‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 444 sur 553 · LXIII. — Troubles d'Austrasie après la mort de Dagobert II · texte numérisé non relu

LXIII. — Troubles d'Austrasie après la mort de Dagobert II

ÂiTôsô Dagobert II lui-même a été longtemps inconnu à nos derniers historiens,

& ce n'est que depuis peu qu'un savant^ critique a fixé l'époque de son règne avec celle de sa mort. Suivant son calcul, ce prince régna dix ans en Austrasie, à compter depuis ^son retour d'Irlande, 8t mourut vers l'an 680. Un auteur postérieur'* prétend cependant qu'il ne commença à régner qu'en 674, Si qu'il mourut en 678. Quoi qu'il en soit, ce roi qui, peu de temps après sa naissance, avoit éprouvé les revers de la fortune, en devint le jouet sur la fin de ses jours. Il fut la victime de l'ambition des grands de son État qui, de concert avec les évêques, conjurèrent sa perte, sous prétexte de sa mauvaise conduite dans le gouvernement & des désordres du royaume qu'ils regardoient comme des suites de la guerre qu'il avoit entreprise contre Thierri. On ne doute^ pas qu'Ébroin qui, avant que de faire sa paix avec ce dernier, s'étoit fait en Austrasie un puissant parti qu'il avoit eu soin de ménager, n'ait été l'auteur de cette conjuration, & qu'il ne se soit servi de la mauvaise disposition de ces seigneurs envers leur roi pour faire assassiner ce prince Se lui ôter la vie. On lui donne plusieurs filles Si un fils, nommé Sigebert, qui fut tué avec lui.

La mort de Dagobert fut suivie, peu de temps après, de celle d'Ulfoalde, son maire du palais; mais leur perte n'avança pas les affaires de Thierri. Pépin*, dit d'Héristal, père de Charles Martel, Si Martin, son cousin germain, fils de deux frères, s'étant mis à la tête des seigneurs austrasiens, t^t pl^'fe"". déclarèrent la guerre à ce prince Si, après s'être emparés de toute l'autorité en Austrasie, refusèrent de le reconnoître pour leur roi, quoique ce royaume lui fût dévolu par le décès de Dagobert II, sans postérité. La haine particulière de ces seigneurs contre Ébroin, ministre de Thierri, eut autant de part à leur révolte que le désir de se voir indépendans des Neustriens dont ils

' Paul Dincre, de Gestis Longobardorum , 1. 5, ^ Mabillon, Annales, ad ann. 672, n. 26; ad

c. 32. Recueil des historiens de France, t. 1 , p. 638. ann. 680, n"" 2 & 3.

— Mabillon, Annales, ad ann. 672, n. 26; ad '' Pagi , Critica, ad ann. 674, n. 10 8c seq. ad

ann. 680, n"* 2 & 3. ann. 678, n, 12.

' Acta sanctorum ordinis S. Benedicti, t. 2, n. i3, 'Mabillon, Annales, ad snn. 6-Ji , n. 26;ad

rita S. Salaherti. — D'Achéry, Spicilegium, t. 1, ann. 680, n"' 2 & 3.

p. Soi. ^ Continuateur de Frédégaire, c. 97.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VII. ySS

auroient été obligés de subir le joug; car les Austrasiens eurent toujours une répugnance extrême d'obéir à des princes qu'ils regardoient comme étrangers, dès lors qu'ils ne faisoient pas leur résidence dans leur pays.

Les ducs Pépin & Martin, quoique soutenus des peuples d'Austrasie, ne furent pas cependant heureux dans la guerre qu'ils entreprirent contre Thierri. Ils perdirent une bataille considérable où Martin fut tué par la trahison d'Ébroin, & dont Pépin eut peine à se sauver. Ce dernier ayant depuis rétabli ses affaires Se réuni en sa personne toute l'autorité par le décès de son cousin, gouverna ce royaume, durant quelques années, sous le titre de duc d'Austrasie.

