partie de l'Aquitaine
Les ambassadeurs des rois françois auprès de Pépin, ayant enfin engagé ce prince û à faire la paix avec le roi Charles, son oncle, celui-ci s'aboucha avec lui au commencement de juin de l'an 840, dans le voisinage de l'abbaye de Saint-Benoît sur Loire, au retour de son expédition contre les Bretons ''. Ces deux princes avoient un égal intérêt de s'accorder, tant parce que la famine qui désoloit alors l'Aquitaine ne leur perraettoit pas de continuer la guerre,
' Antoine, vicomte de Béziers, le comte Wan- * Mabillon, j^nnaZcs, ad ann. 940, n, i3.
drille & Asnarius, vicomte de Souvigni & de Soûle, ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
sont trois personnages imaginaires inventés parle n. LXV'II.
faussaire, auteur de la charte d'Alaon. Les abbayes * Mabillon, Annales, ad ann. 1026; n. çS.
de Peyrissas, de Lézat & du Mas-Garnier ont une ' Ibid. ad ann. 949, n. 22.
toute autre origine. (Voyez, au tome IV de cette * Annales Bertinian't, p. 201 & seq. — Mabillon,
édition, les notices consacrées à ces deux dernières Annales, ad ann, 845, n. 22.
abbayes, sous les n»' XCIV & CXVII. [E. M.] ' Annales Bertiniani, p. 201 & seq.
An 845
que parce qu'ils étoient l'un 8c l'autre en état de la faire durer longtemps.
Ils convinrent donc d'un traité par lequel Charles céda à Pépin tout le
royaume d'Aquitaine, excepté le Poitou, la Saintonge & l'Angoumois, qu'il
se réserva. Pépin, de son côté, promit de l'honorer comme son oncle St de le
servir comme son seigneur; il lui prêta ensuite serment de fidélité & prit de
lui en fief la partie du royaume d'Aquitaine qui venoit de lui être cédée, 8t
sur laquelle Charles le Chauve se conserva la suzeraineté. Le traité conclu,
Éd.origin. ce dernier témoigna toute sorte d'amitié & de bienveillance à Pépin, son
neveu, qui reprit la route de ses iitats, après avoir reçu le serment de ndehte
de tous les seigneurs d'Aquitaine qui avoient pris le parti de son compétiteur
& qui , par le traité de paix dont nous venons de parler, dévoient être ses
vassaux. Pépin II devint ainsi maître de ce royaume dont il n'avoit pu encore
obtenir la paisible possession depuis la mort du roi, son père.
XXXIV. — Partage du Languedoc entre les enfans de Louis le Débonnaire.
En vertu de ce traité & de celui que Charles avoit conclu deux ans auparavant avec ses deux frères, tous les pays compris à présent dans le Languedoc se trouvèrent partagés entre ce prince, Lothaire, empereur 8c roi d'Italie, 8c Pépin, leur neveu. Le second régna sur tout le Vivarais, le diocèse d'Uzès 8c la partie de ceux de Valence, de Vienne, d'Avignon Si d'Arles, située à la droite du Rhône. Le jeune Pépin fut maître, sous la souveraineté de Charles le Chauve, son oncle, de toute la partie de cette province qui dépendoit du royaume d'Aquitaine St qui comprenoit l'Albigeois ou les deux diocèses d'Albi 8c de Castres, le Vêlai Se le Gévaudan, dans l'Aquitaine propre, la ville 8c tout l'ancien diocèse de Toulouse, celui de Carcassonne 8c le pays de Razès, dans la Narbonnoise première. Charles le Chauve occupa le reste du Languedoc, c'est-à-dire la Septimanie, qui comprenoit l'ancien diocèse de Narbonne (à la réserve du pays de Razès), les diocèses de Béziers, d'Agde, de Lodève, de Maguelonne ou de Montpellier, Se l'ancien diocèse de Nimes. On voit par là que Pépin possédoit la meilleure partie de cette province.
XXXV. — Pépin, paisible possesseur de l'Aquitaine. — Paix de Charles
le Chauve avec les Sarrasins.
