‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 523 sur 553 · C. 2 & seq. dix, t. 2, c · texte numérisé non relu

C. 2 & seq. dix, t. 2, c

■ Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 62 & suiv. ^ Baluze, Regum Francorum Capitularia, Appen-

' Mabillon, ^nnaZfs, ad ann. 825, n. 5. dix, c. 1444-1453 — Voyez tome II, Preuves,

^ C'est, en effet, en 844 que Charles le Chauve Chartes & Diplômes, n. LXV. — Mabillon, An-

assiégea Toulouse pour la première fois, comme nul», ad ann. 844, n. 4.

nous l'avons dit dars la Note 6 de la page io36. ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,

[E. M.] n. LXV.

An 844 '

le lieu de Fontjoncouse, au diocèse de Narbonne. Le même jour, il donna un autre diplôme en faveur du monastère de Sainte-Grate, au diocèse d'Urgel.

Le marquis Sunifred, dont nous venons de parler, étoit alors', à ce qu'on prétend, gouverneur de la Septimanie sous le titre de marquis de Gothie, ce qui est assez vraisemblable. Il devoit avoir déjà succédé par conséquent dans ce gouvernement au duc Bernard, & en avoit été peut-être pourvu depuis la révolte de ce seigneur contre Charles le Chauve, ou du moins depuis sa mort qui arriva avant le mois de juin de la même année ^. Nous croyons que Sunifred est le même que le comte d'Urgel de ce nom qui vivoit en ^ 819 8c qui ne paroît pas différent de Sunifred, fils du comte Borrel, à qui Louis le Débonnaire donna en 829"^ le lieu de Fontcouverte, dans la Septimanie. Borrel est aussi vraisemblablement le même que le comte d'Ausone de ce nom dont nous avons parlé ailleurs. Nous croyons que c'est de ce Sunifred que les comtes héréditaires de Barcelone tirent leur origine, & qu'il étoit ^ proche parent & de la famille de Bernard, duc de Septimanie. Le comte Soniarius^, dont il est fait mention dans cette charte, étoit comte ou de Besalu ou d'Ampurias, dans la marche d'Espagne; il fut ensuite comte '^ de Roussillon, 8c fit du bien au monastère de Riodazari, dans le diocèse de Girone, dépendant de l'abbaye de la Grasse.

David ^, abbé du monastère de Saint-Laurent, sur la rivière de Niesle, dans le diocèse de Narbonne, obtint de Charles le Chauve un autre diplôme daté du camp devant Toulouse, le 20 du mois de mai de la même année. Ce roi en accorda^ de semblables vers le même temps à Hildéric, abbé de Caunes, 81 à Adalbert, abbé de Castres '°, en faveur de leurs abbayes. Le onzième de juin suivant il confirma, à la demande de Gondemar ", évêque de Girone, les privilèges de cette église, 8c le 25 du même mois ceux du monastère de Sainte-Marie d'Arles, au diocèse d'EIne, en faveur de l'abbé Reccesvinde. ^Ed.ori|m. Suivant tous ces diplômes, datés de Vindiction vii^ d- de la quatrième année de Charles, ce prince fut occupé au siège de Toulouse, du moins depuis le onzième de mai jusque vers la fin de juin'^ de l'an 844.

' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 32. sillon, & la famille de Guillaume de Gellone. C'est

' Ibid. ce que nous expliquons plus amplement au tome II,

' Marca Hispanica, c. 846 & seq., 355, 761 , 766. dans la Note additionnelle à la Note LXXXVII.

— Baluze, Regum Francorum Capitularia, Appen- [E. M.]

dix, t. 2, c. 1545. ' Marca Hispanica, c. 780-783.

^ Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, ' Baluze, Regum Francorum Capitularia, Appen-

n. XLVI. dix, c. 1451 & seq.

' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 48 & suiv. ' Baluze, Regum Francorum Capitularia, Appen-

^ Nous adoptons le système des Bénédictins sur dix, c. 1452.

l'origine des comtes héréditaires de Barcelone. '" D'Achéry, Spicilegium, t. 7, p. 340.

