‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 443 sur 553 · LX. — Le Languedoc aiistras'ien soumis au roi Thierri · texte numérisé non relu

LX. — Le Languedoc aiistras'ien soumis au roi Thierri

Ebroin, voyant que sa fourberie lui avoit réussi, entra en Bourgogne où il fit divers progrès. Il se rendit maître d'Autun St fit prisonnier le saint évêque de cette ville; puis, s'étant avancé vers Lyon, il en torma le siège; mais il fut obligé de le lever bientôt après. Cet échec & la découverte qu'on fit de son imposture lui firent appréhender d'échouer dans l'exécution de son entreprise, ce qui l'obligea de prendre le parti d'abandonner son prétendu roi Clovis 8t de faire sa paix avec Thierri, qui lui donna la charge de maire de son palais. Ce ministre ambitieux s'empara dès lors de toute l'autorité, sans laisser à ce prince que le vain titre de roi, & signala son gouvernement par les emportemens & les excès auxquels il se livra. Il exila ou proscrivit entre autres un grand nombre ' de seigneurs de Neustrie 8c de Bourgogne qui l'avoient traversé, 8c dont quelques-uns, pour éviter de devenir la victime de ses projets ambitieux 8c se mettre à l'abri de ses entreprises, passèrent la Loire 8c se retirèrent à la cour des ducs d'Aquitaine 8c de Gascogne.

' Continuateur de Frédégaire, c. 96.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VII. yBS ^^^,^^

LXI. — 'Ni-^é-^ius fait des biens considérables à l'ahbaye de Moissac.

Quelque absolu que fût alors le pouvoir des maires du palais, & quelque grande que fût l'autorité qu'ils usurpoient sur les rois, ces princes conservoient toujours cependant les dehors de la leur ; tout se faisoit sous leur nom, 8t l'on continuoit de dater les actes 8c les diplômes par les années de ";p''fû'3. leur règne. Nous en avons un exemple dans un acte de l'abbaye de Moissac, daté de la septième année du règne de Thierri. C'est une vente que Nizézius', homme de condition & extrêmement riche, fit conjointement avec Ermentrude, sa femme, à cette abbaye Se à Léotadius, qui en étoit abbé, de dix-huit villages, situés partie dans le Toulousain, partie dans l'Agenois, 8c de deux autres dans le diocèse d'Eause. Ce seigneur vendit toutes ces terres ou villages avec leurs églises, les serfs 8c les affranchis destinés pour la culture des terres 8c toutes leurs autres dépendances pour le prix de sept cents sols d'or Se quatre habits appréciés deux cents sols; prix qui paroît bien modique pour des biens si considérables; mais il paroît que cette vente étoit simulée, puisque dans la même charte Nizézius Se son épouse disposent de cette somme en faveur de la même abbaye pour le soulagement de leurs âmes, après leur mort, Se ne se réservent que la disposition de cinq villages pour leurs héritiers, savoir : trois dans le Toulousain, Pompéjac, dans l'Agenois, Se un cinquième dans le pays d'Eause. La plupart des noms de ces lieux nous sont aujourd'hui inconnus : on voit cependant que plusieurs étoient situés des deux côtés 8c au voisinage de la Garonne, dans le diocèse de Toulouse, comme Bezens, Gagnac, Bauzelle 8c Sel , à la droite de cette rivière.

LXII. — Ejforts de Dagobert II pour rentrer en possession des provinces

méridionales de l'Austrasie.

Quelques auteurs croient que Dagobert II, qui régna d'abord dans la partie de l'Austrasie située le long du Rhin, 8c qui vécut ^ en paix avec Childéric II, ne ménagea pas de même le roi Thierri III, 8c qu'il prétendit, dès le commencement du règne de ce dernier prince, posséder tout le royaume d'Austrasie, tel qu'il avoit appartenu à Sigebert III, son père, Se régner par conséquent sur les provinces méridionales de ce royaume dont, pour des raisons particulières, il avoit laissé la jouissance à Childéric. Cette conjecture paroît d'autant plus vraisemblable qu'outre qu'Ulfoalde, maire du palais d'Austrasie, étoit ennemi juré d'Ébroin, qui gouvernoit la Neustrie sous le nom de Thierri, tous les Austrasiens avoient toujours souhaité de se voir indépendans du gouvernement de Neustrie ; ainsi les peuples de la partie méridionale d'Austrasie, qui comprenoit une portion du Languedoc, favorisèrent

' Mabillon, Jnnales, ad ann. 682, n. 33 & " Henschenius, de Tribus Dagohertis, 1. 2.

appendix, p. 686 & secj.

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sans doute les prétentions de Dagobert II. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce prince, voulant se maintenir sur le trône, se ligua ' dès le commencement

de son règne, avec Grimoald , roi des Lombards, & qu'il déclara ensuite la

An 677 guerre à Thierri, au sujet des frontières^ de ses Etats. Nous ignorons cependant la véritable étendue de ceux de ce roi d'Austrasie, avec le nom des pays qui furent le sujet ou le théâtre de cette guerre; car les auteurs du temps ne nous ont rien laissé là-dessus qui puisse donner lieu à autre chose qu'à des conjectures fort incertaines.

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