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XLVII. — Fulguald^ tige des comtes héréditaires de Toulouse

Pépin' dut être d'autant plus sensible à l'infidélité de Frédelon qu'il l'avoit honoré auparavant de sa confiance &, qu'outre le gouvernement de la capitale de ses Etats qu'il lui avoit donné, il l'avoit préféré à tous les autres seigneurs d'Aquitaine pour une commission importante^ dont il l'avoit chargé : l'église de Reims, une des plus considérables de France, possédoit depuis longtemps de grands biens en divers pays de l'Aquitaine. Hincmar, qui la gouvernoit alors, voyant Pépin paisible possesseur de ce royaume, l'avoit prié lui-même & fait prier instamment, par Charles le Chauve, de prendre ces biens sous sa protection, ce qui avoit engagé ce prince, pour se ménager les bonnes grâces du roi son oncle, à donner au comte Frédelon l'intendance des terres de cette église situées en Auvergne, en Limousin & en Poitou. On voit par là que ce seigneur étoit attaché depuis longtemps aux intérêts de Pépin, ce qui détruit le sentiment d'un de nos historiens^ modernes qui prétend qu'il avoit été nommé comte de Toulouse dès l'an 844 par Charles le Chauve; mais, outre qu'il paroît que le dernier ne se rendit pas alors maître de cette ville, il est constant, d'ailleurs, que Frédelon n'en eut le gouvernement, au nom de ce prince, que depuis l'an 849 qu'il se soumit à son obéissance, après avoir abandonné le parti de Pépin.

Frédelon étoit d'une naissance très-distinguée, comme on le voit par le titre d'homme illustre que lui donne un ancien'* auteur : il étoit fils^ de Fulguald & de Sénégonde, & nous ne doutons pas que le premier ne soit le même^ que le comte Fulguald ou Fulcoald, qui, sous l'empire de Louis

' Voyez tome II, la Note LXXXVII, n. 29. ■* Flodoard, Hist. Remensls ecclesiae, I. 3, c. 20.

' Flodoard, Hist. Remensis ecclesiae, 1. 3, c. 20. ^ Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,

— Dominici, </<? Libertate allodiorum, c. 1 i, n. 12. n. LXXXVII.

' Le Cointe, ad ann. 844, n. 53. <■ Voyez tome II, Note XCIX, n. 16.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X, loSç ^^g ^

le Débonnaire, avoit exercé la fonction d'envoyé sur les confins du diocèse de Nimes & du Rouergue, Il paroît, d'ailleurs, que Frédelon étoit originaire ^ip^flg. de ce dernier pays, où sa famille possédoit de grands biens & dont vraisemblablement il fut comte. Cette conjecture nous paroît d'autant mieux fondée que nous voyons que le comté de Rouergue fut possédé dans la suite par ses descendans 5 or, comme l'hérédité des dignités commença sous le règne de Louis le Débonnaire & qu'elle fut entièrement établie sous celui de Charles le Chauve, ainsi que nous le voyons en la personne du même Frédelon qui transmit le comté de Toulouse à ses proches, nous avons lieu de croire qu'il leur transmit aussi celui de Rouergue. En effet, ce comte avoit un frère, nommé Raimond , qui lui succéda dans le comté de Toulouse, & à qui Charles le Chauve donna, à ce qu'il paroît, le comté de Querci après la prise de cette ville ou du moins peu de temps après. La postérité de Raimond posséda héréditairement ces trois' comtés 81 plusieurs autres pays, tant dans l'Aquitaine que dans la Septimanie 8c la Provence jusque vers la fin du treizième siècle, car c'est de lui que descendent les comtes héréditaires de Toulouse qui ont possédé la plus grande partie du Languedoc jusques à sa réunion à la couronne.

XLVin. — Charles le Chauve va dans la Septimanie.

