A. Massicot. — Le Temps jadis à Semur
2, M. Chevalier. — Notes manuscrites.
Maison où s'est terai à Semur le Parl ement (leBoiir^ostie enl637etl692
très féconde en faits, a du moins le mérite de nous révéler la situation politique des temps et des lieux.
Quelques événements doivent cependant encore être signalés, qui se sont produits depuis cette époque jusqu'à nos jours, et c'est à eux que nous consacrerons ce qui terminera la seconde partie de cet ouvrage.
Tandis que le Parlement siégeait à Semur, en 1593, un terrible incendie ravagealaville et détruisit une partie de l'église Notre-Dame, comme nous le verrons plus loin en parlant de cet édifice. Le feu commença dans la rue Chaude, qui longe la rivière, près du pont de la Poissonnerie, gagna la rue de la Fontaignotte, puis l'église, s'étendit jusqu'à la Grande-Rue et poursuivit sa marche furieuse à travers le faubourg des Bordes et le Bourg-Voisin sans qu'on put le maîtriser. Il faut dire qu'à cette époque encore la plupart des maisons étaient bâties en bois et couvertes de chaume, et que la panique fut telle, en présence du terrible fléau, que les habitants, surtout occupés de leurs propres intérêts, ne songeaient même pas à secourir leurs voisins et à faire la part du feu. L'incendie dura trois jours, du jeudi 23 au samedi 25 Décembre. Plus de trois cents maisons furent détruites et l'on estima à 100,000 écus les dommages causés. La ville, à titre d'indemnité, réduisit considérablement leurs impôts à 152 propriétaires dont les maisons et le mobilier avaient été complètement anéantis par le feu.
Deux inscriptions existent à Semur qui rappellent ce triste événement. L'une est gravée sur la croix de la rue de l'Abreuvoir et l'autre sur une plaque conservée à la mairie. Voici ce que porte la première : « Jehan . d'Averne . de . Semur
HVILLIER . A . FAICT . REFAIRE . LA . PRÉSENTE . EN . l'AN MIL . SIX . CENS . ET . CEPT . LAQVELLE . AVAIT . ESTÉ RVINÉ . PAR . LE . FEV . EN . l'aN . MIL . CINQ . CENS QVATRE VING . ET . TREIZE. ))
La seconde, que nous reproduirons dans la troisième partie de cet ouvrage, rappelle les dégâts dont Notre-Dame eut à souffrir.
En 1724, le 16 Septembre, un autre incendie très violent se déclara à Semur. « Le feu prit, dit le 22^ registre des délibérations, au faubourg des Bordes, sur les trois heures du soir, par l'imprudence d'un particulier, dans une maison attenant, du côté du midi, à un grand corps de logis appartenant aux héritiers de M. Hugues Passerai, et, du côté du septentrion.
les maisons attenant du côté du jardin du sieur Manin furent brûlées L'embrasement fut si considérable qu'avant que l'on put secourir, le feu se communiqua jusqu'au puits proche la croix qui fait face à la maison de Edme Reuillon, en sorte que la rue du côté de la rivière fut incendiée et même aussi du côté de la ville. Les maisons attenantes à la clôture des Dames de la Visitation furent aussi incendiées, à la réserve de trois corps de logis, jusqu'à l'allée des Capucins, et le feu ayant dérivé du côté du couchant, il y brûla encore plusieurs maisons jusqu'à l'hôpital et au derrière de la maison du sieur Moreau, médecin, où le feu avait même pris et qui aurait été consumée sans le secours des habitants et l'emplacement d'une maison attenant du côté du couchant qui fut coupée. On ne doit pas négliger d'observer à la postérité que le feu reprit à plusieurs reprises dans les bâtiments de l'hôpital et dans ceux des Dames de la Visitation, et que par le bon secours il fut toujours éteint, en sorte que l'on compte qu'il y a quarante, tant maisons que granges et écuries, faisant 22 ou 23 ménages, avec la majeure partie des effets appartenant aux particuliers incendiés, dont aucuns ne sauvèrent aucune chose. On regarda alors comme une merveille qu'une grange, dont le grenier était rempli de foin et dépendait des bâtiments du sieur Passerat, fût conservée, quoique toutes les maisons couvertes en tuiles qui l'environnaient fussent entièrement brûlées, ce que les mayeur et échevins certifient véritable et ont jugé à propos de retracer ce triste événement sur le registre pour en laisser la mémoire à la postérité. »
A la suite de ce sinistre, il fut accordé pouvoir aux magistrats de faire diminution et modération des tailles aux 32 incendiés.
