XX. — Retraite 6- mort d'Ambi-^a
Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'Ambiza^, ayant repris la route de l'Espagne, mourut en chemin dans la cinquième année de son gouvernement ou vers la fin de l'an 723. Avant que d'expirer, il substitua par provision à sa place, en attendant que le calife lui eût nommé un successeur, le capitaine Hodera, qui, après sa mort, prit le commandement de l'armée & la ramena dans ses quartiers.
Jahic, successeur d'Ambiza, arriva peu de temps après 81 prit possession du gouvernement de l'Espagne Se de la Septimaniej ce nouveau*^ gouverneur, homme ferme St résolu, fit extrêmement respecter son autorité. Plus équitable que son prédécesseur, il fit rendre aux chrétiens plusieurs choses dont ils avoient été dépouillés par les Sarrasins, contre la foi des premiers traités 81 des édits de paix. Deux ans Se demi après, c'est-à-dire dans la troisième ^„ g
' Le Cointe, Annales eccUsiasticl Francorum, nd ' Isidoriis Pacensis, Chron'non, p. |6. — Voyez
antl. 720, n. 9 & l'i. — Pagi, Critica, ad ann. 725, tome II, Preuves, Chroniques, n. I.
n. 4, &c. * Isidorus Pacensis, Chronicon, p. 16.
' Voyez tome II, Note LXXXIV, n. 6. ' Rodericus Toletanus, Historla Arahum. — Isi-
' Ihid. dorus Pacensis, Chronicon, p. 16,
— : — yqo HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VIII.
An 728 ' -'
année du gouvernement de Jahic, le gouverneur d'Afrique pour les Sarrasins de qui dépendoit' le gouvernement d'Espagne l'envoya relever par Codoyfta. Celui-ci n'entreprit rien de considérable, soit parce qu'il étoit naturellement inconstant, soit parce que son gouvernement ne dura que six mois. Celui d'Otsman ou Attuman, son successeur, qui ne gouverna que quatre mois ayant été encore plus court, les Sarrasins demeurèrent dans l'inaction pendant cet intervalle &. ne tentèrent de nouvelles entreprises sur les Gaules que sous le gouvernement d'Alcuta, que d'autres ^ appellent Haittan, successeur d'Attuman^.
XXI. — Troisième irruption des Sarrasins dans les Gaules. — Martyre de saint Chaffie, ahhé de Carméri, dans le Vêlai,
t'^^p'^'ïils. Le vénérable Bède"*, auteur contemporain, fait mention, sous l'an 729,
d'une nouvelle irruption des Sarrasins dans les Gaules; mais il n'en rapporte
An 729 p^5 les circonstances. Il fait entendre ■'' seulement que ces infidèles portèrent alors leurs courses dans l'Aquitaine ou dans les États du duc Eudes, &. qu'ils commirent partout des ravages affreux. Cet historien ajoute que les Sarrasins payèrent bien cher leurs brigandages 81 qu'ils furent défaits peu de temps après dans la même province, ce qui pourroit donner lieu de croire^ qu'Eudes les battit durant cette irruption. Bède écrivoit, en effet, son histoire en ySi, un an avant la bataille de Poitiers où ces infidèles furent défaits par Charles Martel, &. il ne peut pas avoir en vue cette défaite; mais d'autres ^ prétendent ({u'il a ajouté postérieurement cette circonstance. Quoi qu'il en soit, les pays les plus voisins de la Septimanie , tels que le Toulousain , l'Albigeois , le Gévaudan & le Vêlai furent, sans doute, exposés alors à la fureur de ces infidèles, & c'est apparemment dans le temps de cette irruption qu'ils firent mourir saint Chaffre.
Ce saint, appelé Theotfredus en latin & par corruption Chaffre dans le langage du pays, étoit le second abbé du monastère de Carméri {Calmiliacum),, en Vêlai, dont nous avons déjà parlé, 8c successeur de saint Eudes, son
' Pagi, Cr'itica, ad ann. 728, n. 2. ben Abd Allah el Gafeki '. Othman abi Nessa
' Ihii. ad ann. 729, n. 3 & seq. ou Mimus, que nous avons vu deux fois élevé
^ El Hartam, que les Bénédictins appellent Al- coup sur coup au gouvernement de la péninsule
cuta ou Haïttan, & qui avait succédé à Othman pour en être deux fois déposé, conserva, sous ce
Abi Nessa dans le gouvernement de la péninsule, nouveau vali, le commandement militaire de la
se rendit odieux par ses injustices aussitôt qu'il frontière orientale, c'est-à-dire de la ligne des
fut installé. Les accusations qui s'élevèrent de Pyrénées, un des plus importants de la péninsule.
tous côtés contre lui parvinrent jusqu'au kalife [E. M.]
Hecham, qui, frappé des réclamations auxquelles ^ Bède, Ecclesiasticae hhtoriae gentis Anglorum ,
donnait lieu la mauvaise administration de l'Es- 1. 5, c. 24. — Pagi, Crltica, ad ann. 729 & seq.
pagne, y envoya un commissaire pour faire une » Voyez tome II, Note LXXXIV, n. 7.
enquête & mettre à la tête du pays un homme ca- " Mabillon, Annales, ad ann. 782, n. 6.
pable d'y maintenir son autorité. Arrivé à Cor- ' Pagi, Cririca, ad ann. 729 & seq. doue, l'émissaire du kalife destitua El Hartam
& nomma vali de la péninsule Abd el Rahman • LAbdéiàman Jes chroniques latine$.
