Registre 5, pages 84 et
2. (( Description de la ville de Semur-en-Auxois ». (Notes manuscrites.
tère et n'y trouvant que la vieille domestique soignant ses fourneaux, il lui dit : Allons vite à la cave, car la messe est presque achevée et prenez une chaise et une vrille. Une fois à la cave, il perça un tonneau, en dégusta le contenu et dit : Ce n'est pas cela ; assoyez-vous et bouchez le trou avec le doigt. Ceci fait, il perça le tenneau d'à côté, dégusta de nouveau et dit : nous y sommes. Mettez un instant un doigt dans ce trou pendant que je vais aller quérir des broches. Mais telle n'était pas son intention; rentré à la cuisine, il fit sa besacée, chargea les fourneaux et décampa, laissant la pauvre vieille aux prises avec ses tonneaux. Comme bien on pense, tous les mets furent brûlés; la domestique, à force d'appeler à l'aide, fut entendue et délivrée par les curés, très mécontents et pestant contre la servante, qui ne cessait de leur dire, sans qu'ils la comprissent : C'est ce chien de frère quêteur qui m'a joué ce vilain tour. Plainte fut portée au révérend Père Minime Ch. de Vincey, homme extrêmement sérieux, mais qui ne fit qu'en rire, tout en blâmant le fait du frère quêteur. »
Dans le cours de l'année 1606, la peste vint de nouveau s'abattre sur Semur, mais ne fit heureusement que peu de victimes.
Sept ans plus tard, en 1613, une terrible inondation submergea tout le quartier de la Poissonnerie. L'Armançon s'éleva de 3'", 50 au-dessus de son lit; beaucoup de personnes furent noyées, cinquante maisons détruites et le pont Pinard renversé. Deux inscriptions, l'une placée dans le vestibule de l'Hôtel de Ville (i), l'autre sur l'une des maisons du faubourg, rappellent cet affreux désastre.
Voici ce qu'on lit sur cette dernière : « En l'an 1615 (2), le 17 Juillet, fête de Saint-Alexis, le déluge d'eau fut si grand qu'il emporta la moitié du faubourg des Vaux et 4eux rues, le pont Pinard, la rue Chaude et plusieurs moulins sur la rivière, dont les meules furent emportées à cinq lieues. Cinquante personnes furent noyées, avec douze petits enfants qui furent ensevelis avec leur mère dans les eaux par la furie de cet élément. L'eau vint jusqu'à la place où est posé cet écri-
1. Anno MDCXIII Julii 17, Armenso septem cubitis alveo suo turgidior sub uibia ppine, submergens ita in homines et œdificia sœvit et disjecto ponte Pignardo affabre malthato domibus. Qninquaginta funditus discussis decem et quinque hominum corpora incredibiii œstu absorpserit.
2. Cette date a été mise par erreur, soit par celui qui rédigea l'inscription, soit par celui qui l'a reproduite,
teaii, dont on voit encore les marques. Dieu veuille nous préserver, à l'avenir, d'un pareil et si funeste accident. »
Une nouvelle inondation eut lieu le 6 Novembre 1710, qui détruisit les ponts et les moulins, et pendant laquelle l'eau atteignit une hauteur de 3^,30.
En 1618, sous le pontificat de Paul V et le règne de Louis XIII, du consentement de Denys Simon de Marchemont, archevêque de Lyon, les Jacobines vinrent fonder un couvent à Semur, à l'entrée du Bourg-Voisin. Elles avaient pour loi la régule de l'évèché d'Autun et jouissaient d'environ trois mille livres de revenu pour dix-huit sœurs et trois converses. Leur première supérieure fut Louise Paschale. Leurs armes étaient d'Azur à une sainte Catherine de Sienne d'or, avec ces mots autour de l'écu : Sainte Catherine de Sienne de Semur.
