XXXV. — Louis épouse Ermengarde, à Toulouse
Ce prince, âgé alors de vingt ans, consulta, de l'avis de son conseil, le roi son père, sur le dessein qu'il avoit formé d'épouser, avec son agrément, Ermengarde û, fille du duc Ingéramne, issue d'une des familles les plus considérables 8c les plus nobles du royaume, 8c petite-nièce du fameux Crodegange, évêque de Metz. Louis, ayant obtenu le consentement de Charlemagne pour son mariage avec Ermengarde, l'épousa peu de temps après la diète de Toulouse, Se il célébra ses noces, à ce qu'il paroît, dans la même ville.
' Eginhard, ^nna/es, p. 248 & seq. — Annales ^ L'\stronome, Fie Je Louis le Déionnaire, p. 2.S<).
Bertiniani, p. iC^i. — Le Cointe, ad ann. 798, n. 89 & seq.
' Rodericus Toletanus, Hiitoria Arahum, c. 22. "" Marca Hispanica, c. 281.
' L'Astronome, Vie de Louis le Débonnaire, p. 289. ' L'Astronome, Vie de Louis le Débonnaire, p. 289.
— Le Cointe, ad ann. 798, n. 39 & seq. — Thégan, p. 276.
XXXVI. — Louis pourvoit à la sûreté des frontières d'Espagne.
La soumission que Bahaluc venoit de lui rendre nous donne lieu de croire que ce prince n'exécuta pas l'ordre qu'il avoit reçu d'assiéger la ville d'Huesca, dont on prétend que ce général sarrasin étoit gouverneur; il paroît, en effet, que Louis demeura dans l'inaction sur la frontière d'Espagne, pendant toute cette année. Il pourvut cependant à la sûreté des places qu'il avoit conquises dans ce pays & fit relever les maisons d'Ausone, de Cardonne & de quelques autres villes ou châteaux de cette frontière, qui avoient été détruits Se abandonnés. Il les peupla de nouveau, en donna le gouvernement au comte Borrel , les fit fortifier & y établit de bonnes garnisons. L'historien ' qui rapporte ce fait ajoute que ces places étoient situées sur les frontières d'Aquitaine, ce qui prouve que la Marche d'Espagne, ainsi que la Septimanie, faisoient alors partie de ce royaume. Ausone, que Louis fit rebâtir, n'est connue aujourd'hui que sous le nom de Vie, c'est-à-dire village (^vicus). On donna ^ ce surnom aux villes de la Marche d'Espagne détruites par les Sarrasins & rétablies dans la suite, parce qu'elles n'étoient plus si grandes qu'elles avoient été & qu'elles ressembloient plutôt à des villages qu'à des villes. Celle d'Ausone n'a retenu que ce surnom, & c'est aujourd'hui une ville épiscopale de tî^'î' p"458 Catalogne qui étoit soumise alors avec son diocèse à la juridiction immédiate des archevêques de Narbonne.
XXXVII. — Zèle de Benoit d'Aniane contre l'hérésie de Félix d'Urgel.
Les archevêques de Narbonne s'élevèrent avec force contre les erreurs de Félix d'Urgel qui avoient fait beaucoup de progrès, tant dans la Marche d'P^spagne que dans la Septimanie. Plusieurs abbés de ce dernier pays secondèrent leur zèle; mais surtout^ Benoît d'Aniane qui, animé par le célèbre Alcuin avec lequel il avoit contracté une étroite amitié au concile de Francfort, employa utilement le don de la parole qu'il avoit reçu 8c confondit, soit par ses discours, soit par ses disputes, les sectateurs de Félix; en sorte que, par ses soins, il préserva non-seulement ses religieux, mais qu'il ramena encore à la foi catholique plusieurs personnes de considération & des évêques mêmes de la Province qui les favorisoient. Alcuin, qui avoit été chargé particulièrement de réfuter cet hérétique, tâcha "^ de soutenir le zèle des abbés 81 des religieux de la Septimanie ou Gothie par une lettre qu'il leur adressa, dans laquelle il leur fournit des armes pour combattre l'erreur, en attendant qu'il leur en envoyât une réfutation complète. Ce célèbre auteur fait mention, dans cette lettre, d'un autre ouvrage sur le même sujet, qu'il leur avoit déjà envoyé par la voie de Benoît, abbé d'Aniane, 8c qu'il avoit composé exprès pour les fortifier dans la foi.
■ L'Astronome, Vie de Louis le Débonnaire, p. 289. ' Vita S. Benedicti Anianensis, p. 1 98.
° Marca Hispanica, c. 29. ■* Baluze, Miscellanea, t. 1 , p. Syy.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IX. çoS
Alcuin' parle ailleurs d'une autre erreur qui s'étoit glissée parmi les laïques de la Septimanie; ils croyoient qu'il suffisoit de confesser ses péchés à Dieu seul & que, par conséquent, la confession auriculaire étoit inutile. Ce savant homme réfute solidement cette opinion erronée. Nous apprenons, par une autre de ses lettres ^, qu'il avoit de grandes liaisons avec les abbés & les moines de la même province, & qu'il prenoit beaucoup de part à leurs peines 8t à leurs disgrâces. Il tâcha de les consoler entre autres d'une grande affliction qu'ils avoient ressentie, mais qu'il ne spécifie point; peut-être étoit-ce la désolation des monastères du pays durant l'irruption des Sarrasins dont nous avons déjà parlé.
