L'archevêque de Narbonne à dom Devic
A S' Elix, le 8' novembre 1733. — Je vous fais mon compliment de fout mon cœur, mon très révérend Père, sur l'emploi aussi distingué dans votre congrégation que l'on vient de vous confier. Quoique je sois très fasché de vous voir éloigné de nous, je demeure dans le principe qu'il faut aimer ses amis pour eux mêmes & prendre part à leur avancement & à leur gloire. J'espère que dans le séjour que vous ferez à Rome, vous me donnerez quelquefois de vos nouvelles & de ce qui se passera de plus important; je vous ferai payer exactement le port des lettres que je vous écrirai. Je vous exhorte surtout de ménager vostre santé; l'air est bien différent de celuy de Paris. Je compte que le Père Véysset voudra bien entrer avec moi dans la même correspondance que nous avons eiie ensemble & qu'il m'apprendra ce qui se passera dans le public & m'envoyera les brochures. Au surplus vostre absence ne causera aucun changement dans la pension qu'accorde la Province pour la continuation de son histoire, & que cet important ouvrage ira sur le même pied : mandez-moy quand vous comptés partir; je doute que l'on vous laisse passer l'hiver à Paris.
M. l'Evéque de Troyes m'a envoyé son instruction pastorale; je compte la lire avant de quitter ma campagne. Je n'ay pas encore reçu de nouvelles de M. de Monferrier sur la distribution du second volume de nostre histoire, apparamment que ce sera par l'ordinaire de demain. Mille complimens à vostre collègue.
P. S. Depuis ma lettre écritte, j'ay reçu l'état de distribution du premier volume de nostre histoire que m'a envoyé M. de Montferrier, que je ne trouve point du tout conforme aux mémoires que j'ay trouvé dans mon portefeuille. Il me paroit qu'il y a eu dans tout cela bien du malentendu : enfin je lui en envoyé un aujourd'hui, tel que je le crois convenable.
Je vous prie, mon révérend Père, de prendiJ ceux qui sont destinés pour moy, sur lesquels vous en envoyerez un de ma part à madame la Duchesse de Mortemart douairière, un à madame la Marquise de Livry & un à M. le Duc de Mortemart. Ce dernier doit estre en feuille comme il le souhaite. Je mande à M. de Montferrier qu'outre ceux contenus dans l'état que je lui envoyé, il faut en retenir vingt exemplaires qui resteront à Paris, dont je vous manderai la destination, lorsque je serai aux États.
Comme je n'ay point trouvé dans la liste M. le Cardinal de Rohan, je ne sçay si c'est
2o6* PIÈCES JUSTIFICATIVES. — CORRESPONDANCE.
par oubli ou si on luy a donné d'ailleurs. Vous m'expliquerez cela, s'il vous plait, aussi bien que pour MM. les cardinaux de Polignac & de Bissy. (Fonds de Languedoc, t. 182, fol. 214-216.)
go. — Charles-Gaspard-Guillaume de Vintimille du Luc, archevêque de Paris,
à dom Vaissete.
A Conflans, ce dimanche 12 janvier [1784]. — J'ay appris avec un véritable regret, mon révérend Père, la mort du P. Devic que j'aimois & que j'estimois infiniment. J'entre dans les peines que ceste perte vous a causé en particulier. Je seray charmé dans l'occasion de donner au neveu de ce bon Père des marques de la considération que j'avois pour luy. Je vous prie de m'avertir quand il y aura moyen de luy rendre service. Je fais mes complimens au P. secrétaire & suis parfaitement mon révérend Père, vostre serviteur, -{• Charles, arch. de Paris.
Je seray charmé que vous m'ameniés le neveu du P. Devic mais prenés la peine de me faire avertir auparavant. (Fonds de Languedoc, t. 187, fol. 412.)
91. — Charlotte Colhert de Croïssy, ahbesse de Maubuîsson, au même.
Je suis vrayment affligée, mon révérend Père, de la mort de ce pauvre dom Devic & même plus affligée que je ne l'aurois été dans le tems où nous étions le plus amis. Mais puisqu'il devoit faire si tôt le grand voyage de l'éternité, remercions Dieu de n'avoir pas permis qu'il ait fait auparavant celuy auquel on le destinoit & qu'il desiroit. 11 auroit encore plus chargé ses comptes, qu'il ne l'a fait par sa politique. A quoy sert elle dans ce dernier moment, mon révérend Père? Prions Dieu de nous préserver de suivre son exemple en un point, mais de nous faire la grâce d'imiter, dans tout le reste, ses vertus, qui nous font espérer que Dieu luy aura fait miséricorde. Nous l'en prions de tout nôtre cœur & qu'il vous console, mon révérend Père, de la perte que vous faites, à laquelle je prends assurément beaucoup de part, & par raport à vous, je sens ce qu'il en coûte de se séparer d'un de ses frères, avec qui on a vécu continuellement en union, pendant bien des années & qui d'ailleurs vous mettoit à l'abri , si quelque vent violent souffloit. Tout cela augmente ma peine de sa mort. Je vous prie dans quelque tems de me mander si vous continués vos ouvrages & qui on vous donne pour second. C'est l'intérêt que je prends à ce qui vous regarde, mon réyérend Père, qui me donne cette curiosité.
Vous sçavés ce qui s'est passé à l'assemblée provincialle de Languedoc & ce qu'on regarde comme une entreprise de M. de Narbonne. Je crains fort que cela ne le rebrouille avec mon cher frère, l'évèque de MContpellier] , ce qui me fâche beaucoup.
Voilà donc enfin dom Louvard sorty de la Bastille & réuny une deuxième fois à dom Susleau ' ; je vous en fais mon compliment, comme je l'ai fait à notre voisin. Je croy que sa liberté est due à M""= Leblond & qu'elle mérite aussi un compliment. Notre R. Père
dom Collart & sa fille la Mère vous en font de très sincères sur la mort de dom
Devic. Donnés moi toujours un peu de part en vos prières & dans vos bonnes grâces, mon révérend Père, & soyés persuadé des sentimens d'estime avec lesquels je seray toute ma vie votre très humble & obéissante servante. — Le 26 janvier 1784. (Fonds de Languedoc, t. i83, fol. 298.)
' Au monastère de Rebais, dans le diocèse de Meaux.