‹ Histoire générale de Paris; collection de documents; fondée avec l'approbation de l'Empereur et publiée sous les auspices du Conseil municiapl. IntroductionChapitre 10 sur 34 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

A Messire Estienne de Nully, chevallier, Conseiller du Ro\ e.\ son Conseil privé et d'Estat, Premier Président en sa Cour des Aydes , Seigneur de Nully et Prévost des Marchans de geste Ville de Paris.

Monsieur, ce n'est pas assez, dit le docte Plutarque, de désirer le magistrat en une ville, monter en la chaire tribunaire, mais c'est le tout d'v bien faire

Suivent des considérations générales sur les devoirs et la responsal)ililé des grandes magistratures, et l'éloge de M. de Nully, ainsi que de M. Chrislophe de Tliou, son prédécesseur, qui ont défendu les droits de la \ ille contre toute oppression.

Ce fut au temps du dernier an du magistrat prévostal de mon

dict seigneur de Thou, advocat du Roy désireux du bien de

la Ville, me commanda voir tous les tiltres et pancartes qui estoient en la chambre du Trésor d'icelle, et en confussion qu'ilz estoient, les remeclre en quelque ordre. Joyeulx de ce commandement, je prins occasion de m'instruire des anliquitez, privilleges, droitz du domaine, et autres affaires de nostre dite Ville, pour en respondre quand il en seroit bcsoing. F.e désordre y estoit tel, pour le peu de

soin que l'on y avoit aporté le passé, qu'il me desbaucha, pour ne penser jamais venir (au moings pendant les deux années de mon magistrat) au bout de telle entreprise.

Touttefoys, vaincu du commandement que m'en avoit fait mondil S"^ de Tbou, et à l'instance que me faisoient mes collègues, M* Aiithoine Mesmyn, advocat à la court; sire Nicolas Robert Bourgeois, et M'' Denis de Mamyneau, Conseiller du Roy et auditeur de ses comptes; M" Pierre Perrot, Procureur de Sa Majesté et de la Ville, et M" François de Vigny, recepveur, lequel, d'une singulliere dévotion qu'il a au bien et ornemenl de ladicle Ville, m'a incité souvent à faire cest inventaire, plusieurs années auparavant procuré (sans touttefoys avoir esté exécuté), et aultres de Messieurs les Conseillers de Ville, quitus me plurimum debere Ubenter fateor, je despoiiillay toute vanité du travail et labeur que je prévoiois me talonner, postposant le debvoir et dilligence que je devois à mon estât de Conseiller in foro prœtorio, au maniment de la justice et à mes affaires domestiques, pour acheminer cest œuvre à bonne fin; lequel, aux derniers jours d'iceluy mon magistrat, aiguillonné par chacun jour à ce faire par mes confrères, qui estoient lors sire Anthoine Huot et maistre Jehan de Loynes, advocat, Eschevins, j'ai achevé par la grâce de Dieu, y ayant employé les deux partz pour le moings de mon temps, à veoir, lire et faire extrailz et mémoires, pour après et à loysir trouver un moyen de le disposer par tiltres comme se veoit le présent inventaire; et ainsy j'ay pensé faire recueillir à mes successeurs le fruit de mon labeur et navigation. . .

Estant hors de mon magistrat, j'ay délibéré disposer par ordre ce que j'avois jecté en gros, et raporter soubz chacun tiltre ce qui y apartenoit, afin que plus aizément on trouvast, en un raesme endroit, ce qui seroit besoing pour un mesme subject, sans se travailler de lire infiniz tiltres, de passer beaucoup de temps inutile-

PRÉCÉDENTS IIISTOIUQUES. 75 ment, avant de rencontrer la pièce que l'on doinandoit; aussy que ceulx curienix de noz antiquilez et affaires de la Ville el autres beaux faitz, en peu de jours se peussent instruire, quasy sans travail, du plus remarquable de ce qui est es liltres; les remeltans touttefoys du surplus à la lecture d'iceulx, qui a esté l'une des raisons qui m'a meu copieusement l'aire les extraiclz, sans se contenter d'une simple dacte , comme avant quarante ou cinquante ans aucuns inventaires ont esté faictz, sans avoir néanmoings observé quelque ordre, de façon que, pour trouver une pièce, il eust esté nécessaire le plus souvent vuider une, voire trois layettes avant de la rencontrer. Ce que j'ai fait a esté, raporlant sincjuln simjiilis, coter les pièces alphabétiquement et le lieu où l'on les peust aisément treuver, et par ce moïen rellever de peine celluy qui en aura affere