LXIV. — Le Languedoc austrasïen demeure sous l'obéissance de Thierri.

Nous ignorons si Pépin étendit son pouvoir sur toutes les provinces de ce royaume tel qu'il étoit dans ses anciennes limites. Il paroît cependant plus vraisemblable qu'il ne l'exerça que dans les pays situés des deux côtés du Rhin, & que Thierri régna sur l'Austrasie méridionale, c'est-à-dire sur la partie de l'Aquitaine 8c du Languedoc qui dépendoit anciennement de ce royaume. On voit, en effet, que ce prince confirma' la fondation de l'abbaye de Mauzac, en Auvergne, ce qu'il dut faire entre l'année 680 & l'année 687, ou la suivante, 8c par conséquent avant que Pépin eût fait sa paix avec ce prince, Se que tous les Austrasiens l'eussent enfin reconnu* pour leur roi. C'est dans cet intervalle que cette abbaye fut fondée, vers ^ l'an 680 ou 681, par la piété de saint Calmin, ce qui prouve que l'Auvergne, ancien membre du royaume d'Austrasie, demeura sous l'obéissance de Thierri, 8c nous fait conjecturer que ce pays, de même que l'Albigeois, le Gévaudan, le Vêlai St le pays d'Uzès avoient été démembrés de ce royaume du temps de Childéric II pour passer sous la domination des rois de Neustrie ou de Paris. Il paroît, d'ailleurs, par les annales de Fulde, que Pépin n'exerça son autorité que sur une partie de l'Austrasie.

LXV. — Saint Calmin, fondateur de l'abbaye de Carméri ou S aint-ChaJJfre , en Vêlai. — Saint Eudes, premier abbé de ce monastère.

Saint Calmin ou Calmilius, dont nous venons de parler, fonda aussi l'abbaye de Carméri, aujourd'hui Saint-Chaffre ou le Monastier-Saint-Chaffre, en Vêlai. Les anciens monumens qui rapportent cette fondation sont accompagnés de tant de fables 8c d'anachronismes, qu'ils rendent très-obscure l'histoire de l'origine de ce monastère. Voici ce qu'on peut en tirer de plus vraisemblable.

' GMia Chrntiana , riov. edit. t. î, instrum. ' lAahûlon, Annales, aà ann. 6St , n. |6 & sca,

c. 108. & t. 4, p. 852. — Le Cointe, Annales ecclesiastici

' A. de Valois, Rcrum Francicarum 1. 22, p. 35o. Francoram, ad ann. 681, n. yS.

An 680

An 680

Calmin, Auvergnat de naissance, de famille sénatoriale, St également distingué par sa piété & ses richesses, gouvernoit' la province d'Auvergne sous le titre de duc, quand il forma le dessein, vers l'an 680, de faire bâtir une église à l'honneur de saint Pierre, dans une terre qu'il possédoit en Vêlai, appelée le Villar. Il faisoit son séjour ordinaire dans cette terre, 8<. il en possédoit plusieurs autres dans le même pays qui, à ce qu'il paroît, dépendoit de son duché ou gouvernement, le même sans doute que l'Aquitaine austrasienne. Après l'exécution d'un si pieux dessein, il fit construire auprès de l'église un monastère qu'il dota. Il partit ensuite pour Rome où il mit cette abbaye sous la protection de saint Pierre. A son retour, il passa par le monastère de Lérins, en Provence, Se pria l'abbé de lui donner quelques-uns de ses religieux pour remplir le nouveau monastère qu'il avoit fait bâtir en Vêlai. L'abbé lui accorda sa demande 8c lui donna entre autres un de ses religieux, appelé Eudes, qui fut le premier abbé de l'abbaye de Carméri (^Calmilius), ainsi appelée d'abord du nom de Calmin ou Calmilius, son fondateur.

