‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 526 sur 553 · XLIV. — Daghert, évêque, 6- Apollonius, comte d'Agde · texte numérisé non relu

XLIV. — Daghert, évêque, 6- Apollonius, comte d'Agde

Charles le Chauve, après la cérémonie de son nouveau sacre, partit d'Orléans Si entra en Aquitaine dans le dessein de soumettre ce royaume à sa domination. Il étoit en Auvergne le 23 de juillet^ de l'an 848, mais nous ignorons le succès de son expédition. Nous savons seulement qu'il retourna bientôt en France, 81 qu'il étoit au palais de Kiersi le onzième du mois d'août suivant, comme il paroît par un diplôme'* qu'il accorda alors à la demande d'Apollonius, comte d'Agde. Nous avons déjà remarqué ailleurs que les rois, ses prédécesseurs, avoient donné aux églises cathédrales de la Septimanie le tiers des droits domaniaux du comté où elles étoient situées. Celle d'Agde, en ayant été dépouillée par les gens du domaine , Apollonius s'employa auprès de Charles pour en obtenir la restitution ; ce prince l'accorda, par la charte dont nous venons de parler, à Daghert, évêque de la même ville. Ce prélat n'est pas différent de l'évêque d'Agde de ce nom, qu'un de nos critiques-^ modernes fait vivre sous le règne de Charlemagne. Charles le Chauve avoit beaucoup de considération pour Apollonius. Il donna "^ vers le même temps à Déodat, vassal de ce comte, 8c à sa recommandation, quelques biens du domaine situés dans les pays d'Agde 81 de Substancion. Apollonius est le premier comte françois de la ville 81 du diocèse d'Agde que nous connoissions'' 5 il vivoit encore

■ Epiit. Eulogii Corduhens'is presiyteri, dans Du- ' Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum, ad

chesne, t. 2, p. 399 ; & dom Bouquet, t. 7, p. 58i . ann. 777, n. 1 3.

' Annales Bertiniani, p. 204. " Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,

' Mabillon, Annales, ad ann. 848, n. 65. n. LXXI.

' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, ' Il y a eu cependant des comtes visigoths à

n. LXXI. Agde dès le sixième siècle, & Grégoire de Tours

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An 848

en 872, qu'il fit' donation d'une maison qu'il possédoit dans Agde à l'église de cette ville & à Dagbert, son évêque.

XLV. — Prise de Barcelone 6- d'Ampurias par le duc Guillaume. Charles, frère de Pépin, fait prisonnier.

Guillaume^, duc ou comte de Toulouse, après avoir reçu les ordres de Pépin, partit incontinent pour l'Espagne, passa au delà des Pyrénées, Si obtint aisément d'Abdérame, roi des Sarrasins, le secours qu'il avoit été chargé de solliciter auprès de lui. Il s'avança ensuite, à la tête d'un corps de ces infidèles, entra dans la Marche d'Espagne & surprit sur Aledran^, gouverneur particulier de Barcelone &• marquis de Gothie , cette ville & celle d'Ampurias. Aledran "* devoit avoir succédé depuis peu dans le marquisat de Gothie à Sunifred dont nous avons parlé ailleurs. Guillaume s'empara de ces deux villes les plus fortes du pays, sur la fin de l'année 848 ou plutôt au An 849 printemps de l'année suivante. Ce seigneur fit ensuite tous ses efforts pour assujettir le reste de cette province, dans laquelle il commit des désordres affreux.

D'un autre côté, le jeune Charles, s'étant évadé de la cour de Lothaire avec quelques seigneurs qui voulurent le suivre, se mit en marche au mois de mars de l'an 84g pour venir en Aquitaine au secours de Pépin, son frère j mais il eut le malheur de tomber dans une embuscade que Vivien, comte du Maine ^, lui avoit dressée. Ce comte, l'ayant fait prisonnier avec toute sa suite, l'amena à Charles le Chauve qui lui accorda la vie. Il méritoit de la perdre, au sentiment d'un historien i^ contemporain, partisan de Charles, à cause de sa double infidélité envers ce prince, & comme son neveu & comme son filleul. Le roi, après lui avoir pardonné, ordonna de le conduire à Chartres, où il avoit convoqué, au mois de juin, la diète générale du royaume. Ce jeune prince, s'étant rendu dans l'église, monta au jubé après la messe solennelle & déclara hautement, en présence de toute l'assemblée, qu'il vouloit embrasser l'état ecclésiastique, qu'il s'y déterminoit de lui-même & sans aucune contrainte. Les évêques qui étoient présens lui donnèrent ensuite la tonsure. Le roi, son oncle, qui lui avoit sans doute inspiré ce dessein, l'en-

nous a conservé le nom de Tun d'eux, Gomacha- ^ Les Bénédictins ont cru que Guillaume, qui

rius. Leibulfe était comte d'Agde du temps de prit en 849 les villes de Barcelone & d'Ampurias,

Charlemagne; il est cité en Sri. Arnaud est men- était comte de Toulouse; c'est une erreur. Nous

tionné en 822 comme ayant été autrefois comte avons év,\h\\ [voyez xorae\l. Note additionnelle à.\a

d'Agde & de Béziers. Apollonius n'est donc pas, Note LXXXVII, 5 x, p. 290, Suite chronologique

ainsi que le disent les Bénédictins, le premier des comtes de Toulouse) que ce Guillaume était

comte français d'Agde dont le nom soit connu. Guillaume, fils de Dodane, qui, se croyant lésé

[E. M.] dans ses intérêts, était venu disputer à Aledran

' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, le duché de Barcelone, auquel il prétendait avoir

n. XCVII. droit. [E. M.]

