‹ Histoire générale de Semur-en-AuxoisChapitre 33 sur 93 · A. Massicot. — Le Temps jadis à Semur · texte numérisé non relu

A. Massicot. — Le Temps jadis à Semur

cats du roi. Pierre Le Mulier, qui était à cette époque maire de Semur et avocat au Parlement, acheta les deux charges de président, vendit l'une à N. Mochot Coppin, seigneur de Montbeillard, et donna l'autre à son fils, Charles Le Mulier, seigneur de Beauvais.

Le 4 Janvier 1724, jour des funérailles de M"^ du Châtelet- Dorigny, fille aînée de M. le comte de Laumont, lieutenantgénéral des armées du roi, gouverneur du château et donjon de Semur et grand bailli d'Auxois, une difficulté s'éleva entre les officiers du bailliage et la municipalité, au sujet du rang qu'ils devaient occuper dans le cortège. Procès-verbal fut dressé et la copie envoyée à M. le duc de Bourbon, qui répondit en ces termes à MM. du Présidial :

(( Messieurs du Présidial, je me suis fait informer exactement de ce qui s'est passé à Semur pour les obsèques de M"^ du Châtelet et j'ai su que vous vous y êtes trouvé en corps de manière que sur ce fondement vous avez marché les premiers; en cet état, vous ne pouvez refuser aux maire et échevins, qui s'y étaient rendus en corps, de croiser avec vous, suivant la déclaration du roi de 1697, et je suis très mécontent que vous ayez exclu de la droite le corps de ville, sous prétexte que vous n'étiez pas en corps. C'est une manière d'agir qui ne convient pas à des officiers, qui doivent montrer l'exemple aux autres en exécutant exactement les volontés du roi; faites-y attention en toutes autres occasions, si vous vouvoulez que je vous protège en ce qui sera juste.

» Je suis, messieurs...

)) Signé : H. de Bourbon.

» Versailles, le 19 avril 1724. »

Le même jour, et à l'occasion des mêmes funérailles, un autre conflit — ce qui d'ailleurs était assez fréquent — s'éleva entre Dom Maurel, prieur, chef du Mépart, et le curé de Notre- Dame, M. fabbé Bernard Varenne, vicaire perpétuel. Voici ce que rapporte, à ce propos, Dom Maurel :

(( ... Comme je n'aA^ais jamais été à aucun enterrement, je m'informai des supérieurs du Mépart, des anciens et autres, de fusage en pareil cas. Je dressai un Mémoire et acte de tout ce qui me fut rapporté et assuré, lequel Mémoire je mets ici. Je le communiquai au sieur curé, vicaire perpétuel, pour convenir de tout, mais il ne se conforma nullement à ce qui avait été entre nous convenu le matin du 5 Janvier.

)) Le soir, sur les quatre heures et demie, deux personnes de deuil étant venues à la sacristie du Prieuré, de la part de M. le Comte de Laumont, pour prendre le Mépart, nous partîmes pour aller au Château. Le vicaire perpétuel ne se trouva pas avec nous, il avait pris les devants et avait fait porter une étole et une chape dans un cabinet attenant à la chambre où la défunte était exposée.

» Il était bien dans la sacristie du prieuré avec les autres Méparts quelques moments avant de partir, mais il se déroba et se rendit avant le corps dans la chambre de la défunte, et s'était revêtu de la chape et de l'étole. Il commença les prières pour la levée du corps, mais n'ayant pas eu le temps d'achever avant que la croix des Méparts entrât dans la chambre avec les Méparts, sans achever, il alla vite se cacher dans le cabinet attenant à la chambre.

» J'entrai après les mépartistes; je donnai le premier l'eau bénite sur le corps et commençai le De Profiindis. Après avoir achevé et dit les versets et l'oraison, je redonnai de l'eau bénite, et les mépartistes après. Comme nous sortions de. la chambre, j'aperçus le vicaire perpétuel qui sortait du cabinet avec la chape; il fit la levée du corps pendant que nous prenions nos dispositions dans la cour. Dès que le cercueil parut, j'entonnai l'antienne : Exultahiint domino. Il était tout à fait nuit alors, mais il y avait bien des flambeaux.

» Après avoir marché trois cents pas environ, comme je ne voyais pas paraître le vicaire perpétuel, j'envoyai un domestique examiner derrière où il était. On avait fait placer entre le Mépart et le cercueil environ vingt-deux domestiques et douze filles avec flambeaux. Il marchait derrière ces filles en étole et en chape, immédiatement devant le cercueil. J'envoyai mon valet prier le sieur Varenne de venir prendre sa place dans la marche du Mépart. Il vint, en effet; mais voulant déguiser son entreprise, il dit qu'il avait été occupé à faire défiler et ranger tous les flambeaux. Comme je savais le contraire, je ne lui répondis rien, mais ayant fait ouvrir les rangs du Mépart, if s'arrêta avec les mépartistes et fit marcher devant tous les domestiques et les filles qui portaient des flambeaux, après lesquels se trouvait le Mépart, de sorte qu'il se trouva avec les chapiers immédiatement devant le corps.

