‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 486 sur 553 · XC. — Abbaye de MontoUeu · texte numérisé non relu

XC. — Abbaye de MontoUeu

Enfin, Olemond, dont il est parlé dans le même poëme de Théodulphe, est le fondateur' & le premier abbé du monastère de Montolieu, au diocèse de Carcassonne, dédié en l'honneur de saint Jean-Baptiste. Ce monastère étoit situé auprès d'un château appelé anciennement Castrum Mallasti, dont il prit le nom; on lui donna depuis celui de Montolieu à cause des collines voisines où on commence à voir des oliviers. La situation de cette abbaye est dans un fond ou vallée appelée, dans les anciens titres, Vallis Sigurii^, au-dessous de la petite ville de Montolieu, l'une des trois diocésaines de Carcassonne, qui lui doit son origine. Cette abbaye est peu éloignée de la Montagne-Noire & des frontières du diocèse de Lavaur ou de l'ancien pays toulousain. Elle est environnée des deux ruisseaux ou petites rivières d'Alzau 8t de Dure qui, venant à se joindre en cet endroit, forment une presqu'île. Olemond trouva ^ d'abord beaucoup d'opposition à la construction de ce monastère de la part de quelques personnes puissantes du voisinage; mais protégé par Charlemagne, personne n'osa plus l'inquiéter. Les"* successeurs de ce prince accordèrent aussi leur protection à ce monastère.

On peut rapporter environ au même temps l'origine de plusieurs autres abbayes de la Septimanie & de l'Aquitaine, dont nous parlerons plus bas, & qui se ressentirent de la libéralité & de la protection de Charlemagne & de Louis le Débonnaire.

XCL — Louis couronné roi d'Aquitaine ou de Toulouse. — Etendue

de ce nouveau royaume,

Louis, qui fut appelé plus tard le Pieux ou le Débonnaire, n'avoit pas Éd. ongin. encore atteint lage-^ de trois ans, quand Charlemagne son père, voulant le faire reconnoître roi d'Aquitaine, comme il l'avoit déjà projeté, le prit avec lui dans le voyage qu'il fit, en 781, à Rome, où il le fit couronner par le pape Adrien I, après les fêtes de Pâques, qu'il célébra dans cette ville.

Le royaume d'Aquitaine ou de Toulouse, dont Charlemagne disposa en faveur de ce jeune prince, eut plus d'étendue qu'il n'en avoit eu d'abord sous les Visigoths 8c ensuite sous le roi Charibert. Outre l'Aquitaine propre ou les liTTi"" deux provinces ecclésiastiques de Bourges & de Bordeaux, le Toulousain 8c la Novempopulanie ou Gascogne, il s'étendit sur la Septimanie ou Gothie 8c sur les conquêtes que Charlemagne avoit faites en Espagne sur les Sarrasins, entre l'Ebre 8c les Pyrénées. Ce dernier pays, à qui on donna dans la

' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, c. 1428 : diplôme de Pépin, 828 ; 1 4(5 1 , de Charles

n. XXVIII. le Chauve, 854; i5i7, d'Eudes, 888; & i536, de

" Cette vallée fut désignée aussi plus tard sous Raoul, 93 1, pour Montolieu. — Voir tome II &

le nom de FiiUis Sigarii. [A. M.] tome V, Chartes & Diplômes.

' Voyez tome II, Preuves, Chartes et Diplômes, ^ Annales Lolseliani, ians Duchesne, t. 2, p. 82.

n. XXVIII. — L'Astronome, Fie de Louis le Débonnaire,

' Baluze, Capitularia regum Francorum , t. 2 , p. 288.

