‹ Histoire générale de Paris; collection de documents; fondée avec l'approbation de l'Empereur et publiée sous les auspices du Conseil municiapl. IntroductionChapitre 9 sur 34 · HISTORIQUES · texte numérisé non relu

HISTORIQUES

confie, en suivant la méthode exposée dans le Proëme des mathématiques, je lui continue son titre pendant trois autres années. Au bout de ce temps, ou môme après les trois premières années, s'il ne s'est point conformé à mon vœu, j'entends que les professeurs royaux procèdent à un nouveau choix de la manière suivante :

Le Doyen du Collège Royal annoncera, trois mois à l'avance, un concours où seront appelés, avec le professeur en fonction, tous les autres mathématiciens, de quelque pays qu'ils soient. Pendant ce temps, les candidats pourront faire des leçons et donner ainsi des preuves de leur savoir. Nul ne sera admis à concourir s'il ne possède à la fois les lettres grecques et latines et tous les arts libéraux, outrelesmathématiques. Trois mois après la publication du concours, les candidats subiront un examen public, auquel seront priés d'assister le premier Président du Parlement, le premier Avocat Général, le Prévôt des Marchands, les Professeurs royaux et tous ceux qui en manifesteront le désir. Pendant sept jours consécutifs, ils parleront une heure sur les principaux points

unam de praecipuis singulorum de chacune des sciences niathéma-

mathematum capitibus ; oclavo die, respondendo et satisfaciendo problematis et theoremalis omnibus, quae anlea a quolibet proposita fuerint. Ex omnibus examinatis, qui judicio professorum regiorum omniumque matheseos peritorum aptissimus ad mathemalicam professionem videbitur, in triennium proximum deligitor : primaque praelectione mathematum, iaudibus juventutem ad capessendum iaudalae scientiae sludium exhortator : deinceps triennio quoque novum examen consimile esto : ut tamen professor, qui ante fuerit, caBleris vel paribus anteponatur. Si quo tempore unicus omnium malheseos parlium peritus inveniri non possit, propositum stipendium duobus dividitor, qui sesquianno descriptam professionem aequis parlibus exequantur.

Praefectum Mercalorum el yEdiies in quorum custodia Basilica Urbis posita est, oro ut in perpeluam Parisiensis Academiae

tiques; un huitième jour sera employé à répondre aux objections, à résoudre les problèmes et à démontrer les théorèmes proposés par tout venant. Celui des concurrents qui , au sortir de ces épreuves, aura été désigné par les Professeurs royaux comme le plus versé dans les mathématiques et le plus capable de les enseigner, sera , en conséquence, pourvu delà chaire pour les trois années suivantes; et dans sa première leçon, consacrée à l'éloge des mathématiques, il exhortera la jeunesse à en cultiver l'étude. Tous les trois ans, un semblable concours aura lieu, de telle sorte pourtant qu'à égalité de mérite, le professeur qui vient d'exercer soit préféré aux autres candidats. Si, à une époque donnée, il ne se trouvait pas un homme connaissant toutes les parties des mathématiques, on partagerait le traitement, ainsi que les devoirs de la place, entre deux professeurs, qui enseigneraient chacun pendant dixhuit mois.

Je supplie le Prévôt des Marchands et les Echevins qui ont la garde de l'Hôtel de Ville, de faire en sorte qu'en faveur de l'Université

gratiam vectigal iHud perpetuum de Paris cette rente soit perpé-

esse velint; ut, si forte redima- tuelle, c'est-à-dire que, si le capital

tur, pecunia in alium redilum vient à être remboursé, on le place

coilocelur pour produire le même revenu. . .

Scriptum mea manu signatum- Ecrit de ma main et signé à

queLuleliaeParisiorum.anno sa- Paris, le i" août de l'an de salut

lutis MDLXVIII Calend. August. 1^68.

En tesmoing de ce, nous, à la relation desdits notaires, avons faict mettre le scel d'icelle Prévosté de Paris à ces dites présentes, qui furent faictes et passées les an et jour dessus premiers dictz.

Ainsy signé : Chappelain et Ladmyral.

Ce présent testament de maistre Pierre de La Ramée, aultrement Ramus, a esté apporté au Bureau de la Ville ce dict dernier jour d'octobre 1672, par lequel testament le dict de La Ramée faict et eslit exécuteurs d'icelluy messieurs les Premier Président de la Court de Parlement et Premier Advocat du Roy en ladicle Court et le dict s"^ Prévost des Marchans, comme il est porté par icelluy présent testament.