» Le vicaire perpétuel ne voulut pas quitter ni la chape ni fétole, et marcha à mon côté gauche, le sieur Dangely étant à ma droite avec la chape et le sieur Mynard, deuxième cha-

pier, à ma gauche, un peu devant. Le sieur Varenne, vicaire principal, a encore conservé l'étole et la chape au chœur sans avoir officié.

» J'ai fait l'office, les absoutes, aspersion et encensement autour du corps ; à l'offrande du grand chœur, on offrit, outre le pain et le vin, un cierge contre lequel était un louis d'or de 24 livres.

» Après les obsèques, on est allé en chantant conduire le corps au Prieuré de Saint-Jean; le vicaire perpétuel, toujours à ma gauche, étant arrivé à la porte de l'Église Saint-Jean, où était le prieur avec ses religieux, sans entrer dans l'église, a dit au dit prieur de Saint-Jean quelque chose à la louange de la défunte dont il lui remettait le corps. Le vicaire perpétuel ne s'est plaint de rien et est venu avec les autres mépartistes dans le silence et processionnellement à l'église, toujours à ma gauche avec la chape et les deux autres chapiers. Il était bien 7 heures du soir et plus.

» Le lendemain, les services se sont faits à Saint-Jean; j'y ai été en habit de deuil, dans les formes, avec les parents. »

L'année suivante, le 29 Septembre 1725, vers cinq heures du soir, la sémillante Gabrielle, Émilie de Breteuil, femme de Florent-Claude du Châtelet, alors gouverneur de Semur (1), fit son entrée dans cette ville. Elle y pénétra par la porte des

1. Ce Florent-Claude du Châtelet, baron de Cirey, grand'croix de l'Ordre de Saint- Louis, lieutenant général des armées du roi, gouverneur et grand bailli de Semur, était fils de :

Florent du Châtelet, comte de Laumont, grand'croix de Saint-Louis, grand bailli d'Auxois et gouverneur de Semur. Nommé colonel du régiment de Ponthieu en 1685, il devint maréchal de camp en 1691, et, après la remise aux Anglais de la place de Dunkerque, qu'il commandait, lieutenant-général des armées du roi. Il avait épousé, en 1690, Marie-Gabrielle-Charlotte du Châtelet, sa cousine. Il mourut le 27 janvier 1732, à l'âge de 81 ans.

Ce même Florent du Châtelet était le frère d'Érard du Châtelet, marquis de Trichâteau, maréchal de Lorraine et de Barrois, gouverneur de Semur, bailli d'Auxois en 1671. Il avait épousé, en 1670, Élisabeth Charroy, veuve de messire d'Origny, gouverneur de Semur, et céda quelques années plus tard ses droits à son frère pour prendre le commandement des troupes de l'Électeur de Bavière.

Florent-Claude du Châtelet, l'époux de M^ie de Breteuil, était né à Namur le 7 avril 1695. Il consacra toute sa carrière aux armes et mourut en 1767.

Son fils, Florent-Louis du Châtelet, comte de Laumont, qui naquit à Semur le 20 novembre 1727, était chevalier des Ordres du Roi, maréchal de ses camps et armes, gouverneur et grand bailli d'Auxois. Il devint colonel du régiment de Quercy en 1746, maréchal de camp en 1761, et fut chargé de plusieurs commandements à la guerre et de missions aux Cours de Londres et de Vienne. Il épousa, en 1752, Diane-Adélaïde de Rochechouart.

La maison du Châtelet avait pour armes : D'or à la bande de gueules, chargée de trois fleurs de lys d'argent.

Minimes et fut reçue, à son arrivée, par les autorités du pays, le clergé, les notables, les divers ordres religieux et enfin par les habitants qui s'étaient portés en masse à sa rencontre. La milice bourgeoise et les arquebusiers formaient la haie et contenaient à peine la foule des curieux.

Dès qu'apparut le premier carrosse, les cloches de l'église et des chapelles sonnèrent à toute volée, et quand il fut arrivé à la porte des Vaux, le maire, Nicolas Voisenet, vint souhaiter la bienvenue à la jeune marquise à qui le prieur Maurel présenta les reliques de Notre-Dame.

