LXXVI. — Clovis m succède à Thïerrl son père
Si Pépin usurpa l'autorité royale 8c gouverna le royaume avec un pouvoir absolu, il l'employa du moins pour l'utilité publique 8c pour le bien de l'État. C'est ce qui paroît par les nouveaux règlemens qu'il fit. En effet, par la sagesse de sa conduite, son habileté 8c ses soins, le royaume changea de face &c prit une nouvelle forme sous son gouvernement, dans lequel il se maintint après la mort de Thierri III.
Ce prince étant décédé, environ dans la quarantième année de son âge, après avoir porté le titre de roi pendant dix-sept ans, Pépin, pour continuer de régner en Neustrie à l'ombre d'une autorité légitime, fit proclamer roi Clovis m, encore enfant 8c fils aîné de Thierri. Clovis avoit un frère, appelé Childebert, qui auroit dû partager la monarchie avec lui , suivant l'usage observé sous la première race de nos rois; mais ce ministre n'eut garde de l'élever alors sur le trône, parce que depuis Dagobert I on ne connoissoit proprement que deux royaumes en France : celui de Neustrie joint à celui ,Éd-ori|in, jg Bourgognc, où il fit reconnoître Clovis, 8c celui d'Austrasie qu'iP regardoit comme son patrimoine, où son autorité étoit entièrement affermie 8c où il n'avoit pas besoin par conséquent du nom d'un roi titulaire pour gouverner. Clovis étant mort quatre ans après sans postérité. Pépin, pour se maintenir
■ Le cardinal d'Agiiirre, Conc'd. Toletanum XVII, ' Le cardinal d'Aguirre, Concil. Toletanum XVII
t. 2, p. 753. — Labbe, t. 7, c. 8i. — Lucas Tu- t. 2, p. ySS. dcnsis, Chronicon. ' A. de Valois, Rcrum Francicarum 1. 22, p. 364.
An 691
dans le pouvoir qu'il avoit acquis en Neustrie sous le nom des princes de la maison royale, jugea à propos de faire monter alors Childebert sur le trône de son frère.
LXXVII. — La Septiman'ie désolée par la contagion. — Seizième concile de
Tolède. — Concile de Narhonne.
Quoique les rois visigoths, maîtres de la Septimanie, eussent mieux conservé leur autorité que les rois françois, leur règne n'en étoit pas plus tranquille, à cause des brigues qui précédoient leur élection & des troubles 8c des révoltes dont elle étoit ordinairement suivie. Le règne d'Égica n'en fut pas exempt : il s'éleva contre lui une conjuration' dont Sisbert, évêque de Tolède, étoit le chef, & qui faillit lui être funeste. Les conjurés^ avoient non-seulement résolu de le détrôner, mais encore de lui ôter la vie. Ce prince, pour ÂÏTôôT prévenir les suites de cette révolte & pourvoir en même temps à la discipline des églises, convoqua le seizième concile de Tolède au mois de mai de l'année 698, la sixième de son règne. Les évêques s'y rendirent au nombre de cinquante-neuf en personne & trois par procureur, sans compter les abbés & les principaux seigneurs de la nation. On dressa treize canons, par l'un desquels Sisbert fut déposé de son siège comme rebelle, déclaré excommunié, avec défense de lui donner la communion qu'à l'article de la mort, à moins que le roi ne lui pardonnât auparavant, condamné à un exil perpétuel Si dépouillé de tous ses biens qui furent confisqués au profit du même prince.
La désolation où se trouvoit alors la Septimanie, par la contagion dont elle étoit actuellement affligée^, ne permit pas aux évêques de cette province de se rendre à ce concile. On y voit cependant la souscription d'Ervige, évêque de Béziers. Les évêques assemblés à Tolède , pour suppléer en quelque manière à l'absence de ces prélats & faire que leurs définitions fussent reçues universellement dans tout le royaume, leur ordonnèrent de s'assembler en particulier à Narbonne avec leur métropolitain, après la fin du même concile, d'examiner tous les décrets qu'ils venoient de faire & d'y souscrire. Un historien'* espagnol fait entendre que les évêques assemblés à Tolède ordonnèrent cette souscription à ceux de la Septimanie, à peine d'être excommuniés 8c d'être privés du cinquième de leurs biens s'ils y manquoient, mais cet auteur se trompe : les actes décernent seulement ces peines contre les infracteurs des décrets du concile 5.