' ' An 729
parent, qui en avoit été le premier. Suivant l'auteur ' de l'histoire de son martyre, qui a vécu longtemps après lui, les Sarrasins ayant fait une irruption dans le Vêlai, il n'eut pas plutôt été informé des approches de ces infidèles, qu'il ordonna à tous ses religieux de se retirer dans les montagnes & les iorêts voisines, & resta seul à la garde du monastère, sans autres armes que celles de la prière. Les Sarrasins étant arrivés, voulurent d'abord le forcer de leur découvrir le lieu de la retraite de ses religieux qui avoient emporté avec eux les meilleurs effets de la maison, ce qu'ayant refusé, il fut roué de coups par ces infidèles. Le jour suivant, le saint ayant reproché à un de leurs ministres l'impiété de sa religion, celui-ci le renversa sur la place d'un coup de pierre qui le blessa à mort. Ces barbares s'étant ensuite retirés, les religieux retournèrent à Carméri, 8c ayant trouvé leur saint abbé dans cette triste situation, lui donnèrent tous les secours possibles, ce qui ne servit qu'à lui prolonger la vie de quelques jours. Il expira le ig du mois d'octobre. La place de ce saint abbé, qui fut depuis honoré comme martyr, fut remplie suivant quelques auteurs par saint Savinien ; mais d'autres^ prétendent que ce dernier fut abbé de Menât, en Auvergne.
XXn. — Eudes fait la paix avec les Sarrasins & s'allie avec le général
Munu-^a.
Nous ignorons si les Sarrasins, durant cette irruption, étendirent leurs courses bien loin dans l'Albigeois-'. Le chronographe de l'abbaye de Castres, parlant de Bertrand qui en étoit abbé, 8c qui mourut l'an 722, âgé de cent six ans, sous l'épiscopat d'Hugues, évêque d'Albi, auroit pu nous en apprendre quelque chose; mais il garde là-dessus un profond silence. Il est également incertain si ces infidèles s'emparèrent alors de Toulouse; car l'histoire de la prise de cette ville par les Sarrasins à la faveur de la trahison des juifs, rapportée'* dans la vie de saint Théodard, archevêque de Narbonne , paroît entièrement fabuleuse^. Nous ne savons donc de cette irruption que ce que le vénérable Bède en rapporte en deux mots, 8c sans lui elle nous seroit entièrement inconnue. Isidore^, évêque de Béja, historien contemporain, qui s'étend sur les expéditions des Sarrasins, n'en dit rien non plus. Il nous apprend qu'Alcuta, gouverneur d'Espagne, ayant abusé de son autorité, fut
dépossédé de sa charge au bout de dix mois, par Mahomet, commissaire envoyé
d'Afrique, 8c qu'Abdérame fut mis à sa place, ce qui dut arriver^ vers le An 730
' MabiUon, Annales, ad ann. 732, n. 8. — Acta saint Théodard, est probablement celle qui eut lieu
sanctorum orjinis sancti Benedicti, saec. 3, part. 1, lors des invasions normandes, sous le règne de
p. 482. (Cette vie est du onzième siècle, suivant Pépin II d'Aquitaine, en 85o ; les écrivains du
Mabillon.) neuvième siècle ne devaient avoir qu'un souvenir
' Gall'ta Christiana, nov. edit. t. 2, c. 763. fort confus des événements du huitième, & con-
' D'Achéry, Spicilegium, pr. edit. t. 7, p. 339. fondent toujours les invasions normandes & les
' Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc , invasions sarrasines. [A. M.J
p. .'>7i & seq. — Voyez tome IV, Note II. ^ Isidorus Pacensis, Chronicon, p. 17.
' La prise de Toulouse, dont parle la Vie de ' Voyez tome II, Note LXXXIV, n. 8.
An ySo ' 7
commencement de l'an ySo de J.-C. Il paroît cependant que cet historien' fait indirectement mention de cette nouvelle entreprise des Sarrasins sur les Gaules ; car il rapporte qu'Eudes, duc d'Aquitaine, fît la paix vers ce temps-là avec ces infidèles, à des conditions qui prouvent l'extrémité où ce duc devoit se trouver, & les maux que ces peuples dévoient avoir causés dans ses Etats. Eudes fit, en effet, alors un traité d'alliance avec un général maure appelé Munuz ou Munuza, qui commandoit pour les Sarrasins sur les frontières d'Espagne & des Gaules, c'est-à-dire^, suivant un moderne, dans la Catalogne & la Septimanie. Ce duc, pour éviter la guerre contre ces infidèles qui menaçoient d'envahir ses États, fut obligé d'acheter cette paix & ce traité im' p"?"';'. d'alliance au prix de sa propre fille, princesse extrêmement belle, appelée^ Lampagie par quelques auteurs, qu'il donna en mariage à ce mahométan, sacrifiant ainsi la religion à la politique.