Borrel, comte d'Ausone, est le premier auteur de " Baluze, Regum Francorum Capitularia, Appen*

cette famille; mais il n'y a aucun lien de parenté dix, c. 1448, 1460 & seq.

entre lui, Suniaire, auteur des comtes de Rous- '" Voyez tome II, Note XCVII.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. 1041 ~T~o —

T An 844

XXVII. — Mort tragique de Bernard, duc de Septïmanie. — Guillaume, son fils, duc de Toulouse ou d'Aquitaine.

Il y a lieu de croire ' que Pépin employa Bernard, duc de Septimanie, à la défense de cette ville contre Charles le Chauve, 81 que ce seigneur mourut pendant le siège. Nous savons du moins qu'il fut condamné & mis à mort dans la même année &c, à ce qu'il paroît, avant le mois de juin, comme nous l'avons déjà remarqué. L'annaliste de Saint-Bertin ^ rapporte que ce duc, qui depuis longtemps méditoit de grands desseins, entre autres de secouer le joug de l'autorité royale, pour se rendre indépendant dans son gouvernement, fut jugé dans une diète que Charles le Chauve convoqua en Aquitaine en 844, qu'il fut condamné par l'assemblée comme coupable de crime de lèse-majesté & qu'il subit le dernier supplice. Quelques autres anciens annalistes^ prétendent que ce prince le tua lui-même dans le temps que ce duc s'y attendoit le moins {incautum &- nihil mali ab eo suspicantem occidit)^ circonstance confirmée par un fragment"* qu'on assure tiré d'une vieille chronique composée par un historien nommé Odo Ariherti. Cet auteur, quel qu'il puisse être, entre dans un assez grand détail sur la mort de Bernard qu'il qualifie comte de Toulouse 8t de Barcelone. Suivant le récit qu'il en fait, ce seigneur ayant conclu sa paix avec le roi Charles 8c l'ayant signée séparément l'un & l'autre avec le sang précieux de Jésus-Christ pour la rendre plus inviolable, le premier se rendit ensuite à Toulouse Si alla faire ses soumissions au roi dans le monastère de Saint-Sernin ; ce prince, qui étoit sur son trône, se leva pour l'embrasser, mais tandis qu'il le soutenoit de la main gauche, il lui enfonça de la droite le poignard dans le flanc. Charles étant ensuite descendu tout ensanglanté de son trône, mit le pied sur le corps du duc en disant : Malheur à toi, qui as osé souiller le lit de mon père &- de ton seigneur! Cet historien ajoute que les traits de ressemblance qu'on remarquoit entre Bernard & ce prince prouvoient en effet le commerce criminel de ce duc avec l'impératrice Judith. Bernard demeura deux jours sans sépulture devant la porte du monastère de Saint-Sernin, jusqu'à ce que Samuel, évêque de Toulouse, profitant de l'absence de Charles, occupé alors à la chasse dans la forêt de Baziége, le fît inhumer à son insu, le troisième jour, avec beaucoup de pompe & en présence d'un concours extraordinaire de peuple. Ce prélat fit mettre sur son tombeau une épitaphe en langue romane^, que le même auteur rapporte 81 qu'on peut voir dans nos preuves û. Le roi, extrêmement piqué contre Samuel

■ Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 22. dans leur histoire, une place si considérable à un

' Annales Bertiniani, p. 200 & 221. récit dépourvu de toute vraisemblance & dont la

' Annales Mettenses, p. 3o2. — Annales Fui- source n'a pas plus de valeur que la Chronique de

denses, p. 649. Bardin; c'est aux Annales de Saint-Bertin qu'il

* Voyez tome II, Chartes & Diplômes, n. . faut s'en rapporter pour la mort du duc Bernard.

' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 29, & aux La légende occupe, comme on le sait, une grande

Preuves, Chartes & Diplômes, n. LXIV. place dans les Annales de Met-^, & il faut voir un

° On regrette de voir les Bénédictins accorder, véritable conte dans le récit qu'elles font de l'action

~~r~c 1042 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X.

