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LXVIII. — Dou-^ième concile de Tolède

Ce nouveau roi, dans le dessein de s'assurer la couronne, convoqua à Tolède, peu de temps avant son élection, un concile qui fut le douzième de cette ville Se dont l'ouverture se fit ^ le 5 de janvier de l'an 681. Quoique ce concile fût national, il ne paroît pas cependant qu'aucun évêque de la Septimanie y ait assisté. Quinze des principaux seigneurs visigoths s'y trouvèrent Se y souscrivirent avec le roi, ce qui fait voir que les définitions qui y furent faites sur les affaires de l'État, sur l'abdication de Wamba, la dispense du serment de fidélité prêté par les peuples à ce prince Se l'élection d'Ervige, son successeur, émanèrent moins de la puissance spirituelle des évêques assemblés, que de celle de toute la nation en corps en qui résidoit le droit -^ d'élire un roi après l'abdication de Wamba. S'il y a donc quelque chose de répréhensible dans les décrets de ce concile, ce n'est que dans ceux"* qui autorisent la discipline de ce temps-là, suivant laquelle non-seulement les personnes ordinaires, mais les princes mêmes, qui, se trouvant à l'extrémité, avoient reçu, soit par dévotion et à leur demande, soit sans leur consentement, la pénitence publique ou l'habit monastique ^ qui en étoit la marque, ne pouvoient plus retourner dans le siècle & se trouvoient dans l'obligation de ratifier leur engagement après avoir recouvré leur santé.

Ce concile'^ confirma les nouvelles lois d'Ervige contre les juifs, suivant lesquelles'^ ces peuples n'étoient pas absolument bannis d'Espagne ou des États desGoths', mais si gênés pour l'observation de leur loi, qu'ils n'en avoient

■ Le cardinal d'Aguirre, Chronologia ; Concilia ^ Le cardinal d'Aguirre, ConciZiam roZfïanum X//,

Hispanica, t. i , p. |6 ; t. 2, p. 633. can. 2.

■' Le cardinal d'Aguirre, Concilict Hispanica, t. 2, ' CoJex Visigotk. 1. 3, tit. 5, de Incestis, leg. 3.

p. 683, dans Labbe, t. 6, c. 1429. ° Le cardinald'Aguirre, ConciZiam roZfJanum X//,

^ Le cardinal d'Aguirre, Concilia Hispanica, t. 2, can. 9. p. 682 & seq. ' Co.lex Visigoth. 1. 12, tit. 3, Je Nov.leg. JuJaeor,

presque plus l'exercice libre, & que leur unique ressource étoit de se convertir au christianisme. Ce même concile conserva le droit d'asile' & fit un décret pour l'entière abolition de quelques restes d'idolâtrie qui régnoient encore en diverses provinces du royaume ^.

LXÏX. — Origine de la prétendue primatie de l'église de Tolède sur la

métropole de Narbonne.

Un des plus célèbres canons de ce concile fut celui qui fut dressé en faveur de l'église de Tolède 8c sur lequel cette métropole fonde le droit de sa prétendue primatie sur toutes les églises d'Espagne & de la Septimanie ou Gaule Narbonnoise. Pour l'intelligence de cet endroit de notre histoire, il faut remarquer^ que les rois visigoths s'étoient tellement ingérés dans les élections des évêques de leurs États, surtout depuis la conversion du roi Reccarède, que, non contens de les approuver comme ils faisoient auparavant, ils s'étoient emparés insensiblement du droit de nommer aux évêchés vacans ; en sorte qu'un évêque nommé par le roi n'avoit plus besoin, pour être sacré, que de la seule approbation ou confirmation du concile de sa province; mais comme ces assemblées ne se tenoient pas régulièrement, il arrivoit souvent que les églises demeuroient longtemps vacantes 8c dépourvues de pasteurs.

Pour remédier à cet inconvénient, les évêques de ce concile consentirent "* que, sur la nomination du roi, l'évêque de Tolède, dont cette ville royale rendoit le siège respectable, eût, à leur défaut, le pouvoir d'approuver 8c de sacrer à l'avenir, pour toutes les églises d'Espagne, les évêques nommés; voulant bien, pour l'avantage de ces mêmes églises, déférera ce métropolitain un droit dévolu à leurs assemblées, sans préjudice pourtant de celui du métropolitain de chaque évêque consacré, devant lequel celui-ci devoit se présenter trois mois après son sacre, pour recevoir de lui la confirmation de son élection. A la faveur de cette déférence des évêques d'Espagne à l'égard de celui de Tolède, saint Julien, qui occupoit alors le siège de cette église, souscrivit le premier dans ce concile^ avant tous les autres métropolitains, contre l'usage pratiqué jusques alors dans tous les conciles d'Espagne, où le plus ancien métropolitain présidoit 8c souscrivoit le premier. Telle est l'origine 8c le fondement de la primatie de l'église de Tolède.