REQUESTE DES PREVOST DES MARCHANS ET ESCHEVINS, ET ARREST DU PARLEMENT.

(Registres du Parlement.) 17 mars 1573.

Par la requeste présentée à la Cour par les Prévost des Marchans et Eschevins de la Ville de Paris, par laquelle ils auroient remontré que M* Pierre de la Ramée par son testament auroit légué

5oo*^ tournois qu'il avoit sur ladite Ville au lecteur de malhématiques qui seroit élu par lesdits supplians, le Premier Président de ladite Cour et le Premier Avocat, et que c estoit chose superflue attendu la multitude des lecteurs de mathématiques stipendiés par le Roy et par les collèges, et qu'il seroit plus expédient employer ladite rente aux gages d'une personne capable qui seroit élue par les dessus dits et le Procureur général du Roy, pour continuer l'Histoire de France de Paul Emile, depuis le commencement de Charles VIII jusques au Roy à présent régnant; à cette cause requerroient que ladite rente fust donnée à celuy qui seroit élu et choisi pour ce fait. Vu ladite requeste, les conclusions dudit Procureur général du Roy et ouïs lesdits Premier Président, Avocat du Roy second en l'absence du premier, et lesdits supplians, et tout considéré, ladite Cour a ordonné et ordonne que, par manière de provision et jusques à ce que lesdits supplians, ledit Premier Président et Premier Avocat du Roy ayent avisé de choisir un lecteur suffisant et capable pour lire les mathématiques publiquement, suivant le testament dudit de la Ramée, s'il est trouvé expédient pour le bien public, ladite rente de 5oo" tournois et arrérages d'icelle échus jusques à huy sera baillée et délivrée à Maislre Jaques Gohori, Avocat en ladite Cour, pour continuer en langue

latine l'Histoire de France de Paul Emile, depuis le commencement de Charles VIII jusques au Roy à présent régnant, et à celte fin prendre pancartes authentiques, bons mémoires et instructions, lecueils eL autres papiers nécessaires pour composer au vray ladite histoire; et en payant par le Receveur de ladite Ville audit Gohory ladite rente de 5oo** tournois et arrérages d'icelle, en sera et demeul'era déchargé, et l'en décharge ladite Cour envers et contre tous.

L'alilié Goujet [Mémoire historique et littéraire sur le Collège Royal , i " partie), qui a réimpriméle testament de Ramus, après Loisel ( 1 576), Riclier(i 58/i) , Bessin (i625) etLilicrt (1 634), croit que Gohorry fut le seul historien auquel le legs de Ramus ait été appliqué; ilcite.eneflet, comme ayant occupé la chaire de matliématiques fondée par l'illustre

philosophe, Maurice Bressieu, Jacques Martin, Gilles Personne de Rohervai, etc. dont la succession régulière exclut toute interposition d'historiographe. Bréquigny, qui a consacré deux articles au travail de (Johorry (Notices et Extraits de Manuscrits de la Bibliollièque nationale, t. VU, 9.' partie, p. i 6-89), raconte les choses d'une tout autre façon : selon lui, les dernières volontés de Ramus n'auraient été exécutées qu'en 1611, c'est-àdire trente-neuf ans après la mort du testateur, et, pendant ce temps , la rente sur l'Hôtel de Ville serait restée sans emploi.

Il y a là évidemment une erreur matérielle, que la seule lecture du Mémoire de Goujet aurait dû prévenir. Le nouvel historien de Ramus, M. Charles U'addington, ne s'est pas arrêté un instant aux a.ssertions de Bréquigny : il étahlit au contraire qu'il intervint, à la date du 9 avril i 5^6, un arrêt du Parlement qui rendit à leur destination les fonds légués par l'illustre professeur du Collège Royal. Voici le récit de .M. V\'ad- <lington [Ramus, ses écrits et ses opinions , p. SS^-SSy):