Parmi ces décrets, plusieurs regardent la sûreté de la personne du roi 8c de sa famille, l'abolition des restes d'idolâtrie 8c de superstition, 8cc. Les pères confirmèrent les anciennes lois contre les juifs &c les nouvelles qu'Egica avoit fait publier pour engager ces peuples à se convertir à la foi. Ils déclarèrent
' Le cardinal d'Aguirre, Concilia Hispanica, t. 2, ' Le cardinald'Aguirre, Conci7ium ToZetanun; XK/,
p. 375 & secj. dans Labbe, t. 7, c. 49. can. i3.
* Le cardinal d'Aguirre, Co«c;7ium 7o/t'fa«umXr/, ■• Rodericus Toletaniis, 1. 3, c. 14.
can. 9 & I 2. ^ lUd.
^^^ 3 75o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VII.
entre autres' ceux qui avoient embrassé sincèrement le christianisme exempts de tous les tributs Si impôts auxquels ceux qui persévéroient dans le judaïsme étoient assujettis. Le concile ordonne que les premiers jouiront des mêmes privilèges que les chrétiens ingénus ou libres, étant juste, ajoute-t-il, que ceux qui font profession de la foi chrétienne soient censés nobles & qu'ils soient honorés devant les hommes, ce qui nous donne lieu de remarquer que les personnes libres d'origine étoient réputées nobles parmi les Visigoths.
LXXVIII. — Dix-septième concile de Tolède. — Les juifs d'Espagne punis
de leur révolte.
An 694 La contagion cessa sans doute dans la Septimanie l'année suivante, puisque
les évêques de cette province assistèrent alors au dix-septième concile de Tolède ; car, quoique nous n'ayons plus les souscriptions des évêques de ce - concile, il est dit dans la préface que ceux de la Gaule ou de la Septimanie s'y trouvèrent avec ceux d'Espagne. Ce concile, qui fut le dernier tenu en Espagne sous les rois visigoths, dont nous ayons les actes, fut assemblé^ au mois de novembre de l'an 782 de l'ère espagnole ou de Jules César, c'est-àdire l'an 694 de J.-C.
Entre les différens règlemens qui furent dressés, l'un des plus mémorables regarde 3 les juifs qui habitoient l'Espagne & la province des Gaules ou Septimanie. Ces peuples"*, pour se soustraire à la sévérité des lois qui avoient été faites contre eux, s'étoient fait baptiser pour la plupart & avoient embrassé" i.\'l"f-fi' extérieurement le christianisme; mais enfin, las d'un joug qu'ils ne s'étoient imposé que par hypocrisie, il avoient repris bientôt après leurs premiers rits & leurs anciennes cérémonies. Non contens d'avoir apostasie de la foi, ils avoient conspiré depuis peu contre l'État & s'étoient associés avec les juifs transmarins pour exciter une révolution dans tous les royaumes chrétiens dont ils avoient dessein de se rendre les maîtres. Égica, ayant eu des preuves certaines de ce complot, les communiqua au concile & demanda aux évêques & aux seigneurs assemblés la punition de tous les juifs de ses États, comme étant ou coupables d'apostasie ou complices de cette conjuration. Il pria l'assemblée d'excepter ceux qui habitoient les provinces des Gaules ou Septimanie & qui dépendoient du gouvernement (^ducatus) général de ce pays depuis les forts qu'on appeloit Clausures {intra clausiiras) , qui séparent la Gaule de l'Espagne, c'est-à-dire, le Roussillon de la Catalogne, comme nous l'avons expliqué ailleurs 5. Ce prince demanda cette exception pour aider par là cette province à se relever des dommages qu'elle avoit soufferts, soit par les incursions d'une nation étrangère, soit par les ravages de la contagion, & afin que
Le cardinal d'Agiiirre, Concil. Toletanum XVII, ^ Dom Vaissete donne une interprétation erro-
can. 2. née du mot clausura, en le traduisant par le nom
IBid. p. 762 & seq. de forteresses frontières; ce terme veut dire simple-
' Ibid. can, 8. ment les limites, les clôtures. [A. M.] ^ fiid. p. 753 & 757.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VII. ySi ~~~ —
' An 694
les juifs qui demeuroient dans le pays secourussent le duc qui en avait le gouvernement & contribuassent au rétablissement de la Province tant par les tributs qu'ils payoient au fisc, que par leurs soins & leur industrie, à condition cependant qu'ils se convertiroient sincèrement à la foi, qu'ils mèneroient une vie véritablement chrétienne, & que s'ils reprenoient l'exercice du judaïsme, ils seroient chassés du pays 8c subiroient la peine à laquelle tous les autres étoient condamnés.