C'est donc mal à propos que quelques historiens espagnols la font remonter au règne de Chindasvinde, étant certain que ce douzième concile de Tolède est le premier où l'évêque de cette ville ait souscrit par privilège avant tous les autres métropolitains. On voit enfin, par ce que nous venons de dire, que la primatie que prétendent les évêques de Tolède, n'est pas une primatie de

' Le cardinaldAgiùrre,Conci/i un; Tolclanum XII , p. i 62 & Notes p. (192. — P. de Marca, de Prima tu

can. 10 & II. LugJuncnsI, p. iSo & seq. p. 33(j & scq.

• Ihid * Lecardlnal d'Agiiirre, Cortf j?/um 7'o/c/rtrtam X//,

' Le cardinal i'\g\i\rrt, Concilia Hispanica, t. 2, can. 6.

An 681

An68i

An 683

Éd origin. iuridiction, mais d'honneur ' & de déférence. Notis pouvons remarquer d'ailleurs quil ne paroit pas même que les eveques de Narbonne aient jamais reconnu cette espèce de primatie, car il est certain que depuis ce concile jusques à la fin du royaume des Visigoths, que les églises de la Septimanie cessèrent de faire corps avec celle d'Espagne 8<. que cette primatie de Tolède fut abolie, on ne trouve aucun monument qui prouve qu'un évêque de Narbonne ait cédé à un évêque de Tolède moins ancien que lui dans l'épiscopat. Ainsi quand, plusieurs siècles après, sous le pontificat d'Urbain II, les évêques de Tolède voulurent réveiller leurs prétentions surannées sur l'église de Narbonne Se usurper alors sur elle, de même que sur toutes les églises d'Espagne, une primatie de juridiction qu'elle n'avoit jamais eue, ce fut avec raison^ que ces églises, & particulièrement celle de Narbonne, refusèrent de s'y soumettre.

LXX. — Treizième concile de Tolède. — Noms des évêques de la Septimanie

qui y assistèrent.

Le douzième concile de Tolède fut confirmé surtout par rapport à la sûreté de l'élection du roi Ervige, dans un concile suivant^, assemblé dans la même ville au commencement de l'an 683. Ce prince s'y trouva avec un plus grand nombre de prélats & de seigneurs que dans le précédent. Les uns Se les autres y firent de concert divers règlemens pour les affaires temporelles- de l'État, & les premiers y dressèrent en particulier plusieurs canons pour la discipline ecclésiastique. Tous les évêques de la Septimanie, à la réserve de celui de Nimes, assistèrent à ce concile ou en personne ou par leurs députés. Crescitanus de Béziers & Vincent de Maguelonne furent les seuls qui s'y rendirent en personne 5 tous les autres y envoyèrent leurs procureurs. On voit par les souscriptions que Pacat , abbé, y fut député par Sunifred de Narbonne, métropolitain de la province, Gisebert, diacre, par Ansemond de Lodève, Vérémond, abbé, par Clarus d'Elne, Citruin, abbé, par Etienne de Carcassonne, & Dexter, diacre, par Primus d'Agde ; Citruin fut élu"^ depuis évêque d'Albi , par le clefgé & le peuple de cette ville.

On prétend^ que ce dernier étoit abbé de Castres, en Albigeois, 81 que l'évêque d'Uzès envoya un député de son église à ce concile, ce qui prouveroit que l'Uzège 5c l'Albigeois dépendoient alors du royaume des Visigoths. On ajoute, en effet, qu'Ergile {corr. Ervige) s'étoit rendu maître de ces deux pays de même que du Rouergue, durant la guerre qu'il avoit faite, à ce qu'on prétend, aux François au commencement de son règne; mais ces faits ne sont

■ p. de Marca , de Primatu. Lugdunensi, p. zSo ' Le cardinal d'Aguirre, Concilia Hispanica, t. 2.

& seq. p. 339 & seq. — Thomassin, Disciplin. Labbe, t. 6, c. 1463. Concilium Toletanum XIII. part. 3, 1. I , c. 5, n. 1 1 ; part. 4, 1. i , c. 14. ^ D'Achéry, Spicilegium, pr. edit. t. 7, p. SSp.

' P. de Marca, de Primatu Lugdunensi^ p. 25 j ' Le Cointe, ad ann. 682, n'"' 14-22 & seq. ad

& seq. 374, 389, 410 8c seq. ann. 633, n. 1.