An 844 '

des honneurs qu'il avoit fait rendre à Bernard, le fit citer par trois fois devant le viguier royal. Le prélat refusa de comparoître & demanda au roi d'être renvoyé au jugement des évêques, ses collègues. Ce prince n'ayant pas voulu écouter sa demande, il fut contraint de répondre devant cet officier, qui, sur son aveu, le condamna à cinq cents sols toulousains d'amende & fit détruire en sa présence le tombeau qu'il avoit fait ériger à Bernard. Samuel & les autres évêques des Gaules, indignés d'une sentence si contraire aux droits de l'épiscopat, en demandèrent la cassation à Charles dans l'assemblée de Chavignon qui se tint quelques mois après; mais ce prince tint ferme Si déclara qu'il ne permettroit jamais que les évêques fussent exempts de la juridiction royale ou séculière en ce qui concerne les droits régaliens & les lois du royaume ; que c'en étoit une très-ancienne de ne pas inhumer avec des prières publiques ceux qui avoient été mis à mort pour crime & de ne pas mettre des épitaphes sur leurs tombeaux.

Ce sont là les circonstances de la mort de Bernard rapportées par Odo Ariberti, que quelques-uns de nos plus habiles modernes n'ont pas fait difficulté d'admettre comme vraies & tirées d'un auteur contemporain. Il nous' paroît cependant qu'il y en a quelques-unes qu'on peut révoquer en doute, d'autant plus que nous avons lieu de croire que cet écrivain n'est pas si ancien qu'on le fait, & qu'il a ajouté beaucoup du sien à ce que les historiens du temps nous ont laissé de la condamnation de Bernard. Il est toutefois assez vraisemblable que ce duc fut condamné dans une diète que le roi Charles le Chauve peut avoir tenue au monastère de Saint-Sernin de Toulouse, dans le temps qu'il faisoit le siège de cette ville, en 844, 81 que ce prince ayant feint de t^i"p"f3g' vouloir faire la paix avec lui, trouva moyen de l'attirer dans son camp Se le fit ensuite condamner à perdre la tête pour crime de félonie ou le tua de sa propre main, comme quelques anciens historiens le font entendre. Il est encore très-croyable que ce seigneur défendit d'abord Toulouse contre Charles le Chauve durant ce siège, car il paroît^ qu'il avoit le duché ou gouvernement général de la partie de l'Aquitaine soumise à Pépin, dont nous savons d'ailleurs qu'il avoit épousé les intérêts avec beaucoup de chaleur.

Quoi qu'il en soit, il est certain que Bernard fit une fin tragique. Ce fameux duc de Septimanie, encore plus célèbre par le grand rôle qu'il joua à la cour de l'empereur Louis le Débonnaire, que par sa naissance & les premières dignités de l'État qu'il occupa, périt ainsi misérablement après avoir éprouvé diverses fois les revers de la fortune. La faveur dont ce prince l'honora

de Charles. C'est ce récit que le faux Odo Arlhenl donné devant Toulouse, & dans lequel il parle de

n'a fait qu'amj-litîer & broder de détails qui font Bernard comme étant déjà mort. Ce n'est donc

plus d'hon.ieur à son imagination qu'à ses con- point pendant le séjour du roi à Saint-Sernin

naissances historiques. En somme, le duc Bernard qu'eut lieu la condamnation du duc Bernard,

fut condamné dans une diète tenue en Aquitaine, mais dans une diète tenue antérieurement. & exécuté; c'est tout ce que nous savons. Cette [E. M.]

exécution eut lieu avant le 19 juin 844, comme ' Voyez tome II, Note LXXXVII, n°* 29 & suiv.

on le voit par un diplôme de Charles le Chauve * Ihid. n"' 18 & suiv.