Il paroît que l'assemblée accorda au roi des Visigoths sa demande ; car dans le décret ' qu'elle fit contre les juifs, il n'est parlé que de ceux qui habitoient dans les provinces d'Espagne, au lieu que dans tous les autres canons de ce concile la province des Gaules y est nommément comprise. Il fut ordonné par ce décret que les biens des juifs de toutes les provinces d'Espagne & de leur postérité seroient confisqués au profit du roi; que ces peuples seroient dispersés & condamnés à une perpétuelle servitude; que le roi les donneroit pour serfs à qui il jugeroit à propos. Se qu'ils ne pourroient recouvrer leur liberté tandis qu'ils demeureroient obstinés dans le judaïsme; que ce prince, qui leur avoit permis d'avoir des serfs chrétiens pour les engager à se convertir, donneroit à quelques-uns de ces serfs une partie des biens de leurs maîtres avec la liberté, à condition qu'ils payeroient au fisc le même tribut dont les juifs étoient chargés auparavant; que ceux à qui le roi auroit donné les juifs pour esclaves ne leur permettroient aucun exercice de judaïsme, & qu'enfin les enfans des juifs de l'un & de l'autre sexe, qui auroient atteint l'âge de sept ans, n'auroient aucun commerce avec leurs parens, mais que leurs maîtres auroient soin de les faire élever par des chrétiens & de les marier ensuite avec des personnes qui professeroient la religion chrétienne.
Ce concile fait encore mention de la Septimanie, ou province des Gaules, dans quelques-uns de ses canons. Il est ordonné aux évêques de cette province de faire, au commencement^ du carême, dans toutes leurs églises, ainsi que dans celles d'Espagne, la cérémonie de fermer Se sceller de leur sceau les fonts baptismaux Si de les laisser ainsi fermés Se scellés jusques au jeudi saint; que le même jour 3 ils feroient celle du lavement des pieds de leurs ecclésiastiques, St les prêtres de leurs inférieurs, à peine d'être privés de la communion pendant deux mois, 8c qu'enfin, conformément à l'usage des églises d'Espagne, on célébreroit'* dans la même province, chaque mois de l'année, un jour de litanies ou de pénitence pour les nécessités publiques.
LXXIX. — Sainte Sigolène, ahhesse de Troclar , en Albigeois. — Babon, son frère, gouverneur du même pays.
L'usage des litanies étoit alors également commun aux églises de France 81 d'Espagne. Cela paroît par la vie de sainte Sigolène, abbesse, qui vivoit,
' Le cardinal d'Aguirre, Concil. Toletanum XVII, ' Le cardinal d'Aguirre, Concil. Toletanum XVIt,
can. 8. ■ can. 3.
' Ibid. can. 2. ^ Ibid. can. 6.
An 694 '
à ce qu'on ' prétend, vers la fin de ce siècle, ou, sans doute, auparavant, s'il est vrai qu'elle fût petite-nièce de saint Firmin, évêque d'Uzès, & sœur ou nièce de saint Goëric ou Abbon, évêque de Metz, comme on^ l'assure. Quoi qu'il en soit, Sigolène naquit à Albi , d'une famille noble & ancienne. Elle avoit^ deux frères, l'un nommé Babon, qui fut duc ou gouverneur de l'Albigeois, 8c l'autre Sigivalde qui, à ce qu'on'^ croit, fut évêque de Metz ^. Chramsice, son père, lui donna une éducation chrétienne, & quoiqu'elle fût encore ^Ed.origm. £q^j. jeune, il la maria, dans son pays, avec un seigneur appelé Gisulfe. Elle passa le temps de son mariage dans les exercices de piété & se signala surtout par sa charité envers les pauvres. Devenue veuve à l'âge de vingt-deux ans, elle profita de sa liberté pour se donner entièrement à Dieu, avec l'agrément de son père, qui le lui accorda avec peine, parce qu'il auroit souhaité la voir passer à. de secondes noces.
