XIX. — Nouveaux ravages des Sarrasins
L'ancien auteur' qui rappelle cette expédition d'Ambiza dans la Septimanie, 8c qui assure que ce général conquit tout le pays depuis Carcassonne jusques à Nimes, par des voies de paix, ne dit pas s'il prit cette dernière ville. Il paroît cependant très-vraisemblable qu'elle retomba alors sous la puissance des ^Éd. ori|in. Sarrasins, supposé que ces infidèles l'eussent déjà prise sous le général Zama, comme il y a lieu de le croire. Les Sarrasins ne bornèrent pas là leurs conquêtes dans les Gaules durant cette ^ campagne, Ambiza ou plutôt un détachement de son armée remonta le long du Rhône & de la Saône, entra en Bourgogne, pénétra jusques à Autun, fit le siège de cette ville Se la prit^ un mercredi, 22 du mois d'août de l'an 725. Les infidèles l'abandonnèrent ensuite après l'avoir saccagée Se ruinée. Se en avoir remporté de riches dépouilles. C'est à cette irruption qu'il faut rapporter"* la plupart des ravages que les Sarrasins firent en Bourgogne, à la droite de la Saône & du Rhône où ils portèrent^ le fer Se le feu. Se en particulier la désolation de l'abbaye de Bèze* qu'ils ravagèrent pour la troisième fois, la même année qu'ils détruisirent la ville d! Autun. Il y a lieu de croire que ce fut alors qu'ils assiégèrent la ville de Sens, sous l'épiscopat^ de saint Ebbon, prélat également recommandable par son courage Se sa vertu, qui les obligea de se retirer après avoir fait une vigoureuse sortie sur eux Se les avoir battus.
■ Voyez tome II, Preuves, Chroniques, n. I. ° Cfironicon Besucnse,
' liid. Note LXXXIV, n. 3 & siiiv. ' Annales Petaviani, dans Duchesne, SS. Franc.
^ Ihid. Preuves, Chroniques, n. I. coaetan. t. 3, p. 349. — Acta sanctorum ordtnis
* Ibid. Note LXXXIV, n. 9. sancti Bcnedicli, saec. 3, part. 1 ; l'ita sanct'i Ei-
' D'Achéry, Spicileg':um, t. 1 , p. Say. bonis.
On prétend ' que les Sarrasins firent encore de plus grands progrès durant cette irruption ; qu'ils s'emparèrent du Rouergue & de l'Albigeois ; qu'ils ravagèrent le Querci & le Périgord 5 qu'Eudes, duc d'Aquitaine, à qui tous ces pays appartenoient, ayant marché à leur rencontre, les attaqua, leur livra une seconde bataille aussi sanglante que la première, & les défit entièrement, & qu'enfin il reprit sur eux toute la partie de ses États dont ils s'étoient déjà emparés. Mais tous ces faits ne sont appuyés que sur des conjectures^ fort incertaines, & il paroît qu'on a confondu cette nouvelle défaite des Sarrasins par Eudes avec celle de ces infidèles devant Toulouse par le même duc, cinq ans auparavant^. Nous n'avons, en effet, aucun monument qui prouve qu'Ambiza ou les Sarrasins aient porté leurs armes en Aquitaine durant l'année 725, & s'il est vrai que ces infidèles se soient jamais rendus maîtres de l'Albigeois 8c du Rouergue, ce fut sans doute durant quelque autre irruption. Il est cependant assez vraisemblable qu'Eudes se mit en état d'arrêter les progrès d'Ambiza qui avoit porté la guerre sur les frontières de ses États ou dans ses États mêmes, supposé que les villes de Carcassonne 8c de Nimes fussent alors soumises à sa domination, comme on peut le conjecturer. Ce duc peut donc avoir marché contre ce général arabe &c l'avoir battu ; car nos anciens historiens'* font entendre qu'Ambiza prit la route de l'Espagne d'abord après son expédition de Nimes, 8t que sa marche avoit plutôt l'air d'une fuite que d'une retraite, ce qui fait voir que la suite de son entreprise ne répondit pas aux commencemens ; mais les mêmes historiens nous en ont laissé ignorer les circonstances.