XIX. — Abhaye de Saint-Saturnin de Toulouse
Ceux^ qui attribuent à Charlemagne la fondation du monastère de Saint- Sernin ou Saturnin de Toulouse, aujourd'hui l'une des plus célèbres collégiales du royaume, ne sont guère mieux fondés. Tout ce que nous pouvons
'Voyez tome II, //oie LXXXVIU. » Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. i6f)
Ihid. & suiv.
An 791
An
dire de plus vraisemblable au sujet de l'origine de cet ancien monastère, c'est qu'il étoit déjà fondé, à ce qu'il paroît, longtemps avant Charlemagne, ainsi u'\',°p"fi',', fjtie nous l'avons insinué ailleurs; qu'il fut peut-être ruiné par les Sarrasins durant le fameux siège que ces infidèles mirent devant Toulouse en 721, car il étoit situé anciennement dans les faubourgs de cette ville, & que si quelqu'un de nos rois de la seconde race le fonda ou le rétablit, ce dut être Pépin I, roi d'Aquitaine, plutôt que Charlemagne. En effet, le concile d'Aix-la-Chapelle, tenu en 817, 8c où il est fait mention de tous les monastères fondés ou rétablis par la famille de ce prince, n'en dit rien, non plus que le catalogue des abbayes fondées ou rebâties par Louis le Débonnaire, depuis l'an 781 jusques à l'an 814, nous verrons que celle de Saint-Sernin subsistoit certainement au commencement du règne de Charles le Chauve '. Nous avons parlé ailleurs de l'église de cette abbaye, qui fut peut-être aussi détruite par les Sarrasins, L'un 8c l'autre furent ruinés 8c rebâtis dans le onzième siècle. Le monastère passa alors aux chanoines réguliers qui furent sécularisés dans la suite. L'église s'est maintenue jusques à nos jours dans l'usage conforme à l'ancienne discipline de ne laisser enterrer personne dans son enceinte.
XX. — Abbaye de Cannes. — Magnarîus , comte de Narbonne , successeur
de Milon.
Peu de temps après la tenue du concile de Narbonne ou au mois de décembre de l'an 791, Magnarius^, comte de cette ville, fixa les limites du lieti ou village de Cannes, appelé anciennement Bufintis ; voici à quelle occasion : l'abbé Anian, dont nous avons déjà parlé au sujet de saint Benoît d'Aniane, avec qui il étoit lié d'une étroite amitié, avoit fondé 3, depuis quelques années, deux monastères dans le diocèse de Narbonne qu'il gouvernoit conjointement. L'un étoit situé au même lieu de Cannes, sur la petite rivière ou ruisseau d'Argendouble qui, après avoir coulé dans les montagnes voisines que les carrières de marbre rendent célèbres, va se jeter dans l'Aude, à cinq lieues de sa source. Il est fait mention de ce monastère, dans les anciens'* titres, sous le nom de Saint-Jean in Extorio ou Exequariensis. Un abbé, nommé'' Daniel, après avoir bâti un autre monastère dans le même endroit, sous le nom des apôtres saint Pierre 8c saint Paul, en abandonna bientôt après la conduite 8c en fit donation à Anian, qui l'unit à celui qu'il avoit déjà fondé, ce que Charlemagne confirma par un diplôme. Milon, comte de Narbonne, voulant ajouter à cette fondation, donna ensuite à Anian 8c à son
' L'église & la congrégation de Saint-Sernin elle apparaît pour la première fois en 844; on ne ont existé de toute ancienneté, dès le jour où, sur peut indiquer exactement quand elle a pris naisle tombeau du premier évêque de Toulouse, on eut sance. [A. M.]
élevé une église. Quant à savoir l'époque à laquelle ' Voyez tome II, Preuves, Diplômes, n. VII.
les prêtres qui la desservaient se formèrent en con. ' Voyez tome II, Note LXXXIX.
grégation régulière, elle ne peut être déterminée * Voyez tome II, Preuves, Diplômes, n, VU.
d'une manière précise. Comme le dit D. Vaissete, ' Mabillon, de Re diplomatica, p. 645.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IX. 8g3 ~~
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monastère le lieu de Caunes, 8c obtint de ce prince la confirmation de ce don. Cetoit' l'usage, lorsque les églises avoient acquis des terres ou des villages, d'en faire fixer les limites, soit par le comte du pays, soit par les commissaires du prince appelés missi dominïci. Conformément à cet usage, Magnarius, comte de Narbonne 8t successeur de Milon, prescrivit celles du lieu de Caunes dans un plaid ou assemblée qu'il tint, à ce qu'il paroît, pour cela.
Ce lieu s'est agrandi depuis, & c'est aujourd'hui une petite ville du diocèse de Narbonne. Charlemagne^ confirma de nouveau, en 794, la donation que Milon avoit faite au monastère de Caunes du lieu de ce nom, que ce comte tenoit sans doute en bénéfice de ce prince. Telle est l'origine de l'abbaye de Caunes qui subsiste encore au diocèse de Narbonne, sous l'invocation des apôtres saint Pierre & saint Paul. Elle est située vers les frontières des diocèses de Carcassonne 8c de Castres, dans le pays de Minervois, qui fait partie de l'ancien Narbonnois. Un auteur^ attribue sa fondation à Milon même 5 mais il paroît certain, par ce que nous venons de dire, que ce comte n'en fut que le bienfaiteur 8c qu'elle doit sa première origine aux abbés Anian 8c Daniel. Ce dernier est peut-être le même que rarchevê([ue de Narbonne de ce nom, dont nous avons déjà parlé, 8c qui, ayant été élu à cet archevêché, aura abandonné à Anian le gouvernement de l'abbaye de Saint-Pierre 8c Saint- Paul de Caunes, qu'il avoit fondée.