XXXVIII. — Leydrade, archevêque de Lyon, ^ Théodulfe, évêque d'Orléans, envoyés ou commissaires dans la Narbonnoise.
Charlemagne, qui secondoit le zèle d'Alcuin pour la religion, n'avoit pas moins d'attention pour faire fleurir la justice; il prenoit surtout un soin particulier de n'envoyer pour juges ou commissaires dans les provinces que des personnes d'un mérite distingué & d'une intégrité reconnue. Tels étoient Leydrade, archevêque de Lyon, ScThéodulfe, évêque d'Orléans, que ce prince commit pour rendre la justice dans la Septimanie, en 798, 8c à qui il joignit sans doute, .suivant l'usage, deux comtes ou deux adjoints séculiers dont nous ignorons les noms. Théodulfe^ nous a conservé la mémoire de cette commission dans un de ses poèmes, où il exhorte les autres juges ou envoyés {missos dominicos) , ses collègues, à rendre exactement la justice Si fait, par occasion, le récit du voyage qu'il entreprit sur ce sujet avec Leydrade, son associé. Leur juridiction s'étendoit dans toute l'ancienne Narbonnoise, à la réserve du Toulousain dont Théodulfe fait cependant mention'* en passant, & qu'il place dans l'Aquitaine. Ces commissaires partirent de Lyon &., après avoir parcouru les villes situées à la gauche du Rhône, ils entrèrent dans la Gothie 8c passèrent à Nimes, ville, dit Théodulfe, également considérable 8c spacieuse, d'où, après avoir marché entre Maguelonne 8c Substancion, laissant la ville d'Agde sur la gauche, ils se rendirent à Béziers 8c de là à Narbonne. L'évêque d'Orléans fait l'éloge de cette dernière ville, qu'il met au-dessus'' de celle d'Arles. Il se loue extrêmement de l'accueil que lui firent les habitans qu'il appelle ses parens {consanguineos^). Ce prélat alla de cette ville, avec ses collègues, à Carcassonne 8c de cette dernière à celle de Razès [Redae), qui a donné son nom à une portion du diocèse de Narbonne, mais qui ne subsiste plus à présent. De la ville de Razès les envoyés retournèrent à Narbonne, où ils tinrent le plaid (^placitum) ou assemblée générale de la Province à laquelle se trouvèrent un très-grand
' Alcuin, Epist. 71, in edit. Duchesne. ' Théodulphe, Paracnesis, p. 1029 & seq.
' IkiJ. Epist. 99, in edit. Duchesne. ' lii,!. vers. 1 16.
An 798
' Théodulphe, Paracnesis, p. 1029 & seq. " Ihid. vers. 147.
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~~ ~ qo6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IX,
An 798 -'
nombre d'ecclésiastiques & de séculiers. L'assemblée finie, les commissaires prirent la route de Provence & terminèrent leur commission à Cavaillon. Telle est la relation que Théodulfe nous a laissée de son voyage.
XXXIX. — Combat singulier entre deux troupes d'oiseaux, dans le territoire
de Toulouse.
Nous avons déjà dit que ce prélat fait mention de Toulouse dans ce t'rl', p^fs"'. poëme, quoique cette ville ne fût pas comprise dans l'étendue de sa commission. Il en parle encore ailleurs', à l'occasion d'un combat fort singulier, donné à l'extrémité du Toulousain, sur les frontières du Querci, entre deux troupes d'oiseaux, dont voici le récit tel que ce poète nous l'a laissé. Un nombre presque infini d'oiseaux de toute espèce, dont les uns venoient du midi & les autres du nord, se rendirent en même temps autour d'un champ environné d'arbres', & là, après s'être rangés en bataille, ainsi que deux armées ennemies, ils s'envoyèrent de part & d'autre plusieurs messages comme s'ils eussent voulu entrer en négociation & tenter quelque traité avant que d'en venir au combat. Enfin, après divers mouvemens, ces deux troupes en vinrent à une action générale : le signal n'en fut pas plutôt donné, qu'ils fondirent les uns sur les autres avec une rapidité, une fureur & un acharnement si grand, que le récit en paroît incroyable. Le combat, où chacun se servit des ailes, du bec & des griffes, comme d'autant d''arnies offensives & défensives, fut également long, cruel & sanglant; il dura six jours entiers & ne cessa que faute de combattans, qui demeurèrent presque tous sur le champ de bataille. Quelques-uns seulement d'entre ceux qui étoient venus du nord, se sauvèrent par la même route qu'ils étoient venus*. La curiosité d'un spectacle si extraordinaire attira une infinité dé personnes sur le lieu, & Mancion, alors évêque de Toulouse, y fit un voyage exprès. Les peuples du voisinage, qui étoient accourus, profitèrent de la dépouille; ils choisirent « parmi ces oiseaux ceux qu'ils crurent bons à manger, & en chargèrent plu-
sieurs charriots.