‹ Histoire générale de Semur-en-AuxoisChapitre 21 sur 93 · Dom Plancher · texte numérisé non relu

Dom Plancher

commissaire en cette partie, des lettres du roi, notre sire, des quelles la teneur s'en suit :

» Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, au premier huissier de notre Parlement, ou autre, notre sergent qui, sur ce sera requis, salut. Les paroissiens et habitants en la ville et paroisse de Semur-en-Auxois, en Bourgogne, ou diocèse d'Ostun, au bailliage de Sens nous ont fait exposer en complainte que jaçoit ce que de raison, comme les habitans de notre roïaume puissent élire leurs sépultures là où il leur plaît... sans que leur curé, prieur, ou fermier, ou aucun d'eux puisse ou doive aucune chose demander ou exigier de leurs biens pour leurs sépultures, funérailles mortuaires... Néanmoins, les prieur, curéou vicaire, se sont efforciésou efforcent de jour en jour de leur autorité et faits de prense et exigier des dits complaignants funérailles, sépultures, mortuaires à leur volonté.

)) C'est, à savoir pour chacune personne qui va de vie à trépassement, qui eslit sa sépulture en la dite église et en icelle est inhumé et enterré trois marcs d'argent, ensemble un lit garni de coultre, ciras, coissins, arolier, qui peut monter par commune estimation à la somme de trente ou quarante livres tournois; et s'il est misou enterré au cloistre d'icelle église, ilsenlièvent et exigent de fait marc et demi d'argent, ensemble un lit garni, comme dit est, qui peut monter par la dite commune estimation vint livres tournois; et s'il est misau cimetière appelé le Vergier, il convient premièrement accorder au prieur un lit garni à telle somme que bon lui semble ; c'est à savoir, des uns quatre francs, des autres six francs, ou à telle somme comme il lui plaît, et après le- dit accord fait, il veut autant avoir et exigier de la terre et de la sépulture, comme monte le dit accord ; c'est à savoir que s'il y a d'accord quatre francs, il en veut avoir huit francs, et s'il y a six francs d'accord, il en veut avoir douze francs, et ainsi des autres sommes es quelles est fait le dit accord...

)) Pourquoi, nous considéré ce que dit est, te mandons et commettons, que de et sur les choses dessus dites, leurs circonstances et dépendances, tu te informes secrètement et diligemment... Et de ce fait en auras certifié suffisamment notre Cour, à la quelle tu renvoies la dite information féalablement close et scellée. — Donné à Paris, le septième jour de Janvier, l'an de grâce mille quatre cens huit et de notre règne le 24^. »

Le prieur et ses religieux ayant appris qu'une enquête se

faisait et craignant qu'on leur enlevât les pouvoirs qu'ils s'étaient arrogés, crurent prudent de transiger avec la ville et consentirent à n'exiger des citoyens pour frais de sépulture, que le quart de ce qu'ils payaient auparavant. Trente-trois ans plus tard, c'est-à-dire le 15 avril 1441, par une sentence de rOfficial d'Autun, confirmée par un arrêt du Parlement, les frais d'inhumation furent encore réduits. Dans cet acte, le préambule et la sentence sont en latin et les considérants en français, ce qui n'avait jamais été fait jusqu'alors.

C'est au moment où cette querelle agitait les esprits des Semurois qu'une autre plus grave partageait la France entre les Maisons d'Orléans et de Bourgogne, et avait pour cause les prétentions du duc d'Orléans et du duc de Bourgogne qui, profitant de la démence de Charles VI, voulurent gouverner la France. Le duc d'Orléans avait pour lui la reine et quelques partisans isolés ; le duc de Bourgogne, la plupart des princes du sang, le peuple de Paris et presque tous ses fidèles Bourguignons. Or, pour aplanir les difficultés et soi-disant pour délivrer l'État d'un oppresseur, Jean-sans-Peur ne trouva rien de mieux que d'assassiner le duc d'Orléans. Aussitôt une lutte terrible s'engagea entre les Armagnacs et les Bourguignons (1411). Le comte d'Armagnac, en embrassant les intérêts du duc d'Orléans, avait donné son nom à ce parti, auquel se rallièrent plusieurs seigneurs feudataires du duc de Bourgne. Ainsi, Louis II de Chalon, comte de Tonnerre, irrité d'ailleurs par des motifs particuliers contre Jean-sans-Peur, lui signifia qu'il ne le reconnaissait plus pour son seigneur. Il entra dans l'Auxois, où il prit Rougemont et quelques autres places, malgré la résistance de Jean de Vergy, maréchal de Bourgogne, qui, secondé par quelques lieutenants-généraux du duc, alors en guerre du côté de Paris, était accouru dans l'espoir d'arrêter les progrès des Armagnacs. Jean de Neufchâtel, sire deMontaigu, lieutenant-général de Bourgogne et du Charolais, essaya vainement de faire rentrer Louis de Chalon dans le devoir par une lettre datée de Châtillon-sur- Seine. Le comte lui répondit qu'il y avait légitimité dans les représailles, parce que le duc de Bourgogne lui avait fait confisquer ses terres, il y avait déjà longtemps, et qu'ainsi il tiendrait invariablement pour le parti d'Orléans.