Eudes étoit issu d'une famille considérable d'Orange &. avoit été archidiacre de Saint-Paul-Trois-Châteaux avant sa retraite à Lérins. A son départ pour Carméri, il prit avec lui un de ses neveux, nommé Théofred, ou Chatfre dans le langage du pays, fils de son frère utérin, qui se rendit ensuite célèbre par la sainteté de sa vie 81 donna son nom à cette abbaye. Saint Ménelée, restaurateur de l'abbaye de Menât, en Auvergne, fut aussi un des disciples du saint abbé Eudes, dans l'abbaye de Carméri. Ce dernier monastère ne porte aujourd'hui que le nom de Monastier-Saint-Chaffre ; il est situé environ ^Éd.on|in. ^ tj-ois Hcues au sud-est de la ville du Puy, sur la petite rivière de Coulaiiges, qui prend sa source à la montagne de Mezenc. Il a toujours été très-considérable 8c subsiste encore sous la règle de Saint-Benoît. Ses abbés ont^ séance dans le chœur de la cathédrale du Puy 81 y sont reçus avec beaucoup de cérémonie lorsqu'ils se présentent pour la première fois. Ils font alors un serment de garder fidèlement l'ancienne union fraternelle qui est entre leur monastère 8t le chapitre de cette église. L'abbaye de Saint-Chaffre a sous sa dépendance plusieurs prieurés conventuels dont les principaux sont Saint-Pierre du Puy & Chamalière, en Vêlai, Sainte-Enimie & Langogne, en Gévaudan, Sévérac, en Rouergue, & le monastère de filles de Saint-Pierre de Fraissinet, voisin de Saint-Chaffre. Calmin 8<. Namadie, sa femme, furent enterrés dans l'église du monastère de Mauzac, en Auvergne, dont ils furent aussi les tondateurs, 8<. où ils sont honorés comme saints ; ce qui fait voir que la France, malgré la corruption des mœurs qui y régnoit alors 8c les guerres civiles dont elle étoit désolée, ne manquoit pas de personnes de piété.

' Mabillon, Acta sanctorum ordïn'is sancti Bene- t. 2 , c. 71^2. — Dom Estiennot, Ms. Fragmenta

Jicl'i, saec. 3, part. 1, p. 476 & seq. Vita. S. Théo- chronici CalmiUacensis.

frei't, dans Labbe, Bibliolheca nova manuscr'tptorum, ' Gissey, Histoire Je Notre-Dame du Puy, p. 108

t. 2, p. 684 & seq. — Gallia Christiana, nov. edit. & suiv.

LXVI. — Règlement pour les limites de huit diocèses de la Septlmanie.

Si le roi Wamba eût été plus ambitieux, il auroit pu profiter des conjonctures favorables de ces guerres pour étendre ses frontières en deçà des Pyrénées; mais sa principale attention fut de faire régner la paix 81 fleurir la religion dans ses États, & d'entretenir surtout l'union ' parmi les évêques, que de continuelles disputes sur les limites de leurs diocèses divisoient souvent. Pour obvier à cet inconvénient, il fit publier, dans un concile national, une constitution qui fixoit les bornes de chaque évêché; mais les auteurs^ ne sont pas tout à fait d'accord sur l'époque de ce règlement. On voit par ce statut, qui nous a été conservé, que le royaume d'Espagne ou des Visigoths étoit^ divisé alors en six provinces dont la Narbonnoise étoit la dernière, & que celle-ci comprenoit, outre le diocèse de Narboiine, ceux de Béziers, d'Agde, de Maguelonne, de Nimes, de Lodève, de Carcassonne Sid'Elne. Les confins de chacun de ces diocèses sont marqués dans la constitution du roi Wamba, mais c'est en des termes si barbares ou si corrompus, qu'on ne peut en tirer aucun secours pour la connoissance des anciennes limites de la Septimanie.

Quelques autres notices'* des évêchés d'Espagne, qu'on rapporte vers la fin du règne des Visigoths, font mention de Toulouse & de Collioure, en Roussillon, ce qui semble supposer que la première de ces deux villes étoit alors sous la domination de ces peuples 81 que la seconde fut honorée d'un siège épiscopal ; mais un savant historien a démontré^ que Collioure n'a jamais été évêché, & on n'a d'ailleurs aucune preuve*^ que Toulouse ait appartenu aux Goths depuis la conquête qu'en fit le roi Clovis. Ces dernières notices sont par conséquent peu assurées : elles sont, en effet, d'un temps fort postérieur au règne des Visigoths.

Page 1