pendant un temps lui suscita un grand nombre d'envieux qui, après avoir noirci sa réputation, mirent tout en œuvre pour le perdre & réussirent enfin à l'éloigner de la cour. Il est vrai que, sur la peinture que la plupart des anciens historiens nous ont laissée de ses mœurs & de sa conduite, il méritoit la haine publique, mais il paroît qu'il y a de la partialité dans ces auteurs 8c que Bernard leur auroit peut-être paru moins méchant s'il eût été d'abord moins ennemi de Lothaire & de Charles le Chauve, dont ces historiens prennent le parti avec chaleur. Nous ne saurions disconvenir cependant, sur les monumens qui nous restent, que ce duc n'ait été extrêmement remuant, ambitieux, avare & dissimulé. Pour ce qui est de son commerce scandaleux avec l'impératrice Judith, qui est le crime capital que les auteurs lui imputent, nous croyons l'avoir assez justifié là-dessus par le simple récit de ce qui se passa à la cour, partagée en différentes factions sous son ministère, &, en effet, nos plus habiles modernes sont persuadés que ses ennemis lui supposèrent ce crime pour avoir un prétexte de le rendre odieux à l'empereur, qui lui avoit donné toute sa confiance & pour lui faire ôter l'administration des affaires.

Bernard laissa à sa mort deux enfans mâles qu'il avoit eus de Dodane, son épouse, Guillaume & Bernard. Le premier, âgé alors d'environ dix-neuf ans, lui succéda, à ce qu'il paroît', dans le duché de Toulouse ou d'Aquitaine^, auquel le jeune Pépin, dont il avoit épousé les intérêts comme son père, le nomma vraisemblablement alors ou du moins peu de temps après. On prétend^ même qu'il défendit dans cette occasion la ville de Toulouse, au nom de ce prince, contre Charles le Chauve, sur quoi nous n'avons rien de certain. L'autre fils de Bernard, qui n'avoit que trois ans, devint'* dans la suite comte d'Auvergne Se marquis de Gothie, ce qui fit passer ce dernier gouvernement à la postérité de ce duc^. On donne i^ encore à celui-ci une fille, nommée Rogelinde, laquelle épousa Ulgrin, comte d'Angoulême.

XXVIIL — Le duché de Sept'imanie n'a plus que le titre de marquisat.

Nous avons dit plus haut que Sunifred succéda à Bernard dans le duché de Septimanie, sous le titre de marquis de Gothie, 8c, en effet, depuis la mort du dernier, ce gouvernement général n'eut plus que le titre de marquisat. Quelques modernes^ prétendent que Charles le Chauve sépara alors

■ Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 16 & suit, c'est le fils de Blichildc, qui fut nommé marquis

' Guillaume, fils de Dode ou Dodane, ne fut de Gothie en 864; cependant le fils de Dodane n'a

pas duc de Toulouse. (Voyez au tome II, la Note jamais été non plus comte d'Auvergne, comme le

additionnelle à la Note LXXXVII.) [E. M.] prétendent ici les auteurs de l'Histoire générale de

' Le Cointe, ad ann. 844, n. 3g. Languedoc. [E. M.]

' Voyez tome II, Note LXXXVII, n"' 55, Sp, 66 « Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 26 & suiv.

& SUIT. ' Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum , ad

' Bernard, deuxième fils de Bernard & de Dode ann. 844, n. 41. — Besse, Histoire des ducs de Nar-

ou Dodane, fut peut-être comte d'Autun, mais bonne, f. 120 & suiv.

An 844 T^

la Septimanie propre d'avec la Marche d'Espagne & qu'il en fit deux marquisats ou gouvernemens généraux dont il donna le premier au même Sunifred &. l'autre au comte Soniarius; mais, outre qu'ils confondent ici Sunifred avec Humfrid, qui ne fut marquis de Gothie que longtemps après, il est certain ', d'ailleurs, que la séparation de ces deux provinces ou leur érection en deux gouvernemens indépendans ne fut faite qu'en 865, & qu'elles demeurèrent soumises au même gouverneur jusques à ce temps-là. Si donc Charles le Chauve pourvut Sunifred de ce marquisat, comme il est^ vraisemblable, soit avant la mort de Bernard, auquel il peut l'avoir ôté à cause de sa rébellion, soit après que ce duc eut souffert le dernier supplice, il dut le lui donner en son entier & comme il avoit été possédé par son prédécesseur. Nous verrons, en effet, dans la suite, que les marquis de Gothie, successeurs de Sunifred, gouvernèrent eu même temps, jusques en 865, 8t la Septimanie propre & la Marche d'Espagne.