Pépin II, après le traité de Saint-Benoît sur Loire, se rendit au palais de Castillon, dans le Périgord, sur la rive droite de la Dordogne, où il confirma par une charte, le 26 de juin', à la prière de Rangarius, abbé de Moissac, les privilèges de cette abbaye d'où dépendoit alors le monastère de Marsillac, en Querci, qui devint indépendant dans la suite. Ce diplôme est le premier de Pépin II que nous connoissions. Ce roi en accorda un pareil à
' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, n. LXVIII.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. 1049 An S45
la fin de la même année, à Gauthier ', abbé de Saint-Chaffre, dans le Vêlai, & confirma toutes les chartes que Louis le Débonnaire & Charles le Chauve avoient données en faveur de ce monastère.
Ce dernier prince avoit alors plusieurs ennemis sur les bras, ce qui l'avoit engagé sans doute à se hâter de conclure la paix avec Pépin, soit pour l'empêcher de s'unir avec eux, soit pour être plus en état de leur résister. Les Sarrasins, profitant des divisions & de l'affoiblissement du royaume, avoient^ recommencé la guerre sur les frontières de la Septimanie. Les Bretons révoltés refusoient de reconnoître^ son autorité, malgré ses divers efforts pour les soumettre. Ces peuples, soutenus par Lambert, marquis de Nantes, qui s'étoit joint à eux, avoient battu ses troupes en différentes occasions, dans l'une desquelles Raynald , comte d'Herbauges, qui commandoit sur cette frontière à la place de ce marquis, avoit eu le malheur de périr. Charles avoit été battu lui-même, peu de temps"* avant sa paix avec Pépin, & avoit perdu deux de ses plus braves généraux : Bernard, frère d'Emenon, ancien comte de Poitiers, 8t Hervé, fils de Raynald, comte d'Herbauges, cousin de ce dernier, qui avoient été tués en combattant contre Lambert & les Bretons j enfin les Normands désoloient depuis quelque temps les côtes d'Aquitaine.
Ces pirates, après avoir remonté la Garonne jusques à Toulouse l'année précédente 81 avoir ravagé les environs de cette ville, s'étoient embarqués dans le dessein d'aller faire des courses sur les côtes de la Galice. Ils étoient revenus en France, au commencement de l'année 81 avant ^ le traité de paix de Saint-Benoît sur Loire, & avoient fait une irruption jusques à Paris, en remontant la Seine depuis son embouchure 5 en sorte que Charles, n'ayant pas des forces suffisantes à leur opposer, ne les avoit éloignés de cette ville qu'à force d'argent. Le traité que ce prince fit avec Pépin le mit en état de réprimer leurs courses, d'assurer ses frontières du côté d'Espagne contre les entreprises des Sarrasins avec lesquels il fit la paix quelque temps après, 8c de soumettre les Bretons.
XXXVI. — Partage de l'Aquitaine en deux duchés ou gouvernemens
généraux.
Par ce traité la division de l'Aquitaine en deux duchés ou gouvernemens généraux fut entièrement consommée''; elle avoit déjà commencé après la mort de Louis le Débonnaire, comme nous l'avons remarqué ailleurs^;
■ Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, tout à fait arbitraire & ne repose sur aucune au-
n. LXIX. — Le Cointe, ad ann. 840, n. 90 & setj. torité sérieuse ; le duché de Toulouse & celui de
' Annales Bertiniani, p. 102. Poitiers ne sont point les résultats d'une mesure
' Chronicon Aniegavense, dans Duchesne, t. 2, administrative ou politique, mais l'œuvre de deux
p. 386. — Adhémar de Chabannais, p. 161. — familles princières, qui peu à peu augmentèrent
Annales FulJenses, p. 549. l'étendue de leurs domaines & réussirent à les re-
' Mabillon, ^nna/cs, ad ann. 84.5, n. 22. tenir, par voie de succession, entre les mains de
'• Ihii. ad ann. 845, n. 20 & seq. leurs membres. [E. M.]