Le comment des Capucins, encore composé, en 1760, de douze religieux-prêtres, de deux élèves et de deux quêteurs, fut fondé le 28 Septembre 1624 par Marie David, dame de Massène, du consentement de Claude de la Magdeleine de Ragny, évêque d'Autun. La croix y fut plantée ce même jour par Séraphin de Saulieu, Honoré de Dijon et Bazile de Mâcon, religieux capucins. Ce couvent était dans le faubourg des Bordes et possédait une bibliothèque considérable, donnée par la fondatrice.
Les Ursules furent fondées par celles d'Autun, en 1631, sous la supériorité de Françoise Grillot, dite de la Trinité. Ce monastère était situé dans le faubourg des Carmes ; c'était le plus important et le plus riche de Semur, car son revenu s'élevait à plus de douze mille livres pour cinquante professes de chœur et neuf converses.
Les religieuses de la Visitation de Sainte-Marie furent encore établies par celles de Dijon, le 28 Août 1633, sous le pontificat d'Urbain VIII et le règne de Louis XIII, du consentement de Claude de la Magdeleine de Ragny, évêque d'Autun. Marie-Delphine Maltéte en fut la première supérieure et Marie-Anne, puis Françoise Froment, religieuses de ce monastère, les restauratrices. Il se trouvait dans le faubourg des Bordes et possédait 7,000 livres de revenu pour trente-cinq sœurs de chœur et quatre converses (1).
Les religieuses de la Visitation portaient d'or à un cœur de
1. L'abbé Bernard Yarenne, curé de Semur (1722-1761). — Description de la ville de Semur-en-Auxois,
gueule, percé de deux flèches d'or, empennées d'argent, passées en sautoir au travers du cœur, chargé d'un nom de Jésus d'or et supportant une croix de sable; le tout enfermé dans une couronne d'épines de sinople, dont les pointes sont ensanglantées de gueule.
L'inondation de 1613 ne fut malheureusement pas le seul fléau qui désola Semur pendant le xvn^ siècle. En 1629, la peste éclata dans le faubourg des Bordes et ne cessa que le 11 Avril de l'année suivante, malgré les messes dites pour la faire cesser. « Les magistrats de la ville, dit le capitaine A. Massicot (1), se distinguèrent par leur courageuse conduite, qui fit contraste avec celle des officiers du bailliage et de la chancellerie, auxquels un Arrêt enjoignait de ne faire aucun acte de justice hors de Semur. Ils s'étaient repliés en bon ordre et avec ensemble devant le mal. Les Bordes furent entourées de barrières; on ne pouvait ni entrer dans ce faubourg, ni en sortir. Sept ans après, le 16 Juillet, après avoir fait une excursion à Auxerre, Tonnerre et Dijon, la contagion frappa de nouveau la ville. Comme toujours, le maire et les échevins se montrent à la hauteur de leur tâche; on construit des loges pour médicamenter les pestiférés, on nettoie leurs maisons; un religieux, un chirurgien et un saccard sont chargés spécialement de leur prodiguer des soins; on nourrit les pauvres, on donne de l'argent, du vin aux Carmes et aux Capucins attaqués par l'épidémie ; enfin, la peste se dissipa le 25 Février 1639. Il y eut bien encore quelques épidémies de fièvre maligne, pourprée, petite Vérole, etc., mais ce mal qui répand la terreur ne se montra plus à l'état épidémique. »
En 1636, une milice fut ordonnée à Semur ^ar le duc et les élus du pays. Elle se composait de 40 hommes, pris parmi « les garçons de 16 à 40 ans, de cinq pieds de hauteur, roturiers, fils de marchands, artisans, laboureurs et autres gens de peine », et qui, ajoute l'ordonnance, tireront au sort pour former le contingent des bataillons de milice. Le maire et les échevins devaient procurer à ces hommes les armes nécessaires et leur fournir, en outre, à chacun : « un chapeau, un b?s de chausse, une paire de souliers et de l'argent pour leur nourriture, à raison de 8 sols par jour, jusqu'au rendez-vous ».