An 683

appuyés que sur des conjectures' peu solides; il paroît, au contraire, que le Rouergue, l'Albigeois & le pays d'Uzès, de même que le Toulousain, demeurèrent sous la domination Françoise pendant tout le septième siècle.

Sunifred, évêque de Narbonne, qui n'assista que par procureur à ce concile de Tolède, avoir succédé depuis peu, à ce qu'il paroît, à Argebaud dont nous avons déjà parlé au sujet de la révolte du duc Paul. Nous trouvons un bel éloge de Sunit'red dans une lettre que lui écrivit Idalus, évêque de Barcelone; ce prélat loue surtout sa vigilance^ & son application à remplir les devoirs de son ministère. Il lui envoya, en même temps, l'ouvrage de saint Julien de Tolède, intitulé Prognosticon futuri saeculi, que Sunitred lui avoit demandé avec beaucoup d'empressement.

Le terme d'heureuse mémoire (divae memoriae) dont le roi Ervige se sert^ en parlant de Wamba, son prédécesseur, dans la harangue qu'il prononça au commencement du treizième concile de Tolède, nous donne lieu de croire que ce dernier prince étoit alors déjà mort. Mais il paroît qu'Ervige ne respecta guère sa mémoire, puisqu'il cassa plusieurs de ses règlemens dans le même concile"*. Se qu'il rétablit dans leurs biens & dans leurs dignités tous les rebelles qui avoient pris les armes contre ce roi. Ervige, voulant gagner l'aft'ection des peuples, leur^ remit les arrérages des tributs qui lui étoient dus, soit en Espagne, soit dans la Province des Gaules jusques à la première année de son règne, 81 fit donner mainlevée de tous les biens qui pouvoient avoir été saisis à ce sujet. Ce prince n'oublia pas sa famille ; il la recommanda au concile, qui la prit sous sa protection, avec la reine Liubigotone, sa femme, quand il viendroit à décéder. L'assemblée défendit*, en même temps, aux reines veuves de convoler en secondes noces, St les assujettit à une perpétuelle viduité, dans la vue, sans doute, de prévenir par là les brigues des ^i; p',''§^"s. grands qui, par leur mariage avec une reine douairière, auroient prétendu avoir plus de droits à la couronne.

LXXL — Concile tenu à Narbonne en conséquence du quatorzième de Tolède.

Les évêques de ce concile étoient à peine partis pour retourner dans leurs diocèses que Pierre, notaire de l'église de Rome 8t député du pape Léon II, arriva à Tolède avec la définition du sixième concile général sur les erreurs des monothélites dont il venoit leur demander la confirmation^. Le roi, voyant la difficulté de rassembler ces prélats à cause de la rigueur de la saison 8c des fatigues d'un nouveau voyage , leur envoya des copies des actes de ce concile pour les examiner en particulier 8c en porter ensuite leur jugement au prochain concile qu'il devoit faire assembler sur ce sujet. Le pape Léon

' Voyez tome II, Note LXXXl. ■* Concilium Toletanum XIII, can. i.

* Le cardinal d'Agiiirre, Conciha Hispanica, t. z. ' Ibid. can. 3,

Labbe, t. 6, c. 1463. * IHJ. can. 4 & 5.

' Le cardinal d'Aguirre, Concilia Hispanica, t. 2, ' Le cardinal d'Aguirre, Concilia Hispanica, t. 2,

ut supra. P- 71 ' & seq. p. 717 & setj.

An 684

An 687

étant mort sur ces entrefaites, Benoît II, son successeur, pressa fort la tenue de ce nouveau concile d'Espagne, vers la fin de l'été de l'année suivante; mais les approches de l'hiver ne permettant pas à Ervige de convoquer alors tous les évêques de sa domination, il se contenta d'appeler à Tolède ceux de la Carthaginoise, avec les députés des premiers sièges ou des métropolitains, ce qui fut exécuté le 14 de novembre de l'an 684. Ervige prit ce tempérament dans la vue de faire savoir les résolutions de ce concile, par les grands vicaires ou députés des métropolitains qui s'y trouvèrent, aux conciles de chaque province qui dévoient se tenir ensuite, 8c de rendre par là les sentimens des évêqvies d'Espagne entièrement uniformes sur cette matière.

