XXIX. — Abbaye d'Aniane, — Progrès de sa réforme
L'abbaye d'Aniane étoit alors dans sa splendeur. Sa principale église, dédiée au Sauveur du monde, étoit d'une grandeur proportionnée à celle des autres bâtimens qui pouvoient loger commodément mille personnes. Les ducs 8t les comtes du pays & des autres provinces de France, touchés de la sainteté de Benoît 81 de la régularité de ses religieux, contribuèrent libéralement, à l'exemple de Charlemagne, à la décoration de cette église. Elle possédoit, outre un grand nombre de riches 8c précieux ornemens, diverses reliques Se entre autres un reliquaire d'or où étoit enchâssé un morceau de la vraie croix, qui avoit appartenu à un empereur de Constantinople, une autre partie du même bois sacré 8c une sainte épine enchâssées de même. Outre cette église, qui étoit la principale, il y en avoit une autre, sous l'invocation de la sainte Vierge, dont l'entrée, ainsi que celle de la première, étoit interdite aux personnes du sexe pour lesquelles on avoit bâti deux oratoires particuliers. En un mot, ce monastère étoit devenu si célèbre qu'il passoit alors pour le premier ou pour le chef de tous ceux de France par l'exacte observance 8c la vie austère de ses religieux.
Pour les soutenir dans cette régularité, le saint abbé qui les gouvernoit composa la concorde des règles, qu'il rapporte toutes à celle du patriarche saint Benoît, son patron : ouvrage excellent 8c digne de son auteur. Benoît d'Aniane voulut par là mettre sous les yeux de ses religieux de quoi s'édifier 8c s'instruire en lisant les exemples 8c les préceptes des anciens instituteurs de la vie monastique. Il s'appliqua aussi à leur faire apprendre toutes les sciences qu'il crut ou nécessaires ou utiles à leur état, & il assembla dans cette vue une nombreuse bibliothèque. Ses soins furent si heureux que plusieurs religieux de son abbaye méritèrent, 8\ par leur piété 8c par leur
' Acta Sanctorum ordinis sancti Benedicti, saec. 4, part. 1 , p. 197, Fita S. Benedlcli. — Mabillon, Annales, ad ann. 732, n. j3 & seq.
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savoir, d'être élevés à la dignité épiscopale. Benoît, attentif aux besoins de l'Église, fit aussi élever 8t instruire dans son monastère un nombre de clercs séculiers à qui il donna d'habiles maîtres. Ce saint abbé, à qui Dieu avoit accordé le don de la parole, s'exerçoit de son côté, tantôt à la prédication, tantôt aux travaux les plus durs & les plus pénibles, entre autres à ceux de la campagne, 8t tâchoit d'animer ses frères, autant par ses exemples que par ses paroles, à la pratique des vertus les plus austères. Telle étoit la vie de Benoît d'Aniane & de ses religieux, dont les habits étoient blancs, le scapulaire 8c la coule noirs. La puissante protection que Charlemagne & Louis le Débonnaire son fils lui accordèrent contribua beaucoup au progrès de la réforme qu'il introduisit dans la plupart des monastères de France.
XXX. — Benoît assiste, avec d'autres ahbés de la Septimanîe, au concile
de Francfort.
Le zèle de ces deux grands princes ne contribua pas moins au maintien de la pureté de la foi 8c de la discipline ecclésiastique. C'est dans cette vue que Charlemagne, de l'avis du pape, convoqua à Flanctort, pendant l'été de l'an 794, un concile dont le culte des images 8c l'hérésie de Félix d'Urgel, sur la filiation de Jésus-Christ', firent le sujet principal. Félix avoit abjuré son hérésie à Rome, en présence du pape Adrien I; mais, à son retour dans sa ville épiscopale^, il avoit repris ses erreurs 8c continué de les répandre, malgré les soins d'Alcuin 81 de Paulin, évêque d'Aquilée, qui écrivirent contre lui.
Son obstination le fit déférer au concile de Francfort, auquel assistèrent les évêques de presque toute l'Église latine, avec un grand nombre d'abbés Se plusieurs ecclésiastiques du second ordre, tant séculiers que réguliers, que ce prince y appela. Benoît d'Aniane s'y rendit avec plusieurs de ses religieux 8c entre autres Ardon, son disciple, surnommé Smaragde, personnage également distingué par sa piété 8c son profond savoir, à qui nous sommes redevables de la vie de ce saint abbé. Anian, abbé de Cannes, s'y trouva^ aussi avec trois de ses religieux 8c obtint alors de Charlemagne, le 20 de juillet, la confirmation de toutes les donations faites à ses deux monastères dont nous avons déjà parlé, 8c entre autres du lieu de Cannes, donné par Milon, comte de Narbonne. L'hérésie de Félix d'Urgel 8c d'Élipand de Tolède fut condamnée par le premier canon du concile. Charlemagne en envoya les actes aux évêques d'Espagne, qu'il exhorta d'y souscrire, avec promesse, s'ils Éd. origin. le faisoîcnt, de les secourir contre les Sarrasins &c de les affranchir du joug de ces infidèles, sous lequel ils gémissoient depuis longtemps.
' Voyez tome II, Preuves, Chroniques, n. I. ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
' Ibid. n. VII.
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XXXI. — Louis , roi d'aquitaine, règle ses finances ^ son domaine.
Il abolit les impôts.
Il paroît que Louis, roi d'Aquitaine, assista au concile de Francfort avec Charlemagne, son père, puisqu'il célébra avec lui ', dans ce lieu, la fête de Pâques de la même année, 8<. qu'il ne retourna dans ses Etats qu'au printemps de l'année suivante. Quelque temps avant son départ, Charlemagne Ân~7Q5~ lui demanda d'où venoit qu'avec un domaine aussi considérable que celui de toute l'Aquitaine, ses équipages répondoient si peu à sa dignité, & qu'il étoit obligé d'emprunter toutes les fois qu'il devoit lui faire quelque présent. Louis lui répondit ingénument que c'étoit la faute des intendans de son domaine qui s'étoient emparés d'une partie de ses terres ou qui en négligeoient le soin. Charlemagne résolut dès lors de remédier à ces abus; mais, pour ne pas aigrir les esprits des Aquitains Se surtout des grands, qui en étoient déjà en possession, il ne voulut pas d'abord les leur ôter d'autorité, il se contenta d'envoyer pour commissaires (^missos)^ sur les lieux, Willibert, qui fut depuis archevêque de Rouen, & le comte Richard, qui, par leur attention & leur prudence, firent revenir au domaine du roi d'Aquitaine tous les biens qui avoient été usurpés.
Louis régla ensuite sa dépense sur son revenu, de l'avis de Méginarius, qui fut aussi depuis archevêque de Rouen , homme sage & prudent que Charlemagne lui avoit donné pour ministre à la place d'Arnold, qui étoit apparemment décédé. Par cette économie, ce prince trouva dans les quatre principales maisons royales de ses États, où il passoit alternativement l'hiver, de quoi fournir à la dépense de toute sa maison, 8c dans le reste de son domaine de quoi payer ses troupes; ce qui le mit en état d'abolir le tribut militaire, appelé foderum'-, qu'il taisoit lever auparavant sur le peuple, &. qu'on payoit en espèces. Il eut en cela plus d'égard à la misère des peuples qu'à l'avidité des gens de guerre, qu'il aima mieux stipendier de son épargne que de permettre que les paysans ou autres gens de la campagne fussent vexés.