' Le système exposé ici par dom Vaissete, sur la ' Voyez tome II, Note LXXXVII, n°' 21, 23, 76
division de l'Aquitaine en deux grands duchés, est & suiv.
^^g 5 lo5o HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. X.
^Éd. ori^m. en sorte que les ducs de Toulouse, qui avoient auparavant une autorité supérieure dans tout ce royaume, ne l'exercèrent plus dans la suite que sur une partie, & d'abord sur celle qui demeura à Pépin. Charles fit gouverner, de son côté, les pays qu'il s'étoit réservés, par un duc ou gouverneur général indépendant. Il paroît qu'il donna ' le gouvernement de ces pays à Rainulfe I, comte de Poitiers; c'est, en effet, depuis ce temps-là seulement que ce seigneur prit le titre de duc^, qui passa à ses successeurs. Quant au duché de Toulouse, nous avons lieu de croire ^ que Pépin en disposa après le traité de Saint-Benoît sur Loire, s'il ne l'avoit déjà fait auparavant, en faveur de Guillaume, fils de Bernard, duc de Septimanie, qui lui étoit entièrement dévoué'*. Les comtes de Toulouse, successeurs de Guillaume, continuèrent de prendre le titre de ducs ou de princes d'Aquitaine jusque vers la fin du dixième siècle, qu'ils cessèrent de le porter. Ils conservèrent cependant leur autorité sur une grande partie du pays ; mais il n'y eut plus depuis que les comtes de Poitiers qui s'attribuèrent ce titre.
XXXVIl. — Fin des troubles de la Provence dont le Vivarais 6- le diocèse
d'U-^ès dépendaient.
La pacification de l'Aquitaine fut suivie de celle de la Provence^ dont les rebelles se soumirent à Lothaire. Nous avons déjà dit que Folcrade, comte d'Arles & duc ou gouverneur général de ce pays au nom de ce prince , s'étoit révolté contre lui dans le dessein de se rendre indépendant 8< de gouverner en souverain. Ce duc avoit si bien pris ses mesures, qu'ayant entraîné dans sa révolte les comtes & les peuples du pays, on n'y reconnoissoit plus l'autorité de Lothaire. Ce prince, voulant remettre cette portion de ses Etats dans le devoir, s'y rendit en personne à la fin de l'an 846 8c fut assez heureux pour soumettre la plupart des rebelles & pacifier entièrement les troubles qui s'étoient élevés. Il paroît que le Vivarais, le diocèse d'Uzès & les autres pays de Languedoc situés le long du Rhône & soumis à Lothaire, faisoient partie du duché ou gouvernement de Provence, & qu'ainsi les comtes & les peuples de ces pays étoient du nombre de ceux qui s'étoient révoltés contre ce prince, à la persuasion de Folcrade, leur gouverneur.
XXXVIII. — Famine 6- mortalité en Aquitaine. — Prise de Saintes
par les Normands.
An 846
La famine 8c la mortalité dont les provinces du royaume furent affligées, l'année suivante, empêchèrenf^ les peuples de goûter les fruits de la paix.
' Voyez tome II , Note LXXXVII, n. 78 & suiv. * Erreur, le fils de Dodane n'a jamais été comte
" Ranulfe était simplement comte de Poitiers. de Poitiers. (Voir passlm.) [E. M.]
(Voyez la Note additionnelle à la Note LXXXVII ' Annales Bertlniani, p. 201 & seq. — Annales
du tome II. [E. M.] FulJenses, p. 549.
' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 26 & seq. ^ Annales Bertinian'i, p. 201 & seq.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC, LIV. X. io5i
Pour comble de malheur, il se virent exposés à la rage d'un nombre presque infini de loups affamés, qui, s'étant dispersés dans les campagnes, dévoroient tous ceux qu'ils rencontroient. Une troupe de plus de trois cents, rangés comme en ordre de bataille, traversèrent l'Aquitaine, malgré tout ce qu'on put leur opposer pour les arrêter. D'un autre côté, les Normands ayant recommencé leurs courses sur les côtes de ce royaume firent une descente entre Bordeaux 8i Saintes 8c s'emparèrent de cette dernière ville, qui étoit du domaine de Charles le Chauve. Siguin', surnommé Mostellanicus, duc de Gascogne* & comte particulier de ces deux villes, s'opposa à ces pirates; mais il eut le malheur d'être entièrement défait avec ses troupes &. de demeurer leur prisonnier. Les Normands le firent mourir peu de temps après & abandonnèrent enfin la ville de Saintes, après l'avoir livrée au pillage & à toute la fureur du soldat, 8c y avoir mis le feu.