Précédé de cavaliers de la maréchaussée, le cortège, en partie composé de geïitilshommes d'Auxois, atteignit enfin le Donjon où se trouvait l'hôtel du Gouverneur. (( Là, dit le procès-verbal inséré dans le registre de la mairie en date du 25 Septembre, le maire, entouré de ses échevins, offrit au marquis le vin d'honneur. Et, pour avoir entrée à la dite dame de Breteuil, son épouse, sa bienveillance et l'honneur de sa protection, il lui fut présenté des confitures.

» En démonstration de cette joie publique, à laquelle le marquis du Châtelet aurait paru sensible, et assuré d'en faire rapport à M. de Breteuil, secrétaire d Etat, avec assurance de sa protection dans toutes les occasions où ils pourront être utiles à la ville. »

Un brillant feu d'artifice, tiré sur les tours de l'Église, et un bal donné dans la salle du théâtre, alors place de l'Ancienne- Comédie, terminèrent, à la grande joie de tous, cette mémorable journée.

La marquise du Châtelet, dont paraissait si fière la bonne ville de Semur, ne tarda pas à donner à son débonnaire époux deux enfants : une fille, qui naquit à Paris le 30 Juin 1726; puis un fils, dont elle accoucha à Semur le 20 Novembre 1727. Au début, la jeune marquise, femme fort intelligente et très instruite, se dévoua tout entière à ses enfants; mais bientôt, ne trouvant pas dans son mari un compagnon digne d'elle, ni dans son château des distractions suffisantes, elle s'en alla faire à Paris des séjours déplus en plus fréquents et prolongés. Là, comme le dit Desnoiresterres, « jetée dans un monde sans scrupules, éprise de toutes les curiosités, elle se laissa aller à des entraînements regrettables et eut, entre autres amants, le duc de Richelieu. Bref, en 1733, lorsque le marquis du Châtelet partit au siège de Philisbourg à la tête de son régiment, des relations intimes s'établirent entre l'infidèle épouse et Voltaire,

fort épris de son esprit et de ses charmes. C'est à Monjeu, près d'Autun, puis, dit-on, à Semur, et enfin à Cirey (Côte-d'Or) qu'en 1734 se réfugièrent les deux amants. C'est aussi cette même année que l'hôtel du Gouverneur fut définitivement abandonné, puis vendu.

Après quatre années d'une vie commune et joyeuse, la marquise, trouvant Voltaire trop vieux, le délaissa pour un autre amant. Mais la mort vint la surprendre près de deux ans après, le 10 Septembre 1749, au milieu des écarts passionnés d'une existence scandaleuse qui lui valut d'ailleurs nombre d'épigrammes et de pamphlets sarcastiques. Elle avait alors 43 ans. Sa mort, survenue quelques jours après la naissance d'une seconde fille, est attribuée aux suites d'une fièvre puerpérale.

Le 10 Septembre 1739, la ville de Semur reçut en grande pompe l'évêque d'Autun, comme le prouve l'extrait suivant du procès-verbal :

« La Chambre ayant été informée par plusieurs lettres, entre autres par la missive de Mgr d'Autun, en date du 19 Août, de la visite de ce prince de l'Église « pour y procéder à la fulmination de la bulle de la Collégiale », députa MM. Creuzot, échevin, et Bruzard, syndic, à Saulieu, « pour voir le dit seigneur évêque et s'informer à lui-même du jour de son arrivée. » De retour à Semur, ceux-ci informèrent la Chambre que Monseigneur devait faire son entrée à Semur le 10 Septembre; sur quoi il fut délibéré : « qu'il lui serait préparé un trône à la porte d'entrée du parloir des Saintes-Marie et que les personnes de considération de cette ville seraient invitées d'accompagner le corps de la magistrature, pour aller à sa rencontre à cheval. »

Le jeudi donc, dans l'après-midi, les magistrats, moins le maire, qui s'était trouvé indisposé, allèrent au-devant de l'évêque d'Autun, accompagnés de soixante-dix cavaliers, précédés de deux trompettes, et ayant à leur tête M. Le Mulier, écuyer. Ils le rencontrèrent près de Courcelles, où le sieur Simon, premier échevin, lui fit, en l'absence du maire, son compliment de bienvenue. L'évêque le remercia chaleureusement de son gracieux accueil et lui fit prendre la seconde place dans son carrosse. Ils se dirigèrent alors vers la ville, escortés des autres officiers de la ville, qui se tenaient de chaque côté des portières, et précédés de la cavalerie. Ils furent reçus au son des cloches, et quand l'évêque eut mis pied à terre au

parloir des Saintes-Marie, « il fut revêtu de son camail et s'assit sur un trône qui lui avait été préparé, à trois marches tapissées, surmonté d'un dais avec ses armes sur la porte du parloir, où il fut harangué par le sieur Maurel, prieur de Notre-Dame, à la tête de son clergé, qui y était venu processionnellement, précédé de la croix ».