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suite le nom de Marche d'Espagne, fut divisé en Marche de Gothie ou de Septimanie & Marche de Gascogne; la première renfermoit presque toute la Catalogne, & l'autre la partie de l'Aragon & de la Navarre située à la gauche de l'Èbre. Ce pays étoit alors au pouvoir de divers seigneurs ou gouverneurs sarrasins qui avoient reconnu la souveraineté de la France, mais dont l'émir qui régnoit en Espagne avoit remis la plupart sous son obéissance. Charlemagne & Louis, son fils, prirent ensuite plusieurs places de cette frontière, en chassèrent entièrement les infidèles & les firent gouverner par des comtes françois. Les autres demeurèrent entre les mains de leurs gouverneurs mahométans qui, tantôt, suivant leurs intérêts, se reconnurent vassaux de nos rois, fk tantôt refusèrent de se soumettre à leur autorité. On voit, par ce que nous venons de dire, que le nouveau royaume d'Aquitaine fut borné par la Loire, l'Ebre, le R.hône & les deux mers, d'où il est aisé de juger de son étendue. Tous les pays compris aujourd'hui dans la province de Languedoc, à la réserve du Vivarais qui dépendit toujours du royaume de Bourgogne, en firent partie, 8t la ville de Toulouse en fut la capitale ou le siège principal. C'est ce qui nous engagera à entrer dans le détail des différentes révolutions arrivées dans ce royaume durant le temps qu'il a subsisté, après que nous aurons donné ici, par avance, & en peu de mots, une idée succinte de son gouvernement.

XCIL — Gouvernement de l'Aquitaine sous le roi Louis le Débonnaire £> ses successeurs. — Les ducs 6* les comtes gouverneurs des provinces (y des diocèses.

Nous avons déjà dit que Charlemagne établit, dans la plupart des villes d'Aquitaine, des comtes ou gouverneurs, ce qui a donné lieu à quelques auteurs d'en rapporter l'institution à ce prince; mais leur origine est beaucoup plus ancienne, comme nous l'avons prouvé ' ailleurs. Il est fait mention, en effet, dans le Code théodosien, des comtes qui avoient l'administration des provinces, & nous savons qu'avant la décadence de l'Empire, les cités ou diocèses étoient gouvernés par des comtes qui joignoient à l'administration politique le commandement des troupes. Tels étoient le comte de Marseille dont^ Sidoine Apollinaire fait mention dans le temps que cette ville étoit encore sous la domination des Romains, vers la fin du cinquième siècle, & le comte Agrippin, qui livra, en 462, la ville de Narbanne aux Visigoths, au nom de l'empereur Sévère. ,

Nous avons aussi observé ailleurs que les peuples barbares qui s'établirent en différentes portions de l'Empire y conservèrent la même forme de gouvernement qu'ils y trouvèrent, 8c qu'ils firent gouverner les provinces par des ducs ou gouverneurs généraux, 8c chaque cité ou diocèse par des comtes ou gouverneurs particuliers subordonnés aux ducs. Nous l'avons prouvé en par-

' Voyez ci-dessus, livre III, chap. tx. ' Siddine Apollinaire, 1. 7, ep'tst. 2.

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ticulier des Visigoths, 8<. il est certain ' que les François se conformèrent au même usage. Les uns Se les autres furent d'abord destituables au gré du prince de qui ils tenoient leur autorité; mais ils se rendirent héréditaires & ensuite maîtres absolus de leurs comtés ou gouvernemens avant la fin de la seconde race de nos rois.

Entre ^ tous les gouverneurs des divers pays ou diocèses renfermés dans le nouveau royaume d'Aquitaine, les comtes de Toulouse furent les seuls, sous le règne de Charlemagne & de Louis le Débonnaire, qui prirent le titre de duc, comme nous l'avons déjà remarqué, ce qui prouve qu'ils exercèrent, pendant ce temps-là, une autorité supérieure à celle des autres comtes sur tfî,p"437. tout ce royaume^; il faut en excepter cependant, à ce qu'il paroît, la Gascogne qui étoit alors gouvernée par des ducs particuliers. Ainsi, lorsque Louis le Débonnaire parvint au trône d'Aquitaine, ce royaume fut partagé en deux duchés ou gouvernemens généraux, savoir : celui de Toulouse ou d'Aquitaine ([ui comprenoit les trois anciennes provinces ecclésiastiques de Bourges, de Bordeaux & de Narbonne, avec la Marche d'Espagne, &. celui de Gascogne, qui renfermoit la province d'Eause ou d'Auch.