XXXIX. — Efforts de Charles le Chauve pour soustraire l'Aquitaine
à l'obéissance de Pépin,
Le peu de mouvemens que Pépin se donna pour donner du secours aux Aquitains contre les incursions de ces pirates firent^ beaucoup de mécontens dans ses Etats, tandis que Charles le Chauve, son oncle, travailla sous main à lui débaucher ses sujets, à cause qu'il prétendoit que ce prince, contre la foi du traité de Saint-Benoît sur Loire, retusoit de reconnoître sa souveraineté sur l'Aquitaine Se qu'il s'y attribuoit une autorité despotique. Mais Charles, qui n'avoit fait sa paix avec Pépin que pour l'amuser 8c avoir le temps de fortifier son parti dans ce royaume, ne cherchoit cju'un prétexte plausible de l'en dépouiller entièrement. Dans ce dessein, il envoya des émissaires en Aquitaine pour solliciter les peuples à rentrer sous son obéissance, en leur faisant entendre que Pépin étoit également incapable de les gouverner 8c de les défendre contre les entreprises des Normands. Charles gagna enfin si bien les Aquitains par ses menées, que ces peuples étoient sur le point de se soustraire à la domination de Pépin, quand ce dernier, informé de leurs desseins, tâcha de les ramener à son parti. On a lieu de croire qu'il réussit car nous'* voyons par diverses chartes de cette même année, qu'il demeura paisible possesseur de la partie de l'Aquitaine qui lui avoit été cédée, quoiqu'il paroisse par quelques autres, datées du règne de Charles le Chauve,
' Adhémar deChabannais, p. \6\. — Loup, abbé tant de papier au profit de la maison de Lorraine
de Ferrières, Epist. 3t. en entassant fables sur fables. C'est, en effet, dans
' Il y avait bien à Bordeaux un nommé Séguin, les ouvrages de Jacques de Guise, de Symphorien
dux Vasconum, dit Loup de Ferrières, qui fut tué Champier, d'Edmond du Boullay, de Richard
par les Normands; mais ce comte n'a rien de Wassebourg & Rozières, qu'il faut aller chercher
commun avec le Seguinus Moslellanicu!, qui est le duché de Mosellane & tant d'autres princi-
un personnage fabuleux inventé par la charte pautés fantastiques. [E. M.] d'Alaon, ou plutôt emprunté par elle aux généa- ' Lupus abbas Ferrariensis, Epist. 3i.
légistes qui, au seizième siècle, notamment à * Besly, Histoire des rois d'Aquitaine, p. 28.
l'époque de la formation de la Ligue, noircirent Gallia Christiana,nov. tAit. x. i, instrum. v>. i \n.
An 846
Éd. origin, t. 1, p. 544.
Aa 846
io32 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. X.
que ce dernier étoit reconnu pour roi dans ce pays', soit à cause de la souveraineté qu'il s'y étoit réservée, soit parce qu'il avoit encore un grand nombre de partisans qui le regardoient comme leur unique souverain.