Charles le Chauve, après s'être rendu maître de Toulouse 8c de presque toute l'Aquitaine, s'avança vers la Septimanie dans le dessein d'apaiser les troubles qu'y excitoit le duc Guillaume, toujours maître de Barcelone, capitale^ de cette province. Charles étant arrivé à Narbonne y confirma, le 7 d'octobre, Théofred, son vassal, dans la possession de plusieurs terres situées dans le diocèse de cette ville 8c dans le reste de la Septimanie, entre autres du lieu de Fontjoncouse dont il avoit hérité de ses ancêtres. Théofred tiroit son origine de ces Espagnols réfugiés, à qui Charlemagne avoit donné diverses terres du domaine à défricher dans le pays. Charles le Chauve fit quelque séjour dans Narbonne 8c il y étoit encore le 11 d'octobre 3. Il ne paroît pas qu'il ait été plus avant dans la Septimanie : le duc Guillaume en occupoit alors une partie qu'il avoit fait révolter en faveur de Pépin. Nous savons^ seulement que Charles, après avoir réglé les affaires de cette province &c pourvu à sa sûreté, en partit pour retourner en France.

XLIX. — Ce prince passe par Albi, à son retour en France. — Abhaye

de Saint-Volusien de Faix.

Charles prit la route de l'Albigeois. En passant par Albi, il y accorda, le 18 d'octobre'', un diplôme à Etienne, son vassal, par lequel il lui donna

■ Voyez tome II, Note XCIX. * Annales Bert'in'iani, p. 204,

' Ibii. Preuves, Chartes & Diplômes, n.LXXIII. ^-Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,

' Martine, Co/Zettio am/iZi«/ma, t. i,p. I20&seq. n. LXXIV.

An S49

la propriété de plusieurs fiefs situés dans le diocèse de Narbonne, savoir : les lieux de Villerouge, Védeillan & Anchéran. Il en donna dans la même ville un autre en faveur du monastère de Saint-Thibéry, auquel il soumit ■ celui de saint Volusien, martyr, situé sur la rivière d'Ariége, au pays de Savez, dans l'ancien diocèse de Toulouse, & aujourd'hui dans celui de Pamiers. Ce dernier monastère, qui subsiste encore dans la ville de Foix, capitale du comté ou pays de même nom, &. qui appartient aux chanoines réguliers de la congrégation de Sainte-Geneviève, avoit été fondé longtemps auparavant, à ce qu'il paroît, à l'occasion des reliques qu'on y conservoit de saint Volusien, évêque de Tours, martyrisé dans ce pays, au cinquième siècle, par les Visigoths ; mais il avoit été peut-être ruiné par les Sarrasins. Quoi qu'il en soit, Charles le Chauve l'unit à l'abbaye de Saint-Thibéry, qui prit soin de le rétablir. C'est à la dixième année du règne de ce prince, & non pas de Charlemagne, comme l'a cru un de nos plus célèbres^ historiens, qu'il faut rapporter cette union.

L. — Pépin reconnu de nouveau par les Aquitains. — Prise de Toulouse

par les Normands,

Charles le Chauve arriva à Bourges au mois de décembre & se rendit ^

An 85o ensuite en France, au commencement de l'année suivante. Pépin, qui jusques alors s'étoit tenu caché en Aquitaine, profitant de l'éloignement de ce roi, tâcha de ranimer son parti 8c fit si bien, par ses menées, qu'il engagea les Aquitains, peuples naturellement légers & inconstans, à le reconnoître derechef pour leur roi, malgré le nouveau serment qu'ils venoient de prêter à son compétiteur. C'est peut-être aussi à la sollicitation de Pépin que les Normands, avec qui nous savons que ce prince se ligua, firent une nouvelle entreprise sur la ville de Toulouse qu'ils prirent enfin & qu'ils livrèrent, vers le même temps '^, au pillage. Ces pirates, qui cherchoient moins à s'établir dans les villes qu'ils prenoient, qu'à s'enrichir de leurs dépouilles, l'abandonnèrent bientôt après. Comme il paroît qu'ils en avoient entrepris le siège en faveur de Pépin, peut-être la livrèrent-ils à ce prince.

LI. — Le duc Guillaume est arrêté prisonnier ô- exécuté à mort.

Éd. origin.

1. 1, p. 549. Le ti^c Guillaume qui, durant le séjour de Charles dans la Septimanie, s'étoit tenu renfermé dans Barcelone, n'eut pas plutôt appris le départ de ce prince qu'il fit de nouvelles^ tentatives sur cette province en faveur de Pépin. Il résolut entre autres de s'assurer de la personne d'Aledran & d'Isembard, qui commandoient dans le pays au nom de Charles, dans l'espérance que la prise de ces deux généraux lui faciliteroit l'exécution de ses projets.

' Voyez tome II, Preuves, Charte n. XCI. ■• Voyez tome II, Note XCVIII.

