‹ Histoire générale de Semur-en-AuxoisChapitre 22 sur 93 · Benjamin Guérard (Semur-en-Auxois · texte numérisé non relu

Benjamin Guérard (Semur-en-Auxois

« Beau cousin, vous voyez ce que mes gentilhommes me conseillent; je suis résolu de les croire. » Et il quitta l'Assemblée avec ses nobles, puis se départit vers Dijon » (1),

La cause de ce changement des esprits fut la mort de Charles VI, arrivée le 21 Octobre 1423, cinquante jours après celle de Henri V, roi d'Angleterre, qui s'était intitulé régent du royaume de France. Tant que Charles VI avait vécu, les Français avaient supporté le joug étranger ; mais à la mort de leur roi, l'idée de reconnaître un Anglais pour monarque les rappela au patriotisme, et, de toutes parts, s'élevèrent des protestations. Un corps de royalistes qui luttaient contre les partisans d'Henri VI et de Philippe de Bourgogne, pénétra dans le bailliage de la Montagne et s'empara du château de Larrey, près de Châtillon. Les intérêts du duc demandaient qu'on les enchâssât. Aussi Antoine de Thoulongeon, seigneur de Traves et maréchal de Bourgogne, convoqua-t-il le 26 janvier 1430, en l'absence de son souverain qu'il représentait, toute la noblesse du duché. Quarante chevaliers, écuyers ou gentilshommes s'y trouvèrent, parmi lesquels il faut citer Jean de Beaufremont, Guyard de Pontaillier, Étienne de Mailley, Guillaume et Jean de Saulx, Jacques de Ryes, Jean de Crux et Jean de Chissey.

L'armée du duc, passée en revue à Semur le 6 août 1431, se composait de : 1 maréchal chevalier-banneret (2), 13 autres chevaliers- bannerets, 3 écuyers -bannerets, 36 chevaliersbacheliers, 1,134 écuyers, 2 poursuivants, 1 héraut, 553 gens de trait, 27 trompettes et 10 ménétriers (3).

Ces dissensions intestines se seraient certainement prolongées longtemps encore si une nouvelle Assemblée, tenue à Semur en 1433, et n'ayant d'autre but que de délibérer sur la paix générale, n'avait, avec le congrès d'Auxerre, où Guy de Jaucourt, seigneur de Villarnoux, fut envoyé comme ambassadeur, provoqué le traité d'Arras du 21 Septembre 1435.

Ce traité, tout à l'avantage du duc de Bourgogne, réconcilia le roi Charles VII avec Philippe-le-Bon et prépara la ruine du parti anglais. Il eut même rendu à la province toute sa tranquillité si, deux ans plus tard, vers la fm de 1437, d'autres fléaux n'étaient venus désoler la France. Une famine, suivie

1 . Dom Plancher. — Histoire générale et particulière du duché de Bourgogne.

2. Les chevaliers-bannerets étaient des seigneurs de fief qui comptaient un nombre suffisant de vassaux pour lever une bannière.

3. Chauvelays et de Coligny. — Les armées des trois premiers ducs de Bourgogne.

de la peste, ravagea l'Auxois pendant deux années consécutives.

« Cette année de salut, mille quatre cens trente huit, et la suivante furent admirables pour les extrêmes afflictions et punitions que Dieu envoya à son peuple, car quant à la guerre, l'on ne la trouvait plus estrange, parce qu'elle avait déjà duré tant d'années qu'on la réputait estre ordinaire punition de Dieu; mais la suite de la guerre survint, c'est à sçavoir la famine, suivie de bien près d'une pestilence nompareille ; tellement que ce que la guerre n'avait emporté, la famine et la peste achevèrent. Et n'est nouvelle que de mémoire d'homme l'on ait vu telle atrocité de famine, car, par les villes, on ne voyait autre spectacle qu'une infinité de cadavres entassés dans les rues, avec grande trouppe de pauvres gens languissans et à demi-morts, par tous les lieux où on allait ; car les pouvres laboureurs, ne trouvant plus aucune chose que manger par les champs, se gettoyent ès villes à grandes et innombrables troupes (1). »

A Semur, la famine et la peste firent beaucoup de victimes. Les loups, accoutumés à se nourrir de cadavres, entraient jusque dans la ville, où ils dévoraient même les vivants (2).

Pour comble de calamité, des bandes armées, conduites par des capitaines français, auxquels on avait donné le nom d'Écorcheurs et de Retondeiirs, se mirent à parcourir la Bourgogne en 1438, et profitèrent de la consternation publique pour se livrer impunément au pillage, au meurtre et à tous les attentats. Le duc de Bourgogne, exaspéré, prit enfin contre eux des mesures énergiques et les contraignit à s'enfuir. Un de leurs principaux chefs, le bâtard de Bourbon, fut fait prisonnier à Bar-sur- Aube; on le lia dans un sac, puis on le jeta dans la rivière.

En 1449, les Carmes de Semur ayant terminé leur église, Jean Rollin, cardinal et évêque d'Autun, en fit la dédicace. Ce prélat, fils d'un chancelier de Bourgogne et possesseur d'une très belle fortune, n'en accepta pas moins les deux saints que ces religieux lui offraient pour sa peine (3).

Philippe-le-Bon mourut en 1467 ; la fin de son gouvernement

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