« Mais tel était, ajoute M. A. Massicot, l'enthousiasme des miliciens pour la monarchie absolue, que les 40 hommes dé-
1, A. Massicot. — Le Temps jadis à Semur.
signés refusèrent de marcher et qu'ordre fut donné au syndic de se saisir de leurs personnes. — Deux des garçons tombés au sort s'enfuirent à Savilieu; ordre d'envoyer des archers et des sergents pour s'emparer des deux insoumis, à défaut de quoi, ordre d'emprisonner pères, mères, maîtres, maîtresses, puis de payer 3 livres par jour pour chaque milicien absent. »
L'année suivante, les réfractaires furent condamnés au fouet et à la marque au fer chaud. Sous Louis XV, en 1735, la ville de Semur dut fournir 3 miliciens pris dans la liste que faisait dresser chaque année l'intendant de chaque province. En 1743, elle en donna 27, chiffre le plus élevé qui ait été atteint jusqu'alors.
« Cette année-là, dit encore M. A. Massicot, la ville fit cadeau aux miliciens de rubans pour cocardes à placer sur leurs chapeaux; mais on eut soin d'emprisonner tous les garçons, quelques jours avant le tirage, pour être bien sûr que nul ne manquerait à la fête. » Cette organisation militaire subsista jusqu'à la Révolution.
Les Jésuites qui, en 1603, avaient été remis en possession de leurs collèges de Chulon, d'Auxerre et d'Autun, et avaient, à plusieurs reprises, notamment en 1636, demandé à s'établir à Semur, firent de nouvelles démarches, en 1642, auprès du prince de Condé, Henri de Bourbon. Connaissant les talents de cet Ordre pour l'instruction de la jeunesse, ce prince leur aurait certainement accordé cette faveur si l'abbé d'Agaune, qui ne les aimait pas et ne voulait pas perdre le seul prieuré qu'il eût dans la province, n'avait interdit au prieur « de traiter de son prieuré avec les magistrats de Semur ni avec d'autres en faveur des Jésuites, sous peine d'excommunication ».
Trouvant singulier que l'abbé d'Agaune leur fit opposition, les magistrats s'assemblèrent le 20 Mars de cette même année et prirent une délibération d'après laquelle un député dut être envoyé à l'abbé d'Agaune. Le sieur Le Mulier, docteur en médecine, fut choisi pour cette mission et partit le 8 Mai sui- A^ant, chargé de lettres de recommandation de Son Altesse pour l'évêque de Sionet fabbé d'Agaune. L'abbé fut inflexible et voici comment s'exprime le sieur Le Mulier dans le rapport qu'il fit à la Chambre le 13 Juin : « ... Loin de consentir à l'aliénation sollicitée, il m'a renvoyé à Févêque de Sion; j'ai été très bien reçu de ce dernier, mais il a remis l'affaire à la Diète du pays, et la Diète au nonce apostolique. » L'affaire en
resta là, le nonce étant sans doute plus favorable à l'abbé d'Agaune qu'aux Jésuites.
Le Collège, dont nous avons déjà dit un mot, et qui fera le sujet d'un chapitre spécial dans la troisième partie de cet ouvrage, fut établi chez les Carmes le 12 Avril 1652. Nous ne citons ce fait que pour ordre et pour signaler tous les événements concernant la capitale de l'Auxois au fur-à-mesure qu'ils se produisent.
Rien de particulier ne se passa à Semur durant la minorité de Louis XIV, si ce n'est cependant que François de Bretagne, lieutenant-général du bailliage, et qui avait succédé dans cette charge à son père, composa un panégyrique intitulé : Le Roi Mineur, qui fut imprimé à Paris en 1650, et harangua Sa Majesté lors de son passage à Montbard, en cette même année.
A cette époque, Semur possédait encore une artillerie assez considérable, ce qui, d'ailleurs, n'a rien de surprenant, puisque cette ville avait un chàteau-fort, un donjon et des remparts. L'histoire nous en fournit, du reste, quelques preuves. Elle nous apprend qu'en 1661, le commissaire d'artillerie Savary vint, de la part du roi, s'emparer des deux canons appartenant à la ville; qu'en 1675, un autre commissaire, le sieur de Villegràce, enleva, toujours par ordre du roi, les munitions de guerre en réserve dans le donjon, et qu'enfin la tour Lourdeau portait encore, en 1691, deux petits canons appartenant au roi (1).