" Mabillon, Annales^ ad ann, 777, n. 77, '' Chrontcon Fontanelîensts monasteriiy p. 38y. —

* Ckronicon fontanellensïs monasterii, p. 38(j. Annah's Bcrtintanij p. zo^.

Nous avons déjà dit que le premier étoit marquis de Gothie &c comte ou gouverneur particulier de Barcelone avant que Guillaume ne lui eût enlevé cette place. L'autre, qui étoit fils de Warin, le même sans doute que le duc de Toulouse de ce nom dont nous avons parlé ailleurs, avoit obtenu vraisemblablement de Charles quelque comté ou gouvernement particulier de la Septimanie ou de la Marche d'Espagne, après que ce prince eut cédé à Pépin la ville de Toulouse avec la plus grande partie de l'Aquitaine. Guillaume, voulant donc se rendre maître de la personne de ces deux seigneurs, usa d'un stratagème qui lui réussit . il leur fit savoir qu'il étoit résolu de faire sa paix & qu'il seroit bien aise de la traiter avec eux, s'ils vouloient venir le trouver à Barcelone. Aledran 81 Isembard ', comptant trop facilement sur la bonne foi du duc, se rendirent dans cette ville pour conférer avec lui ; mais il les fit arrêter aussitôt & les retint prisonniers. Guillaume se mit ensuite en campagne pour soumettre le reste du pays. S'étant avancé, il rencontra un corps de troupes ennemies Se lui livra bataille. L'action fut d'abord très-vive, mais enfin ce duc, ayant été entièrement détait & mis en tuite, fut obligé de se renfermer dans Barcelone.

Guillaume, qui se flattoit de trouver un asile assuré dans cette ville dont il étoit le maître, trouva que son absence y avoit fait changer les affaires de face. Aledran, son prisonnier, avoit gagné dans cet intervalle une partie des habitans 8c de la garnison, composée de Goths ou de peuples du pays. Il leur avoit fait si bien comprendre les tristes suites de leur révolte que, touchés de repentir, ils avoient promis de rentrer dans le devoir 8c de secouer le joug de la tyrannie de Guillaume. En effet, ce duc fut à peine rentré dans Barcelone, que les conjurés tournant leurs armes contre lui, Aledran l'arrêta luimême prisonnier 8c le fit mettre aux fers. Ce marquis, ayant aussitôt fait instruire son procès, le fit exécuter à mort comme rebelle 8c criminel de lèsemajesté. Cet événement arriva entre le mois de février^ 8c le mois de juin de l'an 85o. Ainsi périt, à la fleur de son âge, Guillaume^, petit-fils du saint fondateur de Gellone de même nom. Ce jeune seigneur, qui n'avoit encore que vingt-quatre ans, ne manquoit ni de valeur ni de conduite ; il marchoit déjà sur les traces de son aïeul, 8c il étoit digne d'un meilleur sort ; mais son attachement au parti du jeune Pépin le précipita dans les mêmes malheurs qu'avoit éprouvés Bernard, duc de Septimanie, son père, 8c le conduisit à une fin également funeste.

' Isembard ou Isembert était, croyons-nous, fils en 853 ou 854. 11 devint comte d'Autun après la

de Warin, comte de Mâcon & de Châlons. Il avait mort de son père. [E. M.]

été probablement envoyé dans la Marche d'Espa- ' Ckronicon Fontanellensis monasterii, p. 38o.

gne pour la défendre contre les entreprises de ' Guillaume, fils de Bernard & de Dodnne, n'a

Guillaume, fils de Dodane, qui prétendait que ce jamais été duc de Toulouse. Les Bénédictins ont

marquisat lui appartenait. Isembert fut fait pri- singulièrement brodé le peu que les auteurs con-

sonnier avec Aledran, comte de Barcelone; il re- temporains nous apprennent sur ce jeune prince,

couvra la liberté peu de temps après, mais il est (Voyez à ce sujet au tome II, la Note additionnelle

probable qu'il fut rappelé à la suite de cette cam- à la Note LXXXVII, 5 x, Suite des comtes de Tou-

pagne malheureuse & qu'il revint en Bourgogne louse, p. 3oo.) [E. M.)

An 8£

, „, — io62 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X.