Il paroît, par ce que nous venons de dire, qu'on dut tenir un concile provincial dans la Septimanie après le retour de Jean, abbé, & de Valdemar, diacre, que Sunifred, métropolitain de Narbonne, avoit envoyés à sa place à ce quatorzième concile de Tolède. Quoique nous n'ayons pas les actes de celui de Narbonne qui fut tenu en conséquence, nous avons pourtant lieu de croire que tout s'y passa conformément k celui de Tolède, où la définition du sixième concile général fut reçue, & où on établit avec lui la distinction des deux natures, des deux volontés Se des deux opérations en Jésus-Christ.

LXXII. — Quin-^'ième concile de Tolède convoqué par Egica, successeur du

roi Ervige.

Trois ans après, Ervige, étant tombé malade, mourut' à Tolède, le i5 de novembre de l'an 687, après avoir abdiqué la couronne la veille de sa mort en faveur d'Égica, à qui il avoit donné en mariage sa fille Cixilane. Il avoit choisi ce seigneur pour son gendre préférablement à tout autre, soit à cause de son mérite personnel, soit à cause de sa naissance, étant proche parent du feu roi Wamba. Le choix d'Ervige fut confirmé par toute la nation 8c Egica fut sacré solennellement le 24 de novembre de la même année.

Le principal soin de ce nouveau roi, après son inauguration, fut de convoquer à Tolède un concile national ^ qui fut le quinzième de cette ville, 8c dont l'ouverture se fit au mois de mai de l'an 688. Quoiqu'il soit marqué dans la préface que tous les évêques d'Espagne 8c de la Gaule, c'est-à-dire de la Septimanie y assistèrent, nous ne trouvons cependant, parmi les souscriptions, que celles de Sunifred de Narbonne, 8c de Pacotase de Béziers, de cette dernière province. Outre la souscription de soixante 8c un évêques qui se rendirent en personne à ce concile, 8c celle des députés des cinq évêques absens, on y voit encore celles de neuf abbés, d'un archidiacre 8c d'un primicier, qui souscrivirent avant ces députés, 8c de dix-sept comtes visigoths ou officiers du palais du roi. Cette assemblée confirma l'élection d'Égica, réforma quelques lois de son prédécesseur 8c prit la défense de quelques propositions de Julien,

' Lucas Tudensis & Rodericus Toletnnus, Chro- ' Le cardinal d'Aguirrc Concilia Hispanica, t. 2,

n:con. — Pagi, Critica, ad ann. 687, n. 7. p. 721 & se<j. dans Labbe, t. 7, c. 6.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VII. 748 ^^^gg

évêque de Tolède, son président, contre la censure qu'en avoit faite le pape Benoît II.

LXXIII. — Pépin d'Héristal , duc d'Austrasle , après avoir fait la paix avec Thierri, gouverne tout le royaume.

La France étoit alors agitée par les divisions qui régnoient entre les Austrasiens £<. les Neustriens. Les premiers ' refusoient toujours de reconnoître Thierri pour leur roi Se ne vouloient obéir qu'à Pépin, leur duc. Celui-ci, non content de vivre dans l'indépendance & de gouverner l'Austrasie avec une autorité despotique, déclara plusieurs fois la guerre à ce prince, ou pour mieux dire aux maires du palais de Neustrie qui gouvernoient sous son nom. Cette guerre eut différens succès de part 8c d'autre 8c fut quelquefois suivie de la paix, mais cette paix n'étoit pas de durée. Enfin Thierri III, après avoir été le jouet des caprices 8v de l'ambition d'Ébroin 8c des autres maires du palais qui succédèrent à ce ministre, devint si odieux par sa mauvaise conduite à ses principaux sujets, qu'ils prirent le parti de se retirer en Austrasie, ce qui fournit au duc Pépin un nouveau prétexte de recommencer la guerre contre t^t^p^'lèg. ce prince.

Les deux armées se mirent en marche 8c, s'étant rencontrées au village de Testri, près de la rivière de Somme 8c de Saint-Quentin, en Picardie, elles en vinrent à un sanglant combat où Thierri eut le malheur d'être défait avec toutes ses troupes. Après cette bataille, qui se donna* l'an 687, Pépin alla se présenter devant Paris, se rendit maître de cette ville 8c se saisit de la personne de Thierri ; après quoi, laissant à ce prince le vain titre de roi, il s'empara de toute l'autorité, gouverna désormais en maître absolu les trois royaumes d'Austrasie, de Neustrie 8c de Bourgogne, 8c fraya par là à ses descendans le chemin au trône, où ils eurent enfin le bonheur de parvenir.

