D'Hozier, — Armoriai de France
Après la mort de Gérard-le-Riche, il fut d'usage tous les ans, le premier jour de Mars, d'exhumer ses os du cercueil de pierre où ils étaient renfermés, de les laver et, après les avoir remis en place, de faire une distribution de pain et de a in à treize pauvres de la ville. Ce fait est consigné dans le registre où sont inscrites les dépenses des marguilliers et sonneurs en l'année 1746, et qui porte: « ... à treize pauvres, une chopine de vin et un pain blanc... » Cette coutume semble avoir cessé vers 1750. Quant à la bière qui renferme les restes de Gérard, elle a été transportée du cloître au cimetière en 1730 environ.
Indépendamment de l'église Notre-Dame et du prieuré de Saint-Jean, Semur possédait un couvent de Carmes ou frères barrés, comme on les appelait alors, à cause du manteau blanc, bigarré de bandes de diverses couleurs, qu'ils avaient coutume de porter. Cet ordre, fondé en 1252, en Syrie, et dont le premier monastère s'éleva sur le mont Carmel, fut amené en France par Saint-Louis, à son retour de Palestine. En 1852, plusieurs de ces religieux vinrent s'établir à Semur, sous la conduite de Dieudonné de Barrière, provincial de Narbonne; « mais, dit M. de Thyard, ce ne fut pas sans difficulté! Le prieur de Notre-Dame et ses religieux, en possession de diriger les consciences et de recevoir les legs pieux, ne virent dans ces nouveaux venus que des rivaux incommodes qui venaient partager leurs émoluments. » Néanmoins, les Carmes eurent gain de cause et s'installèrent à l'entrée de la ville, près la porte Sauvigny, dans une maison qui, après avoir appartenu à la famille de Bretagne, devint, en 1786, la propriété de M. de Massol, et, plus tard, celle de M. Billiotte, tapissier.
L'établissement de ces religieux à Semur eut lieu sous le pontificat d'Innocent IV et le règne de Jean, roi de France, avec le consentement de Guy de la Chaume, évêque d'Autun. Leur installation dans le couvent qu'ils venaient de faire construire ne fut pas de longue durée. En 1359, en effet, les Anglais ayant envahi la France et la ville de Semur se trouvant menacée, comme on le verra plus loin, il fut résolu qu'on fermerait la ville de remparts et de tours. Ces travaux de défense obligèrent donc les Carmes à quitter leur première demeure ; mais, grâce à l'appui et au secours de Guyot de Semur, seigneur de Montille, ils purent bâtir, en 1362, un nouveau monastère sur un terrain appelé Place Maillard, et qui faisait autrefois partie du bois de Tremblay, dépendant du seigneur de
Montille (1). Cette place se trouve actuellement confondue avec l'ancienne rue Dessus, aujourd'hui rue de la Liberté. La donation faite par Guyot de Semur aux Carmes fut confirmée par Jeanne, reine de France, par lettres patentes données à Auxonne le 19 octobre 1359 et, depuis, par le roi Jean, son mari, après son retour d'Angleterre, et par lettres patentes délivrées à Beaune en 1361. Elle le fut aussi par les lettres de Philippe, duc de Bourgogne, le 9 mai 1381 (2). Le monastère des Carmes eut pour premier prieur Clément de Rouvre et a possédé plusieurs célèbres docteurs, entre autres Bernard Viardot, de Semur, qui fut prieur, puis proAâncial de son ordre. Il était si bon prédicateur que, prêchant l'Évangile à Montpellier, son éloquence et sa doctrine furent comparées à celle de Saint- Vincent Perrière, lequel autrefois avait occupé cette chaire. Il fut aussi prédicateur des ducs de Bourgogne et eut l'honneur d'être médiateur de la paix entre les rois de France et d'Angleterre vers l'année 1640 (3).
Le monastère des Carmes était composé de dix religieux et de deux frères lais ayant environ 500 francs de revenus, le casuel de l'église et le collège dont nous parlerons plus tard.
A l'époque de la première invasion anglaise, en 1356, le roi de France Jean, fils et successeur de Philippe VI de Valois, qui s'était mis en possession du duché de Bourgogne, fut pris à la bataille de Maupertuis et emmené en captivité à Londres. Edouard III, roi d'Angleterre, qui s'était intitulé roi de France et s'était fait sacrer à Reims, en profita pour faire, en 1359, une nouvelle descente en France et mettre le siège devant Calais, tandis qu'un de ses écuyers, Jean d'Alençon, pénétrait dans le bailliage de la Montagne.
Se voyant en danger, la Bourgogne, qui avait alors pour duc Philippe P^' de Rouvre (1349-1361), petit-fils d'Eudes IV, prit aussitôt les armes. Déjà le maréchal Girard de Thurey avait assemblé la noblesse ; André de Morey, capitaine de la ville de Semur, avait, de son côté, réuni quarante gentilshommes, et le chevalier Louis de Guinaud, capitaine du château, ses