En 1672, Casimir V, roi de Pologne, honora Semur de sa visite. Ce monarque qui, après avoir été jésuite et cardinal, était monté sur le trône à la mort de son fisère Ladislas VI et avait épousé sa veuve, Louise-Marie de Gonzague, abdiqua un beau jour la couronne et choisit la France pour retraite. Louis XIV lui concéda plusieurs riches bénéfices, entre autres l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés et celle de Saint-Martin
1 . Tout ce que l'on sait au sujet du matériel de gr.erre que possédait jadis Semur, c'est qu'en 1443 on fit l'acquisition de couleuvrines de guerre, de grosses arbalètes d'acier, de guindaux et de feux de traits, et qu'en 1450 on établit deux canonnières de pierres de taille, l'une au mur des fausses braies du boulevard, en allant au puits, assez près de la porte et du pont-levis, l'autre entre les deux créneaux faits sur la dite porte et le pont-levis du dit boulevard. 11 fut encore fait, en 1454, « une autre canonnière destinée au tir des canons et des couleuvrines, contre la rue de la Chaumees-Pertuisoz, en allant contre Courcelles, pour le cas où les ennemis s'y présenteraient ». Enfin, en Août 1465, on livra au château de la poudre à canon « que mondit seigneur estoit à Montlehery et devant Paris ». Une autre provision de poudre fut livrée au mois de Septembre et servit à charger les quatre couleuvrines du donjon. — Archives départementales — B : 6232 — 6239 — 6243 — 6251.
de Nevers. On se préparait à lui procurer encore d'autres dignités ecclésiastiques, lorsqu'il s'amouracha de Marie Mignot, une ancienne blanchisseuse, qui avait d'abord été la femme d'un Conseiller au Parlement de Grenoble et était veuve du maréchal de l'Hôpital, seigneur du Hallier, maréchal de France, qui l'avait épousée en 1653. Casimir V étant tombé malade, les médecins lui conseillèrent les eaux d'Alise- Sainte-Reine, où il se rendit et où le comte de Bussy-Rabutin lui donna l'hospitalité. Il revint ensuite à Semur le vendredi 2 Septembre de la même année, puis quitta cette ville le surlendemain pour se rendre à Nevers, où il mourut le 14 Décembre 1672 (1). La réception qui fut faite par les Semurois au roi de Pologne a été consignée dans un ancien registre des délibérations du bailliage de Semur. Voici ce qu'on y lit :
(( Le mardy 9 aoust 1672, à l'issue du Conseil, sur les dix heures du matin, ayant esté advertis de l'arrivée en cette ville du roi Casimir de Pologne, abbé de Saint-Germain-des-Prez, tous messieurs les officiers s'estant assemblez en l'auditoire royal, sur l'heure d'environ midy, sont allez en corps, avec robbes et bonnez, au logis de V Arbre-Vert, où ayant esté introduiz parle capitaine des gardes, ils ont salué Sa Majesté polonaise avec génuflexion, M. Bretagne, lieutenant-général, lui ayant porté la parole. Le mesme jour, la dite Majesté, après son disner, est allée coucher à Sainte-Reyne pour y faire quelque séjour.
)) Et le vendredy 2 Septembre suivant, Sa dite Majesté polonaise, à son retour de Sainte-Reyne, arriva en cette ville, et le lendemain, sur les dix heures du matin, elle fut visitée par toute la compagnie au mesme ordre cy-dessus et haranguée par le dit sieur lieutenant-général, en la maison duquel elle avait pris son logement, et y séjourna jusqu'au dimanche matin, quatrième du même moys. »
Faisant allusion au mariage secret de Casimir, M. de Coulanges a, dans sa chanson : (( Or nous dites Coulanges », introduit ce couplet satyrique :
Du feu roi de Pologne, Monsieur, que dites-vous?
Sans spectre et sans vergogne Il vécut parmi nous.