Pépin prit le gouvernement de toute la monarchie sous le titre de prince des François, 8c s'efforça d'en soumettre les peuples à son obéissance. Il s'appropria plus particulièrement l'Austrasie, qu'il regardoit ' comme son patrimoine, c'est-à-dire les parties orientale 8c septentrionale de ce royaume'; car les méridionales, ou la partie de l'Aquitaine qui en dépendoit, 8c qui anciennement comprenoit entre autres l'Albigeois, le Vêlai, le Gévaudan 8c le pays d'Uzès, passèrent bientôt en d'autres mains '^.

LXXIV. — Eudes, duc d'Aquitaine, étend sa domination sur tous les pays français situés à la gauche de la Loire. — Pépin lui déclare la guerre.

La bataille de Testri fut l'époque de cette révolution 8c de la servitude des derniers rois de la première race sous Pépin 8c les autres maires du

' Continuateur de Frédégaire, c. 93 & seq. ' A. de Valois, Rerum Franclcarum 1. 22, p. 364.

' Pagi, Critica, ad ann. 687, n. 8 & seq. * liid.

An 6â8

palais, ses successeurs. Le pouvoir excessif de ces ministres causa, en effet, divers troubles dans le royaume; les peuples' & les ducs ou gouverneurs des différentes provinces, accoutumés à n'obéir qu'à leurs rois, refusèrent de se soumettre aux maires de leur palais qui, outre qu'ils usoient d'une autorité despotique, faisoient assez connoître, d'ailleurs, quels étoient leurs desseins ambitieux. Plusieurs d'entre ces peuples se servirent de ce prétexte pour se soustraire à l'obéissance de leurs souverains. De ce nombre furent les Aquitains & les Gascons, à la tête desquels étoit alors le fameux Eudes ^, leur duc ou prince héréditaire, qui avoit succédé à Boggis, son père, & à Bertrand, son oncle, dans le duché de Toulouse ou de l'Aquitaine neustrienne, & dans celui de Gascogne, 8c qui avoit réuni en sa personne tous les États de ces deux princes, ce qu'il faut d'abord reprendre de plus haut.

Nous avons déjà dit ailleurs qu'après la mort de Charibert, roi de Toulouse, & du jeune Hildéric, son fils & son successeur, le roi Dagobert s'étoit emparé de ce royaume & qu'il l'avoit donné ensuite en apanage, sous le titre de duché héréditaire mouvant de la couronne, à Boggis Si à Bertrand, frères puînés d'Hildéric, ses neveux, qui le possédèrent conjointement avec le duché de Gascogne. Boggis épousa Ode 3, dame d'une grande naissance & originaire, à ce qu'il paroît, du pays de Liège, en Austrasie. Devenue'^ veuve en 688, par le décès du duc, son époux, elle prit la résolution de quitter l'Aquitaine & de se retirer en France avec son neveu Hubert, fils du duc Bertrand & de Phigberte, qu'on prétend avoir été sœur d'Ode, ce qui prouveroit que les deux sœurs avoient épousé les deux frères. Ode & Hubert étant arrivés à la cour du roi Thierri HI, ce prince fit un accueil très-gracieux à ce dernier 8c, pour l'attacher auprès de sa personne, il lui donna la charge de comte du palais, qu'il n'exerça pas longtemps. Dégoûté, en effet, bientôt après des vanités du monde, il renonça à toutes les espérances du siècle pour se donner entièrement à Dieu. Dans ce dessein, il céda à Eudes, son plus proche parent, toutes ses prétentions sur la principauté ou duché d'Aquitaine. Hubert se retira en Austrasie avec Ode, sa tante, pour vivre sous la discipline 8c la direction de saint Lambert, évêque de Maëstricht, qui l'admit à la cléricature 8c qui l'eut pour successeur dans la suite. Il transféra son siège épiscopal de Maëstricht à Liège, où il mourut l'an 727, 8c fut reconnu pour saint. Son corps fut porté quelque temps après dans une abbaye des Ardennes qui prit depuis son nom.

Sainte Ode, qui l'avoit suivi dans sa retraite, passa le reste de ses jours

' Erchambertus, dans Duchesne, SS. Franc. charte d'Alaon & doivent être effacés de l'histoire.

coaet. t. I, 1. 22, p. 364; Dom Bouquet, t. 2, Quant à la légende de saint Hubert, elle a été

p. 780. — Annales Mettenses , Duchesne, t. 3, écrite au douzième siècle & ne mérite aucune con-

p. 266 i Dom Bouquet, t. 2, p. 690. fiance pour l'histoire du septième siècle. [E. M.]

' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, '' Anonymus, de Conversione S. Vherti, dans le

n. LXVII ; & au même volume la Note LXXXIII. Cointe, Annales ecclesiastici, ad ann. 688, n. 34

' Voir plus haut, sur Ode & sa sœur Philiberte, & seq. ; ad ann. 702, n. 42 & seq. ; ad ann. 71 1 ,

la note insérée au chap. v du même livre. Tous ces n. 9; ad ann. 727. — Baillet, Fiei des Saints,

détails ont été empruntés par les Bénédictins à la 3 novembre.