L'évêque d'Albi la consacra diaconesse ; mais, pressée par l'attrait qu'elle sentoit pour la retraite, elle pria son père de lui faire bâtir un monastère dans une de ses terres, appelée Troclar, où elle se renferma avec plusieurs vierges d'une naissance distinguée qui la suivirent 8c embrassèrent avec elle la vie monastique, sous la règle sainte, c'est-à-dire, comme l'on*^ croit, sous celle de Saint-Benoît. Sigolène mérita d'être la première abbesse de ce nouveau monastère. Elle menoit une vie si austère, que, sans une grâce particulière qui la soutenoit, elle auroit succombé sous la rigueur de sa pénitence. Dieu fit connoître sa sainteté par divers miracles qu'il opéra par son ministère, 8c dont Evantius 8c Gisloalde, abbés du voisinage, furent témoins'^.
Après avoir édifié sa communauté, pendant tout le temps de son gouvernement, par la pratique de toutes les vertus religieuses, se sentant près de son terme, elle assembla ses filles 8c les exhorta à persévérer dans l'exercice de la pénitence, à vivre dans toute la sévérité de la règle 8c à s'efforcer d'arriver à la vie par la voie étroite qui est la seule qui y conduit. Le sixième jour de sa maladie, l'évêque Sigivalde, son frère, averti du danger où elle se trouvoit, se rendit auprès d'elle pour l'assister. Il arriva le 21 de juillet, dans le temps qu'après avoir reçu le corps 8c le sang de Jésus-Christ, au milieu de sa communauté, elle eut entonné le psaume Miserere mei, Deus. Elle mourut trois
■ Matillon, ^rtnaîes, ad ann. 696, n. 42. Troclar. Cette Vie mentionne un Babon, duc
' Voyez ci-dessus, livre V, ch. Lxxxiii; livre VI, d'Albi, & un Sigibaldus, évêque, frères de Sigo-
ch. xcv. lène , qui paraissent bien être des personnages
^ Mabillon, Acta sanctorum ordinîs S. Benedicti, apocryphes. Ils ne sont mentionnés nulle autre
t. 4, p. 540 & seq. Vita. S. Sigolenae. — Annales, part, & jamais il n'y eut, au huitième siècle ou
ad ann. 696, n. 42. avant, de duc à Albi. Quant aux fables racontées
* Mabillon, Annales, ad ann. 696, n. 42. par Antoine Dominici [Ansbertus redivivus) , elles
* La sainte Sigolène, vénérée à Metz, ne saurait ont été inventées en confondant sainte Sigolène, être la même que l'abbesse de Troclar. La première vierge, avec la sainte veuve de Troclar, & une est appelée vierge par les martyrologes anciens, troisième Sigolène, religieuse, sœur de Sigibaldus, tandis que la seconde, d'après l'auteur de sa Vie, évêque de Metz. (Voir Mabillon, Annales, ad fut mariée 8c n'embrassa la vie religieuse qu'après ann. 696.) [E. M.].
être devenue veuve. Ce n'est pas qu'il faille ajou- ^ Mabillon, ad ann, 696, n. 42.
ter une confiance illimitée à la Vie de l'abbesse de ' Ihid.
' An 094
jours après. L'odeur que répandit son corps dans le temps que, selon la coutume, on voulut taire la cérémonie de le laver, fut si suave, que tout le monastère en fut embaumé. On l'inhuma ensuite dans un endroit voisin appelé risle (Insula), où étoit le cimetière des religieuses, & où Chramsice, père de Sigolène, avoit fait bâtir un oratoire en l'honneur de saint Martin, avec un hospice pour les pèlerins. Les nouveaux miracles que Dieu opéra sur son tombeau confirmèrent, après sa mort, la réputation de sainteté qu'elle avoit acquise de son vivant. L'auteur contemporain de sa Vie l'adressa à Aliphia qui avoit succédé à la sainte, & qui fut la seconde abbesse de Troclar.
Cet auteur étoit religieux de ce monastère, qui, selon l'usage alors assez ordinaire, étoit double. Si dont la principale église étoit dédiée sous l'invocation de la sainte Vierge. Cette abbaye a essuyé différentes révolutions Si ne subsiste plus depuis plusieurs siècles. On a ignoré jusqu'ici sa véritable situation ; nous l'apprenons des titres de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, à laquelle elle fut unie par le pape Pascal II, au commencement du douzième siècle. Si dont elle dépendit sous le titre de prieuré conventuel. Le monastère de Troclar avoit pris alors le nom de Sainte-Sigolène de la Grave, lieu situé sur la rive gauche du Tarn, entre les villes d'Albi 81 de Gaillac, à deux lieues de la première Si à une lieue de l'autre. La conventualité s'y conserva jusque vers la fin du quatorzième siècle, que le pape Urbain V l'unit au collège régulier de Saint-Germain, de Montpellier, qu'il fonda pour des religieux de la même abbaye de Saint-Victor. Ce collège ayant été sécularisé, au seizième siècle, pour former le chapitre de la nouvelle cathédrale de Montpellier, le prieuré de Sainte-Sigolène de la Grave fut annexé au grand archidiaconé de l'église de Montpellier auquel il est encore attaché.
