‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 438 sur 553 · XLVIII. — Le duc Paul assiégé dans Nimes · texte numérisé non relu

XLVIII. — Le duc Paul assiégé dans Nimes

Ce prince se mit alors en état d'aller assiéger Nimes. La prise de cette ville paroissoit d'autant plus difficile que le duc Paul & les principaux chefs des rebelles qui s'y étoient renfermés y avoient rassemblé toutes leurs forces, & que, n'ayant plus de ressources, ils étoient dans la résolution de se défendre en désespérés. La place étoit défendue, outre les habitans & les rebelles, par un grand nombre de Gaulois 8c de François que Paul & les autres conjurés avoient mis dans leurs intérêts 81 attirés à leurs secours. Wamba, résolu néanmoins de la forcer à se rendre, fit d'abord un détachement de trente mille hommes d'élite dont il donna le commandement à quatre ducs ou généraux, avec ordre d'aller l'investir 8t d'en commencer le siège. Il se campa, avec le reste de ses troupes, à quatre ou cinq milles de Nimes, pour couvrir les assiègeans 81 s'opposer aux François, en cas qu'ils voulussent venir au secours de cette ville, ainsi que le bruit en couroit.

Le détachement de l'armée du roi ayant marché toute la nuit arriva devant Nimes à la pointe du jour, le dernier du mois d'août, & commença d'abord par établir ses quartiers. Les assiégés, s'en étant aperçus 8t voyant que les troupes ennemies n'étoient pas aussi nombreuses qu'ils l'avoient cru, résolurent d'abord de sortir de la place 8(. d'aller attaquer les ennemis en rase campagne. Mais, craignant d'être surpris dans quelque embuscade, ils n'osèrent s'y hasarder, 81 comptant d'ailleurs de recevoir de la part des François un secours capable de faire lever le siège, ils se contentèrent de se tenir sur la défensive 8c de combattre de dessus les remparts. Les assiègeans se disposèrent, de leur côté, à l'attaque. Les trompettes ayant sonné la charge dès le lever du soleil, Éd.origin. ils s'avancent en bon ordre 8c, s'animant par des cris réitérés, ils font une décharge d'une prodigieuse quantité de pierres, de dards 8c de flèches pour écarter les assiégés des murailles 8c les débusquer de leurs postes. Ceux-ci se

défendent avec beaucoup de vigueur, font pleuvoir sur leurs ennemis une grêle de toute sorte de dards & les obligent de reculer. Les troupes du roi reviennent à la charge & recommencent l'attaque avec une nouvelle fureur, mais elles sont vivement repoussées. On combattit ainsi, avec un égal acharnement de part & d'autre, jusques à la nuit, sans qu'aucun des deux partis put s'attribuer la victoire.

Les assiégeans, ayant remarqué pendant l'action qu'ils n'étoient pas en assez grand nombre pour attaquer la place & faire front en même temps aux secours que les assiégés attendoient à tout moment, envoyèrent aussitôt demander au roi un nouveau renfort. Ce prince fit marcher sur le champ dix mille hommes de ses meilleures troupes, sous la conduite de Wandemire, qui, après avoir marché toute la nuit, arriva, avant le jour, au camp devant Nimes, le premier de septembre de l'an 678. Les assiégés, qui s'en aperçurent bientôt, en furent alarmés. Le duc Paul, voyant arriver ces troupes du haut d'une guérite, commença aussi, de son côté, à perdre courage, persuadé que Wamba étoit venu en personne avec toute son armée. Il tâcha cependant de ranimer ses soldats & leur parla ainsi, au rapport de l'historien contemporain' qui nous a laissé le récit de cette guerre : « Je reconnois, leur « dit-il, à la manière dont l'armée ennemie est rangée, que c'est mon concur- «. rent qui l'a ainsi disposée; il n'y a que lui qui puisse l'avoir mise dans cet « ordre de bataille. Ne vous découragez pas néanmoins, ce sont là toutes les <( forces de ces Goths orgueilleux, qui se vantoient avec tant de témérité « de venir nous accabler. Le roi y est lui-même, n'en doutez point, suivi <c de toutes ses troupes. Tous vos ennemis sont donc ici, & vous n'avez plus « personne à craindre. Il est vrai qu'ils se sont rendus autrefois célèbres « par leur valeur & qu'ils se sont signalés, en diverses rencontres, soit en se « défendant eux-mêmes, soit en attaquant diverses nations dont ils ont été la « terreur, mais ils ont perdu toute leur ancienne bravoure par le défaut « d'exercice, & ils n'ont plus maintenant aucune connoissance de l'art mili- « taire. Ils lâchent le pied au premier choc Se cherchent incontinent à se « mettre en lieu de sûreté, parce que leur courage affoibli ne leur permet « pas de soutenir l'effort d'un combat. Vous éprouverez la vérité de ce que « j'avance, dès que vous aurez commencé à vous battre -contre eux. » Les assurances de Paul n'empêchèrent pas quelques-uns de ses soldats de lui représenter qu'il se trompoit, que le roi étoit absent, parce qu'il ne marchoit jamais sans ses enseignes. Paul répliqua qu'il les avoit cachées exprès, pour donner à connoître à ses ennemis qu'il étoit encore à la tête d'un corps de réserve plus fort que toute l'armée qui étoit devant Nimes, afin d'être en état de renforcer les assiégeans ; que c'étoit là une ruse de sa part pour tâcher de vaincre par la crainte ceux qu'il ne pouvoit espérer d'assujettir par la force.

Ce prétendu roi avoit à peine achevé sa harangue, que les assiégeans,

' Jiilianus Toletanus, H'istona expcA'tî'tonîs V^amhac rcgis^ dans Diichesne, t. i, p. 8oi & suiv.

An 673

ayant recommencé l'attaque avec plus de vigueur que le jour précédent, firent jeter, par leurs archers 8c leurs frondeurs, une nuée de flèches & de pierres sur les remparts contre les assiégés ; ceux-ci leur répondirent de leur mieux & se défendirent avec beaucoup de valeur. Cette action, qui avoit commencé dès la pointe du jour, duroit encore à la cinquième heure, c'est-à-dire à onze heures du matin, lorsque les assiégeans raniment leur couraje;e, redoublent leurs efforts, écartent enfin des murailles les ennemis accablés par une multitude de traits qui tuèrent & blessèrent entre autres un grand nombre d'auxiliaires, lesquels avoient marché au secours des rebelles; ils s'approchent des portes, y mettent le feu, frappent les murailles ou y font des ouvertures, entrent dans Nimes, se font jour à travers les rues l'épée à la main, renversent tout se qui se présente & remplissent cette ville d'horreur Si de carnage. Les assiégés, quoique consternés, s'efforcèrent de disputer le terrrain pied à pied & vendirent chèrement leur vie, mais enfin, forcés de céder au nombre, ils se retirèrent dans les Arènes.

On appeloit ainsi alors à Nimes, de même qu'aujourd'hui, l'amphithéâtre de cette ville bâti par les Romains, lequel étant ceint de hautes murailles t*^! "''Ç'j"très-épaisses, formoit une espèce de citadelle 8c en a servi longtemps en effet aux habitans, comme nous verrons dans la suite. Quelques-uns des rebelles, en s'y retirant, furent poursuivis 81 massacrés par les soldats du roi qui s'étoient répandus dans la ville pour piller, mais plusieurs d'entre ces derniers demeurèrent sur la place. Les autres rebelles, renfermés dans le château des Arènes", ne cessèrent de faire des sorties sur les pillards qui se hasardèrent d'approcher des environs, 8c ils en tuèrent plusieurs.

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