XXIX. — Charles lève le siège de Toulouse. — Déj'aïte d'un corps de troupes qui marchait au secours de ce prince.

11 paroît que Charles le Chauve ne se rendit pas maître^ de Toulouse &

que les pertes considérables qu'il fit alors l'obligèrent d'en lever le siège une

seconde fois. Il attendoit"* de France un corps d'armée, composé d'un grand

Éd.origin. nombre de noblesse 8c de plusieurs prélats pour l'aider à soumettre cette place, 1. 1, p. 540. .i .^ , , i-

quand le jeune Pepin, en étant informé, marcha au-devant de ce rentort

pour l'empêcher de se joindre à son ennemi. Ce prince, l'ayant rencontré dans l'Angoumois, le 7 de juin, l'attaqua brusquement & le défit entièrement, sans presque lui donner le temps de se reconnoître. La plupart demeurèrent sur la place & le reste fut fait prisonnier de guerre, à la réserve d'un petit nombre qui chercha son salut dans la fuite. Les plus distingués d'entre les seigneurs du parti de Charles qui périrent dans cette action furent l'abbé Hugues, son oncle, fils naturel de Charlemagne, Ricboth, abbé de Saint- Riquier, petit-fils de cet empereur par une de ses filles, le comte Ravan, porte-enseigne de la couronne, le comte Eckard & plusieurs autres personnages de distinction. Ebroin, évêque de Poitiers, Ragénarius, évêque d'Amiens, Loup, abbé de Ferrières, les deux fils du comte Eckard, avec plusieurs comtes & seigneurs, furent du nombre des prisonniers, Pepin les relâcha pour la plupart, peu de temps après, content de leurs dépouilles qu'il garda, & du serment qu'il exigea d'eux de ne plus servir contre lui. L'abbé ^ de Ferrières fut redevable de sa liberté à Turpion, comte d'Angoulême, qui étoit dans les intérêts de Pepin '5.

' Voyez, au tome II, la Note LXXXVII , n. 42 * Annales Mettenses, p, 3o2. — Annales Fuldcn~

gl suiv. ses. p. 549. — Annales Berttniantj p, 201.

' Ibid, n. 3i & suiv. ' Lupus, abbas Ferrariensis, Epist. 91.

' Ibid. n. 7 & suiv. " D'Achéry, Spicilegium, t. 7, p. 840.

XXX. — Défaite d'un second corps de troupes de Charles, au voisinage

de Lavaur.

Charles eut encore un autre échec durant le siège de Toulouse. Un seigneur, nommé Hugues, s'étant avancé par son ordre vers une forêt voisine de Lavaur pour dissiper un renfort qui marchoit au secours des assiégés, eut d'abord quelques avantages; mais les ennemis ayant tenu ferme, il fut entièrement défait. On trouve dans un fragment ' de la chronique du même Odo Ariberti, dont nous avons déjà parlé, un plus grand détail de ce combat. Suivant cet auteur, Charles détacha de son camp devant Toulouse quinze cents chevaux 81 cinq mille hommes de pied pour aller faire le dégât vers la forêt de Lavaur & le pays d'Albigeois. Ce détachement avoit déjà porté la désolation dans tout ce pays & fait un grand nombre de prisonniers dont il avoit fait pendre la plupart, quand il fut rencontré à son retour par Galdoin ou Baldoin, évêque d'Albi. Ce prélat, qui s'étoit mis en armes avec un seigneur des environs de Castres, surprit ce corps ^ au passage de l'Agoût, au gué de Guitalens, le défit entièrement 81 en fit périr une partie par le fer ou par le feu &, pour user de représailles 3, il fit pendre tous les autres sur le lieu même, circonstances qui nous paroissent fort incertaines. Quoi qu'il en soit, les mauvais succès des troupes de Charles nous font comprendre que ce prince fut contraint de lever le siège de Toulouse. La paix qu'il fut obligé de faire bientôt après avec Pépin, à qui il céda une grande partie de l'Aquitaine & en particulier Toulouse, capitale de ce royaume, 8c le siège qu'il mit, pour la troisième fois, devant cette ville quelques années après, nous en fournissent d'ailleurs une nouvelle preuve.

