SIRE
La Ville de Paris s'est imposé, sous mon administration, l'obligation de ne rester étrangère à aucun des efforts de l'intelligence contemporaine. Ce devoir m'a paru d'autant plus impérieux, au point de vue spécial sur lequel je me permets d'attirer l'attention de Votre Majesté, que la Ville y a un intérêt direct et en quelque sorte personnel : son histoire est encore à faire.
Je n'ai pas pensé qu'il fallût essayer une fois de plus de composer la monographie de Paris, et de créer, en suivant les anciens errements, une de ces œuvres laborieusement complexes, telles qu'il s'en produit encore aujourd'hui. L'histoire de la Capitale de la France est un thème trop vaste, un tableau trop chargé, pour qu'on puisse espérer d'y réussir. En effet, indépendamment des faits religieux et pohtiques, la formation successive de la Ville, sa topographie, son administration, ses monuments, ses institutions de toute nature, constituent au-
tant de branches distinctes, qu'il est impossible d'embrasser à la fois sans confusion.
Les deux derniers siècles nous ont légué, il est vrai, des ouvrages spéciaux sur les antiquités, les transformations, les mœurs et les traditions de la Cité parisienne; mais la plupart de ces travaux ne sont plus à la hauteur de férudition moderne, et l'on essaye chaque année de les rajeunir ou de les compléter par de nouvelles entreprises. Ainsi la bibliographie de Pans s'accroît sans cesse, et presque sans profit; car, en raison des avances considérables que nécessite un livre irréprochable sous le rapport de l'impression et des gravures, il apparaît bien rarement quelque ouvrage qui réponde à la grandeur et à l'importance du sujet.
Depuis plusieurs années, Sire, j'ai acquis la conviction que la Ville de Paris ne sera dotée d'une histoire digne d'elle , que si elle substitue son initiative aux efforts individuels tentés jusqu'ici. Pour être générale, pour pouvoir s'agrandir et se compléter sans cesse, cette histoire devra consister en une Collection de Monographies et de Documents originaux. Chacune de ces publi-
RAPPORT A L'EMPEREUR. Il
cations étant en particulier une œuvre remarquable, leur ensemble constituerait plus tard un véritable monument.
Avant de soumettre mon projet à Votre Majesté, j'ai voulu me rendre compte de la possibilité d'en assurer la réalisation. Dans ce dessein, dès 1860, j'ai proposé au Conseil municipal diverses mesures pour la recherche, la mise en ordre et la publication de documents relatifs à l'histoire administrative et à la topographie ancienne de Paris. En cette circonstance, comme dans toutes celles qui intéressent la gloire du règne de Votre Majesté et l'honneur de la Ville, j'ai trouvé dans le Conseil un auxiliaire dévoué. Pendant cinq années, les travaux historiques de la Ville ont été poursuivis sans relâche, et surveillés par une Commission spéciale, composée de Conseillers municipaux, auxquels ont bien voulu s'adjoindre des savants dont le nom fait autorité. Aujourd'hui l'épreuve est terminée; je crois pouvoir réaliser mon projet d'Histoire générale de Paris.
Avant de poser la première pierre de ce nouveau monument élevé à la gloire de la Ville, avant de mettre
au jour le premier volume de cette publication, j'ai cru devoir exposer à Votre Majesté les motifs qui m'ont dirigé. Son assentiment constituerait une récompense précieuse pour tous ceux qui concourent à mon entreprise; bien plus, Son auguste approbation serait, pour mes successeurs, un puissant encouragement à persévérer dans la voie que j'ouvre aujourd'hui, avec la ferme confiance qu'elle ne sera plus abandonnée.
Je suis, avec le plus profond respect,
Sire,
de Votre Majesté,
le très-humble, très-obéissant serviteur et très-fidèle sujet,