' Annales Bertiniani, p. 204. — Epist. Eulogii , * ^'oyez tome II, Note LXXXVII, n. 35.

dans Duchesne, t. 2, p. 399. — Chronicon Fonta- ' Baluze, Notae in Lupum Ferrariensem,

nellensis monasterii, p. 389. " Annales Bertiniani, p. 204.

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voya aussitôt dans l'abbaye de Corbie, où il demeura quelque temps Si où il reçut le diaconat. Il s'évada depuis de ce monastère Se devint enfin archevêque de Mayence.

XLVI. — Siège 0 prise de Toulouse par Charles le Chauve. — Frédelon,

comte de cette ville.

Le même historien ' fait entendre que Charles le Chauve étoit déjà rentré en Aquitaine au commencement de l'année, 6t qu'il y continua la guerre contre Pépin. Nous savons^ d'ailleurs qu'il étoit dans le Poitou le 8 de juin, d'où il se rendit sans doute à la diète de Chartres. Ce prince, voulant assujettir entièrement ce royaume, se mit, d'abord après l'assemblée^, à la tête de son armée, & ayant passé la Loire, s'avança vers le Limousin & soumit tout le pays des environs. A son arrivée à Limoges, il reçut les soumissions de la plupart des seigneurs aquitains qui étoient venus à sa rencontre. Il prit ensuite la route de Toulouse Si fit prendre les devans à une partie de ses troupes, qu'il détacha pour en commencer le siège.

Il importoit extrêmement à Charles de se rendre maître de cette capitale 1 1. "'^47. d'Aquitaine dont la conquête devoit lui assurer celle de tout le reste de ce royaume ; aussi fit-il les derniers efforts pour s'en emparer. Nous avons dit que Guillaume, fils aîné de Bernard, duc de Septimanie, avoit la principale autorité dans cette ville en qualité de duc de Toulouse ou d'Aquitaine'*. Il paroît^ que ce seigneur, qui étoit alors occupé à s'emparer de la Gothie Si de la Marche d'Espagne, Si à faire diversion de ce côté-là en faveur de Pépin, avoit laissé à son départ le gouvernement de cette ville aux soins de Frédelon, soit que celui-ci fût aussi comte ou gouverneur particulier de Toulouse, ou seulement lieutenant de ce duc. Il est du moins certain que Frédelon, qui étoit vraisemblablement comte de Rouergue, commandoit alors dans cette ville. Si qu'il la défendit contre Charles le Chauve.

Ce roi, à son arrivée, commença par distribuer les divers quartiers de l'attaque. Il donna entre autres celui de la porte Narbonnoise, où étoit l'ancien palais des rois visigoths Si à présent celui de la justice, à Héribert, abbé de Fontenelle ou de Saint- Wandrille, qui servoit à la tête des vassaux de son abbaye Si à un seigneur nommé Odon. Ce fut à la valeur Si à la bonne conduite du premier que Charles fut redevable de la prise de Toulouse. Voici comme la chose se passa. Les vassaux de l'abbaye de Saint-Wandrille, ayant ramassé une grande quantité de matière combustible, l'appliquèrent à cette porte Si y mirent le feu qui en consuma la plus grande partie, malgré les

' Annales Bertiniani, p. 204. Toulouse du nom de Guillaume. C'est Frédelon * Mabillon, ad ann. 849, n. 77. qui, à cette époque (845-852), commandait à ' Ckron'icon Fontanellensis monasterii , p. 38g. — Toulouse. (Voyez au tome II la Note addition- Annales Bertiniani, p. 204. nelle à la Note LXXXVII, { x, pages 2q5 à 3oo.)

■* Une grande erreur des Bénédictins a été de JE. M.)

croire qu'en 848 & en 849 il y avait un duc de ' Voyez tome II, la Note LXXXVII, n. 29.

An 849

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efforts des assiégés, en sorte qu'il étoit aisé de donner l'assaut par cette ouverture. Frédelon, qui en fut alarmé, demanda le lendemain à capituler, se rendit à discrétion 8c se soumit à Charles le Chauve. Ce prince, après avoir reçu son serment de fidélité,- fit son entrée dans Toulouse Si lui en rendit le gouvernement, ce qui nous fait comprendre que ce seigneur, voyant le parti de Pépin extrêmement affoibli & voulant se faire un mérite auprès de Charles, livra à celui-ci cette capitale de l'Aquitaine qu'il auroit pu défendre peut-être plus longtemps. Quoi qu'il en soit, ce comte parvint ainsi au comté de Toulouse, auquel, comme nous l'avons déjà remarqué ailleurs, le duché d'Aquitaine étoit attaché. Frédelon & ses successeurs prirent, en effet, le titre de duc. La conquête de Toulouse, que Charles le Chauve avoit tentée inutilement jusques alors, lui facilita celle du reste de l'Aquitaine qu'il enleva à Pépin. Celui-ci, pour se dérober à sa poursuite, se vit alors dans la nécessité d'errer d'un côté & d'autre & de s'unir avec les ennemis de l'État pour tâcher, par leur secours, de remonter sur le trône.

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