Jean Poussepin njoute qu'il a souvent usé des propres mots latins et anciens termes du langage français, respectant même les mots grossiers en apparence, et le langage mal plaisant qu'on trouve parfois dans les anciennes Ordonnances de la Ville. Il dit encore :

Ce n'estoit mon intention, Monsieur, m'estendre sy avant en ce propos pour n'estre mon subject, je me suis eschappé louttefois soubz votre bonne attention, mais seullement vouliois dire en mi mot que par cest inventaire l'on pourra remarquer la dévotion que noz pères ont eue à nous acquérir un ample et très beau patrimoine et encore plus excellant qu'il se représente; lequel a esté diminué et expillé pendant qu'il a esté come en tutelle, administré soubz la main estrangere de noz ennemis anciens et invetérez, les Angloix, qui ont tiré (comme il est vraysemblable) le plus beau, pour oster aux enffans vraiz et légitimes héritiers et successeurs en ceste hérédité, la cognoissance des dons, privilleges, droictz et imuuniilez à eulx faitz par leur prince naturel et légitime, conlirmez de siècle en siècle jusques à huy. Ce qui reste encores touttefoys est encores

suffisant et baslant pour deffendre contre les pyrattes de ce navire, contre les venz et vioHences des meschanz, la conservation de l'intégrité et virginité de ceste Ville; vous en estes à présent le gardien, Monsieur, et vray dépositaire, protecteur et deffenseur soubz l'aucthorité de nostre prince et roy légitime, en ce temps si agité. C'est pourquoy je vous ay dedyé ce petit mien travail et à messieurs Huot, deLoynes, Gédouyn et de la Fau, Eschevins, qui vous aydent en ceste administration, puisque en la dernière année de mon magistrat (la vostre première), j'ay mis fin à icelluy, ce que

j avois plus désiré

A vous doncq, Monsieur, soit l'honneur de ce mien travail (que je sais combien de bons offices vous m'avez aportez in hac suscipienda œdilitia) et à mes successeurs un désir de continuer cest ordre sans le confondre. — Anatheme à icelluy qui causera une confussion et désordre à ce qui m'a cousté sy cher et fait veiller mainctes nuicts pour m'en expédyer promptement, comme de chose nécessaire à la Ville. Vous supplieray, Monsieur, le prendre de non moindre affection que j'ai toujours congneu par effect que vous m'avez aymé, et en vouHeoir eslre le gardien, au moings curieulx qu'il puisse estre conservé des mains légères et laronnesses de ceulx, lesquels (possible) seroient bien aises en faire un singulier larcin; n'estant expédient estre veu de tous, bien de ceux qui sont légitimes curateurs de l'héritage, et que vostre adveu en ce fait me serve de bouclier et de protection contre la calumnie de ceulx qui vouldroient entreprendre de baguer, mesdire et envyer ce recuel. Je say que la Ville n'a mancqué, ne mancque et ne mancquera jamais d'hommes plus advisés que moy en toutes choses ; et si elle enst voullu en faire choix, elle en eust trouvé prou, je le confesse hardiment, mais de meilleure volunté, non. Je ne le puis advouer puisque, auparavant moy, aultres ne se sont voullu volluntairement, nulla mercede , niillo honorario speralo, charger et obliger à ce labeur. Je vous supplierai

de rechef que noslre bonne affection, joincte au zele que j'ay eu à mon magistrat, me tienne lieu à jamais de toute rescompense et soit le tesmoignaige de la fidélité et service que j'ay eu à la Ville de ma naissance. Et, en ceste asseurance, je prierai nostre Dieu, Monsieur, qu'il vous donne fheur et félicité, telle que vous désirez, et mérite un bon gouverneur que vous estes de ce navire de Paris. Ce xiiii jour d'aoust i58/|.

Vostre bien humble et alTeclionné serviteur,

POUSSKPIN.

Page 1