An 000

Il ne paraît pas que ce seigneur ait été marié ou du moins qu'il ait laissé aucune postérité. Nous avons déjà dit qu'il avoit un frère, nommé Bernard, alors âgé de neuf ans, & une sœur qui épousa depuis Wulgrin, comte d'Angoulême '. Nous ne savons pas si Pépin nomma quelqu'un au duché de Toulouse ou d'Aquitaine, après la mort de Guillaume qui posséda vraisemblablement ce gouvernement au nom de ce prince, depuis la mort du duc Bernard, son père, car, pour le duché ou marquisat de Gothie, il n'en fut jamais pourvu, à ce qu'il paroît, quoi qu'en dise un auteur moderne. Il n'est, en effet, nullement vraisemblable que Charles^ le Chauve, à qui cette province appartenoit, en eût voulu confier le gouvernement à ce seigneur qui, outre qu'il étoit fils du duc Bernard, qu'il avoit fait mourir pour crime de félonie, étoit d'ailleurs attaché comme lui aux intérêts du jeune Pépin, son ennemi. Il est vrai que Guillaume s'empara d'une partie de la Marche d'Espagne qui faisoit partie du gouvernement général de Septimanie ; mais ce fut par surprise & par usurpation.

LU. — Descente if défaite des Sarrasins vers l'embouchure du Rhône. Confirmation des privilèges de l'église de Viviers.

La ligue que ce duc avoit formée avec les Sarrasins pourroit nous faire conjecturer qu'il les engagea à faire diversion en faveur de Pépin & à porter leurs armes sur les côtes de la Septimanie & de la Provence, tandis qu'il travailloit à soutenir le parti de ce prince du côté des Pyrénées. Ces infidèles^, Éd.origin. avant en effet remonté en 85o par l'embouchure du Rhône, firent une descente dans les pays situés des deux côtés de ce fleuve & les ravagèrent jusques au voisinage d'Arles sans trouver la moindre opposition. Ils ne portèrent pas cependant fort loin l'impunité de leurs courses : ils furent à peine rembarques, que les vents contraires & les courans qui sont fréquens dans le golfe du Lion les ayant forcés d'échouer sur la côte, les peuples du pays les attaquèrent & les défirent entièrement.

L'empereur Lothaire, à qui appartenoient les deux côtés du Rhône, occupé alors sur le Rhin à réprimer les courses des Normands, étoit trop éloigné pour pouvoir secourir à temps les peuples de Provence contre les entreprises des Sarrasins. Après cette expédition, ce prince se rendit au palais de Gondreville, dans le voisinage de Toul, où il confirma'*, le i8 du mois d'octobre, les privilèges de l'église d'Albe ou Viviers^ en faveur de Celse, évêque de cette ville, qu'il maintint entre autres dans la possession de l'abbaye de Donzère, située à la gauche du Rhône.

' Les deux fils de Bernard, duc de Barcelone, ne " Voyez tome II, la Note LXXXVII, n. 28.

laissèrent ni l'un ni l'autre de postérité. Quant ' Annales Bertiniani, p. 204.

à l'alliance conclue entre leur sœur & Wulgrin, ^ Columbi, Episcopi Vivarienses, p. 200.

comte d'Angoulèrae, elle ne repose sur aucun fon- ^ Voyez au tome IV, p. 41 1, la Note sur cette

dément solide. [E. M.] église & la liste de ses évêques.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X, io63

LUI. — Nouvelles entreprises de ces infidèles sur la Septimanie.

La Marche d'Espagne fut exposée vers le même temps aux courses des Sarrasins. Le général Muza', après s'être révolté contre l'émir Abdérame, l'avoit dépouillé d'une grande partie de ses Etats, entre autres des villes de Tolède, de Saragosse & d'Huesca, il avoit pris le titre de roi & gouvernoit les pays qu'il avoit conquis avec une autorité absolue. Ce nouveau roi des Sarrasins en Espagne, ayant assuré ses conquêtes contre les entreprises de l'émir, résolut de faire la guerre aux François & d'étendre sa domination dans les Etats que ces peuples possédoient au delà des Pyrénées 8c qui faisoient partie du gouvernement de Septimanie. Muza se mit en campagne & ravagea les pays d'Urgel & de Ribagorça, malgré les efforts que firent pour arrêter ses courses les comtes Sancion Se Eprenion, qui commandoient sur cette frontière & qu'il fit prisonniers^. Ce prince auroit poussé plus loin ses conquêtes, si Charles le Chauve n'eût acheté de lui la paix par de riches présens qui procurèrent la liberté aux deux comtes. Ordonius, qui régnoit alors sur les chrétiens d'Espagne, vengea, dans la suite, les François par la victoire qu'il remporta sur ce prince infidèle à qui il enleva une partie de ses conquêtes 8c les présens qu'il avoit reçus du roi Charles.