Charles fit voir bientôt après qu'il se regardoit comme le seul 81 unique maître de toute l'Aquitaine, & qu'il ne tenoit aucun compte de la cession qu'il avoit faite de ce royaume à Pépin, son neveu. Cela parut principale- ;^n 847 ment dans l'entrevue^ qu'il eut, vers la fin du mois de février de l'an 847, à Mersen ou Marsne, sur la Meuse, dans le pays de Liège, avec l'empereur Lothaire & Louis, roi de Germanie, ses frères. Ces trois princes, après avoir renouvelé leur ligue & s'être promis de s'aider mutuellement contre leurs ennemis communs, envoyèrent des ambassadeurs aux Bretons & aux Normands pour les porter à taire la paix avec Charles qui les engagea en même temps à prendre ses intérêts contre Pépin. Ils firent proposer à celui-ci de se contenter de quelques comtés dans l'Aquitaine pour toutes ses prétentions, en attendant qu'on pût les régler dans une diète qu'ils indiquèrent à Paris après la fête de saint Jean, & à laquelle ils l'invitèrent, ce qui fait voir qu'ils regardoient Charles comme le véritable maître de tout ce royaume & qu'ils n'avoient aucun égard au traité de Saint-Benoît sur Loire ; en effet, ils ne donnent pas le titre de roi à Pépin dans les actes de l'assemblée de Mersen ; ils se contentent de l'appeler simplement leur neveu.
Après cette assemblée, où on dressa quelques capitulaires pour la réformation du royaume, Charles se rendit au palais^ d'Attigny, où il confirma, le 27 de mai, un de ses vassaux nommé Adefonse, & Gomesinde & Duran, neveux de ce dernier, dans la possession des biens qu'ils avoient à Lésignan, à Caumont & à Saint-Candide, dans le diocèse de Narbonne, & qu'ils tenoient des Espagnols réfugiés, leurs ancêtres, à qui Charlemagne les avoit donnés en aprision'^. On conjecture qu'Adetonse est le même que le vicomte de Roussillon de ce nom qui vivoit l'an 832.
XL. — Diète ou assemblée générale d'Aquîtaïne, — Origine de la ville de
Castelsarrasin.
Les historiens nous laissent ignorer l'accueil que fit Pépin aux envoyés des princes, ses oncles, & la manière dont il reçut la proposition qu'ils lui firent de se désister de ses prétentions sur l'Aquitaine 5c de se contenter pour son apanage de quelques comtés dans ce royaume. Nous savons seulement qu'il s'en regarda toujours comme le souverain. Il tint, en eftet, au mois de mai de la même année 847, la diète ou assemblée générale d'Aquitaine à Florigni, maison royale située sur la rivière de Cher, où il confirma'' les privilèges de l'abbaye de Saint-Florent de Glonne ou de Saumur^, en Anjou, ce qui
' ÎAahWXon, Annales, ad ann. 846, n. 43. * Baluze, Rcgum Francorum Capitularia , t. i,
* Baluze, Regum Francorum Capitularia, t. 2 , c. 41. — Marca Hispanicaj c. 356 & 7^9*
c. 41 & seq. '■ Mabillon, j^nna/fs, ad ann. 847, n. 5i .
ï Marca Hispanica, c. 282 & seq. " En 847, l'abbaye de Saint-Florent n'avait pas
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. io53 ~~rZ
An 847
prouve que ce prince possédoit la partie de ce pays & de la Touraine située à la gauche de la Loire, Si que ce fleuve bornoit ses Etats de ce côté-là.
Il semble toutefois que ce prince n'étoit pas alors généralement reconnu dans ses Etats. En ettet, par un acte ' daté de la septième année de Lothaire ou de l'an 847, un seigneur, appelé Astanova, donne à l'abbaye de Moissac le château de Cerrucium, situé sur la Garonne, dans le Toulousain &. la vlguerie de Garonne, qui lui avoit été donné par le roi Pépin, son seigneur, pour y fonder un monastère sous le nom de Bonneval. Ce monument, le plus ancien que nous connoissions qui fasse mention de Castelsarrasin, nous donne la véritable étymologie du nom de cette ville, & fait voir que c'est mal à propos qu'on le fait dériver des Sarrasins à qui on en attribue la fondation ; elle est aujourd'hui la principale de la partie du diocèse de Montauban qui dépend du Languedoc; il y a encore un prieuré soumis à l'abbaye de Moissac.
XLL — Pépin dépouillé du royaume d'Aquitaine par Charles le Chauve, son oncle. — Prise de Bordeaux par les Normands.
