient levé l'étendard de la révolte. Le roi, voulant soumettre cette ville avant que d'aller forcer dans Nimes les chefs des rebelles qui s'y étoient réfugiés, fit approcher sa flotte dans le dessein d'attaquer l'île de Maguelonne par mer, tandis qu'avec ses troupes il en feroit le siège du côté qui communique avec la terre ferme. Gumildus, effrayé des approches de ce prince, ne l'attendit pas & abandonna la place pour se retirer à Nimes. Elle se défendit cependant durant quelque temps, mais Wamba en poussa le siège avec tant de vigueur qu'il obligea enfin les assiégés de se rendre à discrétion.