Le même au même
A Montpellier, le 18" décembre 1737. — Mon révérend Père, tous les exemplaires du troisième volume que je vous ai déjà marqué avoir reçu, ont été distribués & il me paroit qu'on les a reçus avec beaucoup d'empressement. Le morceau d'histoire qui en fait le sujet excite la curiosité, & elle est satisfaite par la manière exacte, sincère & judicieuse, dont vous l'avez traitté. On attend les autres volumes avec une impatience qui doit vous faire plaisir, & qui doit aussi vous engager à travailler avec vôtre diligence ordinaire. Mais après tout je n'oublie point l'état où je vous ai vu par la suite de votre travail, & je vous exhorte à ménager votre santé.
J'envoyai pendant le tems des Etats à M. Vincens un mandement pour estre payé de
ce qui lui étoit dû par la Province, suivant le compte que j'en avois arrêté avec lui à Paris, & je suis surpris qu'il ne m'en ait pas accusé la réception. (Fonds de Languedoc, t. 184, fol. 292-293.)
io5. — Charlotte Colbert de Croïssy au même.
Je reçus hier au soir votre lettre, mon Révérend Père, qui, malgré vos précautions m'inquiette fort. Je n'ay appris que par vous la maladie de M. de Montpellier ; je n'accorde point qu'elle ne soit pas considérable avec ce que vous mande M. Joubert qu'il a été saigné deux fois le même jour. Quel malheur j'ose le dire pour l'Eglise ! & quelle sensible douleur ce seroit pour moi si nous le perdions! Cette idée seule m'en accable. Je vous demande en grâce, mon cher Père, de me faire part des premières nouvelles que vous en aurés, sans me rien déguiser.
Je me fais un grand plaisir d'avoir bientôt l'honneur de vous voir & dom Bouquet; aies la bonté de l'en assurer de ma part, je vous suplie l'un & l'autre qu'il n'en soit pas de l'espérance que vous m'en donnés pour la saint Gauthier de même que de celle que j'eus pour la saint Martin, que l'événement a rendiie vaine. Il faudroit que vous vous fissiés descendre du carrosse aux Capucins, pour venir coucher icy, y dîner le lendemain, & nos vespres sonnantes, je vous laisserois aller trouver vos frères. Avertisses moi du jour de votre départ, & j'enverrois audevant de vous, à la descente du carrosse, un domestique pour apporter vos hardes. Je réserve tout ce que j'ay à vous dire pour ce tems là. Soies toujours bien persuadé, mon révérend Père, qu'il n'y en a aucun dans ma vie où je ne sois pénétrée de la plus parfaite considération pour vous; votre très humble & très obéissante servante. Le 10' d'avril lySS. (Fonds de Languedoc, t. i83, fol. 299.)
106. — Dom Vaissete aux RR. PP. dom Taillandier £* dom Baussonnet, religieux de l'abbaye de S' Nicaise à Reims. [Auto graphe. '\
P. C. — Paris, d'' may 1788. — Mes révérends Pères, vous me faites trop d'honneur de croire que je sois capable de corriger quelque chose au projet que vous avés envoyé ici touchant l'histoire de Champagne', & que le R. P. prieur de S' Nicaise m'a communiqué. Je l'ay lu avec toute la satisfaction possible, & si vous tenés vos promesses, comme il y a lieu de l'espérer, le public n'a que de grandes choses à attendre de votre part. Vous n'avés donc qu'à marcher dans la carrière que vous vous êtes tracée, & ne pas vous rebuter des difficultés que vous pourrés rencontrer. J'approuverois fort que vous le fissiés paroitre dans le public, pour exciter ceux qui peuvent avoir des mémoires à vous les communiquer; mais je ne vous dissimulerai pas, puisque vous me demandés mon sentiment, que je serois d'avis que vous supprimassiés tout ce qui regarde le général de la nation, soit sous les Gaulois, soit sous les deux premières races de nos rois, & que vous ne fissiés entrevoir que ce que vous pouvés avoir découvert de particulier dans ces tems éloignés, qui ont déjà exercé plusieurs de nos historiens. J'avois dabord fait cette réflexion & j'ay appris depuis que MM. Secousse' & de Lacurne' ont fait la même obser-
' C'est la brochure de dom Taillandier, qui parut chargé par d'Aguesseau de continuer le recueil des
en 1738, in-4'', sous ce titre : Projet d'une histoire ordonnances des rois de la troisième race, il en
générale de Champagne & Je Brie. publia sept volumes.
' Savant avocat au parlement de Paris, membre ' Lacurne de Sainte-Palaye, un des membres les
de l'Académie des inscriptions & belles-lettres; plus érudits de l'Académie des inscriptions, auteur
vation. Retranchés donc vous mêmes tout ce qu'il y a de trop diffus dans votre projet sur ces deux articles, que vous ne traiterés que par rapport à votre sujet, & vous pourrés ensuite le faire imprimer hardiment. Quand vous aurés réuni tout ce que vous pourrés trouver dans la Province, vous aurés une grande moisson à faire à Paris. Je me ferai un plaisir de vous en indiquer les sources & de vous en faciliter la recherche, autant qu'il sera en moy. Continués donc & faites moi la grâce de me croire avec un parfait dévouement, mes révérends Pères, votre très humble & très obéissant serviteur & confrère. Fr. Jos. Vaissete.
P. S. Mes complimens au R. P. dom Sabatier. Il ne tient pas à moy qu'il ne soit plus diligemment servi pour ses vignettes. Je passe le plus souvent qu'il m'est possible pour cela chez le P. Valère. C'est à M. Florentin à presser de son côté.
Bibliothèque nationale. (Collection de Champagne , t. 143. — Correspondance de DD. Baussonnet £• Taillandier.)