Pépin refusa sans doute l'apanage peu considérable que ses oncles lui offroient Se ne voulut pas entrer là-dessus en composition avec eux, puisque la diète de Paris, où on devoit régler ses prétentions, ne se tint pas. D'un autre côté, Charles, qui ne cherchoit qu'un prétexte ou une occasion d'envahir toute l'Aquitaine, se mit en état de déposséder ce prince des pays qu'il lui avoit cédés, ce qu'il pouvoit entreprendre d'autant plus aisément, qu'il venoit* de faire la paix avec les Sarrasins Si qu'il avoit remporté divers avantages sur les Bretons.
Les nouvelles excursions des Normands en Aquitaine lui fournirent bientôt Éd. oriein.
le moyen de reprendre ce royaume. Ces pirates s'étendirent d'abord dans le
Poitou, la Saintonge 61 l'Angoumois qui étoient de son domaine, 81 y porté- *" ^48 rent le fer Si le feu. Ils ravagèrent ensuite les pays soumis à Pépin, pénétrèrent dans le Limousin Si tournèrent enfin du côté de Bordeaux dont ils formèrent le siège. Il ne paroît pas que Pépin se soit donné aucun mouvement pour marcher au secours de cette ville S<. arrêter les courses de ces peuples, Charles, plus vigilant, se mit en campagne pendant le carême, sous prétexte de marcher contre eux. Si s'étant avancé vers la Dordogne, il les défit sur les bords de cette rivière Si leur enleva neuf vaisseaux^. Ce prince se rendit ensuite à Limoges où il tint, avant Pâques'*, l'assemblée générale d'Aquitaine, témoignant par ces actes d'autorité dans un royaume qu'il avoit déjà cédé par un traité solennel, le peu de cas qu'il faisoit de cette cession.
été ruinée; elle existait encore à Saint-Florent- tanellensis monasterii, dans Duchesne, t. 2, p. 388.
le-Viel. Ce n'est qu'après sa destruction, & au — Adhémar de Chabannais, p. 161.
dixième siècle seulement (en 95o), qu'elle fut ' Voyez tome II, la Note additionnelle à la
transportée dans le château de Saumur. [E. M.] Note XCVIII, où nous avons cherché à donner
' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,' plus de précision au récit des excursions des Nor-
n. LXX. — Mabillon, ad ann. 972, n. 86. mands dans le Midi de la France. [E. M.]
' Annales Bertiniani, p. 202. — Chronicon F on- * Adhémar de Chabannais, n. 161.
A„-8^8 ' io54 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X.
La victoire que ce prince avoit remportée sur les Normands ne les empêcha pas de se rendre maîtres de Bordeaux. Ils s'en emparèrent pendant la nuit, à la faveur des Juifs avec qui ils étoient d'intelligence, & y firent prisonnier le duc Guillaume qui avoit défendu cette place. On croit' que ce dernier est le même que le fils de Bernard, duc de Septimanie, à qui Pépin avoit donné le duché de Toulouse ou d'Aquitaine & qui, en cette qualité, pouvoit s'intéresser à la défense de Bordeaux. Comme nous voyons cependant que le fils du duc de Septimanie travailla quelque temps après à faire révolter la Marche d'Espagne contre le roi Charles le Chauve 8t que d'ailleurs cette ville ^ dépendoit alors du duché ou gouvernement général de Gascogne dont elle étoit la capitale, il nous paroît plus vraisemblable que Guillaume, qui, dans cette occasion, fut fait prisonnier par les Normands, est différent du fils aîné du duc Bernard ^. Le premier devoit avoir succédé à Siguin, duc de Gascogne St comte particulier de Bordeaux, que ces pirates avoient fait mourir deux ans auparavant. Les Normands'^, après la prise de cette ville, la mirent au pillage & l'abandonnèrent ensuite. Ils s'étendirent alors dans le Médoc, passèrent dans le Périgord dont ils prirent & saccagèrent la capitale, & remontèrent enfin sur leur flotte, sans avoir trouvé le moindre obstacle dans leurs courses.