Pendant ce temps, le maire et les échevins, revêtus de leurs robes, se rendaient à la porte de Sauvigny, où Monseigneur se rendit à son tour, revêtu de ses habits pontificaux, crosse en main et mitre en tête. Le maire lui fit un compliment auquel l'évêque fut, paraît-il, très sensible. « Ensuite de quoi, il lui présenta le dais, qui était porté par quatre échevins, le chapeau sur la tête, dessous lequel il fut conduit, précédé du clergé, du syndic, du surplus de la magistrature, jusqu'à l'église Notre-Dame, où il fut complimenté une seconde fois par le dit dom Maurel, prieur, et ensuite il entra dans l'église, où le Te Deiim fut solennellement chanté. » Après l'office, Mgr d'Autun se rendit en même pompe chez M'"^ la Conseillère David, où un appartement lui avait été préparé.

A peine était-il arrivé qu'il dut recevoir successivement les divers ordres religieux, MM. du Présidial, dont le chef, M. Delaloge, lui fit une très belle harangue, puis enfin la Ville qui « eut l'honneur de lui faire présent du vin de table de la manière la plus abondante et gracieuse qu'il lui fut possible )).

Le lendemain, monseigneur, accompagné du clergé de Notre-Dame, de MM. du Présidial, de tous les Ordres religieux et des magistrats de la Ville, toujours avec le même cérémonial, se rendit à l'église où il fut encore complimenté par le prieur et par l'abbé Varenne, curé de la paroisse. Après avoir dit la messe au maître-autel et « prêché avec beaucoup d'édification», on le reconduisit à son hôtel, toujours dans le même ordre.

Le 18 Septembre, la veille de son départ, l'évêque procéda, en présence de ses grands vicaires et du sieur Carre, délégué de M. l'Official, à la publication de la bulle et à sa fulmination. Le lendemain, 19 du même mois, il prit congé de messieurs de la ville qui l'accompagnèrent à cheval jusqu'à la Chaume- Pertuisot.

Les frais qu'occasionna à la ville de Semur le séjour de Mgr l'évêque d'Autun furent très considérables pour l'époque. En effet, ils s'élevèrent à onze cent quarante-deux livres. Le menu de cette dépense se trouve tout entier dans le livre de

M. A. Massicot : Le Temps jadis à Semiir. Nous n'avons pas jugé à propos de le reproduire ici, vu le peu d'importance qu'il présente. Toutefois, nous rapporterons les observations suivantes qui se trouvent à la suite de ce long mémoire :

« Toutes les dites sommes (celles des objets qui ont été vendus) reviennent à trente-quatre livres, lesquelles déduites sur les onze cent soixante et seize livres, reste onze cent quarante-deux livres, dont mandat a été donné à prendre sur le revenu des biens patrimoniaux, au dit sieur syndic, qui a rapporté encore soixante et trois bouteilles vides, diminution faite des cassées, de celles volées, de celles données à Mgr d'Autun, au grand vicaire et à M. de Chatellux, lieutenantgénéral des armées du Roi, qui resteront pour présenter les vins de ville, et quelques pattes de crochet (1). »

Semur eut encore à souffrir de plusieurs inondations vers la fin du xviir siècle; mais celles de 1710, 1765, 1781, 1789, que nous mentionnons ci-dessous, sont les plus importantes. Voici, d'après M. de Thyard, les inondations qui se trouvent consignées dans les archives de la ville ou que la tradition a conservées :

6 Novembre 1710. — Inondation aussi désastreuse que celle de 1613. (( Les parapets et les voûtes du pont Pinard et des Minimes furent renversés; il ne resta du pont du Fourneau que quelques piles. Toutes les maisons voisines de l'eau souffrirent beaucoup de cette inondation, et on remarqua que les eaux allèrent presque aussi haut qu'en 1613... (Reg. 20 de l'Hôtel de Ville.)

3 Mai 1765. — « Une pareille inondation à celle de 1613, dit Courtépée, emporta un petit cabinet construit sur un rocher. On le vit flotter comme un vaisseau pendant longtemps et venir faire naufrage sur l'écluse d'un moulin. » — (Description du duché de Bourgogne.)

9 Mai 1781. — Entre onze heures et midi, le ruisseau de la Saussiotte déborda considérablement à la suite d'un orage et causa de grands ravages. Une femme fut noyée. — (Note d'un manuscrit de M. Tarin.)

10 Octobre 1789. — Pendant la nuit, la rivière grossit tellement qu'elle passait par-dessus les ponts. Lés bas des maisons qui sont le long des quais furent envahis par les eaux. La moitié du faubourg des Vaux était inondé et la plupart des

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