XXXL — Nouvelles négociations de paix entre Charles ^ Pépin. Courses des Normands jusques à Toulouse.

Charles étoit déjà de retour en France"* de son expédition de Toulouse avant la fin de septembre; il se rendit^, au mois d'octobre suivant, à Thionville pour y joindre ses deux frères, Lothaire 8<. Louis, que le désir de cimenter de plus en plus leur amitié 8c de remédier aux désordres causés dans l'Etat par les guerres civiles, y attira pour tenir une diète générale 6. Ces trois princes travaillèrent de concert à pacifier le royaume : dans cette vue, ils envoyèrent des ambassadeurs en Aquitaine, à Pépin, 8c en Bretagne, au duc Nomènoi, qui étoient encore en armes, pour les porter à se soumettre à Charles, avec menace, en cas de refus, de s'unir ensemble pour leur déclarer la guerre. Il est assez vraisemblable que Pépin avoit engagé le

' Borrel, Histoire de Castres, p. 99. ' Chronicon Centulense , dans d'Achéry, Spiclle-

" Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 101. gium, nov. edit. t. 2, p. 3^3.

' Tout le contenu de ce chapitre n'est qu'un ' Annales Bcrt'miani, p. 201.

conte, puisé dans le faux Odo Àriherti, & brodé ° Chronicon Centulense , dans d'Achéry, Spicile-

par Borrel. [E. M.] g'um, nov. edit. t. 2, p. Sj^'i & seq.

An 844

'~n, 1046 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X.

An 844 "

duc des Bretons à se révolter pour faire diversion en sa faveur, & à porter ses armes dans le Maine, où il avoit exercé diverses hostilités. D'un autre côté, les Normands avoient fait de nouvelles incursions sur les côtes d'Aquitaine 8c, étant remontés ensuite par l'embouchure de la Garonne, avoient poussé leurs courses jusques à Toulouse, ce qui nous fait conjecturer que Pépin les avoit appelés à son secours contre Charles; nous savons du moins qu'il se ligua depuis avec eux. Il paroît que ce prince favorisa, dans le même dessein, la révolte de Folcrade, comte d'Arles Se duc de Provence, qui prit les armes peu de temps après pour se rendre maître de ce gouvernement.

La diète de Thionville terminée, Charles revint dans ses États où il uf,p"f"i. attendit le succès de l'ambassade qu'on avoit envoyée à Pépin. Il étoit, au commencement de l'année suivante', au palais de Compiègne, où il con- An 845 firma, le 21 de janvier, la fondation du monastère d'Alaon, au diocèse d'Urgel, en faveur d'Obbonius, qui en étoit abbé, à la demande de Bérarius, archevêque de Narbonne, métropolitain de ce pays^. Ce prince accorda en même temps des privilèges considérables à ce monastère, fondé par Wandrille, comte des Marches de Gascogne &c père d'Antoine, alors vicomte de Béziers, dont nous avons parlé ailleurs.

XXXII. — Antoine, vicomte de Bé-;^iers. — Fondation des abbayes de Lé-^at,

du Mas-Garnier 6» de Peyrissas.