Les reliques de sainte Sigolène ont été longtemps conservées à Troclar ou la Grave jusques à ce qu'elles furent enfin transférées dans la cathédrale d'Albi, où on les garde. Cette sainte est reconnue pour une des patronnes du pays. On voit dans le diocèse d'Albi, de même que dans ceux du voisinage, plusieurs autres églises sous son invocation. On honore aussi sa mémoire à Metz, en Lorraine, dans une paroisse de son nom. Il est vrai qu'on prétend ' que sainte Sigolène, honorée dans cette ville, est différente de l'abbesse de Troclar, parce qu'il est certain que celle-ci étoit veuve. Si que, suivant quelques martyrologes, l'autre étoit vierge 5 mais les auteurs de ces martyrologes peuvent s'être trompés Se avoir cru que sainte Sigolène, abbesse, n'avoit pas été Éd. oiigin. mariée. Le culte de la dernière peut d'ailleurs avoir passé en Lorraine, s'il est vrai, suivant les monumens^ de l'église de Metz, qu'elle étoit de la famille de saint Goëric ou Abbon, évêque de cette ville. Enfin nous pouvons ajouter que, suivant ses actes, elle avoit un frère, appelé Babon, 81 un autre, appelé Sigivalde, lequel fut évêque. Or les mêmes monumens de l'église de Metz
' Bollandistes, juillet, t. 5, p. 628 & seq. — Du Boucher, Origines Je la maison Ae France,
' Meurisse, Hist. des évé<jucs de Met^, 1. 2, p. 86. p. 28. — Domiiiici, Anshertui redivivus, c. 7.
An 6
An 69a
nous apprennent que Gramard, appelé autrement Bahon, fut père de saint Goëric, évêque de Metz, & nous savons qu'un Sigivalde fut évêque ' de la même ville vers la "fin du septième siècle, ce qui peut servir à confirmer la généalogie de sainte Sigolène dont nous avons déjà parlé ailleurs. Il faut avouer cependant qu'il y a de la difficulté j car l'auteur contemporain donne le nom de Chramsice au père de sainte Sigolène, Se les monumens de l'église de Metz l'appellent Godin. Il peut donc y avoir eu deux saintes de ce nom, quoique peut-être de la même famille, l'une honorée en Albigeois & l'autre en Lorraine.
Si les actes de saint Erard, qu'on fait évêque de Ratisbonne, dans le même siècle, & frère de saint Hidulphe, archevêque de Trêves, étoient aussi authentiques que ceux de sainte Sigolène, nous serions plus certains de sa patrie, sur laquelle on est partagé; car les uns le font originaire de Narbonne & les autres de Bavière; mais le peu de certitude^ des actes de ce saint ne nous permet pas de nous étendre davantage sur son sujet.
LXXX. — Êgica, roi des Visigoths, associe au trône son fils Witti-^a.
Égica, roi des Visigoths, avoit un fils de la reine Cixilane, son épouse, appelé Wittiza, à qui il vouloit assurer la couronne après sa mort. Dans cette vue, il l'associa^ au trône la dixième année"* de son règne ou vers la fin de l'an 6g6. Suivant deux anciens historiens ^ d'Espagne, ce roi partagea alors ses États entre lui & son fils ; il donna à celui-ci la Galice ou l'ancien royaume des Suèves, 8c se réserva le reste de la monarchie gothique, ce qui prouveroit que Wittiza ne gouverna que la Galice avant la mort de son père "5. Il paroît^ cependant que ces deux princes furent également reconnus pour rois dans tout le royaume des Visigoths depuis cette association ; on voit d'ailleurs, par une médaille® frappée à Narbonne, qu'ils régnèrent conjointement sur la Septimanie. Cette médaille représente d'un côté les têtes de ces deux rois séparées par une croix avec ces mots tout autour :