An 688

dans la pratique des œuvres de piété 8c dans un continuel exercice des vertus chrétiennes. Elle fonda plusieurs églises &, entre autres, la collégiale d'Hamai, près de la ville d'Hui. On assure" qu'elle vécut jusques en l'an 711. Elle laissa par testament les biens qu'elle possédoit en Austrasie à saint Hubert, son neveu, qui les employa à la construction de plusieurs églises de la ville de Liège, où Ode est reconnue 8c honorée comme sainte. On prétend qu'Hubert, avant son renoncement au monde, s'étoit marié S<. avoit eu un fils, nommé Flodobert, qui fut son successeur dans l'épiscopat.

C'est tout ce qu'on peut recueillir de plus certain de la vie de ces deux saints qui appartiennent à la famille d'Eudes, duc de Toulouse ou d'Aquitaine, 8c par conséquent à notre histoire. Leurs actes, quoique interpolés en plusieurs endroits, confirment^ une ancienne charte qui nous fait connoître l'origine, jusques ici peu connue, de ce duc. Ces monumens prouvent qu'il étoit petit-fils, par Boggis son père, de Charibert, roi de Toulouse 5 qu'Ode, sa mère, étoit déjà veuve en 688; qu'il succéda, par conséquent, dès lors à la partie des duchés d'Aquitaine 8c de Gascogne possédée par le duc son père; qu'il réunit sur sa tête l'autre partie de ces duchés par la cession volontaire que lui en fit saint Hubert, son cousin germain, fils 8c héritier de Bertrand, son oncle paternel, 8c qu'enfin celui-ci devoit être mort aussi vers le même temps. Eudes épousa^ Valtrude, fille du duc Valchigise, proche parent 8c de la famille même de Pépin d'Héristal, bisaïeul de Charles le Chauve, ce qui nous donne lieu de croire que Valchigise étoit frère ou cousin germain d'Anchigise, père du même Pépin. Boggis eut un autre fils, appelé Imitarius; mais il ne paroît pas que celui-ci ait partagé avec son frère les États de leur père. Telle étoit la situation d'Eudes '*, duc de l'Aquitaine neustrienne ou de

Ed. origin.

' Sigebert de Gembloux, Chronicon.

' Voyez tome II, Note LXXXIII, & aux Preuves, Chartes & Diplômes, n. LXVII.

' Voyez tome II, Preuves, n. LXVII.

* C'est surtout dans la charte d'Alaon que les Bénédictins ont puisé les renseignements généalogiques qu'ils donnent ici sur le comte Eudes. Qu'était-ce qu'Eudes ? Un chef aquitain. Mais d'où Yenait-il, quel était-il? Quelle était l'étendue véritable de ses Etats & le lieu habituel de sa résidence? Autant de questions auxquelles les chroniqueurs n'ont pas trouvé bon de répondre; à leurs yeux, Eudes n'est qu'un étranger, un partisan avide, qui cherchait à profiter des troubles pour étendre & affermir sa domination usurpée. Nul n'a pris la peine de dire d'où il était sorti, nul surtout n'a parlé du frère que la charte lui a donné, de cet Imitarius qui ne fait rien & ne sert à rien ; aucun n'a cité le nom de sa femme. Mais l'auteur de la charte, après nous avoir appris que le duc Eudes était fils de Boggis & d'Ode, a dû lui donner une femme comme il en avait donné une à Amandus & à Charibert. La charte nous révèle qu'il

avait épousé une Austrasienne, une femme nommée Waldtrude, de la famille des maires du palais. Ce qu'on n'aurait jamais supposé, en raison de la guerre ouverte qui fut toujours entre Eudes & les Austrasiens. La charte a fabriqué ce mariage & la filiation de Waldtrude en combinant la légende de sjint Amand avec celle de saint Wandrille, fondateur de l'abbaye de Fontenelle. Sainte Waldtrude, selon les anciens hagiographes, fut la fondatrice d'un couvent consacré, en 656, par saint Amand, & auquel la ville de Mons doit sa naissance. Elle est restée la patronne du Hainaut (sainte Vaudru). On trouve dans la légende le nom d'un certain Eudes, puissant seigneur de l'époque, qui fit de vains efforts pour épouser sainte Aldégonde, sœur de Waldtrude. La charte l'a dédommagé de cet échec en lui faisant épouser cette dernière, fille, ajoute-t-elle, de Walachise ou Walkighise, allié à la dynastie carolingienne. Il est difficile de ne pas reconnaître dans ce personnage un des trois fils que certaines légendes donnaient à saint Arnoult, celui qui fut père de saint Wandrille; du moins les auteurs de l'Histoire de Lan-

~r~Zr~ 746 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VII.