Il s'ensuit, de ce que nous venons de dire, que tous les pays compris aujourd'hui dans la province de Languedoc renfermoient alors autant de comtés ou gouvernemens particuliers que de diocèses. Ces comtés étoient au nombre de treize, savoir ; ceux de l'Albigeois, de Velai St de Gévaudan, qui étoient soumis à la métropole de Bourges Si faisoient partie de l'Aquitaine proprement dite; ceux de Narbonne, de Carcassonne, de Béziers, d'Agde"*, de Lodève, de Maguelonne, de Nimes, de Toulouse Se d'Uzès, qui, avec le diocèse d'Elne 8t la Marche d'Espagne, formoient la province ecclésiastique de Narbonne, & enfin celui de Vivarais, qui dépendoit du royaume de Bourgogne & de la métropole de Vienne, 8c étoit situé hors des limites du royaume d'Aquitaine. Quelques-uns des grands diocèses furent partagés dans la suite en plusieurs comtés ou gouvernemens. Sous le règne ^ de Charlemagne, un même seigneur ne gouvernoit qu'un seul comté ou diocèse. Le duc ou gouverneur général d'une province possédoit en même temps le comté ou gouvernejnent particulier de la capitale ; ainsi Toulouse étoit duché 8c comté tout ensemble, 8c on donnoit indiftéremment le titre de duc Se de comte à ses gouverneurs.

XCIU. — administration de la justice.

Chaque comte ou gouverneur particulier avoit, dans l'étendue de son comté, le commandement des troupes, l'intendance des finances du prince Se

' Valafrid Strabon, <<f Rfius eccZesiasîicjs, c. 3i . blent ayoir été réunis dés Charlemagne, voir )a

• Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 2 & suiv. Note additionnelle, n. LXXXVII du tome II, pa-

» Voyez tome II, la Note LXXXVII sur l'Aqiii- ragraphe XV. [A. M.] taine & ses Marches. ^ Eginhard, Fita Caroli Magni, Duchesne, t. 2,

' Sur les comtés d'Agde & de Béziers, qui sem - p. 112.

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l'administration de la justice, qu'il rendoit ou par lui-même' ou par des officiers qui lui étoient subordonnés, ce qui demandoit de lui l'intelligence 8c l'étude des lois^. Les comtes étoient choisis parmi les personnes les plus distinguées de l'État, & on leur donnoit le titre d'illustres^, titre dont nos anciens rois se tenoient eux-mêmes honorés. Les comtes étoient obligés de tenir leurs plaids (^placitum) ou audiences publiques dans le lieu destiné pour cela. Ils dévoient être à jeun"^ durant cette fonction. Ils connoissoient également des affaires civiles &i criminelles^ dans toute l'étendue de leur comté, & étoient chargés de veiller en particulier sur les causes'^ des veuves, des orphelins & des pauvres, 8c sur celles qui intéressoient l'Église'^.

Ils avoient pour assesseurs, dans les audiences, des ministres ou juges inférieurs qu'on appeloit en général juniores^, pour les distinguer de ceux qui étoient revêtus des principales dignités, qu'on nommoit seniores'^, d'où le terme françois de seigneur a pris son origine. Ces ministres, subalternes des comtes, étoient les vicaires, les centeniers, les échevins, 8cc. Les vicaires, en latin vicarii, d'où on a formé dans la suite le nom de viguier, qui est encore en usage dans la Province, étoient les lieutenans des comtes. Chaque comté étoit divisé en vigueries ou vicairies, 8c celles-ci en centuries, ce qui formoit divers districts particuliers.

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