Cette époque peut servir à fixer celle de la fondation de l'abbaye de Lézat, dans le diocèse de Rieux, & anciennement dans celui de Toulouse, qu'on attribue^ à un Antoine, vicomte de Béziers, vers le milieu du neuvième siècle, ce qui fait voir que c'est le même que le vicomte précédent. Le P. Mabillon'*, après avoir d'abord adopté cette époque, quoiqu'il attribue la fondation de Lézat à un Aton, vicomte de Béziers, la recule ^ cependant dans la suite jusque vers le milieu du dixième siècle; mais ce qui nous donne lieu de croire qu'elle appartient à Antoine, vicomte de Béziers, fils du comte Wandrille, c'est que nous savons d'ailleurs qu'un Asnarius ^, vicomte, étant de retour d'un voyage de Rome, & ayant fondé l'abbaye de Notre-Dame de Peyrissas, qu'il soumit à Lézat, prit l'habit religieux dans ce dernier monastère & fut ensuite un de ses premiers^ abbés. Or nous avons déjà vu qu'Antoine, vicomte de Béziers, avoit un frère, appelé Asnarius, qui tut vicomte

■ Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, les raisons principales qui doivent en faire rejeter

n. LXVII. toutes les données. [E. M.]

' L'acte dont parlent ici les Bénédictins est la ^ Catel, Mémoires sur l'histoire du Languedoc ,

fameuse charte d'Alaon, qui a eu la singulière for- p. 65o. — Gallia Chrtstiana, prier edit. t. 4, p. 364.

tune de peupler pendant plus de deux cents ans — Le Cointe, ad nnn. 840, n. 8p.

l'histoire de faux personnages & de faux systèmes. ■* fAabiUon, Annales, ad ann. 840, n. z5.

Quoiqu'il n'y ait plus aujourd'hui qu'une seule ^ Ihid. ad ann. 940, n. i3.

opinion sur ce trop célèbre document, nous avons '^ Ihid. ad ann. 949, n. 22.

exposé au tome II, en addition à la Note LXXXIII, ' Gallia Chrtstiana, prior edit. t. 4, p. 664.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. 1047 ^^ g g

de Souvigni & de Soûle ', ce qui nous fait croire que ce dernier est le même qui fonda l'abbaye de Pevrissas {Patricianum).

On prétend ^ que celle de Saint-Pierre de la Court ou du Mas-Garnier, dans le diocèse de Toulouse, fut fondée par un vicomte & une vicomtesse de Béziers, dans le même temps que celle de Lézat. Le P. Mabillon, qui ne met cette fondation qu'au milieu du dixième siècle, donne le nom d'Aton- Benoît au vicomte Se celui d'Amélie à la vicomtesse 5 mais il est constant, par ce que nous venons de dire, que si l'abbaye du Mas-Garnier a été fondée par le vicomte de Béziers qui a fondé celle de Lézat, il faut que l'une Se l'autre doivent leur fondation à Antoine, vicomte de cette ville, dans le milieu du neuvième siècle. L'épouse de celui-ci s'appeloit^ Adoyre, 6c on a peut-être confondu son nom avec celui d'Amélie. Quoi qu'il en soit de la fondation de ces deux abbayes St de leurs fondateurs dont nous aurons occasion de parler ailleurs, elles subsistent encore l'une Si l'autre. Celle du Mas- Garnier est située à la gauche de la Garonne, à cinq lieues de Toulouse, vers le nord-ouest, dans la judicature de Verdun. L'autre, qui est unie depuis longtemps à l'ordre de Cluny, est dans le pays de Foix, sur la petite rivière de Lèze, qui lui a donné son nom, entre celles de l'Ariége & de Garonne, à cinq lieues de Toulouse, du côté du midi. Elle fut d'abord dédiée sous l'invocation des apôtres saint Pierre & saint Paul ; elle mit ensuite parmi ses patrons saint Antoine, dont elle prétend posséder les reliques depuis le dixième siècle. Quant au monastère de Peyrissas, qui avoit"* encore titre d'abbaye & qui étoit soumis à Lézat, dans le onzième siècle, il ne subsiste plus & n'a, présentement, que le titre de prieuré simple. Ce lieu est situé dans le comté 81 diocèse de Comminges, sur les frontières de celui de Lombez. C'est mal à propos qu'un moderne'' prétend qu'il dépend de ce dernier diocèse.

XXXin. — Charles fait sa paix avec Pépin &• lui cède la plus grande

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