An 688 ' ^

Toulouse, quand Pépin d'Héristal, s'étant emparé de toute l'autorité après la bataille de Testri, prit le gouvernement du royaume sous le titre de prince des François.

Le pouvoir excessif que s'arrogea alors ce ministre servit de prétexte à Eudes pour se rendre indépendant & étendre sa domination sur tout le reste de l'Aquitaine. Ce duc, pénétrant les vues de Pépin, crut sans doute que sa naissance lui donnoit droit de prétendre à la souveraineté sur une partie du royaume plutôt que de la laisser envahir entièrement par un simple seigneur qui n'avoit aucun droit à la couronne, & que le roi légitime étant dépouillé de son autorité par les entreprises de son ministre, il étoit dispensé de lui obéir. Un de nos anciens historiens' prête, en effet, ce dernier motif aux ducs ou gouverneurs de province qui refusèrent de se soumettre à Pépin & de reconnoître son autorité ; Eudes pouvoit en avoir d'autres pris de son extraction, comme nous venons de le dire. Il est vrai qu'il paroît, suivant un autre ancien historien^, que les Aquitains & les Gascons, ou les ducs qui les gouvernoient, avoient déjà profité auparavant de la foiblesse du gouvernement pour se mettre en liberté; mais il fait entendre en même temps, ainsi que l'autre historien, que c'est principalement depuis la bataille de Testri, 81 après que Pépin se fut emparé de l'autorité royale, que ces peuples & plusieurs autres secouèrent avec leurs ducs le joug des maires du palais. Nous voyons, d'ailleurs, que les rois de France, successeurs de Dagobert, régnoient encore peu de temps avant cette bataille sur la partie de l'Aquitaine que ce prince s'étoit réservée, en cédant l'autre au roi Charibert, son frère, & comme nous savons, d'un autre côté, qu'Eudes &. les ducs d'Aquitaine, ses descendans, outre cette dernière partie qu'ils tenoient de leurs ancêtres, possédèrent encore l'autre. Se qu'ils prétendirent régner en souverains, nous ne doutons pas qu'Eudes ne se soit emparé de cette portion du royaume peu de temps après la même bataille, & que ce ne soit là l'époque de la souveraineté que lui & ses successeurs affectèrent dans la suite sur toute l'Aquitaine. Par là, ce duc régna stir toute la partie de la France située entre la Loire, l'Océan, les Pyrénées & la Septimanie, 8c ajouta aux États qu'il possédoit déjà le Berry, l'Auvergne, le Limousin, le Bourbonnois, le Rouergue, l'Albigeois, le Vêlai,

guedoc, qui ne mettent point en doute cette iden- qu'il aurait eu pour beau-frère? En supposant que

tité, l'ont-ils alléguée comme une preuve de la Waldtrude eût été de vingt ans plus jeune que son

véracité de la charte. Il n'ont oublié qu'une chose ; frère, ce qui est beaucoup, elle en aurait eu encore

c'était d'examiner si les temps correspondaient. soixante & un en 681, date probable de son ma-

Or, d'après tous ses hagiographes, saint Wan- riage, tandis que son époux ne pouvait guère en

drille naquit au plus tard la première année du avoir plus de vingt. C'est là un des nombreux ana-

septième siècle (601) & fut dans sa jeunesse atta- chronismes que renferme la charte d'Alaon. La

ché au roi Dagobert (628-638), dont son père, femme du duc Eudes ne s'appelait donc pas Wald-

saint Arnoult, devint le tuteur. Comment Wald- trude, & lui-même ne pouvait pas être fils de

trude, sœur de Wandrille, aurait-elle pu devenir Eoggis & d'Ode. [E. M.]

la femme d'Eudes qui, d'après les Bénédictins, ne ' Erchambertus, dans Duchesne,t. 1 , 1. 22, p. 364.

commença à régnerau plus tôt qu'en 681, c'est-à- 'Duchesne, Annales Mcttenses, t. 3, p. 266. —

dire quatre-vingts ans après la naissance de celui Dom Bouquet, t. 2, p. 677.

le Gévaudan & l'Uzège; en sorte qu'il étendit sa domination surtout le Languedoc François, à la réserve du Vivarais qui, étant un pays dépendant du rovaume de Bourgogne, demeura soumis au gouvernement de Pépin avec le ■reste de ce royaume.