LIV. — Saint Santius, natif d'Albi, martyr. — Saint Lupin, confesseur.

La victoire d'Ordonius sur les Sarrasins contribua sans doute à animer encore davantage le roi Abdérame contre les chrétiens de ses Etats; il les persécuta 8c en fit martyriser un grand nombre, entre autres un jeune homme nommé Santius^, natif de la ville d'Albi, en Aquitaine. Ce généreux confesseur avoit été fait prisonnier pendant quelqu'une des excursions des infidèles dans la Marche d'Espagne 8c avoit été emmené captif à Cordoue, où Abdérame lui avoit donné la liberté avec une place parmi ses gardes. Durant son séjour à la cour de Cordoue, il eut des liaisons très-étroites avec le célèbre saint Euloge, martyr, qui lui fut d'un grand secours pour le soutenir dans la foi. Abdérame ayant voulu l'engager à embrasser le mahométisme, Santius fut également insensible à ses menaces 8c à ses caresses. Ce roi, lassé enfin de sa constance, le condamna à être empalé, supplice qu'il lui fit souffrir, parce qu'étant à son service, il étoit regardé comme criminel de lèse-majesté. Ce martyr expira dans ce tourment un vendredi 5 de juin de l'an 85i.

Au rapport du même Euloge, qui nous a laissé l'histoire de son martyre, ce saint étoit natit d'Albe, dans la Gaule Chevelue (Gallia Comata), ce qui ne peut s'entendre de Viviers, capitale du Vivarais, comme quelques auteurs'* le prétendent. Il est vrai que, suivant les monumens de ce temps-là, on don-

' Sébastien de Salamanque, p. 54 & suiv. — ^ Eulogius, Memor., 1. 2, c. 3. — Bollandistes,

Marca Hispanica , c. 324 & seq. jui". !• 1 > ?• 5o6 & suiv.

' Sébastien de Salamanque, p. 64 & suiv. * Bollandistes, juin, t. 1, p. 5o6 & suiv.

An 85o

An85i

An 85i

noit' quelquefois à cette ville le nom d'Albe, ancienne capitale du pays des Helviens qui ne subsistoit plus alors; mais le Vivarais ne fut jamais compris dans la Gaule Chevelue ; il appartenoit à la Narbonnoise ou Gaule Braccata, C'est donc de la ville d'Albi, en Aquitaine, qui faisoit anciennement partie de la Gaule Chevelue, que saint Euloge a voulu parler.

Il paroît^ que saint Lupin, confesseur, dont le diocèse de Carcassonne honore la mémoire, vivoit vers le même temps; on ne sait rien de certain des circonstances de sa vie. On prétend qu'il fut chanoine de la cathédrale de cette ville, 8c qu'on y conserve encore ses reliques dans une châsse dont on t. r,p"55"i". fit l'ouverture au commencement du dernier siècle 3. On y trouva un écrit qu'on rapporte à l'an 85 1, dans lequel il étoit fait mention de Liviula, évêque de Carcassonne & d'un comte, nommé Louis ÉUganius'^, qu'on assure avoir été comte de la même ville. Il seroit à souhaiter que l'auteur qui fait mention de cette découverte nous eût donné dans son ouvrage cet ancien monument. Il auroit dissipé nos doutes sur les noms de l'évêque & du comte qui paroissent altérés. Se nous auroit peut-être appris le temps où vivoit saint Lupin. Au reste, nous avons déjà remarqué qu'il est vraisemblable^ qu'OIiba premier du nom, comte de Carcassonne, eut un fils, appelé Louis, qui peut lui avoir succédé dans cette dignité, & qui est sans doute le même dont il est parlé dans ce monument, ce qui peut servir à confirmer son époque.

LV. — Charles le Chauve reconnu de nouveau par les Aquitains. — Pépin Jait prisonnier &' enfermé dans le monastère de Saint-Médard de Soissons.