«La fondation de Ramus ne devait pas être agréable à ceux des professeurs royaux <i qui se dispensaient d'enseigner les mathématiques , suivant le devoir de leur charge. « Ce fut sans doute à leur instigation que le Prévôt des AL-irchands et les Échcvins de «la Ville de Paris présentèrent, le 17 mars iSyS, une requête au Parlement où ils «remontraient que la nouvelle chaire « estoit chose superflue, vu la multitude des lec- «teurs en mathématique stipendiez par le Roy et les collèges, et qu'il seroit plus expe- «dient d'employer ladite rente aux gages d'une personne capable, qui seroit élue pr « les dessusdits et par le Procureur Général du Roy, pour continuer l'histoire de France «de Paul QEniile, etc. ' » Le Parlement, adoptant cette manière de voir («par provi- « sion , » il est vrai), adjugea la rente et les arrérages à un avocat nommé Jacques « Gohoiy. Celui-ci écrivit en effet les règnes de Charles VIII et de Louis XII, et Gail- « lard, après le P. Niceron , mentionne son manuscrit comme étant déposé à la Biblio- « tlièque royale.

« Ce singulier arrangement dura tant que Jacques Charpentier fut au Collège de « France. Mais après sa mort , qui arriva en février 1676, im médecin , ancien élève de «Ramus, Henri de Monantheuil , s'adressa publiquement au cardinal de Lorraine dans «un discours très-énergique, où il réclamait l'exécution du testament violé, et deman- «dait qu'on donnât des successeurs à Forcadel et à Charpentier'. Il s'appuyait sur un « fait troj) patent pour être nié : c'est que les mathématiques n'étaient plus enseignées «nulle part. Cependant on ne tint pas compte de ses représentations, et on le laiss.1 « pendant deux ans consacrer une heure par jour à fenseignement libre et gratuit des « mathématiques.

«En 1876, les exécuteurs du testament de Ramus, .\ntoine Loisel et Nicolas Ber- «geron, ayant trouvé le moment favorable, adressèrent au Parlement de Paris une re- « quête, i\ i'eflet de rendre ;\ leur véritable destination les fonds légués à l'L'niversité. Ln «arrêt du 9 avril fit droit à cette requête, et Frédéric Rcisner fut mis en possession:

' Extrait des registres du Parlement dam l'Histoire de ta Ville de Paris de Kélibien, L III ; Preuves, p. 835.

^ Oratiopro malh. artibus. Paru, lôy^ (t5 cal. apr.j, iii-^" de 33 reuillets.

« mais il paraît que son ancien maître n'avait pas eu tout à fait tort de se défier de son (( zèle, car, trois mois après, il n'était pas encore monté dans sa chaire, quoiqu'il en eût « reçu les gages et qu'il eût été mis en demeure d'exercer sa profession. C'est pourquoi, «le 12 juillet, sur son refus de remplir la cliarge qui lui était confiée, un autre arrêt « intervint pour déclarer vacante la chaire de Ramus (c'est le nom qu'on lui donna pen- «dant deux siècles), et pour autoriser les exécuteurs testamentaires à la mettre au con- « cours et à faire engraver la fondation de ladite profession par affiches mises es collèges

ude Prelle et Camhray, à ce qae la mémoire en soit perpétuelle ' » Le concours,

annoncé le i5 juillet, eut lieu trois mois après. « Monantheuil n'y figura point, parce «qu'il venait d'être nommé lecteur du Roi en mathématiques. Deux candidats seuleciment se présentèrent : Jean Stadius, ancien ami de Ramus, et Maurice Rressieu, de « Grenoble , qui était patronné par le Premier Président Christophe de Thou. Rressieu , « f ayant emporté dans l'épreuve publique , fut pourvu de la chaire de Ramus. »

L'arrêt du i y mars iSyS est cité par Sainte-Palaye dans son Dictionnaire manuscrit des antiquités françaises (article Historiographe); il a été, en outre, reproduit par M. Chéruel [Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France, même article).

' Registres du Parlement ( 1 576).

INVENTAIRE DES TILTRES, ENSEIGNEMENS ET PAPIERS TROUVEZ AU TRÉ- SOR DE GESTE VILLE DE PARIS, FAIGT EN 1583, PAR NIGOLAS JEHAN POUSSEPIN, GONSEILLER DU ROY EN SA PRÉVOSTÉ DE PARIS. LORS ESCIIEVIN DIGELLE.

(Arcli. de l'Etnp. Q. Seine, 1099-319. Re^strc in-folio, i45 feuillets.)

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