Eudes régna ' aussi sur une partie de la Provence, &; en particulier sur le diocèse d'Arles; mais comme nous savons d'ailleurs^ que ce pays avoit fait partie du royaume de Charibert, ce duc le posséda sans doute comme le patrimoine de ses ancêtres & comme un membre dépendant de son ancien duché de Toulouse. Au reste, nous n'hésitons pas de donner ce dernier titre É<J- <"ifin.

, ' . . t- li p- -S?'.

aux Etats possédés par Eudes & ses successeurs; car il est certain que cette ville fut la capitale du royaume dé Charibert, 8t elle dut l'être par conséquent des États des ducs héréditaires d'Aquitaine, descendans de ce prince, qui la possédèrent. Elle étoit, d'ailleurs, la plus considérable de leur duché, ce qui nous engage à entrer dans le détail de tout ce qui les regarde eux 8c leur famille.

Le refus que firent en même temps divers peuples du royaume de reconnoître l'autorité de Pépin, favorisa extrêmement Eudes dans ses entreprises. Presque toutes les nations de la Germanie soumises à l'Empire françois avec les Bretons des Gaules, de même que les Aquitains & les Gascons, secouèrent comme de concert^ le joug de ce maire du palais & se mirent en liberté; en sorte que ce iilinistre fut obligé de faire successivement la guerre à tous ces peuples & de les attaquer séparément pour les réduire à l'obéissance qu'il croyoit lui être due. Mais la plupart de ses expéditions n'eurent pas tout le succès qu'il espéroit, 8c il n'exerça proprement une autorité absolue que sur les pays situés entre la Loire, le Rhin 8c l'Océan.

Ce ministre attaqua Eudes'* à son tour 8c lui déclara la guerre, mais nous en ignorons le temps 8c les circonstances. Nous savons seulement que Pépin, après avoir passé la Loire avec une armée, entra dans le Berry qui étoit du domaine de ce duc, qu'il s'étendit dans ce pays 8c que quelques-uns de ses soldats, ayant mis le feu à une maison qui avoit appartenu à saint Outrille, évêque de Bourges, où ce saint prélat étoit mort, furent punis d'une manière qu'on regarda comme miraculeuse, ce qui donna lieu à Pépin d'ordonner à ses troupes de respecter désormais les maisons 8c les terres que ce saint évêque avoit possédées. Il est vraisemblable que Pépin se rendit maître de Bourges dans cette occasion, car l'ancien auteur qui rapporte ce fait ajoute qu'Eudes fit quelque temps après le siège de cette ville. Il paroît, par le même auteur, que ce duc la reprit 8c qu'il mit sous son obéissance tout le Berry, sur lequel il régna paisiblement dans la suite de même que sur le reste de son duché, d'où on peut conjecturer que la guerre de Pépin

' Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, ' Erchambertus , t. i, 1. 22, p. 'id^; Annales

p. S24. — P'ig', Crilica, ad ann. 716,11. 10 & seq. Mcttenses, Duchesne, t. 3, p. 266. — Voyez tome II, Note LXXVIII, n. 17. ♦ Labbe, Bihliotheca nova manuscriptorum, t. 2,

' Voyez tome II, Preuves, n. LXVII. p. 355, Miracula S. Austregii, 1. 2,

An 688

en Aquitaine ne fut pas de longue durée, 8c que ce ministre ayant en même temps un grand nombre d'ennemis sur les bras, prit le parti de laisser Eudes paisible possesseur de ses anciens États & de ses nouvelles conquêtes.

LXXV. — Guerre entre les François & les Vîslgoths dans la Septimanie.

On doit attribuer sans doute à ce duc d'Aquitaine & à ses troupes les courses que les François firent dans la Septimanie ' sous le règne d'Égica, roi des Visigoths, entre l'an 687 8c l'an 694. Ces courses, qu'on pouvoit regarder comme une guerre ouverte, durèrent pendant trois ans 8c furent apparemment une suite de la conquête qu'Eudes fit alors de l'Aquitaine austrasienne située sur la frontière des États des Visigoths. Les historiens nous ont laissé ignorer le détail de cette guerre dont la Septimanie fut le théâtre : ils nous apprennent seulement que le roi Égica fut obligé d'envoyer une armée dans cette province pour s'opposer aux entreprises des François, que cette guerre dura trois campagnes consécutives 8c que si les Visigoths ne furent pas vainqueurs, ils ne furent pas vaincus^. Ainsi chacun de ces peuples demeura apparemment en possession des pays qu'il possédoit dans les Gaules de ce côté-là.

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