Pepin'5, ayant été reconnu derechef par les Aquitains, fut abandonné bientôt après de ces peuples inconstans Se légers qui se remirent sous l'obéis- ^TTsï sance de Charles le Chauve, son compétiteur. La sévérité dont le premier usa envers ceux qui s'étoient déclarés auparavant contre lui, St le peu de soin qu'il eut de se concilier les esprits, furent cause de cette nouvelle révolution. Sanche-Sancion, comte ou marquis de Gascogne, qui avoit été un de ses plus zélés partisans, fut le premier qui l'abandonna. Il prit même des mesures pour s'assurer de sa personne, &, lui ayant dressé des embûches, il l'arrêta enfin prisonnier. Il négocia ensuite sa paix avec Charles le Chauve aux

' Colurabi, Episcopi Fivariensis, p. 200. d'authenticité de tous ces détails. L'inscription

' Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, dont parlent ici les Bénédictins est apocryphe; il

p. ioo5. — De Vie, Chronicon episcoporum Carcas- n'y a point eu de comte de Carcassonne appelé

sonensium, p. 5o. — BoUandistes, juin, t. i , p. 5o6 Louis Éliganius, & quant au fils du comte Oliba I,

& seq. nommé Louis, l'existence de ce personnage s'ap-

^ Saint Lupin ne pouvait guère être chanoine puie sur une faute dans la copie d'une charte

du chapitre de Carcassonne, qui ne paraît pas du comte Oliba, charte dont nous avons réta-

constitué avant l'an 926 au plus tôt; remarquons, bli le texte dans les Preuves de cette édition,

d'ailleurs, que c'est l'époque où semblent s'être [E. M.]

établis la plupart des chapitres cathédraux de la * Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 104.

Province. [A. M.| "■ Annales Bertinianij p. 2oâ. — Annales Met-

* Nous n'avons pas besoin d'insister sur le peu tenses.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. io65

dépens de la liberté de ce prince qu'il offrit de lui livrer. Charles accepta volontiers' l'offre du comte 5c, s'étant avancé en Aquitaine au mois de septembre de l'an 852, il reçut Pépin Si l'amena au monastère de Saint-Médard ^ de Soissons. Là, de l'avis des évêques & des seigneurs qui étoient à sa suite, il le fit revêtir malgré lui de l'habit monastique & le laissa sous bonne & sûre garde.

LVI. — Les Sarrasins se saisissent de Barcelone (S* l'abandonnent.

La guerre que les Sarrasins continuèrent dans la Marche d'Espagne auroit pu faire une diversion favorable à Pépin, si ce prince, au lieu d'aigrir ses sujets par sa conduite, avoit eu soin de se les attacher. Abdérame^, roi de Cordoue, envoya en effet un corps de troupes sur cette frontière où elles assiégèrent Barcelone Si s'en emparèrent à la faveur des Juifs qui la leur livrèrent. Les infidèles l'abandonnèrent bientôt, mais ce ne fut qu'après l'avoir traitée avec la dernière rigueur Si passé la plupart des habitans au fil de l'épée. La mort d'Abdérame, qui suivit de près, ne leur permit pas, sans doute, de s'y maintenir Si de pousser plus loin leurs conquêtes, ce qui donna lieu aux François, qui n'avoient osé s'opposer à leurs courses, de rentrer dans la possession de cette place.

LVn. — Udalric ou Odalric , successeur d'Aledran dans le marquisat de Gothie. — Alaric 6» Francon , vidâmes ou vicomtes dans le diocèse de Narbonne.

Nous ne savons pas si Aledran, marquis de Gothie Si comte ou gouverneur particulier de Barcelone, défendit cette ville contre les Sarrasins j il paroît cependant qu'il fut tué dans cette occasion, car nous avons lieu de croire'^ qu'Udalric ou Odalric lui avoit déjà succédé dans ce marquisat ou gouvernement général, le lo du mois de septembre de l'an 852. Ce dernier tint alors un plaid général 5 à Crespian, dans le diocèse de Narbonne. Il avoit pour assesseurs trois barons ou vassaux {vassi dominicï) du roi, deux vidâmes (vicedomini) ou vicomtes, Alaric Si Francon, six juges ou jurisconsultes, un sayon, officier, qui, suivant les lois gothiques, faisoit la fonction d'huissier ou d'appariteur. Se enfin sept à huit personnes des plus considérables du pays. On jugea dans cette assemblée un différend qui étoit entre Ramne, procureur de Gondisalve, abbé de Caunes, Si un nommé Odilon, qui avoit usurpé divers biens dépendans de ce monastère situés au territoire de Ventalon, dans le diocèse de Narbonne. L'usurpateur fut condamné à les restituer, conformément à la loi des Visigoths à laquelle il étoit soumis. Il ne défendoit en effet son usurpation que parce qu'il prétendoit avoir défriché ces biens Si les avoir

' Pagi, ad ann. i:,z. * Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 36.