Les hostilités recommencèrent de ce fait ; Jean de Vergy rassembla sous ses ordres les lieutenants-généraux et les gentilshommes qui n'avaient pas suivi le duc. Jean de Chalon,

sire d'Arlay ; Guillaume de Vienne, seigneur de Saint-Georges ; Jean de Neufchâtel et plusieurs autres encore vinrent à la tête de leurs troupes mettre garnison à Semur et à Montbard et arrêter ainsi la marche du comte de Tonnerre. L'année suivante (1412), Philippe II de Bourgogne, comte de Nevers et frère de Jean-sans-Peur, se mit à leur tête et parvint à chasser les Armagnacs de tous les postes qu'ils occupaient.

Quelque temps après, en 1413, la duchesse de Bourgogne étant tombée malade à Dijon, les Semurois, qui l'aimaient beaucoup, ayant appris la gravité de son mal, lui envoyèrent un célèbre médecin, le docteur Boniface, qui la guérit et auquel elle remit cent cinquante francs, somme qui représentait, pour l'époque, de très beaux honoraires.

Le comte de Charollais, fils et héritier du duc, ayant eu dans ces entrefaites les terres de son domaine démembrées, Marguerite de Flandres, duchesse de Bourgogne, qui gouvernait en l'absence de son mari, convoqua, en 1417, les Etats d'Auxois à Semur pour qu'ils subvinssent, comme l'avaient fait déjà les autres bailliages de la province, aux dépenses occasionnées par le rachat des terres du comte. Ces États furent présidés par Philippe de Chante-Merle, seigneur de la Clayette, chevalier, conseiller d'État et premier chambellan du duc, qui nomma commissaires : Jean de Buxeuil, écuyer, conseiller et maître d'hôtel du comte, et Jean Chousat, conseiller d'État. — Les États accordèrent deux mille francs, payables à la Saint-André (30 Novembre) et nommèrent trois élus pour répartir cette somme, dont l'impôt pesa tant sur le clergé et la noblesse que sur le peuple (1). Ces élus étaient : Hugues de Roussillon, prieur de Notre-Dame, pour le clergé; Renaud Gastelier, pour la noblesse, et Jean Blandin, pour le Tiers- État. Enfin, Jean de Sauvigny fut nommé par la duchesse receveur général des sommes imposées. C'est probablement là l'un des premiers exemples de la convocation d'États par bailliages (2).

Le 3 Septembre 1418, les Armagnacs qui, après avoir abandonné la Bourgogne, s'étaient portés vers les Lyonnais, commencèrent à ravager le territoire de Mâcon. La duchesse de Bourgogne fit, sans tarder, appel au bailli d'Auxois, le chevalier Jean de Cussigny, aux baillis de Châtillon et de Tonnerre,

1. Les États du Dijonnais accordèrent, en outre, 3,000 livres et ceux de Chalon 1,200. — (Courtépée.)

2. D. Plancher — Paradin — D. Barante — deThyard — L. Bocquin — B. Guérard.

aux maires de Semur, de Montréal, d'Avallon et à leurs échevins, à l'abbé de Flavigny et aux habitants de cette ville. En quelques jours, tous les hommes de guerre furent sur pied, mais inutilement. En effet, le duc de Bourgogne venait de conclure un traité avec la reine Isabelle de Bavière, et ses partisans, introduits dans Paris la nuit du 28 au 29 Mai, par ses capitaines Gui-de-Bar, ancien bailli d'Auxois, le sire de Chatellux et le seigneur de l'Ile-Adam, s'étaient emparés de la ville et assurés la personne du roi. Ces événements firent changer le duc de résolution et l'engagèrent à mener ses troupes en Normandie contre les Anglais qui, tenant la ville de Rouen assiégée, l'avaient réduite à la dernière extrémité (1), Le bailli d'Auxois reçut l'ordre de se trouver à Ys, sous Trichâteau, avec toute la noblesse et leurs gens d'armes, et de confisquer les terres de tous ceux qui refuseraient de servir le roi. Mais ce fut encore une campagne inutile, carie 10 Septembre 1419, Jean-sans-Peur fut assassiné sur le pontdeMontereau. Le duc de Bourgogne fut très regretté, car il était généreux, loyal et reconnaissant. (( Il avait aussi, dit M. de Barante, les qualités chères aux gens de guerre ; il était rude à lui-même, infatigable, sachant endurer patiemment la faim, la soif, le froid et là chaleur. »

Jean, dont la mort fit tourner contre les partisans du Dauphin les armes prises contre les Anglais, eut pour successeur son fils, Philippe-le-Bon qui, n'aspirant qu'à venger la mort de son père, conclut en 1420, avec les Anglais, le honteux traité de Troyes qui leur livrait la France. Bientôt, cependant, les Bourguignons répugnèrent à l'alliance qu'ils avaient contractée et un jour que le duc de Bedfort s'était montré plus arrogant que de coutume, les gentilshommes de l'armée prièrent le maréchal Jean de Vergy de protester auprès de Philippe-le-Bon : « Monseigneur, lui dit le maréchal, ici et ailleurs fait-il bon, mais ailleurs beaucoup meilleur qu'ici, car vous y serez servi, honoré et obéi, et pour ce, nous vous prions de vous partir et de laisser ici ces orgueilleux recueillir le fruit de leur bravade et de leur outrecuidance. » A quoi le duc répondit: « En êtes-vous d'avis? » Et alors il fut répliqué confusément par les gentilshommes : (( Oui, oui, allons, allons ! nous n'avons que faire de ceux qui ont à faire de nous. )) Sur quoi le duc de Bourgogne dit à celui de Bedfort :

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