Le 18 juillet 1586, la peste se déclara à la Chaume aux Aulnes, chez Pierre - Noël Couturier. Les maire et échevins prescrivirent des mesures de police et de salubrité, firent nettoyer les rues et s'assignèrent chacun un quartier. Les portes de la ville furent soigneusement gardées par les habitants et l'on nomma un boulanger pour distribuer du pain aux pauvres de la ville. La femme de Claude Seguin, cordonnier, fut la seconde décédée. Un saccard fut chargé, moyennant vingt sous, d'entrer dans les maisons des pestiférés, tant dans les bourgs qu'au château, pour y brûler, pendant la nuit, le linge des malades ; de sortir dans la rue les meubles pour les nettoyer, ainsi que les maisons. Cette peste cessa en Février 1587, après avoir fait de nombreuses victimes.
En 1599, les boulangers de Semur eurent à soutenir un procès contre les prieurs de Notre-Dame et de Saint-Jean, qui voulaient les obliger à faire cuire leurs pains dans les fours banaux.
Lé savant Charles Févret gagna leur cause, ce qui leur permit d'opérer la cuisson là où bon leur semblait. Du reste, les prieurs n'étaient pas seuls à avoir de ces fours ; le bois étant d'un débit difficile, les particuliers, aussi bien que les rois et les églises, en possédaient et en tirèrent profit jusqu'au jour où leur entretien devint plus onéreux que profitable.
D'après les registres de l'Hôtel de Ville (1), les Minimes se seraient établis à Semur en 1604, sous le pontificat de Clément VIII et du consentement de Pierre Saunier, alors évêque d'Autun. Mais, si l'on en croit l'abbé Bernard Varenne (2), le couvent des P. P. Minimes existait déjà en 1598. Ce monastère, situé à l'extrémité du faubourg des Vaux, était assez bien bâti; c'était encore, en 1760, le plus pauvre de la paroisse, n'ayant au plus que 200 francs de revenu pour quatre religieuxprédicateurs et deux frères lais, qui ne subsistaient que par un fort petit casuel et grâce à la charité qu'on leur faisait.
Lors de son établissement, le couvent des Minimes reçut divers dons de la noblesse. De son côté, la ville leur donna l'église de l'ancien hôpital Saint-Jacques et 100 livres en 1632 pour en réparer les plafonds. Jacques Vinot, conseiller au bailliage, fut aussi, en 1668, un de leurs bienfaiteurs. Leur maison, telle qu'elle se voit encore aujourd'hui, a été construite par le P. Pétasse, sur l'emplacement du petit hôpital, dont la ville leur céda les anciens bâtiments en 1679.
A propos des Minimes, on raconte une aventure assez plaisante qui se serait passée en 1724 et que nous rapportons telle qu'elle nous a été transmise, sans toutefois en garantir l'authenticité : « Un frère quêteur de cet ordre, très expérimenté dans sa profession, étant en tournée ordinaire et se trouvant sur la montagne proche le château de Montfort, sentit une certaine odeur venant de la direction de Montigny- Montfort et qui lui chatouillait agréablement le palais. Il se dirigea vers ce village, où il apprit que M. le Curé donnait un grand déjeuner à plusieurs de ses collègues, en ce moment à la messe. Blessé de n'avoir pas été invité, il se rendit au presby-