' Concil'ium Suessionense, Capital, t. z, c. 5[. ^ \'oyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,

* Annales Bertinianij p. 206. n. LXXVI.

An 852

An 802

reçus en aprislon, ce qui prouve qu'il descendoit de ces Goths ou Espagnols réfugiés à qui Charlemagiie avoit accordé diverses terres incultes dans la Septimanie. On voit par ce plaid que les lois visigothiques étoient encore alors en usage dans cette province.

Au reste, Udalric étoit peut-être parent d'Adalaric ou Alaric, comte de Girone en 843. Ce dernier, qui avoit épousé Rotrude, fille du comte Béra, fondateur de l'Abbaye d'Alet, étoit déjà mort au mois d'octobre de l'an 844. Ed. origm. Udalric, marquis de Gothie', pouvoit être en même temps comte particulier de Narbonne, car, suivant l'usage établi alors, un même seigneur pouvoit posséder plusieurs comtés. Quant aux deux vidâmes Alaric & Francon , dont il est fait mention dans ce jugement, nous avons déjà observé que ce titre répondoit ordinairement à celui de vicomte, ce qui nous fait croire qu'ils étoient lieutenans du comte de Narbonne. Nous verrons dans la suite que ce comté fut divisé en deux vicomtes, savoir en celle de Narbonne pour le pays bas, & en celle de Minervois pour le haut.

LVIII. — Raimond 1, comte de Toulouse, de Rouergue iS- de Querci, successeur de Frédelon, son frère.

Frédelon, comte & duc de Toulouse, devoit être décédé dans le temps de l'assemblée de Crespian, puisque Raimond, son frère, lui avoit succédé dès l'an 802, indiction quin-^ième, suivant le témoignage^ d'un ancien auteur qui dit qu'Airaar, abbé de Figeac, mourut la même année sous le gouvernement de Raimond /, comte de Toulouse. Cet auteur ajoute que Raimond est le premier comte de Toulouse qui ait fait hommage aux abbés de Figeaç, ce qui prouve^ qu'il possédoit en même temps le comté de Querci où cette abbaye est située Se dont il fut pourvu, à ce qu'il paroît, en 849, par Charles le Chauve. 11 fut le premier qui réunit en sa personne les comtés de Toulouse & de Rouergue avec celui de Querci, qui passèrent à ses successeurs. Se sur lesquels il domina d'ailleurs en qualité de duc de Toulouse ou d'une partie de l'Aquitaine. Au reste, l'hommage que Raimond I rendit à l'abbé de Figeac est une preuve qu'il étoit avoué ou abbé laïque de ce monastère. Nous verrons dans la suite que ses successeurs y conservèrent le même droit, de même que sur celui de Moissac, situé aussi en Querci.

Il y a lieu de croire que Frédelon mourut sans laisser aucun enfant mâle, puisque Raimond, son frère, lui succéda immédiatement dans ses dignités. Il eut vraisemblablement une fille, nommée Udalgarde, qui épousa un seigneur de Rouergue, nommé Bernard, & dont il est fait mention'* dans un acte de l'an 877. Elle se dit fille de Frédelon 6- d'Ode, dans cet acte par lequel elle rétablit, conjointement avec son époux, l'ancienne abbaye de Nant, en Rouergue, sous la dépendance de celle de Vabre, fondée par Raimond,

■ Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 36. ' Voyez tome II, Note XCIX.

' Baluze, Miscellanea, t. 2, p. 298. ■* lèii. Preuves, Chartes & Diplômes, n. CVI.

frère de Frédelon '. Nous savons d'ailleurs que ces comtes possédoient des biens considérables dans ce pays dont il semble qu'ils étoient originaires; ainsi Ode, mère d'Udalgarde, peut avoir été épouse de Frédelon, comte de Toulouse.

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